Paul MORAND (France)

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Paul MORAND (France)

Message  Aurore le Dim 28 Mar 2010 - 11:33

Paul Morand est né en 1888 et est mort en 1976 à Paris. Il est connu en tant que nouvelliste, romancier, essayiste, chroniqueur, biographe et à ses débuts comme poète et dramaturge. Il fut aussi diplomate et est considéré comme un des pères du "style moderne" en littérature.



Tendres Stocks (préfacé par Marcel Proust) et Ouvert la nuit le rendirent célèbre dès le début des années 20. Sa réputation littéraire s'accrut au fil des publications mais a été ternie de par son implication au régime de Vichy.

Le jeune Paul apprend l'anglais très tôt et fait de fréquents voyages à Londres. Il visite également Venise et l'Italie du nord et se rend chaque année un mois au Lac de Côme.
En 1905 il rate l'oral de philosophie de son baccalauréat et obtient Jean Giraudoux comme précepteur. Élève plus assidu, il intègre l'École libre des Sciences politiques et réussit le concours du Quai d'Orsay. Tout en débutant dans la Carrière, il s'essaie à la poésie et côtoie Marcel Proust. Dans les années 1920-1930 il écrit de nombreux textes notamment des récits de voyages, des romans brefs et des nouvelles qui sont autant de très beaux écrits vifs et qui frappent par la fine description des pays traversés par l'auteur.
Proche du régime de Vichy durant la guerre, il est contraint de s'exiler en Suisse à la Libération ce qui lui fit dire la très célèbre formule "L'exil est un lourd sommeil qui ressemble à la mort" (Chronique de l'homme maigre).
Il devient avec Jacques Chardonne le chef de file d'une nouvelle génération d'écrivains appelés les Hussards.
En 1968 il est élu à l'Académie française mais n'est pas reçu par le chef d'Etat.
Mort peu de temps après sa femme, la richissime Hélène Soutzo, grecque de Trieste et princesse roumaine, il fit mêler leurs cendres à Trieste.

La bibliographie de Paul Morand est très riche en :
- poèmes
- romans et nouvelles
- chroniques
- essais et portraits d'écrivains
- récits de voyages et portraits de villes

(Biographie largement tirée de Wikipédia)

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Bug O'Shea - Paul Morand

Message  Aurore le Dim 28 Mar 2010 - 12:33

Bug O'Shea - Paul Morand
(Ed.
du Rocher, 1994, 116 p., Collection Alphée)





Bug O'Shea, dit le grand Bug, ou le Gorille, est un
bandit de grand chemin qui a fait courir les autorités américaines. Il
vient de décéder à Chicago et c'est le remue-ménage pour rappatrier son
corps en Irlande, patrie dont il est originaire. La première partie du
roman retrace toute l'effervescence que provoque l'annonce du décès sur
la population locale (américaine). Beaucoup lui tirent leur chapeau car
même s'il a été recherché, vivait en fuite, le grand Bug termine sa vie
comme il l'aurait voulu : chez lui, en Irlande. C'est à bord du dernier
Transatlantique que son corps rentre à la maison.

Suite du récit avec une rupture dans l'action : on est en Irlande, non
pas à Dublin, ville forte et urbanisée, mais dans les verts paturages de
régions délaissées à la Mère nature. Un personnage, un Yankee dont on
ne sait rien si ce n'est qu'il désire trouver demeure là où il pourrait
mener une parfaite vie de Robinson. Nous suivons donc sa quête de la
demeure idéale, lui arpentant des paysages tous plus sauvages et
bucoliques les uns que les autres. Des compagnons de voyage (Cucogri et
Lady Glencoe, Irlandais de souche) viennent orienter notre héros vers
des maisonnées très reculées et c'est donc de grandes descriptions de
paysages bruts de décoffrage, dignes de peintures des origines du monde
auxquels nous avons droit :

Devant lui, les ruines de l'abbaye de Muckross
avaient la forme d'un paquebot de pierre immobilisé dans un océan de
verdure et de mousse. Meurtries par les guerres de religion, les arches
gothiques se rejoignaient en d'étroites ogives, imitant les arbres des
allées centenaires. Le toit de l'église avait brûlé et livrait passage
aux cyprès et aux yeuses sombres, avec leurs sautoirs d'églantines, qui
avaient poussé dans la nef. A travers les arcs des croix celtiques - la
croix inscrite dans un cercle -, brillait le lac d'argent, tandis que
les vaches ruminaient doucement, souillant de leur bave verte les
pierres tombales sur lesquelles dormaient sous globe de candides
bouquets funéraires en porcelaine, blancs comme des bouquets de mariée
.
(pp. 67-68).

