Paul GUIMARD (France)
Page 1 sur 1 • Partager •
Paul GUIMARD (France)
De : Thomthom1293 Envoyé : 10/01/2006 12:29
"Les choses de la vie"
Paul Guimard a tout pour me plaire : écrivain oublié, ancien collaborateur de Blondin, scénariste pour Audiard (Jacques)...
Son roman "Les choses de la vie" (Folio, 1967) commence sur les chapeaux de roues (c'est le cas de le dire) : le narrateur est un dandy cynique aussi odieux qu'amusant, le style est dépouillé et nerveux, et le tout baigne dans une atmosphère de poésie urbaine (moderniste ?...en tout cas on a là un joli éloge de la civilisation moderne, des voitures qui vont vites, de la beauté des grandes villes...etc.°...
...jusqu'à ce que ledit narrateur perde le contrôle de sa MG et se paie un arbre. A partir là, un tout autre livre commence, toujours aussi bien écrit sauf que...
Prenons l'exemple le plus extrême qui soit : un matin dans le blabla, je vous annonce que j'ai commencé à écrire un livre sur une petite fille que sa mère est contrainte à abandonner et qui est reccueillie par de méchants aubergistes mais qui heureusement va être tirée de là par un gentil forçat en fuite, lequel est traqué par un inspecteur retors...A mon avis, même si j'écrivais admirablement cette histoire, vous trouveriez gonflé de reprendre "Les misérables" non ?
Là, c'est pareil. Suite à cet accident, le narrateur, à l'agonie, est presque mort. Une mort physique presque totale, même si son esprit est toujours aussi vif...Guimard chronique les donc les pensées de son héros agonisant tandis que le monde entier s'agite autour de sa presque dépouille, persuadé que tout est déjà terminé en ce qui le concerne.
C'est bien mignon tout ça, sauf que cette histoire a été publiée en 1939 par Dalton Trumbo, ça s'appelait "Johnny got his gun" et il l'a même adaptée au cinéma dans les années 70. Exactement la même histoire, sauf que son héros était un jeune soldat grièvement blessé au front - ce qui est quand même plus romantique qu'un snob parisien qui a balancé sa MG neuve dans un chêne. En général je ne recherche pas l'originalité à tout prix dans un roman : du moment que l'écriture est assez forte pour m'emporter, je passe l'éponge sur certaines similitudes avec des livres antérieurs. Mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser ! Là ce n'est plus de l'inspiration ou de la pompe, ça frôle dangereusement le plagiat, d'autant que le bouquin de Trumbo est un immense classique de la littérature US...
Donc j'imagine que quelqu'un qui n'a pas lu "JGHG" peut facilement monter jusqu'à 3.5 pour ce bouquin, car il est indéniable que Guimard...par contre quelqu'un qui l'a lu...en ce qui me concerne, ça vaut 1.5/5.
J'en relirai sûrement d'autres de cet auteur, il faut lui laisser sa chance, son style est agréable...en attendant, personne ne semble avoir lu ce livre sur le forum (ou en tout cas pas récemment). Il fallait bien que j'écrive cette critique pour vous dire ceci : c'est très bien, continuez comme ça .
Par contre, si vous n'avez pas lu "Johnny Got His Gun", jetez vous sur ce chef d'oeuvre (oui oui) publié en 39 et disponible au Point Seuil sous le titre "Johnny s'en va-t'en guerre" (ou encore sur le film de 72, qui est peut-être encore mieux que le livre).
"Les choses de la vie"
Paul Guimard a tout pour me plaire : écrivain oublié, ancien collaborateur de Blondin, scénariste pour Audiard (Jacques)...
Son roman "Les choses de la vie" (Folio, 1967) commence sur les chapeaux de roues (c'est le cas de le dire) : le narrateur est un dandy cynique aussi odieux qu'amusant, le style est dépouillé et nerveux, et le tout baigne dans une atmosphère de poésie urbaine (moderniste ?...en tout cas on a là un joli éloge de la civilisation moderne, des voitures qui vont vites, de la beauté des grandes villes...etc.°...
...jusqu'à ce que ledit narrateur perde le contrôle de sa MG et se paie un arbre. A partir là, un tout autre livre commence, toujours aussi bien écrit sauf que...
Prenons l'exemple le plus extrême qui soit : un matin dans le blabla, je vous annonce que j'ai commencé à écrire un livre sur une petite fille que sa mère est contrainte à abandonner et qui est reccueillie par de méchants aubergistes mais qui heureusement va être tirée de là par un gentil forçat en fuite, lequel est traqué par un inspecteur retors...A mon avis, même si j'écrivais admirablement cette histoire, vous trouveriez gonflé de reprendre "Les misérables" non ?
