Rawi HAGE (Liban/Canada)

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Rawi HAGE (Liban/Canada)

Message  Lacazavent le Mer 8 Avr 2009 - 15:48

De Niro's Game de Rawi Hage
édition Denoël et d'ailleurs / 262 pages

Prix des libraires du Québec 2008
Prix Impac 2008





" Dix mille bombes étaient tombées et j'attendais que la mort vienne prélever sa dîme quotidienne dans son réservoir d'abatis et de sang. Je marchais sous une pluie de bombes. Toutes les rues étaient vides. Je marchais et le sol sous mes pas regorgeait d'abris où les gens se terraient comme des colonies de rats. Je marchais et des photos de jeunes morts défilaient sous mes yeux, épinglées au bois des poteaux électriques, aux entrées des maisons, enchâssées dans de petits cadres.
Beyrouth était la ville en guerre la plus calme du monde(...)" p39

Dans ce pays déchiré, au début des années 80, chaque jour amène son lot d'alerte, de bombe, de ruine, de mort. Bassam et Georges sont deux amis, enfants de la guerre nés à Beyrouth-Ouest, ils rêvent d'une vie meilleure : Bassam rêve d'émigrer à l'étranger et Georges se passionne pour les discours belliqueux de la milice chrétienne. En attendant ils s'occupent entre petits larcins, soirées arrosées, petits boulots, visites aux copains engagés dans la milice d'accumuler un petit pécule. Mais l'argent fera-t-il leur bonheur ?


À travers l'histoire et les rêves de Georges et Bassam, Rawi Hage nous ouvre les portes du Liban de la guerre civile, la plus sale des guerres, celle qui divise, celle qui fait partie intégrante de la vie quotidienne.
Aimé ou pas aimé paradoxalement je ne sais pas trop ce qui est sûr c'est que je ne regrette absolument pas d'avoir lu ce livre. Je m'y suis englué tout comme Bassam et Georges semblent être pris au piège de leur pays. Certes il a ses défauts malgré le fait qu'il se lise très bien je dois vous avouer qu' il m'est arrivé par moment de m'ennuyer heureusement les quelques rebondissements et revirements qui ponctuent le texte ont su raviver et entretenir mon intérêt. Et si ennuyer le lecteur peut-être un défaut, le surprendre ne peut-être qu'une qualité ; ce livre est à l'image des « dix mille bombes » récurrentes du texte, une alternance entre le calme et la destruction. L'écriture est syncopé, ultra simple, et lorsque que les descriptions se font dures, elle se transforme en litanie pour nous plonger dans la pensée d'un des personnages. L'effet est surprenant, les images et les gestes sont alors atténués prenant une tout autre dimension plus personnel, propre au personnage. C'est un livre qui, à mon sens, n'a rien de transcendant mais qui néanmoins mérite d'être lu...4/5



Remarques :
Les nombreux termes arabes parsemant le texte sont très bien expliqué dans un glossaire à la fin du livre.
Au Québec il me semble qu'il fut traduit sous le titre suivant : « Parfum de poussière ».

Extraits :

« J'ai répliqué : Moi, je m'en vais. Je laisse cette terre à ses démons.
Toi, tu ne crois en rien.
J'ai répondu : Depuis quand les voleurs et les voyous comme nous croient-ils à quelque chose ? » (p79)

« Georges et moi, on se faufilait dans les embouteillages. On roulait sur les trottoirs, dans les ruelles, au milieu de la voie, d’un côté à l’autre des routes non pavées, soulevant des nuages de poussière qui allait se déposer sur les vitrines ou sur les cuisses lisses et nues des femmes ; tout le monde la respirait, on voyait le monde à travers la poussière laissée par les fossoyeurs, les démolitions, les murs écroulés, les fronts pieux des chrétiens inclinés pour le Jeudi saint. La poussière nous aimait tous de la même façon ; c’était notre amie, la fidèle compagne de Beyrouth. »


« Plus de dix mille bombes étaient tombées et j’étais coincé entre deux murs, face à ma mère qui tremblait comme une feuille. Elle avait refusé de descendre à l’abri tant que je ne l’y accompagnais pas. Moi, je ne voulais rien savoir de me cacher sous terre. Descendant d’une longue lignée de vaillants guerriers, je ne voulais mourir qu’à l’air libre, debout sur la terre avec ses boues fertiles, la chanson du vent dans les oreilles ! »


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Re: Rawi HAGE (Liban/Canada)

