Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

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Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Aurore le Jeu 19 Avr 2012 - 20:47

Anna Jean Mayhew est née à Charlotte, en Caroline du Nord. Les larmes noires de Mary Luther est son premier roman.




Les larmes noires de Mary Luther - Anna Jean Mayhew
(Balland, 2012, 381 p.)







Ce livre, je l'ai croisé au hasard sur la table d'une librairie. Sa couverture m'a interpelé avec ces deux personnages attendrissants qui semblent regarder vers un même ailleurs. Et en lisant la quatrième de couverture, j'ai tout de suite su que c'était pour moi puisqu'il était question d'un long périple à travers les États sudistes où la ségrégation fait rage. Ça n'a pas été sans me rappeler l'excellent roman de Kathryn Stockett, La couleur des sentiments, et même si la comparaison peut paraitre hâtive, cet ouvrage inconnu m'a laissé présager du meilleur et je crois pouvoir affirmer que je ne m'y suis pas trompée.

Nous sommes en août 1954 en Caroline du Nord. Jubie, 13 ans, est heureuse puisqu'elle part en vacances avec sa mère, son petit frère Davie, ses deux sœurs Stell (l'aînée) et Puddin ainsi qu'avec la bonne, Mary, que Jubie adore. Tout le monde est heureux de quitter la maison où les relations commençaient à être orageuse entre les parents et les enfants en étaient les témoins directs.
Mary est assise à l'arrière et tient lieu de compagnie et d'aide car le père fait défaut, il est resté à Charlotte pour des raisons obscures aux enfants (c'est après tout une affaire de grands, alors mieux vaut ne pas trop ressasser doutes et interrogations). C'est P'tite Mary (la fille de la bonne) qui s'occupe de lui qui est un peu porté sur la bouteille et ne sait pas gérer la maison tout seul. Pour les hôtes de voyage, il y a une étape à Pensacola chez l'oncle Taylor et ce n'est que le début d'une fuite en avant. Attention aux cahots, la traversée n'est pas de tout repos et on assiste à une délimitation des gens selon leur couleur.

C'est drôle comme certains romans vous happent, vous terrassent - le mot est fort mais le sujet est grave alors il me parait approprié - et vous laissent complètement déboussolé, à la merci d'émotions confuses. Celui-ci m'a plu ! Immensément même ! Je l'ai lu en étant immergée dans l'histoire de cette famille, sentant une menace sourdre mais ne sachant d'où le bât allait blesser. C'est donc avec le cœur suspendu que j'ai vu la narration gagner en intensité et surtout en tension et ai été complètement fauchée par le rebondissement qui touche chaque protagoniste, de près ou de loin. C'est poignant de justesse et ça m'a aussi permis d'intégrer des situations aberrantes, concernant la condition des Noirs, pendant cette période de ségrégation raciale aux États-Unis : ne pas se baigner avec les Blancs, se faire tout petit dans les restaurants, hôtels et autres lieux publics. Je vous en livre un extrait :

Nous prîmes le bus numéro 3 pour nous rendre au centre-ville. Stell et moi nous assîmes sur le banc derrière le conducteur et Mary partit vers le fond. Ses mollets tout maigres dans ses grosses chaussures mauves me faisaient penser à Minnie, la femme de Mickey. Une ligne jaune tracée sur le sol séparait le devant du derrière. Plus loin vers le fond, on devinait les restes effacés d'une ligne plus ancienne. Quand la compagnie de bus s'était rendue compte qu'il y avait bien plus de gens de couleur que de Blancs, ils avaient un peu avancé la ligne. Malgré tout, le fond était toujours bondé. (p. 159)

En définitive, j'ai été bluffée par ce roman en apparence léger puisque le voyage, comme trame de départ, est une joie pour tous les passagers. Seulement, comme dans tout bon roman, rien ne se passe comme prévu ! C'est l'atmosphère pesante qui prend fort à propos le dessus sitôt que les régions traversées sont moins amènes. On sent de l'hostilité envers les Noirs, on se doute que l'équilibre de toute une population ne tient qu'à un fil. C'est terrible et effrayant d'autant plus qu'on se l'imagine du point de vue d'une adolescente dont la bonne fait partie intégrante de la famille.
J'ai aimé les surnoms charmants des personnages : Meemaw pour la grand-mère, Stell, Puddin... on se sent déjà dans une fratrie resserrée où la bonne, Mary, a bel et bien toute sa place.
Oserai-je vous dire que l'auteur de ce roman avait 71 ans lorsqu'elle a signé ce premier roman? Qu'elle nous en donne encore d'aussi fameux, c'est - presque - un ordre !

4,75/5

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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  anna44 le Ven 20 Avr 2012 - 18:43

Merci pour ta très belle critique Aurore, il est clair que je le note dans ma LAL !

