Louis OWENS (Etats-Unis)

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Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  Mousseline le Jeu 30 Juil 2009 - 5:35


Expert de la culture amérindienne, il s'est suicidé à 53 ans.

Troisième d'une famille de neuf enfants élevés en Californie dans des conditions de pauvreté extrême, Louis Owens, né en 1948 d'un père choctaw et d'une mère irlando-cherokee, confessait un amour inné des livres. «Très tôt, la lecture s'est imposée comme un plaisir et une façon de m'évader, confiait-il, personne dans ma famille, excepté mon frère et moi, n'ayant fréquenté l'école au-delà du primaire.»

Adolescent, il découvre John Steinbeck, dont il deviendra un spécialiste éminent : «En lisant Flight, j'ai repéré un paysage familier. Sa description m'a impressionné. J'ai lu d'autres romans et mon admiration pour lui s'est accrue. Au collège, j'avais un professeur d'anglais qui me fournissait en ouvrages "illégaux". Le Tambour, par exemple, taxé d'obscénité. Comme Des Souris et des hommes d'ailleurs. J'appréciais aussi beaucoup J.-D. Sallinger.»

Au sortir du collège, Louis Owens envisage de s'engager dans les marines, sur les traces de son frère, afin de «libérer» le Viêt-nam, quand il se voit offrir l'opportunité d'intégrer un établissement universitaire du premier cycle. Sagement, il choisit d'y séjourner un an : «Durant cette période, j'ai reçu une lettre de mon frère me décrivant l'horreur du Viêt-nam. J'ai compris que ce n'était pas ma guerre. A la même époque, l'un de mes professeurs, qui s'intéressait à ce que je commençais à écrire, m'a obtenu une bourse.»

C'est donc sur le campus de Santa Barbara que Louis Owens apprend que le prix Pulitzer 1969 a été attribué à N. Scott Momaday, romancier mi-kiowa, mi-cherokee, pour House Made of Dawn. Coïncidence, le lauréat enseigne dans l'université : «Je n'avais jamais lu un livre écrit par un Indien. Je me suis présenté à Momaday et nous avons conversé. Je voulais savoir s'il existait d'autres romans signés par des Indiens. Il l'ignorait. J'ai donc commencé à chercher moi-même.»

Une invention française. Une quê te qui va transformer Louis Owens en expert de la littérature amérindienne. Le résultat de ses recherches constituant la matière de Other Destinies, remarquable étude sur le roman amérindien publiée en 1992 aux presses de l'université de l'Oklahoma, dans laquelle l'auteur ne cesse de lutter contre cette vision romantique de «l'Indien», personnage d'autant plus exotique qu'il fait partie d'une minorité marginalisée dont on déplore l'innocence perdue : «Le mythe du noble sauvage, proche de la nature, est une invention des Européens. Des Français en particulier : Rousseau, Chateau briand... Dans ce pays, l'Indien constitue plutôt, de par sa réputation de combattant, un obstacle symbolique qui se doit d'être déplacé ou détruit. La dichotomie entre noble sauvage et guerrier sanguinaire, deux vues extrémistes dans leur romantisme, a toujours existé. Ces clichés à propos de gens appelés "Indiens" ­ terme imposé par les envahisseurs ­ sont aujourd'hui la cible des écrivains "autochtones américains".»

Une corporation que Louis Owens connaît bien. Dès 1971, il a entamé un premier roman qu'il n'achève pas et détruit. Cinq ans plus tard, alors que, ranger, il trace des pistes et combat les feux de forêt, il en débute un autre. Mais ce n'est qu'en 1990 qu'il termine le Chant du loup, suivi de Même la vue la plus perçante (1992), deux livres traduits dans la collection Terre indienne d'Albin Michel, à la fois contes, drames et polars : «J'ai essayé de retrouver une certaine tradition indienne. Au niveau de la discontinuité de la narration, par exemple, qui se rapproche de la technique des conteurs.»

Prédiction. Devenu l'une des voix majeures de la littérature amérindienne, fort de son statut de professeur de littérature anglaise à l'université d'Albuquerque (Nouveau-Mexique), Louis Owens prônait, à l'image de ses personnages (et de Willie Nelson, son chanteur préféré), un réapprentissage des valeurs perdues. Sans s'illusionner sur l'avenir des minorités. «Le monde est devenu fou, disait-il, il y a cinq ans, une poignée de privilégiés vit à l'abri de grilles en acier et on trouve de plus en plus de gens désespérés. Nous risquons de connaître prochainement une situation de violence comparable à celle des années 70.»

Prédiction qui, dans son cas, s'est malheureusement accomplie. Jeudi dernier, sur le point de s'envoler pour Washington afin de participer à une conférence sur un thème qui lui était cher, «les débuts des premiers romans de l'Amérique indienne», Louis Owens s'est suicidé dans sa voiture (2002), sur le parking de l'aéroport d'Albuquerque, d'un coup de pistolet. Au moment où l'on annonçait en France la traduction prochaine de ses deux derniers romans : Nightland et Dark River.

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Re: Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  odilette84 le Jeu 30 Juil 2009 - 7:13

très intéressant Mousseline,
je vais explorer cela
merci

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Re: Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  Bellonzo le Jeu 30 Juil 2009 - 8:23

Mousseline voilà tout le bien que je pense de cet écrivain.

Louis le Cherokee

J'ai la passion des écrivains indiens d'Amérique et de leur éternelle quête d'identité,coincés entre leur histoire et leur avenir. La situation difficile des Indiens a au moins le mérite d'avoir formidablement stimulé leur littérature.Voici Louis Owens disparu quinquagénaire en 2003.

