Gabriel CHEVALLIER (France)

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Gabriel CHEVALLIER (France)

Message  cecile le Dim 5 Avr 2009 - 21:13

Gabriel Chevallier est né à Lyon le 3 mai 1895. Après des études dans un collège religieux il entre aux Beaux Arts en 1911. Il est mobilisé en 1914 et blessé reviendra cursivement à la vie civile, ce n'est qu'en 1919 qu'il sera démobilisé. Il exerce alors divers métiers, retoucheur de photographies, voyageur de commerce, journaliste, dessinateur, affichiste et professeur de dessin. En 1925 il décide d'écrire des romans. "La peur" (1930) est un vibrant témoignage sur la vie des soldats pendant la première guerre mondiale. "Durand voyageur de commerce" (1929) remémore l'époque où il exerçait ce métier et "Sainte Colline" (1937) relate sa vie au pensionnat. Néanmoins il ne connaitra le succès qu'avec "Clochemerle" (1934) l'histoire d'une chronique villageoise. Il meurt à Cannes le 6 avril 1969.

La Peur
Librairie Stock
1930
319 pages

La Peur est un récit autobiographique où Gabriel Chevalier raconte sa vie de poilu non gradé durant le conflit 1914/18. Au conseil de révision il est rapidement déclaré "Bon pour le service" et envoyé à la caserne. Sa grand-mère écrira au commandant pour lui dire que son petit-fils ne pourrait pas supporter les fatigues d'une campagne. Très en colère sur le moment il le regrettera bien évidemment. Il raconte son expérience des tranchées lorsqu'il est face au premier cadavre, heurté par hasard avec une pioche et qui lui fait prendre conscience de la mort. Il décrit les nuits d'alertes sous le feu des balles ennemies, les hommes blessés, le bruit incessant des mitrailleuses. Criblé de balles, il est envoyé à l'hôpital autre lieu d'horreur où il décrit la souffrance de ses congénaires. Rétabli il repart en première ligne. Les maladies digestives aggravent davantage le sort des combattants. Les combats sont incessants "Les artilleries tournent, écrasent, éventrent, terrifient. Tout rugit, jaillit et tangue. L'azur a disparu. Nous sommes dans un remous monstrueux"... Et puis enfin, l'armistice "La paix, ce silence qui est retombé sur les lignes, qui emplit le ciel, qui s'étend sur toute la terre".

Très émouvant témoignage de l'auteur qui montre la souffrance des soldats et parfois aussi la cruauté de leurs supérieurs. Le roman a été mal accueilli à sa sortie et l'auteur ne fût pas bien traité. Pour ma part je trouve au contraire qu'il est excellent et le fait que Gabriel Chevalier avoue sa peur me semble extrêmement courageux.

Note : 5/5
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cecile

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Re: Gabriel CHEVALLIER (France)

Message  belledenuit le Jeu 6 Mai 2010 - 13:20

La peur de Gabriel Chevallier

Editions Le Dilettante (2008) - 349 pages

Présentation de l'éditeur :
Paru en 1930, ce livre, largement autobiographique et dont le titre était un défi, raconte la terrible expérience des combattants de 14-18 face à la férocité et l’inutilité de cette guerre. Au Dilettante, nous n’abusons pas des superlatifs mais il s’agit sans nul doute d’un chef d’oeuvre... Écoutons Jacques Tardi : « Tout le monde devrait lire et relire La Peur. »

(Source jaquette et présentation : Amazon.fr)

