Maurice Gouiran (France)

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Maurice Gouiran (France)

Message  Shamash le Jeu 2 Juin 2011 - 0:07

Présentation de l'auteur

Maurice Gouiran est né le jour du printemps au Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers. Il passe son enfance à parcourir les collines arides en compagnie des troupeaux de chèvres du Rove, ce qui lui donne à jamais la passion de cette nature rude et généreuse, le respect de la culture populaire et de l'authenticité. Il découvre véritablement Marseille avec le lycée Saint-Charles et entretient dès lors des liens amoureux avec cette ville qui le fascine et qu'il sillonne jour et nuit. Tout en restant fidèle à ses collines et aux bistrots populaires des quartiers, il vit la frénésie des sixties, obtient un doctorat en mathématiques, puis se lance dans l'aventure balbutiante de l'informatique du début des années 70. Devenu spécialiste des systèmes d'information sur les incendies de forêts, il effectue, en tant que consultant pour l'ONU, de nombreuses missions autour de la Méditerranée. Il en récolte la certitude de l'existence d'une entité méditerranéenne forte, ce qui transparaît souvent dans ses romans et fait de lui un auteur davantage méditerranéen que marseillais. Polyvalent dans ses activités annexes qui vont de l'enseignement à la fac au journalisme, en passant par la peinture, la poésie et le sport, il se passionne pour l'Histoire taboue du XXe siècle, ses non-dits et ses incidences sur la vie actuelle. Maurice GOUIRAN est devenu en quelques années un incontournable du polar hexagonal.

Ses livres :

2000 : La nuit des bras cassés (Prix Sang d'Encre des Lycéens 2003)
2001 : Le théorème de l'engambi
2002 : Le dernier des chapacans
2002 : L'Arménienne aux yeux d'or
2003 : Les martiens de Marseille
2004 : La porte des Orients perdus
2004 : Les damnés du Vieux-Port
2005 : Marseille, la ville où est mort Kennedy (lauréat été 2005 du prix du polar SNCF)
2005 : Sous les pavés, la rage (prix virtuel du polar5 - prix Rompol - 2006)
2006 : Terminus Ararat
2007 : Train bleu, train noir
2007 : Putains de pauvres !
2008 : Les chèvres bleues d'Arcadie
2008 : Les vrais durs meurent aussi
2009 : Le sang des siciliens
2009 : Qui a peur de Baby Love ?
2010 : Appelez-moi Dillinger
2010 : Franco est mort jeudi
2011 : Sur nos cadavres ils dansent le tango



Sur nos cadavres ils dansent le tango

Maurice Gouiran a la bonne habitude d’ancrer ses polars dans une réalité politico-historique contemporaine. Les plus âgés de ses lecteurs y retrouvent des événements qui font remonter de vieux souvenirs dans leur mémoire. Les plus jeunes y découvrent des informations précises, détaillées, sur des sujets mettant souvent en cause des responsables politiques encore en activité. Pour tous, jeunes et vieux, ce choix permet de prendre un recul critique salutaire sur ces événements et de comprendre mieux le monde dans lequel nous vivons. Ce mélange bien dosé entre polar et politique permet à ceux que l’histoire contemporaine passionne de passer un moment de détente agréable avec une intrigue policière bien ficelée, alliée à une meilleure compréhension de certains des enjeux géopolitiques de notre époque.

Il en était ainsi de son avant-dernier roman « Franco est mort jeudi », centré sur la guerre d’Espagne et ses conséquences. C’est aussi le cas pour celui-ci, « sur nos cadavres ils dansent le tango », publié comme toujours aux éditions Jigal.

Nous y retrouvons la jeune lieutenant Emma Govgaline, aussi étrange dans son apparence que séduisante et efficace dans son travail. Emma, dont la personnalité est marquée par celle de son défunt militaire de père, va mener l’enquête sans son comparse journaliste et amoureux épisodique, Clovis Garigou, en virée à New York, qui n’apparaîtra que furtivement à la toute fin du livre. Elle est chargée de trouver l’assassin de Vincent de Moulerin, ancien officier français ayant fait l’Indochine et l’Algérie, conseiller municipal de la ville de Marseille (tendance majorité présidentielle) et fondateur d’une grosse société de sécurité.

