ARISTOPHANE (Grèce antique)

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ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  Franillon le Mer 22 Avr 2009 - 21:10

LES NUEES - 423 avant J.C.

Extrait de l'analyse du traducteur Victor-Hanry Debidour :

Tourneboule, Athénien d'âge mûr, est bourrelé de soucis : son fils Galopingre l'endette et le ruine pour satisfaire un gpût tout à fait déraisonnable pour les chevaux : il regrette amèrement de s'être marié. Une idée lui vient, qu'il communique aussitôt au jeune homme : puisqu'il est responsable de la siituation, qu'il y remédie lui-même, qu'il aille apprendre chez Socrate l'art de faire triompher, par des raisonnements captieux, les mauvaises causes. Ainsi Tourneboule gagnera-t-il, contre tout droit, les procès que lui feront ses créanciers. Galopingre refuse. Tourneboule décide alors de se faire instruire lui-même. Il va frapper chez Socrate, un disciple lui ouvre, qui fait le panégyrique du Maître puis lui entrouvre les splendeurs du "pensoir" socratique. Voici enfin Socrate lui-même qui, du haut d'un panier suspendu en l'air où il médite ses pensées éthérées, accueille le solliciteur. Il invite ses protectrices, les Nuées, à venir inspirer le néophyte...

Cette pièce est particulièrement réjouissante. C'est très caricatural. Aristophane s'en prend à Socrate, bien sûr, mais aussi "aux sophistes, aux rhéteurs, aux physiciens et pataphysiciens qui répandant dans la jeunesse les aberrations intellectuelles, morales et esthétiques dont ils font leur pain quotidien et leur gagne-pain".

Tout compte fait, une pièce qui n'a rien perdu de son actualité. Un vocabulaire inventif ahurissant, fait pour égayer le public. Mais que de vérités ! Je redécouvre le théâtre antique. Dans le même volume, quatre autres pièces d'Aristophane. Encore de bons moments en perspective.

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Re: ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  FilouDlidou le Mer 22 Avr 2009 - 21:28

Franillon a écrit:Cette pièce est particulièrement réjouissante. C'est très caricatural. Aristophane s'en prend à Socrate, bien sûr, mais aussi "aux sophistes, aux rhéteurs, aux physiciens et pataphysiciens qui répandant dans la jeunesse les aberrations intellectuelles, morales et esthétiques dont ils font leur pain quotidien et leur gagne-pain".
Ça me semble là un horrible anachronisme du traducteur, la 'pataphysique (avec l'apostrophe au début pour éviter calembour trop facile) n'ayant été inventée qu'il y a environ cent ans par le génial et excentrique (et parfois un peu barbant) Alfred Jarry...
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Re : ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  Franillon le Jeu 23 Avr 2009 - 12:59

Certes, FilouDlidou, c'est un horrible anachronisme, mais tout à fait volontaire de la part du traducteur, et ce n'est pas le seul. C'est d'ailleurs bien volontairement que j'ai fait cette citation prise dans les nombreuses pages d'introduction et de commentaires du traducteur. Dans les répliques des acteurs, c'est plein d'anachronismes, avec les notes expliquant les raisons de ces choix. Un peu long à expliquer ici wink

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Re: ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  FilouDlidou le Jeu 23 Avr 2009 - 13:51

Pourquoi le traducteur n'a-t-il pas mis son nom au livre, mentionnant en sous-titre "Inspiré librement des Nuées d'Aristophane", plutôt que de prétendre offrir de l'Aristophane qui n'en est plus tout à fait?????? Ça me semble bien davantage une œuvre d'interprétation qu'une traduction... En tous cas, c'est au moins une œuvre conjointe de deux auteurs séparés l'un de l'autre par une centaine de générations (ce qui laisse de toute façon sous-entendre une discussion à sens unique entre les deux).

Je n'ai rien contre ces versions revues et corrigées d'œuvres (par exemple, Michel Tremblay publiant Le gars de Québec, sa version personnelle du Révizor de Gogol), mais je crois qu'une telle altération d'une œuvre devrait être présentée comme un texte indépendant de l'original.
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Re : ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  Franillon le Jeu 23 Avr 2009 - 20:52

Non, la traduction d'Aristophane que j'ai eu le plaisir de lire est bien une traduction aussi fidèle que possible à l'original et non pas une libre adaptation. Dans une libre adaptation, et même dans une adaptation ordinaire, on procède à de larges coupures et on réécrit des textes de liaison pour rabouter les parties. Dans ce cas, l'adaptateur n'hésite pas à supprimer des paragraphes entiers qu'il a du mal à traduire ou des passages qui ne présentent pas beaucoup d'intérêt pour un lecteur étranger.
Dans le cas présent, il en va tout autrement, et bien que ses explications soient un peu longues, je donne la parole au traducteur :