Mon avis :
Jean Dartemont, le narrateur, est étudiant (19 ans) lorsque débute le conflit de 14-18.
Avec cet ouvrage et à travers son personnage, l'auteur nous fait découvrir toutes les horreurs de la guerre et tout le ressenti des poilus face à ce combat.
On vit finalement le quotidien de ces soldats avec leurs interrogations sur l'intérêt de cette guerre et surtout tout ce qu'ils refusent d'admettre lorsqu'ils sont contraints de sortir des tranchées ou de l'arrière pour combattre les Allemands.
Je pensais fatalement, tenant le côté autobiographique de ce livre, qu'il serait plus difficile à lire. Non pas que les nombreux passages où Gabriel Chevallier décrit les mutilations sont supportables (loin de là), mais le ton qu'il donne à son ouvrage fait qu'indéniablement on s'y accroche et les pages filent rapidement.
On comprend ce que ressent ce jeune homme qui à 19 ans aurait préféré être ailleurs que dans les tranchées à tenter de sauver sa peau par n'importe quel moyen et où la peur ne serait pas constamment présente :
J'imaginais un homme pareil à moi, c'est-à-dire jeune, plein de projets et d'ambitions, d'amours pas encore définies, à peine dégagé de l'enfance et sur le point d'entreprendre. La vie ressemble pour moi à une partie qu'on entame à vingt ans et dont le gain se nomme réussite : argent pour la plupart, réputation pour quelques-uns, estime pour les plus rares. Vivre, durer, n'est rien; réaliser est tout (...)
Si je devais mourir maintenant, je ne dirais pas : c'est affreux ou c'est terrible, mais : c'est injuste et absurde, parce que je n'ai encore rien tenté, rien fait qu'attendre ma chance et mon heure, qu'emmaganiser de la force et patienter... (p. 52-53)
Ce qui est également frappant, c'est lorsque l'auteur décrit les combats. C'est à peine si l'on n'entend pas les tirs de fusil ou de grenade, les cris d'agonie ou au contraire de motivation. On vit l'Histoire en même temps qu'on la lit !
Soudain, dehors, frappant comme un obus sur notre somnolence, le cri brusque, impératif :
- En avant !
- En avant ! en avant ! répétèrent les sergents. Déblayez l'entrée.
(...)
- Attention ! cria le soldat qui se tenait sur les premières marches.
La rafale craqua tout près. L'entrée fut un rectangle rouge, aveuglant, devant nos yeux. La cave trembla. Les respirations haletaient.
- En avant ! Vite ! Vite !
On se jeta dehors en tombant, en s'accrochant, en criant. On se jeta dans la nuit froide, sifflante, dans la nuit en déflagration, la nuit pleine d'obstacles, d'embuscades, de tronçons et de clameurs, la nuit qui cachait l'inconnu et la mort, rôdeuse muette aux prunelles d'éclatements, cherchant ses proies terrifiées. (...)
La panique nous botta les fesses. Nous franchîmes comme des tigres les trous d'obus fumants, dont les lèvres étaient des blessés, nous franchîmes des appels de nos frères, ces appel sortis des entrailles et qui touchent aux entrailles, nous franchîmes la pitié, l'honneur, la honte, nous rejetâmes tout ce qui est sentiment, tout ce qui élève l'homme, prétendent les moralistes (...)
Nous fûmes lâches, le sachant, et ne pouvant être que cela. Le corps gouvernait, la peur commandait." (p. 76-77)
Ces soldats, ces hommes, demeureront écorchés vifs tout au long de leur vie tant physiquement que psychologiquement. Ils n'ont pas voulu cette guerre, ils veulent être ailleurs. Ils sont là "parce qu'[ils] ne peuvent pas faire autrement" et la seule façon pour eux de s'éloigner du front, de l'horreur, c'est d'être blessé, sans que cela soit de façon mortelle, ou de se mutiler eux-mêmes pour être réformés.
On sent alors leur détresse, leur désespérance face à leur avenir si noir.
J'ai réellement était touchée par tout ce que ce livre m'a fait découvrir, connaissant finalement plutôt mal la Grande Guerre de 14-18, dite guerre des tranchées. Mais en lisant cet opus, on se rend compte que c'était aussi "une guerre d'engins". Les soldats ne suffisaient pas pour faire reculer l'ennemi. Des millions de français ont perdu la vie dans ce conflit et ça marque d'autant plus avec les mots.
- Ca finira donc jamais c'te saloperie !
- Mais si, mon vieux, ça ne peut pas durer toujours.
- Ah ! bon Dieu !... si on mettait en scène le père Joffre là dans mon trou, et le vieux Hindenburg en face, avec tous les mecs à brassard, ça serait vite tassé leur guerre !
Au fond, ce raisonnement n'est pas si simpliste qu'il y paraît. Il est même lourd de vérité humaine, de cette vérité que les poilus expriment encore de cette manière : C'est toujours les mêmes qui se font tuer !" (p. 192)
On voit alors l'évolution du personnage Jean Dartemont dans ses réflexions au fur et à mesure que la narration avance, tout comme la guerre qu'il nous raconte. Au départ, la peur est omniprésente puis la haine prend le dessus. Une haine, non pas contre l'ennemi, mais contre l'injustice face à ceux qui veulent ce conflit parce qu'au final les "Boches" (comme les poilus les appellent) vivent la même douleur, la même injustice.
Nos uniformes diffèrent, mais nous sommes tous des prolétaires du devoir et de l'honneur, des mineurs qui travaillent dans des puits concurrents, mais avant tout des mineurs, avec le même salaire, et qui risquent les mêmes coups de grisou. (p. 283)
Cet ouvrage m'aura beaucoup touchée, non pas par son côté brutal nous obligeant à voir les horreurs qu'une guerre engendre, mais plus par le fait que le narrateur analyse tout ce qu'il vit et perçoit dans les agissements et les paroles de ses supérieurs.
Ce fût une guerre totalement différente de celle de 39-45 mais il est nécessaire, ici aussi, de lire ce genre d'opus pour ne pas oublier ce que ces soldats ont pu vivre pendant plus de 4 ans !


Dernière édition par belledenuit le Ven 7 Mai 2010 - 7:01, édité 1 fois
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Re: Gabriel CHEVALLIER (France)

Message  zozinette le Jeu 6 Mai 2010 - 18:05

Fortement intéressée par cette période de l'histoire je ne peux que noter ce titre.
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Re: Gabriel CHEVALLIER (France)

Message  belledenuit le Ven 7 Mai 2010 - 7:03

Et je surveillerai ton avis dessus
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