Elle découvre en fouillant dans son passé militaire, un passé classique pour les officiers de sa génération (Indochine et Algérie), qu’il avait officié en Argentine où — comme de nombreux officiers français — il servait de formateur aux militaires argentins pour les préparer à une répression méthodique et sanguinaire des forces progressistes du pays. Le polar nous entraîne alors dans les méandres d’une dictature militaire terrifiante de cruauté, celle de Videla et des généraux argentins à la fin des années 1970. Un Videla auprès de qui Augusto Pinochet, de sinistre mémoire, fait presque figure d’enfant de chœur !

Assez rapidement, l’enquête sur le meurtre apparaît secondaire. L’essentiel du propos de l’auteur est de décortiquer cette période trouble de l’Argentine des années 1976/83, dont le bilan est terrible : 30 000 personnes officiellement « disparues » (les desaperecidos), 15 000 personnes fusillées, 9 000 prisonniers politiques et 1,5 million d'exilés, sans parler des centaines de bébés kidnappés aux parents desaparecidos qui furent élevés par des familles proches du pouvoir qui étaient en mal d’enfant.
Comment articuler un récit qui se déroule à Marseille, de nos jours, avec cette histoire-là, vieille de plus de trente ans ? C’est là où le talent de romancier de Maurice Gouiran et son imagination entrent en jeu : le résultat est réussi et tout à fait crédible.

Plusieurs personnages donnent de la chair à ce récit, pour lequel le risque était de se contenter d’une sèche description d’une dictature sanglante dont l’Argentine porte encore la trace aujourd’hui. Maurice Gouiran ne tombe pas dans ce piège, essentiellement grâce à quelques personnages forts. Le plus original est sans doute celui de Kevin, le petit-fils de Vincent de Moulerin. Celui-ci, jeune geek talentueux de 14 ans, vit reclus dans sa chambre où il mène une vie virtuelle à laquelle ses parents ne comprennent rien. Nous découvrons avec lui l’univers de Second Life, dans lequel le jeune garçon, considéré par son père comme un raté intégral, est une star aussi bien dans le domaine de la création artistique que dans celui des affaires, puisqu’il y gagne des sommes d’argent (réelles celles-ci) plus que confortable à l’insu de sa famille.

« Kevin ne savait pas, ne savait plus ce qu’était la vie réelle, celle que menait sa famille. Il n’avait plus qu’un souvenir diffus d’un espace terrestre ravagé par la rapacité, la violence, l’intolérance, l’animosité, la frivolité, le mensonge, l’égoïsme… Bien entendu, il lui fallait manger et boire pour vivre. Il évoluait dans un espace où le virtuel et le réel s’interpénétraient constamment. Le frigo l’alimentait en coca et sucreries, Second Life lui offrait la liberté et l’indépendance, loin des contraintes matérielles. Il pouvait aller où il voulait, fréquenter qui bon lui semblait, faire l’amour aux filles rencontrées, voler comme un oiseau où se téléporter vers d’autres continents. C’était enivrant… »

Des retours en arrière nous permettent de découvrir Kevin quelques mois avant le meurtre. Intrigué par la personnalité de son grand-père, il cherche grâce à sa parfaite maîtrise de l’informatique et d’Internet, à percer des secrets de famille anciens, qui vont bouleverser sa vie.

