Eddie MULLER (Etats-Unis)

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Eddie MULLER (Etats-Unis)

Message  Bernard le Sam 5 Fév 2011 - 18:06



Mister Boxe

Fayard Noir - 2002 - 443 pages

Roman policier

Résumé :

William Nichols, surnommé Mister Boxe, journaliste sportif spécialisé boxe à l'Inquirer de San Francisco, arrive chez Gig Liardi, entraineur de boxe, où il trouve Hack Escalante, boxeur poids lourd qui lui avoue avoir frappé un peu trop fort sur l'entraineur, lequel serait mort en se cognant la tête lors de sa chute. Nichols aide Escalante à se débarrasser du corps.

Mon avis :

San Francisco, 1948.

La vie n'est pas un long fleuve tranquille, bien au contraire et Nichols va le découvrir et en faire les frais.
Voilà un homme assis dans sa carrière et dans sa vie familiale dont rien ne semble troubler l'existence et dont tout va s'écrouler ou presque de la façon dont seul le destin est capable de se charger.
Les articles de Nichols font référence dans ce monde particulier qu'est la boxe. Il fait la pluie et le beau temps, capable de lier et délier une carrière de boxeur mais pas uniquement, les entraineurs et les requins qui nagent ou surnagent dans ces eaux troubles, nauséabondes, glauques sont, aussi, concernés.
Nichols, au fil du livre, se dévoilera au hasard d'une histoire d'amour aussi subite que passionnée et douloureuse. C'est un direct du droit doublé d'un direct du gauche au coeur.
Ce n'est pas le genre de la maison, mais les habitudes, les matches et les après matches font de Nichols un homme attendu par sa femme qu'il délaisse au profit du noble art. Est-ce une raison ? Qui le sait ? Ida Nichols veut un enfant, pas Billy, elle ira le chercher ailleurs, en cachette, sournoisement, d'autant que ce dernier recevra la nouvelle d'un tiers en pleine poire façon uppercut. Crédule, encore, Billy pensera que cela ne sortira pas de la famille, alors qu'à cette époque San Francisco n'est qu'un village surtout lorsque l'on est une gloire locale.
Nichols n'est pas blanc non plus, il se fait piéger par Claire la femme de Hack, son pote, l'enfant du pays, le poids lourd grandi trop vite, le gosse devenu géant, capable de ne gagner sa vie qu'en distribuant des coups et en en recevant. L'homme aux battoirs à la place de mains susceptibles d'assommer un boeuf. Il fait peur Hack et il vénère Billy qui lui a sauvé la mise, mais la mise ne l'a-t-il sauvée qu'à lui ? Quel rôle jour Claire dans ce crime ? Est-elle téléguidée pour faire tomber Nichols ? Lui, plonge du sautoir de 10 mètres dans une piscine sans eau : plus dure sera la chute !
Mais Billy trouvera, l'espace d'un moment, une confidente et il lui déballera son sac, trop lourd à porter même pour de larges épaules. Il le posera ce sac, il le fallait cela devenait irrespirable. Comme quoi, et c'est le message, les non-dits, les faux-fuyants, à un moment bouffent l'intérieur comme un crabe et faut que ça sorte avant implosion.
Claire n'est pas de reste, sa vie elle se la garde, elle la cache et surtout à hack, son mari. D'autres savent et en joueront jusqu'à lui faire payer son attachement à Nichols.
Dans cette riche palette de personnages tous plus ambivalents les uns que les autres, qui tire, réellement les ficelles ?
C'est la question que se pose l'inspecteur O'Connor, irlandais pur sucre, insidieux, jusqu'au-boutiste, pugnace, amateur de boxe et lecteur des articles de Nichols.
Nichols de son côté prendra l'enquête à son compte, jouera de ses relations, interviendra quitte à se bruler les ailes et confondra les coupables. Dupe, O'Connor ne l'est pas :
-Mais vous y êtes dans le coup, ça fait pas l'ombre d'un doute. Dit-il à Nichols.
Les preuves lui sont fournies par Billy. Il fera avec ! Il n'en a pas d'autres.

A cette époque la boxe c'est les Etats Unis. On traverse l'Atlantique pour le titre mondial, voir Cerdan.
Les Etats Unis, certes, mais la côte Est, New York et le Madison Square Garden. La côte ouest n'existe que dans le local, le championnat de Californie, tout au plus. Aussi quand Nichols arrivera à faire organiser un championnat du monde à San Francisco ce sera un aboutissement et le début d'un certain changement accompli à notre époque, notamment avec Végas et les mégas Casinos, MGM, Caesar Palace...
Le développement de ce qui scotchait les amateurs du noble art à leur radios, passera par la télévision. Muller nous en donne, ici, un avant goût. Il va plus loin dans le doute et les craintes suscités par ce média, lesquels s'avéreront justifiés.
Muller nous offre une oeuvre d'une puissance hors du commun, d'abord parce que ce n'est pas uniquement un livre sur la boxe mais un livre foncièrement humain, disséquant les personnages comme un légiste un cadavre, avec méthode et réalisme. Les gens sont comme ça pourquoi inventer ?
Ensuite parce que cette plume qu'il trempe dans son sang, sa bile, ses humeurs est dérangeante de véracité, elle frappe en crochets courts puissants, durs à encaisser. L'arbitre compte, forcément, on se relève, groggy, mais on se relève.
Seul un écorché vif possède cette puissante d'écriture, seul un type qui vit ce genre d'événements sait transmettre ses sentiments. Bunker et Ellroy étaient tôlards, Burke alcolo...Muller a vu son père fréquenter ce beau monde avec les conséquences que cela implique et le père de Nichols, dans le bouquin est typo, les mains grises à force d'encre incrustée dans la peau, syndicaliste qui se fait casser la gueule par les briseurs de grève, rêve ou réalité...?
Le moment de bravoure se situe au chapitre 36, lorsque Nichols/Muller raconte le championnat du monde, les vestiaires, le calme avant la tempête, le respect, les gants, le coin, le match round après round dans un style diamétralement opposé au style radiophonique ou journalistique, non c'est en romancier qu'il conte. C'est un grand moment de littérature.
Je comparerai ce livre au Chant du bourreau de Mailer, Underworl USA de Ellroy, De sang froid de Capote !

C'est un chef d'oeuvre !

5/5
B
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Bernard

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