"Il est possible d'interpréter Aristophane à grands renforts de notes explicatives -"jeux de mots intraduisibles en français" - et de discussions serrées sur la teneur du texte grec et les hypothèses critiques qu'il suggère. Il est possible d'en gazer la crudité à l'aide de périphrases édulcorantes ou de points de suspension. Mais dans les deux cas c'est accepter de tuer toute la puissance comique directe. N'oublions pas que ces crudités étaient faites pour se dérouler tambour battant devant un vaste public qui n'était ni pointilleux ni bégueule.
"Il est possible en revanche, et justement pour sauvegarder toute l'allégresse mordante de ces farces de les adapter en transposant résolument les données, les procédés, les allusions, en coupant ici, en ajoutant là : tentation séduisante, mais dangereuse pour bien des raisons...
"Mais il est une gageure que nul ne saurait se flatter de tenir victorieusement : celle de traduire le texte à la fois dans son mouvement et son exactitude : c'est pourtant ce que l'on a tenté ici : être littéralement fidèle à l'esprit d'Aristophane. On ne s'est écarté du sens strict que là où il était impossible de le conserver sans ruiner un effet comique, sans enrayer une lecture qui doit rester courante et aisée. Les anachronismes, les balourdises sont voulus, quand il a semblé qu'ils concouraient aux intentions du poète plutôt qu'il ne les desservaient. Les calembours sont rendus tant bien que mal. Certains sont détestables, mais on aurait tort de croire qu'ils sont toujours bons en grec. Aristophane n'est souvent pas difficile sur la qualité de ce qui provoque les éclats de rire. Et s'il ne recule pas devant la scatologie la plus épaisse et la plus grasse obscénité, ce n'est pas au traducteur à s'ériger en censeur.

"Le sens littéral est donné en note chaque fois que l'on a cru devoir prendre avec lui quelques libertés. Mais il eût été fastidieux de rendre compte de bien des solutions de détail adoptées au cours de la traduction, notamment pour les sonorités et les répétitions de mots. En se reportant au grec, le lecteur pourra, s'il en a la curiosité, se les expliquer lui-même. Qu'il veuille bien croire en tout cas que, si elles ne le satisfont pas toujours, elles sont toujours consciencieusement pesées."

Je n'avais sans doute pas été assez explicite hier wink

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Re: ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  FilouDlidou le Jeu 23 Avr 2009 - 21:50

Désolé, l'adapteur ne m'a pas convaincu. Il est très possible d'adapter une œuvre sans faire pire que l'original, voire en faisant mieux, mais ajouter des anachronismes aussi grossiers ce n'est pas selon moi traduire, c'est adapter (au moins partiellement). Pourquoi, quant à introduire la 'pataphysique dans Aristophane, ne pas introduire des allusions à la révolution française dans une traduction d'Homère, par exemple, ou des digressions psychanalytiques dans une modernisation linguistique de Rabelais, une parodie de la théorie de la relativité dans Le roman de Renart, la découverte de l'Amérique dans les Mille et une nuits, le sida dans une traduction bantoue de Baudelaire, des considérations sur le génôme des cétacés dans Moby Dick?

Tout cela serait selon moi très près de la fraude littéraire, s'il ne se trouvait sur le volume une note précisant quelque chose comme "Adaptation" ou "Inspiré de" ou à tout le moins le nom d'un auteur différent.

Comment? Aristophane, ce n'est que de la comédie?? Et toulmonde s'en fout de la 'pataphysique??? Aaah! Embarassed
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ARISTOPHGANE (Grèce antique)

Message  Franillon le Ven 24 Avr 2009 - 9:59

Alfred Jarry a inventé le mot pataphysique, mais qu'est-ce que c'est la pataphysique ? C'est la science des solutions imaginaires. Et bien avant Jarry, il y avait des gens très forts pour cela. La pataphysique a toujours existé, Jarry s'est contenté de lui donner ses lettres de noblesse Laughing Le terme pataphysique n'intervient pas dans la traduction d'Aristophane, aucun des acteurs n'utilise ce mot dans le texte. C'est le traducteur qui y fait allusion dans sa présentation. Et pourquoi ? Tout simplement, parce que Les Nuées, eh bien, ne serait-pas une satire de la pataphysique avant la lettre ? Qu'est-ce que demande Tourneboulle à Socrate ? Tout simplement de lui trouver des solutions pour l'aider à ne pas rembourser ses créanciers. Et Socrate, tel qu'il est caricaturé par Aristophane, lui propose en effet d'étranges solutions. Et de ce fait ce n'est même pas un anachronisme. wink

Mais pour en discuter valablement, il faut au moins avoir lu la pièce.