J'ai trouvé plusieurs intérêts à cette lecture mais le principal a été
de poursuivre sur ma lancée après la très bonne lecture d'un William
Trevor qui m'avait incité à aller voir au-delà. J'avais, de plus, envie
de me plonger dans ces paysages verdoyants dont je savais que Morand
saurait me parler par l'intermédiaire de son héros. Car en prenant comme
porte-parole un Yankee, un frêle touriste plein d'espoirs, c'est un
regard tout neuf d'une Irlande bien loin de la civilisation actuelle qui
m'était livré.
Bug O'Shea reste au centre de l'histoire avec une évocation du rôle
qu'il tient pour les Irlandais : il fait figure de héros car, de ses
butins, il envoyait une forte somme à ses villages irlandais isolés pour
qu'ils gardent leur aspect rupestre. C'est donc grâce à un gangster que
ces petits paysages gardaient toute leur féérie, que se dévoilait une
Irlande non encore foulée et pleine de mystère.

Un très beau moment plein de poésie ! Je salue les images invoquées par
Morand et son incroyable aptitude à nous ramener plus de 70 ans en
arrière pour nous donner à voir ce que la nature aurait pu persister à
être, sans l'intervention de l'homme.


4,5/5

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Bug O'Shea - Paul Morand

Message  Aurore le Dim 28 Mar 2010 - 12:37

Bug O'Shea - Paul Morand
(Ed. du Rocher, 1994, 116 p., Collection Alphée)






Bug O'Shea, dit le grand Bug, ou le Gorille, est un bandit de grand chemin qui a fait courir les autorités américaines. Il vient de décéder à Chicago et c'est le remue-ménage pour rapatrier son corps en Irlande, patrie dont il est originaire. La première partie du roman retrace toute l'effervescence que provoque l'annonce du décès sur la population locale (américaine). Beaucoup lui tirent leur chapeau car même s'il a été recherché, vivait en fuite, le grand Bug termine sa vie comme il l'aurait voulu : chez lui, en Irlande. C'est à bord du dernier Transatlantique que son corps rentre à la maison.

Suite du récit avec une rupture dans l'action : on est en Irlande, non pas à Dublin, ville forte et urbanisée, mais dans les verts pâturages de régions délaissées à la Mère nature. Un personnage, un Yankee dont on ne sait rien si ce n'est qu'il désire trouver demeure là où il pourrait mener une parfaite vie de Robinson. Nous suivons donc sa quête de la demeure idéale, lui arpentant des paysages tous plus sauvages et bucoliques les uns que les autres. Des compagnons de voyage (Cucogri et Lady Glencoe, Irlandais de souche) viennent orienter notre héros vers des maisonnées très reculées et c'est donc de grandes descriptions de paysages bruts de décoffrage, dignes de peintures des origines du monde auxquels nous avons droit :

Devant lui, les ruines de l'abbaye de Muckross avaient la forme d'un paquebot de pierre immobilisé dans un océan de verdure et de mousse. Meurtries par les guerres de religion, les arches gothiques se rejoignaient en d'étroites ogives, imitant les arbres des allées centenaires. Le toit de l'église avait brûlé et livrait passage
aux cyprès et aux yeuses sombres, avec leurs sautoirs d'églantines, qui avaient poussé dans la nef. A travers les arcs des croix celtiques - la croix inscrite dans un cercle -, brillait le lac d'argent, tandis que les vaches ruminaient doucement, souillant de leur bave verte les pierres tombales sur lesquelles dormaient sous globe de candides bouquets funéraires en porcelaine, blancs comme des bouquets de mariée
.(pp. 67-68).

J'ai trouvé plusieurs intérêts à cette lecture mais le principal a été de poursuivre sur ma lancée après la très bonne lecture d'un William Trevor qui m'avait incité à aller voir au-delà. J'avais, de plus, envie de me plonger dans ces paysages verdoyants dont je savais que Morand saurait me parler par l'intermédiaire de son héros. Car en prenant comme porte-parole un Yankee, un frêle touriste plein d'espoirs, c'est un regard tout neuf d'une Irlande bien loin de la civilisation actuelle qui m'était livré.
Bug O'Shea reste au centre de l'histoire avec une évocation du rôle qu'il tient pour les Irlandais : il fait figure de héros car, de ses butins, il envoyait une forte somme à ses villages irlandais isolés pour qu'ils gardent leur aspect rupestre. C'est donc grâce à un gangster que ces petits paysages gardaient toute leur féérie, que se dévoilait une Irlande non encore foulée et pleine de mystère. Le croisement de deux personnages, l'Américain sans aucune attache et l'Irlandais accueilli comme enfant prodigue, permet de voir qu'un seul pays, l'Irlande, est au centre de nombreux paradis perdus.

Un très beau moment plein de poésie ! Je salue les images invoquées par Morand et son incroyable aptitude à nous ramener plus de 70 ans en arrière pour nous donner à voir ce que la nature aurait pu persister à être, sans l'intervention de l'homme.


4,5/5

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