Nathalie SARRAUTE (France)

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Nathalie SARRAUTE (France)

Message  Louvaluna le Sam 20 Aoû 2011 - 21:44



Nathalie SARRAUTE

L'entomologiste de la conversation

Née Natacha Tcherniak, le 18 juillet 1900 à Ivanovo-Voznessensk, près de Moscou
Décédée le 19 octobre 1999, chez elle, à Paris

Russe par sa culture mais écrivain française, selon ses dires, Nathalie Sarraute partage son enfance entre Paris, Saint-Pétersbourg et la Suisse. Issue d'une famille bourgeoise cultivée, elle étudie les lettres à la Sorbonne, l'anglais et l'histoire à Oxford, la sociologie à Berlin, le droit à Paris. Avocate, elle plaide quelques affaires mais préfère dévorer les auteurs du XXe siècle tels Proust, Joyce et Woolf. Sa conception du roman en est bouleversée. Dès Tropismes (1939), qui rassemble ses premiers textes, elle s'attache aux réactions internes, imperceptibles, que suscitent les conventions sociales et langagières des autres. Salué par Sartre et Max Jacob, le manuscrit est refusé par Gallimard et Grasset, et ce n'est que quinze ans plus tard qu'il est reconnu par la critique. Bientôt radiée du barreau après les lois anti-juives, Nathalie Sarraute se consacre entièrement à l'écriture. Son premier essai, Ere du soupçon (1956), rejette les conventions traditionnelles du roman et refuse la description et l'analyse psychologique. Véritable manifeste du Nouveau Roman, il définit l'idée - partagée par Alain Robbe-Grillet, Michel Butor ou Claude Simon, auteurs de ce jeune courant – selon laquelle il existe un ressenti propre à chacun, qu'on ne peut nommer, et qu'il s'agit de révéler par le langage : dire l'indicible en somme. Prolongement de ses œuvres romanesques, son travail de dramaturge place le langage au centre, remplaçant même les personnages. Ce "théâtre du langage" intéresse immédiatement les metteurs en scène : Barrault monte Le Silence et Le Mensonge à l'Odéon (1967), pièces reprises par Lassalle pour inaugurer le Vieux Colombier en 1993. Pour Nathalie Sarraute, l'écrivain est bien plus un "éveilleur de sensation" qu'un "raconteur d'histoires". (source : evene.fr)
-> Bibliographie sur wikipédia.

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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  Louvaluna le Sam 20 Aoû 2011 - 21:59

Le Silence
1964
Nathalie SARRAUTE
- Folio théâtre, 1998, 93 pages -

Six personnages tentent de maintenir une conversation conviviale autour des souvenirs émus de H.I quand le mutisme d’un septième vient enrayer la bonne marche du système. Malgré les encouragements des cinq autres voix et prenant ce silence comme une offense, H.I cherche à en connaître la cause par tous les moyens. Il se montre alors agressif envers le silencieux Jean-Pierre, ce qui provoque l’éclatement du dialogue et la colère de ses interlocuteurs.

Le Silence est une pièce particulièrement déroutante. D’une part, les personnages ne possèdent pas d’état civil. Les voix nous apparaissent désincarnées, ce qui entraîne une impression d’anonymat. Sans corps, sans caractère défini, ce sont des interlocuteurs en tant que fonction. Seul l’individu silencieux est nommé, peut-être parce qu’il devient par son mutisme le centre de gravité de ces six voix. En effet, on cherche à comprendre les raisons de son silence, on suppose qu’il est tour à tour méprisant, timide, indifférent, et cela finit par lui donner consistance.

D’autre part, au début de la pièce, nous sommes plongés dans une conversation en cours et la fin n’y met pas un terme. Nathalie Sarraute semble avoir disséqué une banale conversation afin d’en prélever un élément pour l’analyser au microscope : la gêne occasionnée par le silence d’un interlocuteur est grossie au maximum et poussée à l’extrême dans ses conséquences. Les paroles sont irrésistiblement attirées par ce trou noir au cœur du dialogue et s’y abîment. Et c’est tout particulièrement H.I qui, montrant du doigt ce dérangeant silence, viole la convention qui consiste à ignorer le problème dans un souci de politesse et de convivialité, et entraîne l’échange dans une spirale infernale.

Le Silence est donc une ouverture étonnante sur les rouages de la conversation, et nous fait spécialement découvrir le pouvoir que peut avoir celui qui sait se taire sur son entourage. C’est tout de même stupéfiant : on s’y tue à coups de mots pour un silence.
Ma note : 4/5

