Cécile OUMHANI (France)

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Cécile OUMHANI (France)

Message  Awara le Ven 28 Sep 2012 - 16:46

L’ATELIER DES STRESOR
Cécile Oumhani
Elyzad – 2012 – 160 pages

J’ai choisi ce livre parce que j’avais rencontré Cécile Oumhani au Salon du livre de poche de Saint-Maur. Je ne la connaissais pas, mais sa personnalité m’a séduite et je suis partie avec un très beau livre, Une odeur de henné. D’autre part le sujet de L’atelier des Stésor m’intéressait : j’aime la peinture et j’avais envie de découvrir la vie de ce peintre dont je n’avais jamais entendu parler. Enfin, les livres que j’ai lus dans les éditions Elyzad ont tous été de belles découvertes.

Cécile Oumhani a grandi dans un environnement multiculturel et elle a écrit : « J’ai toujours été entre les lieux et entre les lignes », elle sait très bien parler de celui qui est différent. Cette différence, le peintre Henry Strésor la portera avec lui toute sa vie. Né en 1613 dans une famille allemande appartenant à la religion réformée, il doit fuir son pays et les massacres de la guerre de Trente ans. Il s’installe à Paris en 1637 où il est reçu par les frères Le Nain. Il s’installe ensuite chez le peintre Louis Buart. Amoureux de sa fille, Catherine, il doit abjurer la religion réformée pour pouvoir l’épouser. Cette déchirure, malgré son amour pour Catherine, il la portera jusqu’à sa mort. Il enseigne son art à sa fille ainée, Anne-Renée, qui sera une des premières femmes peintres à être admise à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Cette dernière vivra aussi une profonde déchirure. Son amour pour Y, fils du duc de B. est sans avenir en raison de la différence sociale, peut-être aussi de l’ancienne religion de son père qui hante les rêves d’Anne-Renée jusqu’à sa mort.

J’ai été complètement sous le charme de la prose poétique de Cécile Oumhani. Quand elle parle de peinture, quand elle nous raconte Paris, les salons, des tableaux connus du 17ème siècle se sont imposés à mon imagination. Avant qu’elle nomme Callot, quand Henry se rend dans son village natal détruit par la guerre et les épidémies, ce sont « les misères de la guerre » qui envahissent la tête du lecteur tant sa prose colle aux œuvres de cette époque.
En même temps, elle parle avec beaucoup de justesse des souffrances de l’homme « dans la solitude de son exil » et dans le renoncement à sa foi, à ses racines. Elle saisit aussi parfaitement l’isolement d’Anne-Renée parce que, jeune femme, elle a été mise en valeur devant les autres peintres de son temps. Cécile Oumhani, en peu de pages, avec sobriété, nous dit beaucoup de l’âme humaine et de ses passions, de ses déchirements. Même si dans la deuxième partie du roman on ne sait plus très bien quelles sont les passions de sœur Anne-Marie Strésor, j’aimerais que d’autres lecteurs se laissent envouter par cette histoire d’une famille de peintres qui a travaillé pour Louis XIV et son entourage. La couverture du livre reproduit le tableau le plus connu d’Henry Strésor, le mangeur d’Huitres.
Note: 4,5/5

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Re: Cécile OUMHANI (France)

Message  kattylou le Jeu 4 Oct 2012 - 12:34

J'ai bien envie de découvrir cette auteure je la note mais je veux avancer dans ma pal d'abord!!

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Re: Cécile OUMHANI (France)

Message  Awara le Lun 2 Juin 2014 - 21:20

UNE ODEUR DE HENNE


Cécile OUMHANI


Editions Elyzad poche, 2012, 236 pages.

J’avais rencontré Cécile Oumhani au Salon du livre de poche de Saint Maur de où j’avais acquis ce livre. J’ai beaucoup apprécié les quelques échanges avec cette auteure discrète, ferme et sympathique!
 
Le henné sert à réaliser des tatouages, en particulier sur les mains des jeunes mariées.
C’est un très beau roman sur la vie des femmes dans la société nord-africaine, d’une écriture intimiste et poétique.
 
Kenza, médecin, exerce à l’hôpital de son village. Proche de la trentaine, il est temps pour elle de se marier. Elle se heurte à sa famille, en particulier à ses frères jaloux de sa réussite. Elle a des problèmes avec la nourriture, frisant l’anorexie et elle fuit les contacts avec les hommes. Seul son père trouve grâce à ses yeux. En fait elle craint d’être asservie comme les autres femmes de son entourage qui se sont mariées… D’où son angoisse de se voir imposer un mari comme le souhaite  sa famille, même son père, cet homme cultivé qui l’a soutenue dans la poursuite de ses études. Il lui faut se conformer à la tradition.  Pour  prendre du recul, elle choisit d’accepter les fiançailles et de partir un an à Paris pour préparer une thèse de doctorat.  .
A Paris elle fait l’expérience de la liberté, mais est rapidement aux prises avec ses contradictions : l’attachement à sa famille et son pays d’une part et l’aspiration à l’émancipation de l’autre. Montrer son corps exprime la liberté, ce qu’elle souhaite et redoute à la fois.
 
Au cours du roman, par le regard de Kenza, nous croisons d’autres vies de femmes : sa mère, soumise à son mari et ses fils, son amie Claire dont le mari fait la cuisine, deux sœurs égyptiennes dont l’une choisit la liberté et l’autre, la plus joyeuse, la soumission, Mais surtout revient comme un leitmotiv au cours du roman, un sombre souvenir d’enfance, l’horrible vision d’une petite mariée chassée nue par son mari avec des tripes de moutons autour du  cou parce qu’elle n’était pas vierge.  Ecartelée, Kenza va choisir de s’abîmer en massacrant ses cheveux et en se cachant derrière une tunique sombre et un voile  afin d’ éloigner l’homme qui l’aime en France et pour se protéger du contact avec son futur mari qu’elle voudrait repousser.
 
Sa libération, ce n’est pas en fuyant à Paris qu’elle va la conquérir, mais au bord de la mer, en repensant à sa grand-mère, Khadija, une bédouine indépendante à la forte personnalité qui a refusé de se remarier après son veuvage, contre les injonctions de son entourage. Kenza l’avait emmenée voir la mer pour la première fois de sa vie. La vieille femme avait trouvé la liberté de se tremper dans l’eau et de marcher sur le sable le long de la plage.
Kenza, dont «  l’être entier était pétri de l’interdit, » se laisse emporter, malgré ses lourds vêtements au plaisir de se baigner. Elle se réconcilie avec son corps et s’approprie son indépendance : « Et puis est-elle vraiment obligée d’invoquer le vêtement pour mettre fin à ses fiançailles ?». Pour l’instant, « Kenza savoure le goût du sel sur son poignet avec la délicieuse vacuité de l’instant qu’elle laisse se former et se déformer… »
 
Un grand coup de cœur et un très beau roman !.

Note 5/5

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