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Re: ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  Messaline le Ven 24 Avr 2009 - 13:10

Pour avoir tenté laborieusement de traduire Les Nuées, et pour avoir lu d'autres traductions que celle dont parle Franillon, je ne peux qu'admirer le travailde Debidour. Même si sa traduction a un peu mal vieilli de mon point de vue, elle rend la lecture beaucoup plus agréable et compréhensible que celles qui existaient auparavant.
Quant à ces histoires d'anachronismes, je ne vois pas où est de débat, comme le souligne Franillon le terme en question n'apparaît pas dans le texte lui-même. Et puis même si c'était le cas, le traducteur ne fait pas une version d'agrégation, il tente de rendre accessible à chacun un texte injustement méconnu. Il existe plusieurs traductions des Nuées, libre au lecteur d'aller vers l'une ou l'autre en fonction de ce qu'il cherche. Quoi qu'il en soit, parler d'aptation est aller beaucoup trop loin, en dehors des déplacements sur les noms propres et les jeux de mots, Debidour reste fidèle au texte - à moins qu'il y ait d'autres hellénistes ici, vous allez devoir me faire confiance sur ce point tongue .
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Re: ARISTOPHANE (Grèce antique)

Message  FilouDlidou le Ven 24 Avr 2009 - 13:54

Franillon a écrit:Le terme pataphysique n'intervient pas dans la traduction d'Aristophane, aucun des acteurs n'utilise ce mot dans le texte. C'est le traducteur qui y fait allusion dans sa présentation. [...] Et de ce fait ce n'est même pas un anachronisme. wink
Aah mais là, tu aurais pu me le dire avant... Ça m'aurait évité d'argumenter pour un non-lieu...
Franillon a écrit:Mais pour en discuter valablement, il faut au moins avoir lu la pièce.
Disons que de la 'pataphysique dans Aristophane, il n'est point besoin d'avoir lu la pièce pour pointer l'anachronisme... Et qu'un anachronisme semblable se prétende traduction me fait grincer des dents. Mais il y avait de toute façon non-lieu.
Franillon a écrit:Alfred Jarry a inventé le mot pataphysique, mais qu'est-ce que c'est la pataphysique ? C'est la science des solutions imaginaires. Et bien avant Jarry, il y avait des gens très forts pour cela. La pataphysique a toujours existé, Jarry s'est contenté de lui donner ses lettres de noblesse Laughing
Je ne crois pas que les termes sophistes et 'pataphysiciens soient synonymes, loin de là, et je crois encore que Jarry est bien celui qui a introduit la pensée 'pataphysique en ce monde. La 'pataphysique se targue haut et fort d'ête une science des solutions imaginaires et de ce point de vue diffère fondamentalement de la pensée sophiste, qui cherche surtout à démontrer coûte que coûte n'importe quoi et avait comme application principale la fraude. Le sophiste peut sans doute faire appel aux méthodes de la 'pataphysique (et vice-versa, d'ailleurs), mais ce n'est pas forcé.

Et puis, dire que la 'pataphysique a toujours existé me semble équivalent à dire que la bombe atomique existait déjà il y a mille ans : les deux avaient en effet une potentialité d'émergeance, mais ni l'une ni l'autre n'avaient encore pris la forme qu'on leur connaît aujourd'hui. Les gens ne semblent pas avant Jarry avoir pris nettement conscience de l'utilité de la systématisation de la création de solutions imaginaires sans utilité directe : oui on faisait de la généalogie qui donnaient aux rois Européens des ancêtres bibliques pour flatter leur orgueil, oui on donnait du superlatif bien imaginaire aux souverains pour se faire bien voir, oui on disait à l'encontre des connaissances émergeantes que la terre était plate pour ne pas passer au bûcher, oui de nos jours on vend des horoscopes au jour le jour pour sécuriser les gens, mais tout cela est intéressé : on recherche du bonheur, de la sécurité, de l'argent, de la protection contre la foule et/ou les éléments, de la nourriture, de la renommée. La 'pataphysique n'impose pas cette contrainte directe d'utilité immédiate : on peut affirmer haut et fort être en plein délire et quand même faire de la 'pataphysique. L'utilité viendra plus tard si elle en vaut la peine. (Oui oui! le 'pataphysicien doit manger s'il veut survivre, subir les intempéries s'il n'a pas de toît, grelotter s'il n'a pas de vêtements appropriés, être soigné s'il se blesse, en gros subir notre monde, et de ce fait, être utile ou changer de métier, ce qui explique sûrement qu'il n'y a en ce monde que très peu de 'pataphysiciens qui vivent de cette source de revenu, mais ne rend par contre pas le terme 'pataphysicien synonyme de sophiste pour autant.)
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