Clémence BOULOUQUE (France)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Clémence BOULOUQUE (France)

Message  Mousseline le Sam 1 Nov 2008 - 13:30

De : Claarabel (Message d'origine) Envoyé : 2004-03-29 11:20

Bon, je vous parle (encore) d'un petit écrivain tout jeune, tout sympa : Clémence Boulouque, 26 ans, futur grand talent...

Premier roman : "Mort d'un silence"

"Je suis la fille du juge Boulouque, et cela ne rappelle plus rien à personne." Clémence Boulouque est bouleversante: de sa plume grave et légère, pleine de tendresse et de rage au coeur, elle se délivre de son enfance. Elle n'était pas une simple jeune fille insouciante, elle était fille du juge qui avait en charge les dossiers anti-terroristes des années 80. Personnellement, je ne savais pas non plus qui était le juge Boulouque. Je n'ai pas le souvenir de la terreur des années 80: j'avais l'âge de la narratrice. Je partage avec elle cette insouciance d'une gamine qui grandit en écoutant Elsa, qui mange trop de sucreries et qui taquine son père en lui reprochant son absence de plus en plus. Mais ce qui rend la jeune fille différente de toutes les gamines ordinaires, c'est que Clémence était escortée par des gardes du corps, Clémence apprenait de la bouche de son père les mécanismes des bombes à la nytroglycérine, Clémence ne sortait jamais seule, Clémence n'avait pas de petits copains et Clémence n'avait jamais les cheveux mouillés quant il pleuvait à verse... Une voiture blindée, des gardes aux portes, un sac d'école oublié et les démineurs sont sur le qui-vive, bref: l'enfance de Clémence est impressionnante et sous haute surveillance. Au point que la jeune fille souhaitait secrètement que tout ça finisse pour en être délivrée et pouvoir vivre normalement. Hélas la délivrance arrive avec le suicide de son père, deux semaines avant Noël.

Le texte de Clémence Boulouque est émouvant. C'est le témoignage d'une jeune fille devenue injustement orpheline, et qui porte l'éternel regret d'avoir été trop capricieuse et méchante avec son père (pour lui faire payer ses absences). En septembre 2001, elle est à New York. Dans ce pays où elle a cherché à reconstruire sa vie, à oublier et panser ses peines, son passé la rattrape. Les mots de son enfance coulent sur le papier, entre les souvenirs heureux et les moments graves, entre le désir d'être ordinaire et la conscience de demeurer la Fille du Juge. C'est beau, c'est touchant. Clémence Boulouque nous livre un texte magnifique sous forme d'un gros sanglot à jamais contenu.

Gallimard, 121 pages, 10.50 euro

Nouveau (et deuxième) roman : Sujets Libres (paru mars 2004)

La recherche des racines

"C'était nouveau, ce besoin de savoir, après des siècles où il était obligatoire de s'inscrire dans une lignée puis des décennies d'indifférence ou d'intégration, à tout prix, à toute force. Et maintenant, cet étrange besoin de racines, d'identité, d'arbre généalogique."

Violaine Bellasen a vingt-sept ans. Sa vie, c'est un tourbillon d'activités, elle dit oui à tout : au boulot, aux sorties.. Elle ne se pose jamais. Un jour, son ex-fiancé lui propose de rédiger un dossier de presse sur un film adapté d'un roman de Simenon, "Feux rouges". Mais Violaine déteste Simenon, pourtant elle accepte pour faire plaisir à Benjamin.
Et puis l'étrange voyage de Violaine va commencer: d'abord le décès de son grand père et la conscience de la mémoire familiale qui vient de s'éteindre. Ses parents ont fui l'algérie quand ils étaient enfants et se sont installés en France. Violaine leur reproche aujourd'hui d'avoir nié leur passé, leurs racines et de n'en parler jamais. Pourquoi?.. Au lieu de comprendre, elle les condamne, prend ses distances, ne leur téléphone plus. Elle part au Maroc rencontrer une tante. Violaine recherche les feuillets que son grand-père avait écrit sur sa famille: pour Violaine, toute son histoire s'y trouve. Sa tante Paule les avait reçus après la mort du grand-père Elie.
Quand Violaine commence à ouvrir le dossier de Simenon, peu à peu l'histoire de l'écrivain l'interpelle. L'histoire de "Feux Rouges" la touche. Elle part à New york, sur les traces de Simenon, mais aussi pour recoller des bouts d'elle-même dans cette mégapole où le melting-pot est l'identité première.
Violaine ouvre les yeux. "Vous aurez ma compagnie, mes sourires, et je serai ailleurs. Moi, je suis dans mes regrets, dans tout ce que je ne montre pas. Je glisserai dans le silence ces détails qui me reflètent et m'obsèdent. Je peux vous raconter ma vie et vous n'en saurez rien."

