Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

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Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

Message  Aurore le Mar 19 Avr 2011 - 22:18



Poétesse et romancière islandaise, Kristin Ómarsdottir a fait des études de littérature et d'espagnol. Elle a commencé à écrire des poésies et nouvelles avant de se lancer dans des romans et des pièces de théâtre. Née à Reykjavik en 1962, T'es pas la seule à être morte ! est son troisième roman.

Source : Bibliomonde

T'es pas la seule à être morte ! - Kristin Ómarsdottir
(Le cavalier bleu, 2003, 236 p.)




Ce livre est le seul qui ait été traduit en français de cette auteur. Autant dire qu'avec un titre aussi provocateur, je n'ai pu qu'être attirée par cet ouvrage sorti de dieu sait où.

Au commencement du récit il est question d'une famille typiquement islandaise et plus précisément de la fille qui n'a pas été vue depuis hier au soir. C'est tout un clan qui se rassemble dans l'angoisse et l'attente de ce qu'il adviendra. Il y a le père (Arni), le fils aîné (Thordur), le deuxième fils (Einar), le narrateur (et troisième fils : Hogni) ainsi que le fils cadet (Mani). Mais ce qu'on apprend petit à petit c'est que la famille s'est peu à peu volatilisée : Olöf (la fille aînée) est décédée ainsi que la mère. Et celle qu'on attend c'est Johanna (deuxième fille et troisième dans la fratrie) qui est sortie la veille au cinéma.

Les deuils qui entourent la famille sont bien loin de la plonger dans le désarroi. Ils font comme partie intégrante de la famille et les morts sont toujours évoqués comme des êtres normaux continuant à exister, penser, etc. Il est bien là le loufoque de la situation : les morts cohabitent avec les vivants et sont même les spectateurs actifs de ce qu'il se passe sur Terre. Car oui, la mère parle, tout comme Olöf et quelques congénères du paradis (Hemingway, Léonard de Vinci et j'en passe).
Tous ont leur place et leur mot à dire dans le roman. Ils se disputent les projecteurs comme l'atteste cette discussion venue de l'au-delà :

- Papa est allongé sur le canapé. Je ne sais pas trop ce qu'il lui arrive à ce pauvre papa. Ah si, il est endormi. Mon dieu, j'ai eu une sacrée peur !
Dieu : "Quelqu'un m'a appelé ?"
Dieu n'obtient aucune réponse.
"Je croyais qu'il ne respirait plus." (p. 53)

Voilà parfaitement ce qui m'a charmé dans ce livre. L'irruption de personnages irréels, ayant existé ou existant toujours. On a l'impression que c'est du pareil au même ! J'avais déjà constaté le lien toujours très présent entre une morte et sa fille dans La place du cœur (rappelez-vous, fille et mère se disputaient de bon cœur alors que la génitrice était déjà bel et bien morte et enterrée) de Steinunn Sigurdardottir.
Je tiens d'ailleurs à saluer Eric Boury, traducteur et auteur d'une très bonne préface sur le rapport des Islandais avec la mort dans T'es pas la seule à être morte ! D'entrée de jeu on est soufflé par leur rapport diamétralement opposé au nôtre, nous Français. Car les Islandais ne font pas de la mort une fatalité, bien au contraire, c'est comme une trappe qui peut s'ouvrir à tout moment (les morts peuvent par exemple se manifester dans les rêves et être particulièrement influents).

Revenons-en à ce roman car il a été un euphorisant tout ce qu'il y a de plus salutaire. Cette famille dont les malheurs s'accumulent prend la vie avec philosophie. Les fils (et le plus jeune en tête) parlent de sexe alors qu'un cadavre gît toujours dans la pièce. Ils nettoient et habillent ce même cadavre avec le plus grand soin.
Moi qui suis tout à fait terrifiée par cette issue mortuaire, cette manière de relativiser et de continuer à vivre et à plaisanter même face à la tragédie, ça a été comme un soulagement, un poids en moins. Certes, il ne s'agit pas d'imiter ce comportement dans la réalité mais Kristin Omarsdottir a su, dans son roman, parler de la mort avec légèreté.

Autre exemple avec ce petit récapitulatif simpliste (p. 110) :
Taille initiale de la famille :
4 frères
2 sœurs
1 mère
1 père
= 8

Taille actuelle de la famille :
8
- 4
= 4
4 au Ciel, 2 enterrés, 2 en route vers la tombe et 4 sur Terre.

