Fatou DIOME (Sénégal/France)

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Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  gallo le Jeu 18 Déc 2008 - 8:09

De : Claarabel (Message d'origine) Envoyé : 27/08/2004 16:10

Fatou DIOME Le ventre de l'Atlantique
4 / 5

Une petite musique dans la tête
Sur son île au large du Sénégal, le frère de Salie, la narratrice du "Ventre de l'Atlantique" qui vit en France, lui téléphone pour parler des derniers exploits de Maldini, célèbre footballeur italien. Aussi pour quémander de rejoindre la France, cette terre promise, l'Eldorado pour tous les jeunes sénégalais désoeuvrés et qui s'imaginent gagner beaucoup d'argent grâce au football. Pour exemple, les joueurs évoluant dans l'équipe nationale ou ces quelques locaux revenus au pays après avoir amassé une fortune en France. Mais ce que tous refusent de voir, de comprendre et d'admettre c'est la lourde réalité, le cruel sort réservé aux émigrés au sein d'une société occidentale dite égoïste, toute-puissante et raciste. Là, Fatou Diome met le doigt sur tous les points sensibles qui font la une des actualités : émigration clandestine, intégration, racisme, tiers-monde et mondialisation. L'auteur n'épargne personne : des sociétés grasses de l'Occident, de l'Afrique qui se meurt presque consentante et déjà condamnée si elle ne se ressaisit pas.
"Le ventre de l'Atlantique" n'est pas un ouvrage politique, mais bien un très beau et très juste roman qui nous embarque sur l'île de Niodore où évolue une petite communauté passionnée de football, où se révèle drames et passions en tout genre. Fatou Diome fait exprimer la jeune Salie, écrivain vivant à Strasbourg, étudiante, séparée d'un mari français, exilée d'un pays qui la rejetait. Fille d'ici et d'ailleurs, déracinée, nostalgique et à jamais incomprise, Salie est la Voix de Fatou Diome. Toutes deux parlent aussi des femmes africaines, de leurs douleurs, leurs fardeaux et les cruautés qui les attendent à tout instant.
Dépeint d'une grande finesse, ce roman est remarquable. Sa musique vous colle à la peau et vous ouvre les yeux sur une réalité qu'on devrait tous reconnaître. Un formidable roman et une plume digne d'une grande poétesse !

Clarabel


De : JoAnn_Kamar Envoyé : 08/02/2006 22:26

Fatou DIOME (Sénégal)
Le Ventre de l'Atlantique
- 2003
Livre de Poche - 255 p.
4.5/5


► Résumé Salie, la narratrice, est Sénégalaise. Originaire de l'île de Niodior, sur la côte sénégalaise, elle a émigré en France, ElDorado de tous les habitants de l'île, pour suivre un mari français qui la quitta très vite après son arrivée en France. Étudiante, écrivaine et femme de ménage, elle est reliée à son île, à son frère Madické par le cordon ombilical qu'est le cordon du téléphone, seul moyen de communication entre Salie et son île natale.
Madické, lui, passioné de foot, de Maldini, d'AC Milan et de la Squadra azzura, il ne rêve que d'une chose, comme tous les autres adolescents de Niodior: aller en France et jouer dans des équipes de football françaises. Même s'il est pro-Italien, c'est plus facile d'accéder à son idôle par la France.
De quelle façon peuvent Salie et Ndetare, l'instituteur syndicaliste exilé sur l'île et interdit d'aller en ville, mettre dans la tête de ces jeunes que les quelques Sénefs (joueurs sénégalais évoluant en France) sont des exceptions et que la réalité pour la plupart des immigrés Africains, la vie n'est qu'une succession de désillusions et de rêves avortés?
Mais ces jeunes ne veulent rien savoir. Pour eux, l'exemple du Monsieur de Barbès, notable de l'île qui est parti en France et est revenu triomphant, mais qui enjolive ses anecdotes pour qu'on continue à l'écouter. D'ailleurs, il a la seule télé de l'île, où les adolescents assistent aux matchs des Bleus. Mais que faire de Moussa, aspirant Sénef qui est revenu [via charter]? Non, pour ces jeunes-là, Moussa est une erreur de parcours.