Là, c'est pareil. Suite à cet accident, le narrateur, à l'agonie, est presque mort. Une mort physique presque totale, même si son esprit est toujours aussi vif...Guimard chronique les donc les pensées de son héros agonisant tandis que le monde entier s'agite autour de sa presque dépouille, persuadé que tout est déjà terminé en ce qui le concerne.
C'est bien mignon tout ça, sauf que cette histoire a été publiée en 1939 par Dalton Trumbo, ça s'appelait "Johnny got his gun" et il l'a même adaptée au cinéma dans les années 70. Exactement la même histoire, sauf que son héros était un jeune soldat grièvement blessé au front - ce qui est quand même plus romantique qu'un snob parisien qui a balancé sa MG neuve dans un chêne. En général je ne recherche pas l'originalité à tout prix dans un roman : du moment que l'écriture est assez forte pour m'emporter, je passe l'éponge sur certaines similitudes avec des livres antérieurs. Mais il y a quand même des limites à ne pas dépasser ! Là ce n'est plus de l'inspiration ou de la pompe, ça frôle dangereusement le plagiat, d'autant que le bouquin de Trumbo est un immense classique de la littérature US...
Donc j'imagine que quelqu'un qui n'a pas lu "JGHG" peut facilement monter jusqu'à 3.5 pour ce bouquin, car il est indéniable que Guimard...par contre quelqu'un qui l'a lu...en ce qui me concerne, ça vaut 1.5/5.
J'en relirai sûrement d'autres de cet auteur, il faut lui laisser sa chance, son style est agréable...en attendant, personne ne semble avoir lu ce livre sur le forum (ou en tout cas pas récemment). Il fallait bien que j'écrive cette critique pour vous dire ceci : c'est très bien, continuez comme ça .
Par contre, si vous n'avez pas lu "Johnny Got His Gun", jetez vous sur ce chef d'oeuvre (oui oui) publié en 39 et disponible au Point Seuil sous le titre "Johnny s'en va-t'en guerre" (ou encore sur le film de 72, qui est peut-être encore mieux que le livre).
Re: Paul GUIMARD (France)
Paul Guimard est né en 1921 à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Atlantique) et décédé en 2004 à Hyères (Var). Il a été journaliste à l'Echo de la Loire, puis à L'Ouest-Éclair. Après la Libération, il a presidé les débats "La Tribune de Paris" à la radio. Il a été l'epoux de l'auteur Benoîte GROULT.
Paul Guimard n'a écrit qu'une dizaine de livres, tous de lecture facile, mi-humoristique, mi-philosophique, tous inspirés sur le présent. Grand amateur de la mer, venant de la région Nantaise, il est breton de coeur et cela perce dans son oeuvre.
Le thème qui revient souvent c'est le hasard de rencontres qui interfère aux moments cruciaux de la vie, ainsi déterminant le cours de la vie future.
Il a été lauréat de plusieurs Prix littéraires, et notamment du Prix Interallié pour son livre "Rue du Havre". Il a été ensuite membre du jury de ce même Prix.
Dans mes jeunes années j'ai été charmé par son petit livre "Rue du Havre" (1957), récit presque sans action autour de trois personnes: à Paris, le clochard Julien voit chaque jour passer à peu d'intervalle François et Cathérine et cela pendant plusieurs mois. Selon lui, les deux sont faits l'un pour l'autre et un jour il provoque leur rencontre. Puisque je n'ai pas oublié ce récit, ça a dû être un coup de coeur, 5/5.
Maintenant, je viens de terminer:
"L'ironie du sort"
Denoël 1961, reéd. Rombaldi "Club de la Femme" 1971, 253 pag. Ma note 3,5/5.
Le 11 septembre 1943 à 23 heures dans une rues de Nantes, Antoine est en embuscade pour un attentat sur un officier Allemand, qui a terminé son rapport sur le réseau de Résistance "Cornouailles". Il faut sauver le réseau.
L'attentat executé, est-ce qu'il réussira d'échapper comme prévu, ou est-que un incident possible changera le cours des choses? C'est dans cette seconde près que deux histoires parallèles commencent .... deux cours différents que la vie, ou la mort, aurait pu prendre. L'ironie du sort, c'est l'événement imprévu intervenant à cette seconde précise qui, plus que les choix des personnes concernés, va déterminer l'avenir.
Le coté "attentat" m'a fait penser au livre de Harry MULISCH (Pays-Bas) "L'attentat" (1982), dans lequel un incident minime suivant un attentat détermine aussi le cours de l'avenir. Mais la comparaison ne va pas plus loin que cela. Le livre de Mulisch est beaucoup plus élaboré, plus profond.
Le coté double histoire paralèlle possible fait penser à Eric-Emmanuel SCHMITT "La part de l'autre" (2001), mais là aussi, le livre de Schmitt est beaucoup plus élaboré.