Il y a de l'humour dans la présentation des choses et, à la réflexion, bien qu'il soit noir, on y adhère à coup sûr. Pour ma part je considère que c'est un tour de force d'entrainer le lecteur dans une série de deuils fictifs tout en faisant apparaître en lui une foule de sourires. Tour à tour on est pantois, heureux, étonné mais c'est pleinement positif qu'on ressort de cette histoire.

L'étincelle qui fait qu'on y prend goût c'est cette alternance entre le Ciel, où tous se retrouvent (attablés autour d'un Bacardi, observant les vivants), et la Terre où les derniers rescapés continuent leur petit bonhomme de chemin. Les dialogues sont savoureux, les répliques cinglantes et pleines de justesse.
Il est temps pour vous de découvrir l'univers décalé d'une famille hors du commun : celle du héros, Hogni, un adolescent de 16 ans qui voit son monde se dérouler et peu à peu s'écrouler. Mais quelle claque !
4,25/5

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Re: Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

Message  Shan_Ze le Mer 20 Avr 2011 - 15:36

Merci pour ta critique Aurore, je le note ! Je pense que c'est un livre qui peut me plaire ! Very Happy
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Re: Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

Message  Shan_Ze le Sam 7 Mai 2011 - 11:55

T'es pas la seule à être morte ! de Kristin Omarsdottir
(Le cavalier bleu, 237 pages)

Dans une famille initialement composée de 6 enfants, une des filles vient de mourir et rejoint la mère et l'autre soeur au paradis qui prennent l'apéritif avec Hemingway et Leonard de Vinci en observant les vivants. C'est Högni, l'avant-dernier qui raconte cette histoire de famille.

J'ai bien aimé le parallèle entre le monde des vivants et celui des morts (Eric Boury introduit bien la pensée islandaise dans sa préface), ou quand les apparitions de Dieu quand certains s'exclament "Oh mon Dieu". J'ai aussi bien aimé l'humour noir de l'auteur quand il s'agit de parler de la mort. ou même de choses de moindre importance. Mais j'ai moins accroché à la trame de l'histoire qui manquait de consistance par certaines scènes ou dialogues. Un bon moment dans l'ensemble.

Note : 3.5/5
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Re: Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

Message  nauticus45 le Dim 8 Mai 2011 - 9:05

Ta critique est très tentante, Aurore, j'ajoute ce titre à ma LAL! Merci!
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Re: Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

Message  noemiejardine le Mer 25 Mai 2011 - 20:55

t'es pas la seule à être morte



Aurore, ton post a fait mouche: me suis vite procuré ce bouquin et viens de le refermer ce soir!
très sympa! il détend et met de bonne humeur!

présentation de l'éditeur:
Comment ne pas penser à la comptine des Dix petits nègres en lisant l’étrange roman de Kristín Ómarsdóttir ? Dans un
village de pêcheurs islandais, un homme veuf et ses quatre fils
entourent le cadavre de la dernière femme de la famille, qui s’est
jetée à l’eau. La mère les a quittés dix ans auparavant, suivie de peu
par la sœur aînée. Le père puis l’un des garçons les rejoindront au
Ciel. À la fin du roman, seuls auront survécu trois des frères, mais la
mort semble encore planer sur deux d’entre eux... La famille vit en
huis clos, coupée du monde, mais non de l’autre monde où ses membres
décédés, qui côtoient Hemingway et Léonard de Vinci autour d’un verre
de Bacardi, observent les vivants.
Sous l’œil distant du narrateur
- le dernier “petit nègre”, âgé de seize ans -, et à travers des
dialogues savoureux aux accents de théâtre, se superposent ainsi les
deux sphères. Le récit, troublant, macabre sans être morbide, mélange
les styles - comique et tragique, réaliste et poétique, absurde et
sentimental... La mort et l’amour côtoient leur cortège de tabous : le
suicide, le deuil, la vie après la mort ; le sexe, l’érotisme,
l’adultère, le désir et la jalousie.Un roman original et émouvant, où
le monde des morts semble plus réel que celui des vivants.

Merci Aurore, aurai passé un très joyeux moment!
un seul bémol: une traduction parfois un brin bâclée...

3.5/5
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Re: Kristin ÓMARSDOTTIR (Islande)

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