Catherine MAVRIKAKIS (Canada/Québec)

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Catherine MAVRIKAKIS (Canada/Québec)

Message  Lacazavent le Lun 30 Nov 2009 - 13:50

Le ciel de Bay City de Catherine Mavrikakis
Roman, Sabine Wespieser Éditeur / 294 pages






« Les années soixante et soixante-dix

De Bay City, je me rappelle la couleur mauve saumâtre. La couleur des soleils tristes qui se couchent sur les toits des maisons préfabriquées, des maisons de tôle clonées les unes sur les autres et décorées de petits arbres riquiqui, plantés la veille. Je me souviens d'un mauve sale qui s'étire des heures. Un mauve qui agonise bienveillamment sur le destin ronronnant des petites familles. Dès cinq heures du soir, quand les voitures commencent à retrouver leur place dans les entrées de garage, on s'affaire dans les cuisines. Les télés se mettent à hurler et les fours à micro-ondes à jouir. Les barbecues exultent, les skate-boards bandent, dilatent démesurément leurs roues en se cognant vicieusement sur les bicyclettes et les ballons de basket lancés contre un mur répercutent à travers les allées l'ennui de tout un continent.
À Bay City, à peine la journée est-elle finie qu'on accueille le soir frénétiquement en se préparant pour le sommeil sans rêve de la nuit. À Bay City, mes cauchemars sont bleus et ma douleur n'a pas encore de nom. (…) » p1





Dans une petite ville de banlieue américaine, Bay city au bout de Veronica Lane, habite Amy. Elle aurait pu être une adolescente américaine comme d'autre, elle grandit dans un petite maison au toit de tôle entre Denise sa mère et sa tante qui ont quitté la France après la dévastation de la seconde guerre mondiale. Rejeté par sa mère qui ne l'a jamais aimé et qui lui parle toujours avec le plus grand mépris Amy va découvrir l'histoire de sa famille et de ses 48 victimes de la shoah. Obsédé par son passé, elle rencontre cachés et tremblant dans le sous-sol de la maison ses grands-parents mort à Auschwitz. Alors ce soir du 4 juillet 1979, le jour de ses dix-huit ans, elle met le feu à la maison pour que les vivants rejoignent les morts dans une ultime tentative pour oublier son histoire.




C'est un roman extrêmement sombre, et déroutant. Dans cet univers désespéré, on jongle entre la réalité et le passé, toujours à la frontière de la folie, on lit un roman où les fantômes retrouvent un corps et une existence. Écrit dans une écriture particulièrement épuré, ce texte acquiert peu à peu une force qui se renforce par le travail méticuleux et précis sur le choix des mots et la construction des phrases.
Il n'y a pas de surprise dans ce livre pas d'intrigue juste une puissance d'écriture une façon de retranscrire des émotions de créer des images et un sentiment de malaise qui ne vous quitte pas de toutes votre lecture. Bien que ce livre m'ai transporté dans un autre univers, j'ai été bien vite agacé non pas par la noirceur de l'histoire mais par des répétitions qui reviennent inlassablement au fil des pages. Portant sur le ciel et sa couleur, elles reviennent à toutes les sauces :
P34 « À Bay City, dès ma plus tendre enfance, je regrette tous les jours d’être née. Je scrute le ciel mauve sans cesse »
un peu plus loin « Dans le cagibi, il n’y a aucune fenêtre. On ne peut apercevoir aucun bout de ciel. On ne peut distinguer rien comme un espoir. Dans le cagibi, je trouverai contre les corps de mes grands-parents, un sommeil sans faille. Celui des morts, pour qui le ciel et ses couleurs n’existent plus »

Rare sont les livres qui me retourne à ce point, ce fut une lecture éprouvante dont je me souviendrais longtemps... 4,75/5




Le site de l'auteur : http://www.catherinemavrikakis.com/
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Sous le Ciel de Bay City

