Boubacar Boris DIOP (Sénégal)

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Boubacar Boris DIOP (Sénégal)

Message  Lacazavent le Dim 10 Avr 2011 - 16:53

Murambi, le livre des ossements de Boubacar Boris Diop
Zulma / 269 pages





Quatrième de couverture :
Construit comme une enquête et un réquisitoire, avec une extraordinaire lucidité, le roman de Boubacar Boris Diop nous éclaire sur l'ultime génocide du XXe siècle mieux que tous les essais et témoignages. Avec une sobriété d'un classicisme exemplaire, l'auteur expose les faits, ses rouages et ses ressorts cachés : quelques personnages en situation, avant, pendant et après le génocide, se racontent et se croisent, s'aiment et se confessent. Jessica, la miraculée qui sait et comprend du fond de son engagement ; Faustin Casana, membre des Interahamwe ; le docteur Joseph Karekezi, notable hutu naguère modéré, qui organisa et coordonna le massacre de Murambi ; le colonel Etienne Périn, officier de l'armée française; Cornelius Karekezi enfin, qui, de retour au pays quatre ans après le drame, découvre l'épouvantable responsabilité de son père. En vrai romancier, Boubacar Boris Diop nous interdit les faux-fuyants qui voudraient folkloriser les drames africains pour mieux les oublier. En " raconteur d'éternité ", avec toute la rigueur d'un talent sans faille, il nous oblige à regarder en face notre réalité, qu'on voudrait sauve de tout autre désastre humain.




C'est un livre vraiment bouleversant.
Ce livre emprunte à la fois aux codes du roman et du témoignage, la construction en est un peu bancale par moment, maladroite. On lui pardonne facilement tant il doit être difficile de romancer moins de 20 ans après des faits si horribles. D'ailleurs dans la postface Boubacar Boris Diop nous explique la manière dont il a construit ce livre, son choix de la fiction. Cette vision du génocide rwandais est très intéressante, contrairement aux reportages et témoignages qui placent le lecteur immédiatement dans l'émotion, la partie romancé donne un certain détachement et une incroyable puissance aux propos sans jamais en ôter leur sensibilités.
Un très beau livre que je conseillerai à tous ceux qui veulent en apprendre un peu plus sur le génocide rwandais.


4,5/5



Ce livre a été écrit dans le cadre d'une manifestation organisé par Fest'Africa, dix auteurs ont été invité au Rwanda, dix œuvres pour ne pas oublier le génocide rwandais.
La phalène des collines de Kouley Lamko  (Tchad)
L'aîné des orphelins de Tierno Monemembo  (Guinée)
La grande tristresse de Meja Mwangi  (Kenya)
Murekatete de Monique Iboudo  (Burkina-Faso)
Franc -Rwanda, les coulisses d'un génocide de Vénuste Kayimahé  (Rwanda)
L'ombre d'Imana. Voyage jusqu'au bout du Rwanda de Véronique Tadjo (Côte d'Ivoire)
Le génocide des Tutsi expliqué à un étranger de Jean Marie Vianney Rurangwa (Rwanda)
Terminus, textes pour le Rwanda de Abdourahman Al Waberi (Djibouti)
Nyanirambo de Nocky Djadanoum  (Tchad)



PS:
Les deux livres de Jean Hatzfeld, Dans le nu de la vie -récits des marais rwandais et Une saison de manchettes complètent le livre de Boubacar Boris Diop. Ces trois ouvrages me semblent incontournable pour tous ceux qui voudrait en apprendre plus par le biais de la littérature.


Dernière édition par Lacazavent le Jeu 25 Sep 2014 - 12:14, édité 1 fois

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Re: Boubacar Boris DIOP (Sénégal)

Message  Awara le Jeu 25 Sep 2014 - 12:11

MURAMBI, LE LIVRE DES OSSEMENTS
Boubacar Boris DIOP
Editions Zulma poche, 2014, 450 pages.


ce livre est un roman bouleversant qui m’a profondément marqué tout en m’ouvrant les yeux sur une sombre page de l’histoire récente.

Le titre est surprenant et j’ai cherché à savoir ce qu’était Murambi. C’est un endroit emblématique du massacre des tutsis. Il y avait là une école technique où 45 000 à 50 000 tutsis furent concentrés et massacrés. Après le génocide,  les cadavres furent exhumés et exposés dans l’école de cette ville. Le Rwanda en a fait un lieu de mémoire.
 
Des amis d’enfance se retrouvent en 1998, quatre ans après le génocide : Cornélius a vécu depuis 25 ans en exil et fait sa vie à Djibouti ;  Jessica s’est engagée à fond dans la résistance des Tutsis infiltrant les groupes combattants Hutus; Stanley, lui, a parcouru le monde à la recherche de fonds pour alimenter cette même résistance. Cornélius arrive de Djibouti où il enseignait avec le projet de s’installer au Rwanda et d’écrire une pièce de théâtre sur le génocide. Auparavant, il souhaite aller se recueillir à Murambi où ses parents ont péri lors du terrible massacre d’avril à juin 1994.  Il va aussi y rencontrer son oncle Siméon Habineza qui a toujours fait preuve d’une grande sagesse. Son père, le docteur Kareseki, faisait partie d’une famille de notables Hutus, c’était un homme respecté et modéré, alors que sa mère était d’origine tutsi.
Cornélius sent un malaise chez ses amis. Jessica lui apprend que son père, qu’il avait eu  au téléphone la veille du massacre, en est aussi l’un des principaux instigateurs, bien que sa femme et ses enfants soient morts au cours de celui-ci.  Cet homme vit actuellement en exil, exfiltré par les militaires français… Cornélius va alors partir sur les traces de ce père pour chercher à comprendre.
Mais ce livre n’est pas que l’histoire de Cornélius qui sert que de fil rouge au roman. En fait l’auteur a juxtaposé des histoires de personnes  qui s’expriment à la première personne. La chronologie des événements se déroulant avant, pendant et après le génocide est entremêlée à ces moments de vie que livrent victimes et bourreaux, tutsis et Hutus. L’auteur livre même le témoignage d’un colonel français chargé d’évacuer vers le Congo les responsables du génocide.
 
La grande force de ce livre est d’avoir été écrit par un sénégalais, un homme africain mais pas rwandais, ce qui lui évite tout parti pris en faveur de l’un ou l’autre groupe. Il a été invité, en 1998,  par le festival Fest’Africa avec une dizaine d’autres auteurs africains pour écrire « Rwanda : écrire par devoir de mémoire ». Il rencontre au cours de son séjour des survivants dont il doit vaincre la méfiance et, soucieux de respecter leurs témoignages, il choisit de donner la parole à ces hommes et ces femmes qui à tour de rôle livrent des faits, ce qu’a été leur expérience du génocide. Le style est incisif et sobre. On découvre avec Boubacar Boris Diop que la haine entre tutsis et hutus n’est pas ancestrale,  les premiers massacres datant de 1959 ; ce n’est pas une guerre civile, mais un génocide extrêmement bien préparé. Ce livre est enrichi d’une  postface de Boubacar Boris Diop qui permet de mieux percevoir la fabrication de cette haine tribale par les colons et missionnaires allemands, belges et français. L’écrivain qui s’interroge sur sa cécité au moment du génocide, se rappelle un proverbe sénégalais : « Si tu empruntes à quelqu’un ses yeux, ne t’étonne pas, l’ami, d’être obligé, quoi que tu fasses, de ne voir que ce que lui-même voit… ».


Note 5/5
 
Lacazavent: je trouve très intéressant que tu aies noté les livres écrits à la suite de cette résidence d'écrivains

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