► L'histoire C'est toujours difficile. L'immigré ne peut pas dire à celui qui veut émigrer que l'émigration n'est pas que facilité, car sinon, la réplique immédiate sera: alors? Si ce n'est pas si bien, pourquoi tu y restes? Comment expliquer alors que la vie en France (ou en Europe en général) n'est pas facile, que les étrangers ont du mal, sont exploités, qu'ils peinent à avoir des papiers, que dès l'arrivée en France, ils n'ont pas encore traverser la frontière, que l'officier des douanes lancent des Ça me saoule que vous veniez chercher votre fortune ici. Vous n'avez qu'à rester sous les cocotiers chez vous. Ou quand un groupe d'Africains parle une langue qui est inconnue du bataillon, on lance Vous comprenez ce qu'ils ditent? Non, mais vous parlez comment là-bas? Avec les pieds?, faut-il préciser que l'Afrique n'est pas UN pays, mais un continent avec 53 et presque le millier de langues bantoues?
Et puis, cette tradition implicite. Quand l'émigré revient au pays, peut importe s'il y souffre, s'il y est au chômage, s'il est "technicien de surface" ou veilleur de nuit. Quand il revient, il se doit d'apporter des cadeaux pour toute la famille qui n'est pas restreinte. Même les membres de la famille éloignée par on ne sait quelle branche de l'arbre généalogique. Car sur Niordior, tout le monde est cousin de tout le monde. Depuis des générations, ce sont les mêmes mariages, les mêmes noms qui circulent. Alors forcément, la famille ne cesse jamais.
Si on revient les mains dans les poches, on subit les quolibets et scandale de ses voisins, on jette la honte sur la maison de ses parents et de sa famille la plus proche. Maintenant que tu vis en Europe, tu oublies tes obligations. Tu n'envoies pas de sous à la famille. N'oublie pas pourquoi on t'a envoyé. Tu dois nous aider. C'est ton devoir. Mais non. En Occident, tu es devenu individualiste. Tu ne penses qu'à toi. Tu ne portes même plus les habits traditionnels, tu veux être comme eux.
Alors en revenant, les aides soignants sont médecins, les remplaçants sont professeurs, les techniciens de surface sont hôte d'accueil.
Le seul lien qu'a Salie avec Madické, c'est le téléphone et le foot. C'est le seul sujet de conversation. Quand Madické ne peut pas assister aux matchs, il appelle sa soeur du télécentre, pour qu'elle le rappelle saignant pour France Telecom et qu'elle lui raconte les détails.
Parce que même si elle trouve que son frère est égocentrique, il n'y a que le foot, elle regardera tous les matchs pour lui. Même sans argent, elle achètera tout l'équipement de foot qu'il demandera. C'est sa manière de veiller sur lui.

► Mon avis Fatou Diome est à ajouter à ma liste d'auteurs à relire.
Son écriture est si poétique, si imagée! Elle a un humour noir relatant la détresse des immigrants en France, cette différence d'attitude lorsque l'Africain est brillant dans son domaine, on lui fait la fête, lorsque c'est un immigrant lambda, à qui le tour.
Mais comment expliquer aux autres ce dilemme qui est en nous, plupart des étrangers, qui ne sauraient rester à l'étranger très longtemps mais que rentrer au pays leur est devenu insuffisant?
Comment expliquer à ceux qui veulent absolument partir, qu'il n'y a rien de mieux que "chez nous", mais que d'un autre côté, chez nous ce sera toujours là où on posera nos oreillers? Que nous ne sommes pas nous sans l'Afrique et sans l'Europe? Que nous avons besoin de marcher dans les pas des deux?
Chez moi? Chez l'Autre? Être hybride, l'Afrique et l'Europe se demandent, perplexes, quel bout de moi leur appartient. Je suis l'enfant présenté au sabre du roi Salomon pour le juste partage. Exilée en permanence, je passe mes nuits à souder les rails qui mènent à l'identité.
(...)
Je cherche mon territoire sur une page blanche; un carnet, ça tient dans un sac de voyage. Alors, partout où je pose mes valises, je suis chez moi.
D'un côté, je n'ai pas de légitimité à parler du même genre d'immigration. Car je suis étudiante et que je ne travaille pas pour vivre, que je souffre pas des mêmes galères. Nos points communs seraient le départ et l'administration, et encore... Quand je rentre en Angola, on n'attend pas de moi que j'apporte quoique ce soit. Déjà que le sens des finances se fait à l'opposé, c'est de l'Angola qui vient mon argent de poche, et ce n'est pas de la France qu'on envoie en Angola.
Mais.. Il y a tellement de choses à dire, à écrire...

