My Lan TO (Canada/Québec)

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My Lan TO (Canada/Québec)

Message  gallo le Ven 19 Déc 2008 - 18:39

De: Polo

My Lan To - Cahier d'été
(Éd. Triptyque, 2000, 91 p.)

Sujet : les désarrois de l'adolescence

Avoir quinze ans, c'est comme souffrir d'une maladie incurable. Regardez les adolescents qui accompagnent leurs parents: leurs visages portent les stigmates d'une mort imminente. Ils sont grincheux, ils ne parlent que par monosyllabes. Les «ouais» déprimants accompagnent leurs réponses les plus positives. Et le «ch'sais pas» leur sert de non. Allez savoir ce qu'ils veulent. Eux-mêmes se le demandent. Ce qui les occupe, c'est le look. Les garçons portent un jeans avec la fourche aux genoux et chaussent des baskets délacés, qui leur donnent une démarche dégingandée. Les filles marchent comme des robots sur des échasses pour accentuer la mode du raccourci. Et les deux sexes sont branchés sur les vedettes de la chanson pour s'enivrer de leurs rêves suspects.

Que cache-t-on derrière l'image? On n'a pas le crâne évidé même si les garçons ont une tête qui ressemble parfois à une noix de coco. My Lan To, une jeune Québécoise d'origine chinoise, l'affirme dans Un cahier d'été. C'est bien la pire saison pour les adolescents qui perdent, le temps des vacances, le cercle des amis qui les valorisent. Donc, Gabriel, le jeune héros, sent que sa vie au chalet de ses parents va «être phase terminale ou, plus simplement, état stationnaire ou, encore plus simplement, rien du tout.» Pour compenser les malheurs de son «hospitalisation» au bord d'un lac dans lequel il se baigne chaque matin, il tente de réaliser un rêve caressé depuis longtemps: écrire. Autour de trois personnages, il construit une histoire qui l'aidera à se mieux comprendre. D'abord, il tente d'exorciser la mort en imaginant la noyade d'une jeune fille. Angoissé aussi par son identité sexuelle, il invente le personnage d'Hervé qu'il rattache à l'homosexualité. Ainsi l'acte d'écrire devient pour lui la réponse à ses confusions. Souvent, sans pouvoir le formuler, les adolescents vivent des malaises non identifiables mais Gabriel parviendra à cerner les siens grâce à son histoire qu'il confie à un cahier, le fidèle compagnon de son été.

Finalement, les vacances estivales au chalet auront servi à défricher le terrain broussailleux de ses sentiments. L'écriture est une thérapie bien connue pour parvenir à une certaine sérénité. Qu'un adolescent y parvienne par ce moyen est plutôt surprenant, mais Ann Frank n'est pas la seule à s'être servie de ce médium pour exorciser son désarroi. Ce n'est pas le roman de la complainte juvénile qui accuse tous les adultes d'incompréhension. Le narcissisme n'est pas l'effet de la contemplation de soi-même. Le héros cherche honnêtement la source de son malaise existentiel. Après la lecture de cette oeuvre, on comprendra davantage ce qui se trame derrière la «face de boeuf» qu'affichent les adolescents devant les adultes. Et leurs fanfaronnades camouflent les mêmes angoisses.

C'est un beau roman. Cependant l'écriture soignée ne parvient pas à combler le manque de vivacité qui le dépare. On sent les carences de l'inexpérience de cette auteure, quand même talentueuse, qui a presque l'âge de son héros. Mais elle traduit à merveille ses maux de l'âme comme Robert Musil l'avait fait de l'élève Törless.

Note : 3.5/5
(Polo)
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