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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Cyrielle le Mer 30 Mai 2012 - 7:05

LES LARMES NOIRES DE MARY LUTHER


Présentation de l'éditeur
Août 1954, Caroline du Nord. Juby Watts, 13 ans, part en vacances sans son père, resté travailler dans son entreprise de menuiserie. Destination : la Floride. C'est Paula, mère distante et fumeuse invétérée, qui conduit la Packard familiale. Stell, la sœur aînée de Juby, trépigne à l'idée de prendre le volant pour la première fois. Parquée à l'arrière avec les enfants, la bonne noire, Mary, ne participe pas aux conversations qui vont bon train dans l'habitacle de la voiture. D'aussi loin que Juby se souvienne, Mary a toujours été là pour lui prodiguer amour et réconfort. Wickens (Georgie), Pensacola (Floride), Opelika (Alabama)... Ce long périple amène la famille à traverser de nombreux états sudistes où la ségrégation fait rage. Juby découvre avec étonnement les panneaux aux abords des villes, rappelant que les noirs et les blancs ne sauraient être égaux. Un racisme qui fait écho à sa propre histoire, à son père, Bill, un homme violent qui pense que les noirs ne méritent pas de droits civiques, et à Mary, qui supporte les brimades sans mot dire. À mesure que la voiture s'enfonce toujours plus loin dans le Sud, la tension, palpable, libère dans son sillage un écheveau de haine et d'intolérance... jusqu'à ce que le drame éclate. Un drame dont Juby ne sortira pas indemne. Porté par des dialogues puissants, Les larmes noires de Mary Luther aborde avec un charme indéniable l'ambiguïté des liens qui unissaient les familles blanches à ces femmes de couleur qui élevaient leurs enfants. À travers le regard plein de candeur d'une adolescente, c'est tout une époque honteuse de l'Histoire américaine qui se rejoue. Un voyage initiatique cruel, sur la fin de l'innocence.

Mon avis: 4/5
J'aime beaucoup aimé ce premier roman. Une écriture légère et simple, peut être un peu trop, qui m'a empêché de vraiment ressentir la gravité qui émane du roman plus on avance dans l'histoire.
J'ai beaucoup aimé le personnage de Juby, adolescente très touchante qui aime tendrement Mary, sa bonne. On voit au fil du livre, qu'elle se rend compte petit à petit de l'exclusion des noirs à l'époque et des conséquences que cette ségrégation peut avoir ...
Mais dans ce roman, il n'y a pas que la condition des noirs, il y a aussi la relation avec le père qui est assez tendue.
La fin m'a plu, même si elle est loin d'être belle...
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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Shan_Ze le Mer 25 Juil 2012 - 17:54

Les larmes noires de Mary Luther d'Anna Jean Mayhew
(Balland, 381 pages)


En août 1954, Juby et sa famille (mais sans son père) part chez son oncle avec Mary Luther, leur bonne noire. Un drame familial sous fond du racisme très fort de l'époque des Etats du Sud des Etats-Unis.

A chaque fois que je lis un livre sur cette époque aux Etats-Unis, je suis choquée par le comportement des gens. Comment est-ce possible de penser comme cela ? Empêcher les Noirs de dormir à l'hôtel, de pisser dans les mêmes toilettes et la liste est longue... J'ai bien aimé le lien entre Juby et Mary, une relation douce et d'amitié. J'ai suivi avec intérêt le parcours de cette famille même si l'ambiance était un peu lourde dans les relations interaciales et familiales. Les allers-retours entre passé et présent m'ont troublé, il me fallait un moment pour savoir à quelle époque on était.
C'est plus qu'un roman sur la ségrégation, c'est aussi un roman sur une famille qui dégringole doucement...

Merci Aurore pour cette découverte. Smile
Note : 4.25/5
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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Awara le Lun 26 Aoû 2013 - 13:45

LES LARMES NOIRES DE MARY LUTHER
Anna Jean MAYHEW
Traduit de l’Américain par Anath Riveline
Balland Littérature étrangère, 2012, 382  pages.
 
En août 1954, une adolescente de 13 ans, Jubie Watts, quitte la ville de Charlotte en Caroline du Nord. Elle part passer des vacances en Floride chez son oncle Taylor, le frère de sa mère. Elle voyage en voiture avec sa mère, ses deux sœurs, son frère et leur bonne noire, Mary Luther. C’est la première fois qu’ils partent en vacances sans leur père. Le lecteur pressent que le couple traverse une crise qu’il découvrira progressivement.
 