Je ne ferai que conseiller ce livre, il vaut le coup d'être lu et Fatou Diome vaut le coup d'être connue. Bientôt, son livre sera disponible en anglais, et ça, c'est top!


De : JoAnn_Kamar Envoyé : 07/06/2006 19:41
Fatou Diome (Sénégal) - La préférence nationale - Nouvelles
2001, Présence africaine - 123 p.
4/5

► Résumé: En six nouvelles, Fatou Diome évoque son enfance, son bac, son mariage avec un Français, son divorce en France, ses emplois alimentaires, le racisme et discriminations, les préjugés car elle a beau être Noire et femme de ménage, elle n'est pas moins une intellectuelle, qui joue avec Descartes et Voltaires, doctorante en lettres modernes. A compétences égales, elle sera toujours la bonne et son amie française assurera les soutiens à domicile.
Mais par délit de faciès, elle ne sera que la bonne et malgré ses diplômes, on lui parlera toujours en "y'a bon Banania"...

► Ma lecture: Six nouvelles complètement aux styles différents.
La mendiante et l'écolière: c'est une écolière dans une famille d'accueil. Pour sauver son argent, elle l'investit auprès d'une lépreuse qui vend des cacahouètes. C'est le seul moyen d'avoir un repas et de ne pas avoir à rentrer à midi...
Mariage volé: Alors qu'elle se marie, la narratrice se souvient du jour de son Bac de français...
Le visage de l'emploi: Même pour un simple job de baby-sitter, être noir est un obstacle. D'emblée, on parle petit-Nègre, on profite de l'accent pour penser qu'on va pas discuter des droits, et le baby-sitting devient bonne à tout faire au revenu minimum. Et même là, on se demande "qu'est-ce qu'on va faire avec ça?!"
La préférence nationale: divorcée, son mari l'ayant reniée pour cause de pression familiale, toujours la préférence au bleu-blanc-rouge, la narratrice a besoin de travailler pour vivre et continuer ses études. Elle répond à une annonce où une mère de famille, qui n'avait pas le bac, voulait du soutien scolaire pour sa fille. En voyant la Négresse arriver, malgré la licence, c'est quelqu'un du type européen qu'elle veut. On pense de la narratrice qu'elle est parano, que si elle se donnait les moyens, elle pouvait avoir tout ce qu'elle voulait.
Elle donne le nuuméro à une amie française qui l'appelle: "j'ai eu le boulot. Merci pour le tuyau. Par contre, leurs voisins ont besoin d'une femme de ménage si ça t'intéresse"...
Cunégonde à la bibliothèque: encore femme de ménage, le chef de famille la surprend à la bibliothèque "des livres? Mais pour qui? Pour quoi faire?"
"Eh bien, pour moi, cher monsieur. Je suis en DEA..."
Le dîner du professeur: Une aventure avec un professeur-docteur de quelque chose. Juste pour faire prendre conscience à la narratrice qu'elle veut seulement que quelqu'un l'aime...

Maintenant une énigme.
Entre une amie et moi, toutes deux africaines. Elle a un nom africain, moi un nom occidental.
Laquelle de nous a plus de chances?