Message  Elfe le Lun 3 Aoû 2009 - 8:06

De niro's Game

Liban, début des années 1980. Campé dans un Beyrouth dévasté par les bombes, De Niro's Game est une odyssée chaotique, écorchée et haletante, une plongée vertigineuse au cœur de la guerre civile et de ses folies. A Beyrouth-Ouest, Bassani et Georges, deux amis d'enfance, tuent leur ennui et leur mal de vivre à coups de petits boulots minables, de maigres larcins et de soirées trop arrosées. Les jours se suivent et avec eux les alertes, les morts, les immeubles en ruine. Les filles sont inaccessibles, muselées par les traditions et les couvre-feux. Entre deux visites aux copains de lycée engagés dans la milice, les deux jeunes gens s'imaginent coulant des jours meilleurs : Bassam rêve de fuir à l'étranger, et Georges, lui, se sent de plus en plus attiré par les discours belliqueux de la milice chrétienne. Dans un ultime défi, les deux amis décident de détourner la recette de la salle de jeu où Georges travaille. Mais l'argent seul suffira-t-il à les éloigner de la guerre et à sauver leur amitié ? Porté par une écriture sans concessions, le premier - roman de Rawi Hage annonce, au-delà de la puissance du récit, l'avènement d'une nouvelle voix.(4e de couverture)

Je ne sais que dire de ce roman tant il est puissant et violent de réalisme. Ce qui est certain, c'est qu'il ma troublé, et que sa lecture ne m'a pas laissé indifférente. Nous nous trouvons plongés au coeur d'une guerre violente et sans pitié, où les gamins n'ont plus de repères, leur seul espoir réside dans la fuite vers les pays étrangers ou l'engagement auprès de milices peu scrupuleuses. Voilà un roman fort et troublant qui m'a accrochée de bout en bout.


Ma note: 4/5
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Re: Rawi HAGE (Liban/Canada)

Message  Mousseline le Lun 3 Aoû 2009 - 12:49

Ohlala, j'avais loupé la critique de lacazavent car je n'avais pas remarqué que ce livre avait été critiqué sur le club des rats. J'en ai entendu parlé je ne sais pas où et je l'avais inscrit dans ma LAL, si je tombe dessus dans une bouquinerie je vais l'acheté. Merci pour vos critiques.

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Re: Rawi HAGE (Liban/Canada)

Message  Philcabzi le Mer 8 Fév 2012 - 11:42

Parfum de poussière
Ed. Alto, 2007, c2006, 351 pages
Titre original: De Niro's Game (traduit de l'anglais (Canada) par Sophie Voillot)

Ma note: 3/5

Éditions Alto a écrit:Il pleut des bombes sur Beyrouth. Par légions de dix mille, les fléaux s’abattent sur cette ville déchirée par la guerre civile. Sous un soleil de plomb, on se livre une guerre sans merci pendant que les innocents se terrent dans les abris comme des rats.

Bassam et Georges sont deux amis d’enfance qui ont grandi au milieu de cet enfer de gravats et de sang, dans l’écho assourdissant des détonations. Les deux voyous vivent de menus larcins jusqu’au jour où la dure réalité de la guerre vient les rattraper et les contraindre à un choix difficile: prendre les armes ou prendre la fuite. Tandis que Georges est séduit par les idéologies guerrières de la milice, Bassam, de son côté, rêve de s’enfuir en Europe. Mais ceux qui partent ne reviennent jamais…

Mon avis:
C'est un livre dur, terrible, qui décrit les faits sans mélodrame, juste les faits. C'est suffisant, vraiment, pas besoin d'en remettre. L'auteur a une manière bien particulière d'écrire: il décrit l'action et les dialogues par phrases courtes, très directes, et puis tout d'un coup le voilà partis dans une grande envolée lyrique avec plein d'énumération. Quand on arrive sur ces phrases là on en perd le souffle, comme si on n'avait pas pris assez d'air au départ. C'est assez spécial comme sentiment.

Malgré que le livre se laisse lire facilement, je ne suis pas captivée par l'histoire. Je ne sais pas si c'est une question de genre mais le personnage principal ne me touche pas, comme lui je ne me laisse pas émouvoir par les évènements. Pourtant, c'est dur, certains passages sont horribles mais c'est décrit avec trop de froideur et de détachement. Vers la fin du roman je me suis même prise d'antipathie pour le personnage principal. Il est arrogant, violent, égoïste, bref je ne l'aime pas du tout! Il traverse la guerre avec une telle nonchalance que s'en est agaçant. On dirait que rien ne le touche.

Comme pour Lacazavent, certains passages m'ont ennuyé, je survolais le texte rapidement. Je dois dire par contre que les dernières pages sont fascinantes et tout à fait bouleversantes.

Pour moi le plus gros bémol c'est de ne pas avoir de repère dans cette guerre du Liban. J'ai dû aller lire les infos sur wiki pour comprendre. Mais en même temps, est-ce que ce n'était pas quelque chose de voulu par l'auteur? Un peu comme quand on est pris au milieu du conflit sans avoir de regard extérieur.

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