Je ne peux pas juger de la critique de Thomthom qui suggère une sorte de plagiat. Mais le livre de Guimard "Les choses de la vie" est bien et bel adapté au cinema déjà en 1969, avant "Johnny got his gun" (1972) et je n'ai pas trouvé trace ailleurs de ce présumé plagiat.
Paul Guimard n'a écrit qu'une dizaine de livres, tous de lecture facile, mi-humoristique, mi-philosophique, tous inspirés sur le présent. Grand amateur de la mer, venant de la région Nantaise, il est breton de coeur et cela perce dans son oeuvre.
Le thème qui revient souvent c'est le hasard de rencontres qui interfère aux moments cruciaux de la vie, ainsi déterminant le cours de la vie future.
Il a été lauréat de plusieurs Prix littéraires, et notamment du Prix Interallié pour son livre "Rue du Havre". Il a été ensuite membre du jury de ce même Prix.
Dans mes jeunes années j'ai été charmé par son petit livre "Rue du Havre" (1957), récit presque sans action autour de trois personnes: à Paris, le clochard Julien voit chaque jour passer à peu d'intervalle François et Cathérine et cela pendant plusieurs mois. Selon lui, les deux sont faits l'un pour l'autre et un jour il provoque leur rencontre. Puisque je n'ai pas oublié ce récit, ça a dû être un coup de coeur, 5/5.
Maintenant, je viens de terminer:
"L'ironie du sort"
Denoël 1961, reéd. Rombaldi "Club de la Femme" 1971, 253 pag. Ma note 3,5/5.
Le 11 septembre 1943 à 23 heures dans une rues de Nantes, Antoine est en embuscade pour un attentat sur un officier Allemand, qui a terminé son rapport sur le réseau de Résistance "Cornouailles". Il faut sauver le réseau.
L'attentat executé, est-ce qu'il réussira d'échapper comme prévu, ou est-que un incident possible changera le cours des choses? C'est dans cette seconde près que deux histoires parallèles commencent .... deux cours différents que la vie, ou la mort, aurait pu prendre. L'ironie du sort, c'est l'événement imprévu intervenant à cette seconde précise qui, plus que les choix des personnes concernés, va déterminer l'avenir.
Le coté "attentat" m'a fait penser au livre de Harry MULISCH (Pays-Bas) "L'attentat" (1982), dans lequel un incident minime suivant un attentat détermine aussi le cours de l'avenir. Mais la comparaison ne va pas plus loin que cela. Le livre de Mulisch est beaucoup plus élaboré, plus profond.
Le coté double histoire paralèlle possible fait penser à Eric-Emmanuel SCHMITT "La part de l'autre" (2001), mais là aussi, le livre de Schmitt est beaucoup plus élaboré.
Je ne peux pas juger de la critique de Thomthom qui suggère une sorte de plagiat. Mais le livre de Guimard "Les choses de la vie" est bien et bel adapté au cinema déjà en 1969, avant "Johnny got his gun" (1972) et je n'ai pas trouvé trace ailleurs de ce présumé plagiat.
_________________
Gallo

gallo- Nombre de messages: 2548
Location: Pays-Bas
Date d'inscription: 29/10/2008
Re: Paul GUIMARD (France)
Paul Guimard - Les choses de la vie.
Denoel 1967, Prix des libraires. Folio 1983. 150 pag.
Relu pour la discussion.
Un avocat roulant 150 à l'heure sur une route de Bretagne a un accident mortel. Le récit donne d'abord les pensées de l'avocat juste avant l'accident, avec une déscription technique de l'accident à la seconde près. Et puis, les pensées de l'avocat dans un état de demi-coma qui le coupe de toute communication, mais il entend encore son entourage, jusqu'à mort s'ensuive au moment d'arriver à l'hopital de Laval. On apprend des détails de la vie et de l'amour de cet homme.
Le livre a été adapté à l'ecran en 1969.
La première lecture, il y a des années, ne m'a pas laissé des souvenirs. Ma note après relecture 3/5.
J'ai regardé le résumé de "Johnny Got His Gun" sur wikipédia (Lien ICI) et lu un fragment (Lien ICI), ainsi qu'un long commentaire en néerlandais sur ce livre de Dalton Trumbo.
Les deux recits sont complètement différents.
J'ai cherché un peu plus loin, et voici Pierre de BOISDEFFRE qui dans "Histoire de la littérature française..." , chapitre Paul Guimard, pag. 947-948, teste que l'expérience décrit par Guimard, est d'un genre universel. Donc, rien ne soutient la thèse de Thomthom d'un plagiat quelconque.
Ce sont des choses de la vie, quoi.
Denoel 1967, Prix des libraires. Folio 1983. 150 pag.
Relu pour la discussion.