De : 2186Elfe Envoyé : 20/09/2006 19:17

Kétala , de Fatou Diome

Au sénégal, le Kétala, c'est le partage de l'héritage. Quand un proche meurt, toute la famille se réunit et se partage tout ce que possédait le défunt.
Mémoria vient de mourir, et ses meubles attristés, craignent leur séparation. Pour tenter d'y remédier, ils trouvent la solution de se remémorer la vie de Mémoria, et ainsi, même s'ils sont séparés, ils auront avec eux les souvenirs en commun de leur propriétaire.
Nous suivons alors avec beaucoup d'attention et de passion les récits de Masque, Montre, Mouchoir ou encore canapé, qui retracent les moments vécus à ses côtés.

Emouvant et passionnant, ce récit n'en est pas moins original. Des meubles qui parlent, et qui portent un amour véritable pour leur propriétiaire cela ne s'est jamais vu. Et ici, à travers les mots de Fatou Diome, on y croit. Le charme opère. Fatou Diome a trouvé les mots, les descriptions sonnent juste. Le rythme est envoutant et musical, on est emporté du début à la fin.
A travers les souvenirs de tous ces objets et donc de la vie de Mémoria, Fatou Diome traite de sujets divers mais non moins important, du mariage, de l'immigration, de l'amour et de ses désillusions, des liens alliénants de la famille qui vous poursuivent jusqu'après votre mort.
J'ai découvert Fatou Diome avec ce livre, et je ne regrette pas du tout. Elle a une écriture envoutante, et incroyablement poétique. Je suis charmée. Et puis je peux vous l'avouer, désormais je ne considère plus de la même manière les objets qui m'entourent.

Ma note: 5/5


De : doriane99 Envoyé : 19/11/2006 20:49

Fatou Diome : Kétala
Flammarion 278p

Le Kétala, dans la religion musulmane, c'est la cérémonie de partage de l'héritage. Elle a lieu une semaine après l'enterrement, on partage alors les biens du défunt aux différents membres de sa famille.

Mémoria, la trentaine, sénégalaise, vient de mourir. Avant la cérémonie du Kétala, ses objets familiers (montre, masque, mouchoir...) partagent leur vécu et tentent de reconstituer le puzzle de la vie de leur propriétaire.

"Lorsque quelqu'un meurt, nul ne se soucie de la tristesse de ses meubles"

Dès le début de ma lecture, une citation me tournait dans la tête : "objets inanimés avez-vous donc une âme, qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?"... Quel bel hommage que celui distillé par les possessions de Mémoria. On y découvre une femme forte, futile, jalouse, amoureuse... On apprend à l'aimer à travers les objets qui partageaient sa vie. Une approche originale, poétique et pleine d'émotion. J'ai savouré ce livre à chaque page...
5/5
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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  gallo le Jeu 18 Déc 2008 - 8:11

De : Claudia Envoyé : 19/11/2006 21:41
Coucou,

Oui j'ai lu le ventre de l'Atlantique l'année dernière... un peu par hasard, un prêt d'une amie.

Au début, je n'étais pas très chaude pour le lire : le foot ça ne m'intéresse vraiment pas mais derrière ça, on voit dans les yeux des Sénégalais la France comme un Terre Promise, leurs problèmes, leurs difficultés, leurs rêves.

Ecriture attachante, émouvante, livre qui se lit très bien.

Je n'ai vraiment pas regretté de l'avoir lu et je suis contente d'avoir découvert un nouvel auteur intéressant à lire.

Ma note : 5/5


De : Lucie217 Envoyé : 27/02/2007 11:20

Le ventre de l’Atlantique - Fatou Diome

Quelle belle découverte !

Je ne ferai pas de résumé car il y en a déjà plusieurs, mais Fatou Diome a un style très original et très agréable à lire. Ce roman se lit d’une traite et nous emporte complètement ailleurs. Quel bonheur de revivre une match de football historique sous la plume de Fatou Diome, sur un mauvais écran de télévision devant lequel se trouve tout un village africain. La distance et l’exil sont très bien retranscrits dans ce roman beau, drôle et touchant. <o:p></o:p>

Une petite nuance cependant, notamment à la fin du roman, certains paragraphes frisent la dérive vers un traité politique ce qui est un peu dommage, d’autant que Fatou Diome prouve à de multiples reprises dans ce roman qu’elle a assez de finesse pour faire passer les messages autrement.
En tout cas c’est sûr, Fatou Diome a quelque chose et je la lirai encore !