Aussi loin que Jubie se rappelle, Mary a toujours été là, l’entourant de son amour chaleureux et servant de tampon entre elle et ses parents, un père violent et une mère perdue devant les problèmes domestiques, sous la coupe de son mari. Pour Jubie, Mary est un membre de la famille qu’elle aime sans ambigüité. C’est travers les yeux de Jubie que l’auteur observe et relève  les humiliations infligées aux noirs ainsi que le caractère insidieux de la ségrégation qui imprègne complètement la vie de ces états du sud des Etats-Unis. Partout où ils se présentent, hôtels, restaurants, lieux publics, Mary est méprisée, reléguée, traitée avec moins d’égards qu’un chien. Sous sa plume on pressent la tension sociale qui habite ces régions. La bonne conscience de beaucoup n’est pas troublée par ce qui révolte les yeux innocents et sincères de Jubie. Les vacances vont se terminer par un drame, l’assassinat de Mary par ces blancs soucieux de préserver leurs privilèges en commettant des malversations comme le père de Jubie ou en allant même jusqu’au crime.
Ce roman pourrait être désespérant, mais la personnalité de Jubie et le mouvement qui se dessine  chez la mère laisse entrevoir un avenir plus lumineux.
 
Au début du livre, j’ai eu parfois des difficultés à me repérer dans le présent et le passé de Jubie. Mais la situation devient plus claire au fur et à mesure que l’on avance dans l’histoire.
On pourrait penser au livre de Kathryn Stockett, « La couleur des sentiments », en raison du thème abordé dans ce livre. J’ai trouvé que l’écriture était beaucoup plus respectueuse  des blessures subies par les noirs aux Etats-Unis dans les années 50 et plus vraie que dans le livre de Kathryn Stockett.. En effet, l’écrivain ne se met jamais à la place de Mary, mais c’est le regard observateur et sans concessions de Jubie, une petite  jeune-fille blanche, qui livre au lecteur l’horreur de ce qui était vécu à cette époque dans cette région du monde en toute bonne conscience.



Merci Aurore pour cette belle découverte!

 
Note : 4,75/5

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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  cookie610 le Lun 16 Sep 2013 - 12:30

Les larmes noires de Mary Luther

Note : 4/5

Je ne vous referais pas de résumé, ceux ci-dessus sont largement suffisants

Critique : J'ai beaucoup aimé cette lecture. Le thème de la ségrégation des noirs américains au 19ème siècle est un thème qui me plait beaucoup. La comparaison avec La couleur des sentiments de Kathryn Stockett saute aux yeux, même si pour moi, j'ai eu une légère préférence pour La couleur des sentiments, peut être parce qu'on a le point de vue opposé. C'est un roman passionnant. On rentre dedans très rapidement et on est happé avec cette famille, sentant venir la menace mais sans pouvoir dire d'où elle provient. L'écriture est simple et efficace. Les personnages sont attachants, à l'exception peut-être des parents qui me tapaient sur les nerfs. Ce qui me fait toujours un peu peur, c'est de me dire que cette histoire n'est pas vieille, à peine 60 ans derrière nous. Un très beau livre tout de même, une belle réussite pour un premier roman
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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Van le Lun 16 Sep 2013 - 19:53

Wow, je n'avais pas vu toutes vos belles critiques!
Je note, je note Very Happy
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Re: Anna Jean MAYHEW (Etats-Unis)

Message  Caro le Dim 22 Sep 2013 - 19:01

Mon avis :
Ce livre est un coup de coeur, j'ai beaucoup aimé l'histoire, Mary quelle femme adorable, je me suis beaucoup attachée à ce personnage. en lisant, ce livre, je me suis demandée où voulait en venir l'auteur, quelle serait la fin ??
Je ne sais que dire de cette histoire qui m'a touché, je le recommande vivement si les romans sur la ségrégation vous passionne. Je trouve que c'est une belle réussite, même si on peut le comparer à la couleur des sentiments.

Ma note :
5/5 coeur coeur coeur coeur
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Les larmes noires de Mary Luther - Pocket - 4,5/5

Message  zeta le Mar 14 Oct 2014 - 10:35

Livre commenté plusieurs fois ce qui m'épargne un N ième résumé.
C'est un très joli roman dont l'écriture simple et claire souligne l'importance du propos. C'est tellement bien rendu, les personnages principaux  en présence, ne sont pas foncièrement méchants (le père est odieux, mais les autres sont surtout "conditionnés"), ils ont juste comme coutume aberrante de ne pas considérer  les noirs, comme égaux à eux, les blancs. C'est quelque chose qu'ils ont intégré, assimilés et sur laquelle ils n'ont pas l'envie, ni l'intelligence de revenir.
Mary est en quelque sorte un robot, un objet usuel dont ils se servent à leur guise. Seule la jeune ado Jubie est en empathie totale avec sa nourrice-servante. Elle l'aime, la respecte, et surtout ressent l'injustice de la situation. C'est un livre qui décrit d'une façon réaliste la condition des noirs, complètement soumis à la bonne volonté de leurs "maîtres", alors que l'esclavage avait pourtant disparu depuis pas mal d'années. 
Un premier roman, d'une écrivaine de 71 ans, à lire, qui revient sur un passé dont il ne faut pas oublier le mal qu'il a fait à des millions de gens.
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