Dans Même la vue la plus perçante,joli titre, Cole McCurtain, métis d'indien professeur d'université comme l'auteur Louis Owens, puise dans la culture et la tradition amérindiennes pour mener une enquête sur une série de meurtres d'étudiantes.Au travers de ses propres interrogations sur son frère mort et ses ancêtres massacrés il trouvera son chemin, toujours hanté par le souvenir de son peuple.
"J'écris pour exprimer le mal fait à la Terre. Quand le monde aura perdu le sens que les Indiens ont des relations de l'homme et de la nature, la Terre aura tout perdu"

La littérature de Louis Owens est faite de magie qui ne se contente pas d'être incantatoire, qui est aussi très engagée comme en témoignent les autres romans Le chant du loup, Le joueur des ténèbres, Le pays des ombres. Tous magnifiques et lyriques, parfois à la limite du fantastique qui baigne volontiers les écrits de presque tous les romanciers indiens auxquels la résistance aura donné des ailes.Plus tard ,mais d'autres blogs en parlent assez souvent, nous évoquerons Sherman Alexie, James Welch, N.Scott Momaday, David Treuer
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Re: Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  odilette84 le Jeu 30 Juil 2009 - 9:19

très intéressant Bellonzo
merci

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Re: Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  Mousseline le Jeu 30 Juil 2009 - 14:40



Même la vue la plus perçante coeur coeur coeur

(10/18, 1999, 354 pages)

C'est un roman à mi-chemin entre le polar et le roman social. L'histoire se déroule à Amarga, une ville paumée dans une région qui semble aussi paumée de la Californie. Attish McCurtain est revenu troublé du Vietnam, les siens ne le reconnaissent pas. Il tue sa petite amie, Jenna Nemi, la fille du plus riche éleveur de la région. Il est enfermé dans un hôpital psychiatrique. Et il s'évade, en fait certains croient qu'il s'est évadé, d'autres sont plutôt convaincus qu'on l'a tué et jeté dans la rivière. Mundo Morales, shérif adjoint et meilleur ami de Attish, est persuadé qu'on l'a tué. Il ne sera pas en paix tant que le corps n'aura pas été retrouvé.

Attish est un sang-mêlé, Choctaw-Chirokee-Irlandais. Son frère Cole croît aussi au meurtre. Il veut retrouver le corps de Attish et ramener ses os dans le pays des Choctaws comme le veut la tradition. Le père, Hoey McCurtain, a été élevé dans le Mississippi par son oncle, Luther, un pur Indien Choctaw. Il a de la difficulté à concilier le passé et le présent. Il veut être un véritable Indien, pour cela il doit venger la mort de son fils.

La recherche de son identité est au centre des préoccupations de Louis Owens, un thème très fort dans "Même la vue la plus perçante". Et trouver qui l'on est, est probablement davantage exigeant quand on est un sang-mêlé.

" - Tu sais, je crois que je ne comprends plus comment il faut faire pour se comporter en Indien. [...] Je lis des livres, je me rappelle comment c'était là-bas à l'époque, et j'essaye de trouver comment il faut agir et penser. Mais les livres peuvent pas nous apprendre ça."

Le passé est très présent pour les Amérindiens qui ne sont pas prêts à pardonner et surtout pas prêts à oublier les atrocités commises par les Blancs envers leurs peuples mais aussi envers la nature. Un exemple flagrant pour ce dernier point et la construction d'un barrage sur la rivière Salinas avec les problèmes écologiques qui en découlent. Le passé hante aussi Mundo Morales, lui donc la famille possédait la majeure partie des terres de la région, ils se sont faits déposséder par les Blancs.

L'écriture est touffue et empreinte d'un certain mysticisme à l'égal de la nature austère, humide, sombre, nauséabonde... surtout sur les bord de la rivière qui charrie une multitude de déchets, pourquoi pas alors un cadavre? Il y a un bon suspense qui nous entraîne jusqu'à la fin qui ne déçoit pas. Il est difficile de laisser de côté les personnages pour passer à autre chose, ils vont me hanter longtemps.

Un excellent roman, un incontournable pour qui s'intéresse aux Amérindiens. Et un roman à lire pour tout lecteur quelque peu curieux. Je ne sais pas quoi rajouter d'autres et j'ai l'impression que j'en ai pas dit suffisamment, que je suis loin du compte...

Extraits :

" - Tu sais comment ils nous traitent, nous, les Indiens? Ils nous mettent en tête de patrouille. Ces espèces de cons croient que les Indiens y voient dans le noir, qu'ils se déplacent sans bruit, ce genre de conneries."

" - Tu sais, chaque fois qu'y a une guerre, c'est chez les Indiens qu'y a le plus gros pourcentage de gens qui s'engagent, bien plus que chez les Blancs ou les gens de couleur. Depuis qu'y sont arrivés ici, ils ont toujours fait faire leurs guerres par les Indiens. Les Français et les Anglais ont fait ça au Mississippi, ils ont fait combattre les Choctaws contre les Chickasaws et les Creeks, et à la fin ils les ont fait se battre entre eux."


Note : 5/5




Bellonzo je me doutais bien que tu allais intervenir dans cette discussion. Very Happy

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Re: Louis OWENS (Etats-Unis)

Message  Cocotte le Ven 31 Juil 2009 - 14:13

Merci de me faire découvrir un nouvel auteur à ajouter à ma LAL! Comme si elle n'était pas déjà assez longue... Wink
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