Henry de MONTHERLANT (France)

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Henry de MONTHERLANT (France)

Message  gallo le Lun 22 Déc 2008 - 19:21

De : Thomthom1293 (Message d'origine) Envoyé : 10/08/2005 21:45

Henry de MONTHERLANT - Les Jeunes Filles

Oh là là...encore une présentation d'auteur à faire...ça devient une habitude ! Surtout que là, ça se corse...il s'agit tout de même de Montherlant, soit l'un des dix plus brillants auteurs du vingtième...Théâtre, roman, poésie...il a a peu prêt tout fait ce garçon, à commencer par un premier roman, "La Relève du Matin", en 1920, au doux parfum de scandale...un parfum si doux qu'il ne quittera jamais réellement son oeuvre. On l'a taxé d'à peu près toutes les étiquettes possibles...arrogant, misogyne, homosexuel, pervers, cynique, collabo......la vérité se situe probablement quelque part entre tous ces qualificatifs, mais il semble que cet homme particulièrement mystérieux et goûtant sans personne la provocation et l'outrance ait emmené le secret de sa véritable nature au fond de la tombe. Une chose est sure néanmoins : il a été l'auteur le plus sulfureux du XX ème siècle, loin devant Céline et les autres. Sa littérature sent tellement le souffre qu'aujourd'hui encore elle est l'objet d'un incompréhensible ostracisme. Même les auteurs contemporains comme Camus (Renaud bien sûr, pas Albert) rougissent à son évocation...sacré bonhomme, ce Montherlant, qui s'est suicidé en 1972.

Le livre dont il s'agit, donc, s'intitule "Les Jeunes Filles" (1936). On le considère généralement comme le premier volume de la série du même nom - c'est qui est faux. S'il est vrai que son succès considérable a incité Montherlant à en publier trois ersatz, cet opus de 1936 est une oeuvre en soi, totalement indépendante des trois autres.

Une oeuvre par ailleurs fort difficile à introduire. La question étant : comment définit-on un roman dit "épistolaire". Car "Les Jeunes Filles" est un curieux enchevêtrement de lettres, de coupures de presses, de narration traditionnel...mais un édifice plutôt solide et fascinant. L'histoire (si tant est qu'on puisse appeler cela une histoire) présente un auteur célébrissime...ou plutôt ces admiratrices. Puisque durant les cinquante premières pages environ, c'est par le prisme de celles-ci qu'on découvre le personnage...par le biais des lettres ennamourées que plusieurs d'entre elles lui écrivent, et qui restent désespérément sans réponses.
Le livre a fait couler pas mal d'encre à l'époque : sa noirceur, son cynisme ont beaucoup choqué. On a parlé de misogynie...selon cette idée reçue comme quoi on ne peut dire (et encore moins écrire) d'une femme qu'elle est idiote sans être un odieux macho. Montherlant n'a pas connu les chiennes de garde, mais gageons que s'il était encore parmi nous il en rirait à gorge déployée. Car c'est justement son amour des femmes qui lui permet de rester sarcastique sans jamais verser dans le nauséabond.
Et bien sûr, Montherlant, comme toujours, parle avant tout de Montherlant. Ici, il le fait d'une manière détournée simplement admirable : à travers les fantasmes de ces jeunes filles désoeuvrées et esseulées, il réussi haut la main un double numéro d'équilibriste : non seulement il s'agit d'un portrait en creux de son personnage, Costals, mais plus encore d'un "autoportrait"...sensationnel.

5/5


De : Mousseliine Envoyé : 04/07/2006 07:35

Henry de MONTHERLANT - Les célibataires
(Gallimard/Folio, 1972, 251 pages)

On aurait pu aussi intituler ce roman "Les paresseux" car nos deux héros en plus d'être célibataires sont aussi extrêmement paresseux et c'est peu dire... "Quand il n'aurait plus rien, on serait bien forcé de lui porter secours, on ne laisserait pas un Coantré dans le ruisseau. Il se voyait très bien suppliant des gens. Pendant dix ans, il avait entendu sa mère soupirer : "Ah! pouvoir vivre à l'hôtel! plus de domestiques! n'avoir plus de repas à commander!" Lui, le temps où il serait au bout de son dénuement lui apparaissait, comme apparaît au pauvre diable l'entrée à l'hôpital ou en prison: le temps où il n'aurait plus à vouloir, ni à être responsable."