H.I : Voilà. Vous entendez ? Ça ne vaut rien. De la camelote. Bon pour les conversations. Tout juste. Nos conversations. Un homme au goût raffiné, ça l’écœure, vous voyez. Vous savez que vous êtes salutaire. Des gens comme vous sont nécessaires. Ils font progresser… Ils portent haut le flambeau…
Il crie tout à coup.
Faux, faux, archifaux. Je suis fou. C’est du délire de générosité. Vous ne servez à rien. Ce n’est pas ça. Qu’est- ce que je vais chercher ? Qu’est-ce que vous avez fait pour vous permettre… Je n’ai pas de leçons à recevoir. Vous haïssez la poésie. Vous haïssez tout ça sous toutes ses formes, la forme brute, la forme travaillée. Vous êtes pratique. Et ce que vous appelez les sentimentalités… Oh, il n’y a pas de place pour nous deux en ce monde. Je ne peux pas vivre où vous vous trouvez. J’étouffe, je meurs… Vous êtes destructeur. Je vais vous réduire à merci. Je vais vous forcer à vous agenouiller. Je vais les décrire, moi, ces auvents, et on vous obligera, que vous le vouliez ou non. Vous serez forcé… Il a répété forcé ? Vous avez dit forcé, en riant. (p.53-54)

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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  zeta le Dim 21 Aoû 2011 - 7:23

Louvaluna, tu n'as pas peur de t'attaquer à des auteurs difficiles ou austères .... Connais-tu par hasard Violette Leduc ? Une écrivaine qui a l'air d'être tombée dans l'oubli, elle écrivait des livres très âpres, très amers avec un style très tourmenté. Elle est née au début du siècle mais ne s'est fait connaître qu'au début des années 50. Son livre le plus connu s'appelle "la Batarde" et commence si je m'en souviens bien par cette phrase "ma mère ne m'a jamais donné la main ....."

Elle a cotoyé de très près la folie. Ses livres sont loin d'être drôles et optimistes, mais assez intéressants.
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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  Aurore le Dim 21 Aoû 2011 - 9:21

Quelle belle critique Louvaluna ! Il faudrait que je me relance dans un Sarraute. J'avais beaucoup aimé Enfance mais pourquoi pas piocher dans le théâtre?!

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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  Louvaluna le Dim 21 Aoû 2011 - 12:38

Zeta, je viens de faire quelques rapides recherches sur Violette Leduc, et je suis très intéressée. La phrase que tu cites serait la première phrase de son livre L'Asphyxie, ses souvenirs d'enfance (1946). La Bâtarde, une autobiographie romanesque, vient plus tard en 1964. Comme tu dis, elle semble être tombée dans l'oubli, mais elle était reconnue par des écrivains comme Simone de Beauvoir, Sartre, Cocteau, Genet. J'ai aussi lu qu'elle et Nathalie Sarraute étaient amies. Elle est née à Arras en 1907, hors mariage. Le père, issu de la haute bourgeoisie de Valenciennes refuse de reconnaître sa fille. Dès son enfance, Violette est marquée par la honte de sa naissance. Elle a fait de sa vie la matière principale de ses livres, ce qui explique les deux titres cités ci-dessus. J'ai trouvé toutes ces infos sur wikipédia. Merci beaucoup Zeta de l'avoir évoquée ! Tu es une mine d'informations !
Finalement, lire Le Silence n'a pas été très difficile, c'est d'écrire une petite critique qui m'a demandé beaucoup d'effort. Embarassed

Aurore, contente que ceci te redonne le goût de lire Sarraute ! En ce qui concerne cette pièce, on ne prend pas trop de risque car c'est un texte très court, donc si on n'accroche pas, on peut vite passer à autre chose. Smile

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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  zeta le Dim 21 Aoû 2011 - 13:12

Oups !!!! je me suis donc trompée dans le titre par rapport à cette première page. Mes Leduc ont disparu, ou prêtés et jamais rendus, ou dans une de mes nombreux déménagements. J'ai lu "La batarde", "la folie en tête" et peut-être alors "Asyphyxie", à moins que cette première phrase je ne l'ai lu que dans les mémoires de Simone de Beauvoir qui en parlaient beaucoup et qui m'avaient donné envie de découvrir cette auteure, pas extrêmement facile à lire il faut dire. (et c'est l'extrait de la pièce de N. Sarraute, qui m'y a fait penser, parce que le style est ressemblant).
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Re: Nathalie SARRAUTE (France)

Message  Louvaluna le Mar 23 Aoû 2011 - 21:52

Bien vu Zeta ! Je me suis fait la même réflexion dans l'autre sens en lisant un extrait de La Batârde sur wikipédia :
Mon cas n'est pas unique : j'ai peur de mourir et je suis navrée d'être au monde. Je n'ai pas travaillé, je n'ai pas étudié. J'ai pleuré, j'ai crié. Les larmes et les cris m'ont pris beaucoup de temps... Le passé ne nourrit pas. Je m'en irai comme je suis arrivée. Intacte, chargée de mes défauts qui m'ont torturée, j'aurais voulu naître statue, je suis une limace sous mon fumier.
Les phrases sont courtes, on a affaire à un rythme haché, comme chez Sarraute, et il est possible que cela soit produit dans l'idée d'approcher au plus près l'oralité ou le dialogue intérieur. C'est une hypothèse, bien entendu. Mais puisque Nathalie Sarraute est l'entomologiste de la conversation et Violette Leduc semble particulièrement travailler son moi profond... ça me paraît plausible. Rolling Eyes

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