Message  flop-itude le Jeu 3 Déc 2009 - 21:34

Le ciel mauve contient un air irrespirable de cendres et d'âmes mortes, il est violet, de cette couleur mortuaire recouvrant comme un drap le monde d'Amy. C'est l'héroine de ce livre dérangeant à l'écriture sulfureuse et cynique. Elle habite une maison en kit qu'on a posée dans les années soixante sur un carré d'herbe impersonnel. Habillée de climatiseurs vibrants dans une zone où l'industrie automobile prospère en joignant ses fumées à celles de tous les holocaustes, cette maison est un volcan où Amy se bat contre des fantômes. En psychologie, on dirait que cette petite souffre d'un problème d'identité. Sa propre histoire est lourde du décès de sa soeur ainée morte à la naissance, être parfait de n'avoir pas vécu qui rend sa soeur coupable d'être elle, en vie. Par ailleurs, Amy vit dans cette maison avec sa mère et la soeur de mère dans une constellation familiale bizarre où son propre père grec d'origine est un grand absent et l'oncle mari de la seconde un ancien prêtre. Traumatisée par la guerre, les deux soeurs ont quitté la Normandie où elles avaient été adoptées par un couple pour s'installer aux Etats-Unis faisant une croix sur un passé juif se faisant catholiques pour conjurer l'horreur. Secrets et non-dits entrainent Amy dans une folie d'où surgissent les morts, envahie de tout ce qu'elle imagine sans le savoir, incapable d'être sans reconnaître. Beaucoup de symboles, entre culpabilité et renaissance, Amy à 18 ans verra disparaitre en fumée toute sa famille persuadée d'être celle qui a mis le feu alors que l'enquête la disculpe. C'est toute la problématique du livre : peut-on ne pas se sentir responsable de faits monstrueux que l'on a pas vécu mais qui poursuivront l'humanité jusqu'à la mort? Heureusement que l'écriture de Catherine Mavrikakis n'est pas dénuée d'un certain humour noir que l'on trouverait presque gai dans ce livre furieusement morbide. L'héroine pourtant arrive à s'épanouir en devenant pilote d'avion avant de donner naissance à une fille nommée Heaven (bien sûr!) entre un bain dans le Gange et une pratique approfondie du yoga. J'ai bien peur de ne pas être capable de donner envie de lire ce livre à qui que ce soit mais en même temps j'en suis sortie marquée, indubitablement solidaire d'une humanité criminelle. Bonne chance...

Ce n'est pas le genre de livre qui se juge par une note...Je ne peux pas. Flop
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Re: Catherine MAVRIKAKIS (Canada/Québec)

Message  Lacazavent le Ven 4 Déc 2009 - 9:47

Ta critique est très belle Flop, tu as su exprimer certains sentiments sur lesquels je ne parvenais pas à mettre de mot.
Tu as raison c'est un livre difficile à noter, et j'avoue que je me suis surtout basée sur le souvenir qui va me rester plus que sur la lecture même.
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Re: Catherine MAVRIKAKIS (Canada/Québec)

Message  Awara le Mer 26 Nov 2014 - 19:40

LA BALLADE D’ALI BABA
Catherine MAVRIKAKIS
Sabine. Wespieser Editeur, 2014, 196 pages.

De lieux en lieux – Key West, Las Vegas, Alger… Erina, la narratrice, universitaire spécialiste de Shakespeare, raconte la vie de son père, Vassili Papadopoulos, fantasque et séducteur dont la vie pourrait être une épopée ou un conte comme celui d’Ali Baba et les quarante voleurs. Neuf mois après la mort de ce père qui l’a fait rêver enfant en l’emmenant voir l’océan ou en lui faisant visiter Florence à sa façon, elle le retrouve un soir à Montréal, vieillard fragile et mal vêtu; elle ne s’étonne pas et l’accompagne chez lui. Elle le revoit une dernière fois au cours de laquelle il lui demande de répandre ses cendres dans un lieu connu d’elle.


 
J’ai oscillé entre l’intérêt et la lassitude dans la lecture de ce roman dont l’écriture est limpide et agréable. Vassili, malgré son côté flambeur et inconséquent, est attachant. Mais je n’ai pas adhéré à la rencontre d’Erina avec le fantôme de son père. J’ai également été gênée par le décalage improbable entre le jeune Vassili et le père d’Erina. Enfant né en Grèce, il est parti en exil à Alger et s’est retrouvé trop jeune responsable de sa mère, de ses frères et de sa sœur. Devenu adulte et chef de famille, la délaissant durant des années, il fut avant l’heure un fantôme  pour elle et lui a  fait vivre ce que son propre père avait infligé à sa femme et à ses enfants… On a du mal à comprendre comment cet homme a eu ce trajet. Ce roman est une succession de flashs sans chronologie, bien écrits, mais qui d’une part manque de consistance et d’autre part ne dégage pas la magie des contes ou d’une légende comme le titre pourrait le suggérer. 
 
Note 3,5/5

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Re: Catherine MAVRIKAKIS (Canada/Québec)

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