Slobodan SNAJDER (Croatie)

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Slobodan SNAJDER (Croatie)

Message  Lacazavent le Ven 19 Déc 2008 - 17:01

De : Sahkti1 Envoyé : 04/07/2006 21:05
Slobodan SNAJDER, La dépouille du serpent

Editions L'Espace d'un instant, ISBN 2951663862
Théâtre croate



"La dépouille du serpent" est un texte qui fait mal. Pas uniquement par les faits qu’il développe mais par les interrogations qu’il suscite.
Azra est une jeune femme victime d’un viol collectif, qui "porte un serpent dans le ventre", un enfant... Elle est salie et meurtrie, elle se sent habitée par le mal, elle n’arrive plus à parler, aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres. Il n’y a que le langage imaginaire pour l’aider à extérioriser ses blessures. Azra invente l’enfant à naître et le déteste, le raconte, essaie d’apprivoiser son mal…

J’ai été très touchée par le réalisme et la force qui se dégagent de l’écriture de Slobodan Snadjer. Il semble habiter l’esprit de Azra Vous me direz que c’est normal, vu qu’il est l’auteur, mais ça dépasse la simple narration d’états d’âme, il y a comme une appropriation personnelle des pensées de son héroïne. C’est frappant, l’auteur et son personnage ne font qu’un et en utilisant ce langage de l’imaginaire qui permet à Azra de s’exprimer, Snadjer prend sans doute le recul nécessaire pour arriver à se glisser dans sa peau sans que cela sonne faux.

Quelque peu assommée par le drame qui est arrivée à Azra, je me suis prise de compassion pour elle et, en même temps, il y avait un sentiment dérangeant, celui de vouloir lui hurler que cet enfant n’était responsable en rien de ses malheurs, qu’elle ne devait pas le détester. Mais il représente l’acte pervers, il incarne la mal… Douloureux paradoxe qui m’a plongée dans un certain désarroi. Un état petit à petit atténué par le langage d’Azra, porteur d’espoir et d’amour pour la vie, effaçant le vilain pour préserver le beau. Un mensonge, certes. Une altération de la vérité que l’imaginaire travestit. Un enfermement dans des rêves qui masquent la réalité. Une fuite. Absolument. Parfois, c’est bon de fuir et de faire semblant…

Ma note: 4/5




De : Sahkti1 Envoyé : 07/07/2006 13:14
Slobodan SNJADER, Le Faust croate

Editions L'Espace d'un Instant, ISBN 2915037175
Théâtre croate



En 1942, au Théâtre national de Zagreb, le régime en place décide de monter Faust, de Goethe, dans le but de servir la propagande nationaliste. Au fil des jours, la qualité des représentations s'effrite, en grande partie à cause de la désertion de plusieurs comédiens partis rejoindre le maquis.

C'est cet épisode que raconte Slobodan Snajder, mêlant éléments réels à la fiction, afin d'apporter un éclairage différent sur le régime fasciste et ses nombreuses actions de purification ethnique et de torture mentale.
Le résultat est cette pièce de théâtre découpée en scène assez courtes se démarquant par la puissance du jeu et du message qu'elles portent.
Une tâche parfois peu aisée car il s'agit ici d'une histoire dont la lectrice que je suis n'a pu saisir toutes les subtilités sans l'aide de bons référents historiques destinés à y voir un peu plus clair dans cette période tourmentée de l'histoire. Et encore, je reste persuadée d'être passée à côté de certains éléments importants de l'histoire du pays et de ses mentalités.

Mais cela ne m'a pas empêchée d'apprécier et admirer le travail de Slobodan Snajder qui, en mêlant cynisme et humour, démontre avec brio l'absurdité frappante (et l'horreur!) d'un système qui met en place une longue et lente purification, tant des ethnies que des âmes. Cela commence par des événements en apparence anodins et au fil des scènes, on assiste à un véritable nettoyage. La révolte ressentie face à tout cela est augmentée par la mise en valeur de l'aberration complète des convictions lorsque celles-ci varient aussi souvent que les têtes au pouvoir volent. Tout l'art de se transformer en girouettes et pour certains de renier ses certitudes les plus anciennes par peur de déplaire au pouvoir avec les conséquences que l'on devine, ou par bêtise, ou par conviction pure et simple.

Slobodan Snajder a le souci du détail et en fait profiter le lecteur, parfois de manière symbolique ou énigmatique. C'est que ce n'est pas un roman historique ou un traité d'histoire, c'est une pièce de théâtre qui narre mais suggère aussi beaucoup.
C'est du grand art, celui de tout dire en suggérant, celui de tout raconter sans imposer. L'écriture est belle et dense, la langue fourmille de mots riches, il y a dans tout cela une belle vivacité d'esprit et c'est un texte que j'invite vraiment à découvrir, tant il demeure tristement d'actualité. Si l'Histoire est un éternel recommencement et si le pouvoir rend fou, l'Homme n'en demeure pas moins un éternel imbécile. Dangereux de surcroît.

Slobodan Snajder, auteur dramatique, est né en 1948 à Zagreb, en Croatie. Il a écrit plus de trente pièces, largement jouées en Europe, et publié une dizaine de livres. Exilé pendant la période Tudjman, il a été jusqu’en 2004 directeur du Théâtre de la Jeunesse de Zagreb. Ancien résident de la Chartreuse de Villeneuve-lès-Avignon, il était récemment présent aux "Regards croisés" à Grenoble. (Sources biographiques: L'Espace d'un Instant)



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