Si l’Argentine est ici en toile de fond, il y a une autre toile de fond qui est une constante dans les romans de Maurice Gouiran : sa ville, Marseille. Une ville qu’il connaît à fond, aussi bien dans ses bons côtés (exprimés le plus souvent à travers le personnage de Clovis Garigou), que dans les mauvais (vus par les yeux d’Emma Govgaline). Celle-ci étant largement plus présente que celui-là dans cet épisode, la vision que le lecteur peut avoir de Marseille, si elle n’est pas franchement positive, est de toute façon stimulante et souvent amusante :

« [Emma] […] regrettait parfois d’être aussi éloignée des Marseillais. En fait, elle n’appréciait guère cette ville, braillarde et superficielle, dont la vie n’était ponctuée que par des règlements de compte ou des hurlements jaillissant du Stade Vélodrome. Ici, on ne semblait exister qu’à travers un club de football et nourrir son orgueil de buts et de victoires. […] Elle avait largement critiqué, auprès des uns et des autres, cette apparence de fraternité qui réunissait au creux d’une arène surchauffée les chômeurs des virages et les pontes du crus dégustant des coupettes dans les loges. Une fois la folie fiévreuse du samedi soir passée, le lundi matin les premiers se retrouvaient dans les salles d’attente des Pôles emploi tandis que les seconds, confortablement installés dans leurs limousines teutonnes, regagnaient leurs bureaux directoriaux. […] Pour elle, l’animation culturelle, les installations sportives et surtout le niveau d’une politique locale imbibée de clientélisme conféraient à la cité phocéenne le rang de première ville du tiers-monde ».

Au fur et à mesure que l’enquête progresse, Emma et Kevin permettent aux lecteurs d’avancer dans leurs découvertes respectives des ignominies perpétrées par le régime de Videla. Ces éléments-là sont forts bien documentés et je les ai trouvés passionnants.

L’intrigue ne doit quand même pas être jetée aux orties : elle est astucieuse et la solution de l’énigme peut surprendre, ce qui est un atout évident pour la réussite du livre. Le personnage d’Eva, l’épouse de Vincent aurait mérité d’être développé davantage, et en particulier ses relations avec son petit-fils Kevin, d’autant que le rôle d’Eva à la fin du roman prend de l’importance. C’est le seul reproche que je ferais à Maurice Gouiran, avec un dernier chapitre un peu trop rapide, qui laisse le lecteur sur sa faim… mais je ne veux pas en dire plus pour ne pas dévoiler la fin de l’histoire aux futurs lecteurs !

Cependant, malgré ce bémol, le livre est tout de même une réussite. Bien construit, une écriture agréable et efficace, des personnages plaisants, une meilleure compréhension du monde qui nous entoure… que demander de plus à un bon polar ?

4/5

Présentation de l'éditeur

Vincent de Moulerin, notable marseillais et conseiller municipal, vient d’être abattu de quatre balles de 11.43 dans un parking souterrain du centre-ville. Emma, jeune lieutenant de police au look étrange se retrouve en charge de l’enquête sur ce meurtre apparemment crapuleux. Mais, suivant son instinct et les conseils de Clovis, elle décide de fouiner dans le passé de la victime… De Moulerin est en effet un ancien colonel des paras qui a fait le coup de feu en Indochine… Il y est devenu un expert reconnu de la guerre antisubversive, appliquée en Algérie et bientôt exportée et enseignée avec succès en Argentine. L’Argentine, où en 76 une clique de généraux prend le pouvoir, instaure la dictature et terrorise le peuple : enlèvements, disparitions et tortures sont alors le lot de tous les opposants réels ou supposés. Et puis il y a Kevin, le petit-fils de Vincent, un ado apparemment disjoncté, qui bien que vivant reclus dans sa chambre et passant sa vie dans Second Life est en train de comprendre beaucoup trop de choses… Mais quel rapport existe-t-il donc entre le Mondial argentin de 78, l’École de Mécanique de Buenos Aires, Videla et sa junte, les bruits de bottes dans la Médina d’Alger, la Patagonie, les « desaparecidos », Kevin et Vincent de Moulerin… ? Maurice GOUIRAN aime dénicher les épisodes oubliés ou méconnus de l’Histoire… et bien souvent les pires ! En portant un coup de projecteur sur ces heures sombres, il perpétue la Mémoire… d’une plume trempée dans le sang des victimes. Tragique et édifiant !Broché: 272 pages
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http://unpolar.hautetfort.com/