Un avocat roulant 150 à l'heure sur une route de Bretagne a un accident mortel. Le récit donne d'abord les pensées de l'avocat juste avant l'accident, avec une déscription technique de l'accident à la seconde près. Et puis, les pensées de l'avocat dans un état de demi-coma qui le coupe de toute communication, mais il entend encore son entourage, jusqu'à mort s'ensuive au moment d'arriver à l'hopital de Laval. On apprend des détails de la vie et de l'amour de cet homme.
Le livre a été adapté à l'ecran en 1969.
La première lecture, il y a des années, ne m'a pas laissé des souvenirs. Ma note après relecture 3/5.
J'ai regardé le résumé de "Johnny Got His Gun" sur wikipédia (Lien ICI) et lu un fragment (Lien ICI), ainsi qu'un long commentaire en néerlandais sur ce livre de Dalton Trumbo.
Les deux recits sont complètement différents.
J'ai cherché un peu plus loin, et voici Pierre de BOISDEFFRE qui dans "Histoire de la littérature française..." , chapitre Paul Guimard, pag. 947-948, teste que l'expérience décrit par Guimard, est d'un genre universel. Donc, rien ne soutient la thèse de Thomthom d'un plagiat quelconque.
Ce sont des choses de la vie, quoi.
_________________
Gallo

gallo- Nombre de messages: 2548
Location: Pays-Bas
Date d'inscription: 29/10/2008
Re: Paul GUIMARD (France)
Paul Guimard - Le mauvais temps.
Denoël 1976, 183 pg. Ma note 3,5/5.
Le livre retrace l'histoire d'un homme dans la cinquantaine et son doublon intérieur resté adolescent.
Le narrateur est le doublon adolescent qui veut rester jeune, bohême, artiste-peintre, aimant de façon plutôt platonique; mais rien de cela est réalisé par l'homme mûr, commercant riche, veuf dans la cinquantaine, légèrement Don Juan. Le doublon jeune rêve d'une rélation angélique avec une jeune femme dont il est amoureux, mais le cinquantenaire finit de faire l'amour avec elle. Ensuite, l'homme est invité de venir rejoindre son amie à Amsterdam. L'adolescent dans l'homme panique devant cette invitation et va en Bretagne, son pays natal, faire du bateau. Surpris par le mauvais temps sur la côte bretonne, l'adolescent dans l'homme a une défaillance, pense à mourir, mais l'homme mûr prend le dessus. À la fin l'homme mûr est le narrateur, et il décide d'avoir des enfants avec la jeune femme, tout en dialoguant avec son doublon intérieur sur la nécessité de rester jeune dans son coeur tout en acceptant la sagesse et le style de vie des hommes mûrs.
Pendant la lecture, le livre me donnait le sentiment d'un récit moderne et vieillot en même temps et j'avais d'un coup l'idée qu'un tel livre pourrait être réécrit avec des mobiles, des TGV, et des GPS et à la place d'un télegramme, d'un train de nuit et des boussoles. Drôle d'idée, mais qui prouve que le fond du récit est bon.
Denoël 1976, 183 pg. Ma note 3,5/5.
Le livre retrace l'histoire d'un homme dans la cinquantaine et son doublon intérieur resté adolescent.
Le narrateur est le doublon adolescent qui veut rester jeune, bohême, artiste-peintre, aimant de façon plutôt platonique; mais rien de cela est réalisé par l'homme mûr, commercant riche, veuf dans la cinquantaine, légèrement Don Juan. Le doublon jeune rêve d'une rélation angélique avec une jeune femme dont il est amoureux, mais le cinquantenaire finit de faire l'amour avec elle. Ensuite, l'homme est invité de venir rejoindre son amie à Amsterdam. L'adolescent dans l'homme panique devant cette invitation et va en Bretagne, son pays natal, faire du bateau. Surpris par le mauvais temps sur la côte bretonne, l'adolescent dans l'homme a une défaillance, pense à mourir, mais l'homme mûr prend le dessus. À la fin l'homme mûr est le narrateur, et il décide d'avoir des enfants avec la jeune femme, tout en dialoguant avec son doublon intérieur sur la nécessité de rester jeune dans son coeur tout en acceptant la sagesse et le style de vie des hommes mûrs.
Pendant la lecture, le livre me donnait le sentiment d'un récit moderne et vieillot en même temps et j'avais d'un coup l'idée qu'un tel livre pourrait être réécrit avec des mobiles, des TGV, et des GPS et à la place d'un télegramme, d'un train de nuit et des boussoles. Drôle d'idée, mais qui prouve que le fond du récit est bon.
_________________
Gallo

gallo- Nombre de messages: 2548
Location: Pays-Bas
Date d'inscription: 29/10/2008
Page 1 sur 1
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum