Alberto MORAVIA (Italie)

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Alberto MORAVIA (Italie)

Message  gallo le Mar 23 Déc 2008 - 9:39

De : boogok (Message d'origine) Envoyé : 12/07/2003 03:47

Alberto MORAVIA - L'amour conjugal

3/5

Le narrateur raconte la désagrégation de son couple mais sans réaliser ce qui se passe vraiment. Il raconte au premier degré alors qu'en fait tout se passe en profondeur.

Un couple (qu'on suppose en moyens puisque ni l'un ni l'autre ne travaille) se retire dans sa maison de campagne parce que monsieur veut écrire un roman. Madame se servira de ce prétexte pour cesser les relations sexuelles.

J'ai senti une certaine ironie de l'auteur dans le discours du narrateur. En même temps, ça me rappelait Romain Gary (Au dela de cette limite votre ticket n'est plus valable) donc, une littérature masculine dirais-je. C'est donc écrit à gros traits égocentriques. En même temps, c'est par moment savoureux lorsqu'il décrit certaines manières de sa femme qui lui déplaisent. Il va même jusqu'à la comparer à une chèvre

Je pense que pour avoir une idée plus juste, je devrai lire autre chose de Moravia. Pour l'instant, j'ai eu l'impression d'une histoire qui avait vieilli. Pas mal vieilli, mais vieilli quand même.

Une belle écriture mais pas vraiment dans mes cordes.


De: Ol

Simple réponse à une brève analyse émise par un autre lecteur.

Ironie: évidemment, puisque c'est la tonalité fondamentale de la démarche littéraire existentielle. Le lecteur de l'amour conjugal, auquel je fais ici référence, renvoie à Gary. Certes l'ironie n'est pas absente de l'oeuvre de ce dernier, mais elle y est bien plus méthodologique.

Ensuite, il est peut-être un peu hâtif de croire que c'est par jalousie ou ressentiment que Léda impose l'abstinence sexuelle à son écrivain de mari. Mon actuelle vie de couple m'apprend que ce genre de sacrifice, dont une femme est, de beaucoup, plus capable que les hommes, peut émaner d'une très grande sincérité, toute d'abnégation et de rare bienveillance.

Enfin, il me semble téméraire de placer l'abstinence sexelle comme condition nécessaire à la création littéraire, comme peut sembler le laisser croire notre auteur. Peut-être trouverons-nous quelques lumières à ce sujet dans l'ennui et, çà et là, dans quelques passages des Concepts fondamentaux de la métaphysique, de Heidegger.

Note : 4/5
(Ol, 27 ans, Bruxelles/Belgique)




De : DKOIS (Message d'origine) Envoyé : 14/01/2006 16:32

J' ai découvert ALBERTO MORAVIA à travers LE MEPRIS.
Une banale histoire d' amour et pourtant une intense et profonde description de sentiments. Lecture facile mais palpitante à lire entre 2 romans plus " corsés ".
Bonne lecture à tous...
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gallo

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Le mépris

Message  Ondine le Sam 3 Juil 2010 - 14:35

Librio, 153p.
4/5

« L'objet de ce récit est de raconter comment, alors que je continuais à l'aimer et à ne pas la juger, Emilia au contraire découvrit ou crut découvrir certains de mes défauts, me jugea et, en conséquence, cessa de m'aimer ». Après deux ans d'un mariage fait d' « accord complet et profond », Riccardo Molteni, scénariste et aspirant dramaturge, se rend compte tout à coup que sa femme Emilia, a cessé de l'aimer et le méprise. Souffrant beaucoup de cette situation, il cherche à comprendre l'origine de ce mépris et écrit cette analyse de leur relation afin de se délivrer de ses souvenirs et de sa nostalgie.

L'ouvrage se lit rapidement et agréablement. La recherche et l'analyse des évènements qui ont pu transformer l'amour d'Emilia en mépris n'est jamais ennuyeuse, notamment grâce à la narration à la première personne.
Riccardo a épousé pour son allure superbe une dactylo de la classe populaire et, pour offrir à Emilia le foyer de ses rêves, il accepte de devenir scénariste, lui qui ne rêve que d'écrire pour le théâtre. Seulement, puisque sa femme ne l'aime plus, pourquoi continuerait-il a accepter de travailler pour Battista, ce producteur si différent de Riccardo et pour qui l'idéal, c'est « le premier billet de mille gagné »? « Jusqu'ici je n'avais travaillé que pour elle; son amour venant à me manquer, mon travail n'avait plus aucun but». Riccardo ne répond plus aux attentes d'Emilia: pour elle un homme doit certes offrir le confort matériel à sa femme mais aussi la dominer et lutter contre d'éventuels prétendants. Or Riccardo fait confiance à Emilia et ne considère pas qu'il y a danger à la laisser seule avec Battista. Sa deuxième « faute » est de ne pas réagir avec une violence toute virile lorsqu'il apprend la liaison de sa femme avec Battista, autrement dit, de ne pas correspondre au cliché de l'homme dominateur, riche et un peu macho qui correspond pour Emilia à ce qu'est « un homme ». C'est Rheingold, le collaborateur de Riccardo avec qui il doit travailler sur un scénario adapté de l'Odyssée qui le lui fait comprendre, à travers son interprétation des rapports entre Ulysse et Pénélope. Selon ce fervent défenseur d'une interprétation psychologique de l'Odyssée, Ulysse retarde son retour parce qu'il a perdu l'amour de Pénélope: pour éviter un scandale et pour vivre en paix, il a accepté la présence des prétendants sous son toit au lieu de les chasser. « Pénélope qui s'attendait à tout sauf à cette passivité de son époux est désenchantée [et] conçoit pour lui un profond mépris ». C'est à Capri, dans la somptueuse villa de Battista que le noeud se défait et que l'adultère ne peut plus être nié. Le faible nombre de personnages donne l'impression d'un huis clos et le drame final clôt l'histoire.
Ce roman psychologique pourra plaire à ceux qui ont apprécié Le diable au corps, ou La fin de Chéri même si les problématiques sont différentes.

Ondine

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Le conformiste

Message  Ondine le Mer 7 Juil 2010 - 18:59

GF-Flammarion, 347 p.
note: 3/5

Marcel Clerici grandit dans une famille aisée mais dans laquelle on lui porte peu d'attention. Il est fasciné par les objets, les armes en particulier, et il assouvit ses pulsions violentes en massacrant des lézards, sans pour autant obtenir la punition ou le reproche qu'il espère secrètement. En effet, Marcel, cherche l'ordre, la normalité, et ne la trouve ni chez lui (sa mère est mondaine et peu affective, son père devient fou), ni auprès de ses camarades qui le chahutent et l'appellent Marceline à cause de ses manières un peu efféminées. Marcel croise un jour le chemin de Lino, un ancien prêtre pédéraste qui, en échange d'une arme à feu, lui propose de le suivre dans sa voiture. Pris de remords au dernier moment, Lino lui dit de partir et de ne plus jamais le suivre laissant le jeune Marcel, 13 ans, dans l'incompréhension de ce qui vient de se passer. Mais le lendemain, le prêtre défroqué revient et Marcel le suit jusque chez lui. Sur place, Lino devient violent et refuse de donner l'arme à Marcel qui la prend quand même et tire sur le prêtre « Tire Marcel...tue-moi...tue-moi comme un chien ». Ce meurtre, la volonté de « l'effacer », motivera tous les choix de vie de Marcel.
17 ans plus tard, Marcel est devenu un membre actif du parti fasciste. Couvert par le prétexte de son mariage de noce il est envoyé à Paris pour remplir une mission secrète devant aboutir à la mort d'un opposant politique. En se fiançant et en entrant au parti, Marcel pense avoir enfin atteint cette « normalité », cette « respectabilité » qu'il a toujours recherchés. Mais les relations humaines sont plus ambiguës et plus complexes qu'elles en ont l'air. Marcel apprendra au cours de sa mission que la normalité à des contours bien flous et que le conformisme se nourrit d'individus pas toujours « conformes » aux règles et à la morale.
Quand la fin du régime est là, Marcel fait par hasard une rencontre venue d'outre-tombe déclenchant une réflexion sur ses choix de vie sur l'échec de cette vie « La pensée lui vint que cette fleur avait poussé dans l'enchevêtrement ombrieux du sous-bois […], sans chercher à imiter les plantes plus hautes et robustes, ni à analyser son propre destin afin de l'accepter ou de le refuser. […] Être comme cette fleur solitaire, sur un lit de mousse, dans un sous-bois obscur, c'était là un destin humble et naturel. Au contraire, l'humilité volontaire qui consistait à rechercher une concordance impossible avec un conformisme fallacieux ne cachait qu'orgueil et amour-propre mal compris ».

Ce roman n'est sans-doute pas le chef d'œuvre de l'auteur mais mérite d'être lu:
1)par les inconditionnels de Moravia
2)par les lecteurs compulsifs de « littérature de guerre »
3)Par les lecteurs de livres « primés » (le roman reçu le prestigieux prix Strega (le Goncourt italien) en 1952.)
Ce roman risque de décevoir:
1)les amateurs de batailles et de faits historiques
2)le primo-lecteur de Moravia
3)les férus de fins bien ficelées
Le sujet du roman est intéressant mais le roman lui-même l'est moins. Il est découpé en 4 parties bien distinctes: Prologue: enfance de Marcel; Première partie: fiançailles, vie à Rome; Deuxième partie: Paris et la mission secrète; Épilogue: considérations sur le destin du héros qui a « parié sur le mauvais cheval »(le fascisme).
J'en retiens surtout l'histoire d'un enfant solitaire puis d'un homme malheureux et torturé par le besoin d'être comme les autres, c'est-à-dire conforme à des règles que tout le monde est censé respecter. D'où son attirance pour le fascisme et l'échec inévitable de sa quête: aucun individu n'est « normal » en soi, le conformisme n'est qu'une apparence. Le Conformiste n'est pas vraiment un livre sur le fascisme: le contexte historique est surtout un prétexte pour étudier l'évolution psychologique de Marcel. Marcel serait un homosexuel qui s'ignore et c'est cette différence initiale et non le meurtre de Lino qui motiverait son besoin de normalité.
La préface, très intéressante, éclaire et nuance le propos de Moravia: « Pourquoi devient-on fasciste? Pour échapper à l'intolérable sentiment d'être différent des autres et comme tel coupable . »

Ondine

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Re: Alberto MORAVIA (Italie)

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