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Re: Maurice Gouiran (France)

Message  lalyre le Ven 9 Oct 2015 - 17:21

Les vrais durs meurent aussi   
  Maurice Gouiran
   Editions Jigal 18 mai 2015
  332 pages     

Quatrième de couverture
Qu'un légionnaire assassiné nous entraîne dans les méandres de la guerre d'Algérie... passe encore ! mais quand deux, trois puis quatre de ces mercenaires à la retraite sont retrouvés égorgés, difficile d'imaginer que d'autres guerres plus anciennes, l'Indochine ou la 2e guerre mondiale, puissent en être la cause !
Et pourtant... Des faubourgs d'Alger au trésor des nazis, du delta du Méking aux lacs autrichiens, de New York au camp des oubliés, Clovis, égal à lui -même, va parcourir le monde et relire l'Histoire afin de démêler ce sac de nœuds et racines obscures ! Mais quel est donc le lien entre les piliers du Beau Bar, ces virils baroudeurs et la Madone de Botticelli ?


Petite chronique

Et voilà un polar tel que je les aime, plongée de suite dans l’ambiance en apprenant que déjà trois anciens légionnaires sont assassinés après avoir été torturés. Après cette découverte, me voici chez Biscotin qui habite une petite maison délabrée dotée de deux pièces minuscules, il ne sent pas à l’aise, il a peur ce brave vieux car le dénommé Polak lui a confié une mystérieuse boite à chaussures, que doit-il faire de cette boite ? C’est la question qu’il pose à Clovis, Clo pour les intimes. Il faut aussi dire que la canicule dérange les esprits et justement on force les petits vieux à boire à gogo, mais à la Varune, les vieux n’écoutent pas les ministres…y disent que ce sont des conneries, d’ailleurs heureusement  qu’il y a le Beau Bar. Il semblerait que l’on a trouvé le coupable, un certain Boualem qui a avoué, tiens donc, serait-ce par vengeance, car des légionnaires ont pillé, violé et tué pendant la guerre d’Algérie, mais était-ce une raison pour tuer des vieillards de plus de quatre-vingts ans ? Cependant Clo n’est nullement satisfait, il va poursuivre son enquête, d’autant plus que Zouba qui rêvait d’un grand procès pour crime contre l’humanité, ce qui aurait  mis la France au banc des accusés, a récupéré, grâce à des complicités, pas mal de documents dans les archives de la Légion étrangère, à Sidi-Bel-Abbès. Parlerais-je d’Alexandra, la belle amante de Clo, d’une certaine Lé ou de la jolie tenancière du Beau Bar et bien d’autres personnes toutes très attachantes. On bouge beaucoup dans ce polar, le camp de la Livrade ou le camp de oubliés, Marseille, l’Estaque et la Garrigue mais l’ambiance et les odeurs de la Provence si bien décrites…..

Mon avis
J’ai abrégé ma chronique car il y a tant à dévoiler dans ce roman ou l’auteur a eu l’art d’écrire phonétiquement cet accent si savoureux de la Provence avec le soleil et les boissons fraîches, il y a de qui faire rêver. Mais tout n’est pas rose dans ce polar, une sombre histoire de nazis, un trésor enfoui dans la vase d’un lac, des époques peu glorieuses, atrocités commises par des militaires quels qu’ils soient…. Tout cela raconté par l’agréable écriture de Maurice Gouiran, dont je découvre l’humour tout en nous offrant des rebondissements, Si ce n’était un polar, je pense que ce roman aurait pu être classé dans les historiques. 5/5

Une phrase que j’ai aimée parmi d’autres

Lorsque la nuit descend, les rescapés de Sainte-Livrade regardent les eaux vertes du Lot en songeant au Mékong
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