Ma note : 4,5/5


De : Sahkti1 Envoyé : 10/03/2007 22:13

Fatou DIOME, Le ventre de l'Atlantique

Fatou Diome est une femme étonnante, pleine de vivacité et de lucidité. Je l'ai vue, au moment de la sortie du livre, dans une émission d’Ardisson où elle expliquait le pourquoi et le comment de son livre. Un livre qui lui ressemble, qui comme elle, sous des apparences non trompeuses d’humour et d’énergie dénonce des situations humaines difficiles, voire pathétiques. La France, un paradis ? Allons donc ! Pour qui ? Pourquoi ? Comment une telle image est-elle encore véhiculée ? Et puis combien de temps entre l’arrivée sur le territoire français et la fin de toute illusion ? Autant de questions auxquelles Fatou Diome tente d’apporter une réponse. Elle ne prétend pas avoir la science infuse mais elle a son idée sur beaucoup de choses et semble bien décidée à nous la faire partager. Avec verve et talent, elle n’a pas sa langue en poche et c’est tant mieux. Le résultat est ce petit bijou d’ironie et de réalisme, traitant de la situation de l’immigration sous des aspects plus quotidiens, plus personnels, loin des chiffres, des statistiques officielles ou des campagnes politiques. Ici, on est en plein dedans, on reçoit une version différente de l’habituelle, une version de l’autre côté de la barrière et c’est très intéressant. Une réalité de l’immigration terriblement différente selon que l’on se trouve en France ou au Sénégal. Se pose la question de l’humiliation et de l'amour propre, ces craintes qui finissent par se transformer en mensonges quand l’africain débarqué en France n’ose pas raconter comment il vit et survit. Au Sénégal, on continue à faire croire à la famille que tout va bien. Et après tout, cela semble parfois tellement difficile, voire impossible, de briser l’espoir d’un petit frère qui rêve d’un monde meilleur et est persuadé qu’il le trouvera dans l’Hexagone. Très belle lecture, humaine et enrichissante.

Ma note: 4/5


De : liza_lou55 Envoyé : 30/11/2007 16:07
Fatou Diome - Le ventre de l'Atlantique
(Le livre de poche, 255 pages)

Salie, émigrée Sénégalaise, vit en France de sa plume. Là-bas, au pays, sur l'île de Niodor, son frère Madické rève de la rejoindre afin de réaliser son rêve : jouer dans une équipe de football française et rencontrer son idole, Maldini, joeur italien de l'AC Milan. Mais comment lui expliquer que la vie en France pour les émigrés n'est pas telle que Madické et ses copains l'imaginent? Que les quelques Sénefs qui ont réussi masquent tous les autres qui survivent dans la misère tout en le cachant aux proches restés au pays ou ceux qui sont refoulés sans ménagement hors de la frontière et qui deviennent la honte de toute une communauté.

A lui seul, Le ventre de l'Atlantique est un magnifique témoignage de l'émigration et de ses ravages auprès des habitants du Tiers Monde. Fatou Diome décrit en effet les motivations, les espoirs déçus de beaucoup de ceux qui ont tenté le voyage et qui n'ont, à leur arrivée en France, connu pour la plupart la misère, le dédain des Français, subi le rascisme et les contrôles de police. Sans oublier ceux, qui, comme Moussa, ont été renvoyés sans ménagement au Sénégal et qui, ne pouvant supporter le mépris de ses semblables, s'est donné la mort.

Cependant, pour la majorité des jeunes de l'île de Niodor, partir reste la seule solution. Que faire face à une telle misère, quand on a une famille à nourrir, des parents qui comptent sur vous pour améliorer la situation? Que faire, quand, ceux qui ont réussi et se sont enrichis, reviennent au pays et font étalage de leurs richesses? Difficile par conséquent pour l'instituteur Ndétaré de convaincre ces jeunes qu'il y a d'autres moyens que de passer par l'émigration. La tête pleine d'étoiles, la jeunesse sénégalaise rêve devant la télévision qui lui renvoie une image de l'Occident tronquée, où les gens sont payés grâce au RMI à ne rien faire, où les familles grâce à la CAF s'enrichissent en faisant des enfants ou même ceux qui ramassent les crottes de chien à Paris ont un salaire...

Alors, évidemment, quand on leur dit que la vie de l'émigré, là-bas, est loin d'être rose, eux s'en moquent. Ne sont ils pas jeunes, vaillants et enthousiastes? Et puis, la plupart de ceux qui y vont ne reviennent ils pas riches? Tout, plutôt que de rester ici, à pécher dans le ventre de l'Atlantique quelques misérables poissons! Tout, plutôt que de continuer à se morfondre des jours durant dans ce coin perdu du Sénégal dont l'Etat s'est depuis longtemps désinteressé! Quant aux émigrés, qui, comme Salie, tente de les dissuader de venir, ne sont ils pas égoistes de ne pas vouloir les aider à obtenir un billet d'avion pour la France! Puisqu'ils y sont, pourquoi ne veulent ils pas que, eux, viennent!

Fatou Diome dresse ici aussi un portrait complet de la vie sénégalaise où les marabouts et les anciennes croyances règnent encore sur les esprits, où l'islamisme radical gagne du terrain, où les femmes n'ont d'autre rôle que d'avoir des enfants et d'épouser les hommes que la communauté leur a imposé.

Un beau roman; un témoignage convaincant sur l'émigration et ses conséquences. Un seul bémol : les passages sur les matchs de foot, qui m'ont, je l'avoue, complètement laissée de marbre voire ennuyée par instants! Mais, cependant, Le ventre de l'Atlantique est une vision différente d'une situation dont on parle beaucoup et qui, à l'avenir, ne devrait pas s'arréter.

Ma note : 3,5/5


De : Profgéo Envoyé : 18/02/2008 18:20
La préférence nationale - Fatou Diome
94 pages

Six nouvelles assez courte, mais très belles qui parle de l'Afrique et de la France, mais surtout des choses qui se passent quand on a la peau noire et qu'on vient d'ailleurs.

Critique:
Très belle écriture, très riche, parfois un peu mêlante, mais qui a un parfum d'exotisme certain. Fatou Diome raconte à travers ses personnages sa réalité d'immigrante et le racisme sous-jacent en France. Il se dégage une grande capacité d'appréhender les situations en quelques mots dans ses textes. Chapeau à la dernière nouvelle du recueil, Le dîner du professeur, qui montre combien malgré les discours officiels, les noirs demeurent considérés comme des bêtes sexuelles pratiques que l'on peut utiliser à volonté, niant par là leur besoin d'amour, besoin commun à tous les êtres humains.

Ma note: 4.25/5


De : Shan_Ze Envoyé : 18/05/2008 19:27

"La préférence nationale" de Fatou Diome

Une demi-douzaine de nouvelles qui racontent le Sénégal et la France, le pays d’adoption de Fatou Diome. Elle raconte une amitié, un mariage et… du racisme en France. Les dernières nouvelles racontent l’attitude de certains Français avec les Africains.
On commence avec les couleurs joyeuses mais pauvres de l’Afrique, on finit en France avec une triste réalité. J’ai beaucoup aimé le dépaysement avec la découverte de l’Afrique, les autres nouvelles déclinent le racisme au quotidien et surtout à l’emploi. Je pensais pas qu’il pouvait être pénible à ce point (je suis d’origine antillaise). Nouvelles assez inégales mais l’ensemble a le mérite d’être vrai et sincère.

Note : 4/5


De : doriane99 Envoyé : 24/06/2008 08:41

La préférence nationale

Recueil de 6 nouvelles, autobiographiques. La vie en Afrique puis la vie quotidienne d'une jeune immigrée, étudiante en lettres qui fait de petits boulots.

Tout d'abord, la nouvelle n'est pas du tout mon style littéraire favori, donc forcément j'ai moins accroché que pour les autres livres de Fatou Diome. Ce livre-ci est son tout premier, on sens l'envie qu'elle a de partager sa colère face au racisme primaire auquel elle a été confrontée à son arrivée en France. J'ai rêvé en lisant les nouvelles sur l'Afrique, j'ai souri avec celles qui se déroulent en France mais n'ai pas accroché plus que cela. On est bien loin du "ventre de l'Atlantique" ou de "Kétala" qui sont de très bons livres et où l'on retrouve les mêmes thèmes mais abordés différemment...
2,5/5


De : Profgéo Envoyé : 07/07/2008 20:27
Le ventre de l'Atlantique , Fatou Diome
254 pages Livre de poche

Résumé:
Salie vit en France, mais reste en contact avec son petit frère Madické, resté au Sénégal et grand partisan de l'équipe de football d'Italie. Immigrée, elle tente de montrer à ce petit frère qui rêve de jouer aux côtés de son idole Maldini, la réalité de la vie en France pour un immigrant. Celui-ci n'en croit rien: après tout, les stars du football ne gagne-t'elles pas des millions?

Critique
J'ai eu la même impression en lisant ce livre qu'en lisant La Préférence nationale: où s'arrête la réalité et où commence la fiction dans cette histoire? L'auteure place ses histoires dans des cadres familiers et elle rend avec une telle intensité et une telle véracité les émotions de ses personnages que l'on en vient à croire que c'est d'elle-même qu'elle parle. D'ailleurs, le personnage de Salie lui ressemble beaucoup: elle vit en France, elle est écrivain, elle gagne sa vie en faisant des ménages, elle a épousé un Français puis divorcé à cause de la pression de la belle famille. Le tout raconté dans une série de métaphores absolument sublimes. Elle raconte la vie de l'immigrant, combien la nostalgie peut-être pénible, comment on en devient à être l'Autre partout ailleurs. Dans son écriture, Fatou Diome parvient à restituer le rythme de l'Afrique, son âme, sa façon de vivre, sans les juger, nous menaçant même des pires châtiments si on en vient à condamner les gens qui sont là-bas. On ne vit pas dans le même contexte après tout! Un très beau roman, comme on aimerait en lire plus sur l'Afrique, le Sénégal, peu importe, car on y parle de l'âme des gens et aussi de la vie quotidienne, en nous la faisant découvrir sans la lorgnette du sensationnalisme des médias. Un très beau livre, libre comme la vague qui lèche les plages de Niodor, riche comme les senteurs du vent qui y modèle le sable blanc.

Ma note: 4.25/5
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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  géromino le Sam 12 Mar 2011 - 9:24

"Le ventre de l'Atlantique" le livre de poche 2005 255pages

Je ne vais pas refaire une critique de ce livre abondamment présenté.
C'est un petit livre au ton original, alerte, qui décortique de façon très claire et très critique le miroir aux alouettes qu'est l'émigration. Le leurre du pays riche où gagner de l'argent est facile, la preuve "il y a des gens qui sont payés -oui, payés!- pour ramasser les crottes de chiens dans les rues!" et"quand on ne travaille pas on touche quand même de l'argent".
Vu de cette petite île du Sénégal, comment ne pas imaginer les rêves les plus fous. Fatou Diome s'y prend à merveille pour démystifier ce pays "d'accueil" qu'est la France. Attention aux belles paroles, attention aux leurres des pays riches. C'est un piège.

A lire et à faire lire
.
Note 4/5
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géromino

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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  lalyre le Mar 7 Juin 2011 - 12:03

Celles qui attendent
Fatou Diome
Flammarion août 2010
327 pages

4ème de couverture
Arame et Bougna, mères, respectivement, de Lamine et Issa, deux émigrés clandestins. Elles ne comptaient plus leurs printemps, mais chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui devait tenir la demeure sur les galeries creusées par l'absence. Mais comment
dépeindre la peine d'une mère qui attend son enfant, sans jamais être certaine de le revoir ? Coumba et Daba, quant à elles, humaient leurs premières roses : jeunes, belles, elles rêvaient d'un destin autre que celui de leurs aînées du village. Assoiffées d'amour, d'avenir et de modernité, elles
s'étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur devenue peu à peu leur chemin de croix.
Mariées, respectivement à Issa et Lamine, l'Europe est leur plus grande rivale. Esseulées, elles peuvent rester fidèles à leur chambre vide ou succomber à la tentation. Mais la vie n'attend pas les absents, derrière les émigrés, les amours varient, les secrets de famille affleurent ; les petites et grandes trahisons vont alimenter la chronique sociale du village et déterminer la nature des retrouvailles. Le visage qu'on retrouve n'est pas forcément celui qu'on attendait.


Résumé et avis
Sénégal. Ce roman est l’histoire de quatre femmes,voici les deux mères, Arame partage sa vie avec Koromâk, son vieux mari, un homme insupportable et handicapé par l’arthrose, étant condamnés à partager le même lit, c’est un réel calvaire pour elle. Une pauvre vie qu’elle doit assumer car le fils aîné a péri en mer, lui laissant une ribambelle de petits-enfants. Lamine, son fils cadet, ne rêve que de partir en Europe et c’est ce qu’il fera lorsque sa mère lui apprend que Koromâk n’est pas son père. D’anciennes pirogues de pêcheurs sont prêtes à les emmener, elles ne servent plus qu’à cela car anciennement, c’était la pêche qui faisait vivre tout le monde mais les chalutiers étrangers font de grosses prises, il ne reste pas grand chose pour les pauvres gens et assurer la survie devient un combat permanent
Bougna, qui est la deuxième épouse de Wagane, au bout de dix ans, elle lui a donné sept enfants, mais des querelles éclatent souvent entre les deux épouses, jalousie de la part de Bougna qui ne supporte pas la réussite du fils aîné de l’autre. Son fils Issa, part lui aussi pour l’Europe....
Les jeunes épouses de Lamine et Issa.
Coumba a pu connaitre l’amour avec Issa avant son départ, elle mettra un petit garçon au monde pendant l’absence du père, mais la vie est dure, il faut nourrir tout le monde, la solitude est là, éprouvante.....
Daba, a rompu ses fiançailles avec Ansou pour épouser Lamine, sans doute espérait-elle connaître une vie meilleure.....
Pendant longtemps ces femmes attendent, des lettres ? Des coups de téléphone improbables ? Ou les nouvelles d’un jeune qui revient au pays, qui n’ose pas tout raconter ?
Un très beau roman, de la poésie, la misère très bien décrite, la solitude, l’espoir, l’amour, la souffrance et l’attente font de ce livre un gros coup de coeur 5/5

J’ai aimé la dernière phrase du roman : Parce qu’elles savent tout de l’attente, elles connaissent le prix de l’amour; mais seuls leurs soupirs avouent.....Ceux qui nous font languir nous assassinent.
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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  Shan_Ze le Mar 19 Mar 2013 - 16:53

Celles qui attendent de Fatou Diome
(Flammarion, 327 pages)

Arame et Bougna sont mères de deux jeunes clandestins, Lamine et Issa, partis chercher fortune en Europe. Elles vivent sur la petite île de Niodor, terre sénégalaise où chacun essaye d’échapper à la pauvreté. Coumba et Daba, elles sont des jeunes filles qui doivent attendre leur mari fidèlement.
Fatou Diome fait une sorte de chronique sociale en parlant des habitants de cette île. Elle parle surtout des femmes qui s’occupent des enfants et de remplir la gamelle et pourtant, on leur refuse l’éducation, le droit de révolter, elles ont seulement le droit d’attendre. D’attendre que leurs hommes, fils ou maris, reviennent ou pas.
L’auteur m’a permis de découvrir le destin de ses femmes et leurs épreuves, un document émouvant avec une touche d’humour bien placé. Je regrette qu’elle s’épanche un peu trop sur quelques sujets qui auraient gagner en concision. Je vais continuer de lire ses livres qui abordent des thèmes intéressants.

Note : 4/5
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Shan_Ze
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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

Message  lalyre le Mar 19 Mar 2013 - 17:10

Ravie que tu aies aimé ce roman Shan flower
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Re: Fatou DIOME (Sénégal/France)

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