On est à Paris, dans les années 20 je crois. Un oncle, Élie de Coëtquidan, et son neveu Léon de Coanté partagent la même maison, pas par affection mais plutôt pour le côté pratique et surtout monétaire. Nos deux compères se ressemblent de maintes façons, ils se laissent vivre, l'un passe ses journées à déambuler dans son quartier, pour l'autre c'est déjà trop il jardine et dort une grande partie du jour. Mais ils sont endettés par-dessus la tête et devront laisser la maison qu'ils louent. M. de Cöetquidan est âgé, il compte sur son frère Octave pour le soutenir. Léon quoiqu'il pourrait très bien se trouver une situation préfère s'en remettre aussi à l'oncle Octave. Mais ce dernier n'est pas du tout enchanté... "Dès l'instant que je vais aux eaux, grâce à de l'argent que j'ai gagné honnêtement, tandis qu'eux ne peuvent pas y aller, je suis un coupable. La famille! Parlons-en! La famille, ça sert à vous demander de l'argent, rien de plus. "L'esprit de famille" : je n'ai jamais entendu employer cette expression que lorsqu'il s'agissait de me tirer de l'argent pour un individu indigne du moindre intérêt."

Henry Montherlant décrit ses personnages avec un talent extraordinaire. Des gens paresseux j'en connais et ils n'ont rien à envier à Élie et Léon pour ce qui est de l'ampleur de ce défault, mais je ne saurais certes pas en parler comme le fait Henry Montherlant. C'est vraiment un très bon roman où tout se joue du côté des personnages, on les suit pas à pas dans leurs moindres pensées, on les connaît comme s'ils étaient bien réels, mieux que s'ils étaient réels en fait. Le reste, le décor, Paris c'est secondaire.

De plus c'est un roman qui se lit facilement, l'écriture est précise, pas de superflu, juste les personnages. Par le thème exploité on pense à Balzac, mais l'écriture est de loin plus moderne de par le vocabulaire, et aussi il n'y a pas de longues digressions à n'en plus finir, ici Montherlant s'en tient uniquement à son sujet et il nous tient captif.

Une belle découverte! J'ai beaucoup aimé.

Note : 4.5/5

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Henry de Montherlant est un écrivain français né à Paris en 1895 et décédé le 21 septembre 1972. Simple soldat grièvement blessé sur le front en 1918, Henry de Montherlant voit sa jeunesse marquée par la guerre et par sa passion pour le sport et la tauromachie. Après quoi, avide de dépaysement, il réalise de nombreux voyages (Italie, Espagne, Afrique du Nord) durant lesquels il prend le temps de la méditation. Cette dualité - goût pour l'action et exaltation des valeurs charnelles d'une part, besoin de spiritualité de l'autre - traverse son oeuvre romanesque, puis théâtrale à partir des années quarante. Ayant rejoint les rangs de la Croix-Rouge pendant la Seconde Guerre pour soigner les enfants, il se consacre par la suite à l'écriture de manière exclusive. En 1962, l'Académie française lui ouvre ses portes.


De : zeta-b Envoyé : 04/07/2006 12:48
Un peu dubitative sur la présentation de thomthom. L'amour des femmes chez Montherlant !!!!! Je le cherche encore.
Dans les "Jeunes filles", entre les lectrices exaltées et hystériques et la "jeune fille" avide de se caser à tout prix avec l'écrivain sublime, il ne le montre pas beaucoup. Dans ce livre, seules ont grâce à ses yeux, lles "maîtresses" simples et légères qui ne demandent rien et ne se piquent pas d'être intelligentes. Bon d'accord j'ai pas tout lu de Montherlant, mais toujours dans "les Jeunes filles", en page 19 cette réflexion :
"il est vrai qu'une des horreurs de la guerre, sur laquelle on n'attire pas assez l'attention, c'est que les femmes y soient épargnées".
waouhh c'est dur non ? ou alors c'est du troisième ou quatrième degré. Bien sûr c'est très connoté années 30/40, un peu verbeux, mais d'accord avec Mousseline malgré tout : bien écrit et plaisant à lire. (On peut même parfois rire sur certaines réflexions vachardes pour nous les femmes, parce que bien observées.)
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gallo

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