La quête de Violaine c'est aussi celle de tous les enfants d'ici ou d'ailleurs; c'est l'histoire du passé à retrouver, de racines à sortir de terre, et de famille à reconstruire. Ces pays perdus de la mémoire, à retrouver ou à inventer.
"Elle a demandé à d'autres fils et filles d'exilés si leurs parents ont la gorge nouée en évoquant le pays quitté, si cela les empêche de parler. Ils l'ont, souvent. Ils choisissent le silence pour transmettre la mémoire. Parmi leurs enfants, certains s'en privent, d'autres s'en moquent. Quelques-uns, enfin, l'inventent. Sujets libres."

Gallimard, 118 pages, 10.50 euro

De : Claarabel Envoyé : 2005-09-15 13:50

Et bien, ça ne se bouscule pas au portillon pour cet écrivain !.. bah...

Je signale que Mort d'un silence est sorti en poche, et c'est franchement le plus beau livre de l'auteur.

Chasse à courre
gallimard, 237 pages

J'ai toujours lu avec plaisir les livres de Clémence Boulouque, depuis "Mort d'un silence" et "Sujets libres", et je pensais renouveller cet enthousiasme avec son nouveau roman "Chasse à courre". Toutefois je ne cacherai pas ma déception : ce roman est cruel, mais dans un sens glacial, froid, implacable et qui vous laisse de marbre ! C'est l'histoire d'un chasseur de têtes, Frédéric Marquez, un moins de trente ans au parcours fulgurant, grandes écoles, embauche facile et prestigieuse... L'homme réussit tout ce qu'il entreprend, et surtout il veut ce qu'il y a de mieux, et exige le meilleur de lui-même. C'est bien le moins qu'il mérite, pourrait-on résumer en lisant son parcours. Mais aussi, c'est ce qu'il attend des autres, histoire qu'on le mérite davantage ! Parce que je le vaux bien, dit le slogan publicitaire - et bien c'est la devise de Frédéric Marquez. Egalement : "Donnez-moi la règle et je gagne" etc.. Quelques perles de petitesse brocardent ce portrait terrifiant d'un requin aux dents longues !

Toutefois dans cette histoire, un type est mort - un certain Richard Pétrel, dont on lit l'avis de décès à plusieurs reprises, sans savoir qui il est ! A moins de 100 pages de la fin, le mystère est toujours entier ! Alors oui, ça lasse et ça traîne. Personnellement j'ai retrouvé dans ce livre trop de déjà-vu, vécu autour de moi ou rapporté. Alors, j'attends autre chose d'un roman - que ça change ! Qu'on ne me flanque plus à la figure la "cruelle réalité de la vie"... Clémence Boulouque a voulu épingler cette génération de cadres hautement supérieurs (des hommes ou des femmes plus proches du firmament, sur leur mont de l'Olympe où l'on ne côtoie pas les demi-dieux ou le commun des mortels). Quelques critiques comparent ce livre à "99frs" de Beigbeder ou Bret Easton Ellis (cynisme et culte des marques), mais bon... Le personnage de Frédéric Marquez est très loin d'être sympathique, pourtant le roman est centré sur lui ! Donc, comment éprouver autre chose qu'un sentiment creux et désabusé pour "Chasse à courre" ? Je n'irai pas jusqu'à dire "flasque", comme je l'ai lu dans une critique... Toutefois, il y a du manque dans ce livre, et c'est gênant.

3.0 -
avatar
Mousseline
Admin

Nombre de messages : 4359
Date d'inscription : 24/10/2008

https://sites.google.com/site/lauteursamericains/home

Revenir en haut Aller en bas

Re: Clémence BOULOUQUE (France)

Message  Réaliste-romantique le Dim 14 Fév 2016 - 21:51

Mort d'un silence
2003

Récit de l’enfance de l’auteure : sa vie est chamboulée lorsque son père est nommé juge anti-terroriste en 1986 après des attentats parisiens. Elle doit vivre des années sous protection policière et dans la crainte d’une attaque. La crise éclate toutefois en 1990 alors que le juge Boulouque s’enlève la vie.
 
J’étais enfant, et séparé par un océan, lors de ces éléments, alors je n’en connaissais rien et j’ai dû faire des recherches pour comprendre le livre (merci Internet). L’auteure a choisi de ne pas commenter « l’affaire » mais de raconter la vie de sa famille, ce que les médias ne rapportaient pas. Je n’étais donc pas intéressé de prime abord. Il y a eu un effet de découverte, mais il s’est toutefois estompé assez rapidement. L’enfance bouleversée de cette jeune fille est désolante, mais le récit qu’elle en fait ne m’a pas captivé. J’avais l’impression qu’elle répétait certains éléments et qu’elle étirait certains autres. J’ai manqué d’empathie ou d’intérêt en cours de lecture.
   
3/5

RR

_________________
Lectures en cours : De profundis (Emmanuelle Pirotte), Good Morning, Midnight (Lily Brooks-Dalton)
En attente : 
Commentaire en attente :
avatar
Réaliste-romantique

Nombre de messages : 1961
Age : 41
Location : Outaouais, Québec
Date d'inscription : 30/12/2008

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum