Marina TSVETAEVA (Russie)

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Marina TSVETAEVA (Russie)

Message  Prospéryne le Mer 17 Déc 2008 - 12:07

De : Sahkti1 (Message d'origine) Envoyé : 2006-05-10 11:28
Marina TSVETAEVA, Lettres à Anna Teskova
Editions Clémence Hiver, ISBN 2905471352

J'ai refermé la dernière lettre de Marina à Anna avec un pincement au coeur. Je connaissais peu la vie de la poétesse russe. Merci à Clémence Hiver pour m’avoir offert une telle émotion.

Par le travail d’édition tout d’abord. Magnifique petit livre au format agréable, au doux papier, avec le charme discret d’une enveloppe verte en annexe qui confère à l’ensemble une approche très intime du journal personnel, cette impression de lire la correspondance presque comme si on la tenait réellement en main. Le côté quelque peu artisanal de la finition (papier vert intérieur collé légèrement de travers, impression pas toujours alignée, reliure décalée) n’a, bien au contraire, rien gâché au plaisir de découvrir un tel écrit, il ajoutait au côté intimiste de l’oeuvre.
Un petit livre en forme de gros agenda ou de calepin de notes qu’on glisse dans son sac et emporte partout avec soi.

Par le contenu ensuite. Approcher un écrivain par sa correspondance intime - et si intime il y a, c’est bien cette littérature échangée entre Marina et Anna !-, sans connaître auparavant ni son oeuvre ni son destin tragique, offre un terrain vierge à toutes les émotions, à toutes les questions, à toutes les impressions. Premiers pas hésitants au début devant une telle correspondance formelle, avant de céder la place à une certaine forme d’agacement face au personnage de Marina, perpétuellement quémandant et se plaignant de tout et de rien. Avant de dépasser ces à priori peu flatteurs pour m’imprégner plus profondément de la personnalité de cet auteur magnifique. Anna était cette béquille sur laquelle Marina pouvait s’appuyer, se confier, se décharger, vivre par procuration. Une amitié comme il en existe peu, à l’abri de la distance géographique ou des aléas de la vie quotidienne. Des amies, Marina semble pourtant en avoir eu, elle y fait clairement allusion dans certaines de ses lettres, de manière parfois un peu maladroite quand elle explique à Anna qu’une telle personne est celle qu’elle a la plus aimée ou, au contraire, lorsqu’elle se plaint que personne ne l’a jamais aimée ou désirée, qu’elle est seule.
Que de facette différentes dans la personnalité de Marina Tsvetaeva ! Une vie quotidienne misérable, un esprit tout entier consacré à l’écriture, un coeur ne vivant qu’au gré des rencontres éternelles ou des liaisons furtives, un amour maternel étouffant, un profond respect du mari, les interrogations d’une mère face à l’avenir de ses enfants, la solitude d’une femme encore jeune et belle et, par dessus tous les soucis de chaque jour, cette force et cette volonté de résister et de rester fidèle à soi-même, que cela passe par des articles littéraires contestataires ou des attitudes puériles de petite fille réclamant une photo ou un collier de perles.
Merveilleuse Marina qui me donne l’impression, dans sa dernière lettre à Anna, qu’elle savait déjà, le jour du grand départ, que jamais elles ne se reverraient et que la vie était maintenant derrière elle, que ce n’était plus qu’une question de jours avant qu’elle ne quitte définitivement ce monde qui semblait ne pas la comprendre.

Note d'info à l'attention de ceux que le prix de l'ouvrage rebuterait, les lettres à Anna Teskova ont été publiées par les Editions des Syrtes.
Une édition plus austère, moins chère, avec une photo triste en couverture, un papier industriel de qualité moyenne, une couverture souple qui ne supportera pas les voyages, une typographie passe-partout, bref... absence totale de chaleur, on est loin du bel objet de Clémence Hiver, bien plus proche, à mon sens, de l'humanité qui se dégage de la correspondance entre les deux amies.

Ma note: 5/5




De : Sahkti1 Envoyé : 2006-05-10 11:29
Marina TSVETAEVA, Vivre dans le feu
Editions Robert Laffont, ISBN 2221099532

"Je ne peux vivre. Rien ne ressemble à rien. Je ne peux vivre qu'en rêve."

Marina Tsvetaeva est une nouvelle fois à l'honneur et elle le mérite. J'ai encore en mémoire le plaisir de la lecture de sa correspondance avec Anna Teskova publiée chez Clémence Hiver, une correspondance à laquelle Marina Tsvetaeva semble accorder autant d'importance que si elle rédigeait des poèmes. Si le fond est intime et parfois léger, le style est toujours travaillé et élégant. Même la misère, Marina Tsvetaeva l'emballe de jolis mots.
Tzvetan Todorov a accompli la délicate tâche de sélectionner une partie de toutes ces correspondances échangées de par le monde et de les présenter dans une édition critique qui alterne biographie et échange épistolaire. De quoi approfondir ses connaissances de la poétesse russe.

A la lecture de toutes ces lettres (et des notes très intéressantes de Todorov), on suit les traces de Marina depuis son enfance, on parcourt avec elle une vie qui ne fut jamais vraiment heureuse, parsemée d'embûches et de soucis. On y lit surtout (et c'est très fort) l'amour qu'elle portait à son art et la place que celui-ci occupait dans sa vie. Marina Tsvetaeva ne vit que par et pour l'écriture. Le monde peut s'écrouler, l'important est de pouvoir continuer à écrire. Cela donnera parfois lieu à des scènes frôlant le surréalisme, lorsque l'auteur russe, en proie à la faim et au plus grand dénuement, se soucie avant tout de l'impact qu'a eu auprès des cercles littéraires son dernier poème.
L'occasion de découvrir (ou de voir l'impression se confirmer) une Marina assez sûre d'elle sur le plan poétique et créatif. Son œuvre, elle la juge de qualité et ne la remet pas en question. C'est peut-être cette force et ces certitudes qui lui permettront d'avancer de la sorte et d'affronter les vicissitudes de sa vie quotidienne difficile (une de ses filles, toute petite, mourra de faim et de froid).
Tous les drames de la vie de Marina T. se retrouvent dans son œuvre et lui donnent sa puissance, sa richesse. Sa vie et son écriture ne font qu'un sur le plan des idées, Marina s'y donne à corps perdu. Comme dans ses relations avec autrui. Lorsqu'elle aime, c'est jusqu'à l'épuisement et certains, pris de panique, se détourneront de cette femme si passionnée. A travers ces lettres intimes, la souffrance de Marina Tsvetaeva explose, on sent combien elle a souffert de cette incompréhension et du rejet des autres, de ceux qu'elle étouffait de son amour. Là encore, peu de remise en cause de soi-même, mais l'apparition d'une grande fragilité qui ne la quittera jamais. Paradoxe qu'elle vit avec difficulté, elle ne veut pas voir ses certitudes s'ébranler car sans cela, elle n'est plus rien. L'incertitude finira d'ailleurs par l'emporter, ses dernières lettres sont bouleversantes.

Si la biographie que Troyat a consacrée à Marina Tsvetaeva n'est pas mauvaise, je lui préfère cependant les volumes de correspondance, plus humains, plus anecdotiques certes mais en même temps tellement intimes. Marina parle d'elle-même, elle se confie et se livre comme jamais lorsqu'elle écrit à ses amis. Son époque est également très présente dans ses missives, de quoi dresser un contexte assez précis du monde dans lequel elle vit. Marina Tsvetaeva n'a jamais été aussi humaine et palpable que dans ses courriers.

Ma note: 4,5/5
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