Julien GRACQ (France)

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Julien GRACQ (France)

Message  Lacazavent le Ven 12 Déc 2008 - 8:34

De : nimbus Envoyé : 17/09/2003 21:48
Julien Gracq - Au château d'Argol

Ed. José Corti 1938 182 pages


Jusqu'à présent, je n'avais lu qu'un seul ouvrage de Gracq " Le rivage des Syrtes". Une belle allégorie sur la crainte de l'autre, l'attente du pire....que l'on provoque même, quand il ne vient pas.
Cela reste un de mes livres préférés.

Avec le château d'Argol la déception a été à la hauteur de mes attentes! Livre incompréhensible et presqu'illisible!
Cela m'ennuie de dire cela car l'homme est un modele de probité intellectuelle, et probablement le meilleur prosateur français de la seconde moitié du 20 eme siecle.
L'ouvrage date de 1938, c'est le premier livre de Gracq, et il est considéré comme le premier roman surréaliste.

Trois personnes de qualité se retrouvent, en vase clos au château d'Argol: deux hommes et une femme. On comprend rapidement que celle ci n'est qu'un objet.
La femme est ici objet de rivalité entre les deux hommes. Mais l'auteur l'a parée de toutes les qualités tant physiques qu'intellectuelles.
Et des trois personnages, c'est elle la plus "humaine"

Chaque homme est fasciné par l'autre, qui est à la fois son double et son contraire.
Pas d'intrigue, pas de dialogue, pas d'action, simplement des situations.
Et l'on a alors "des âmes qui frémissent", des visions ou des rêves, des morts qui ressucitent, une fin tragique. Mais la fin de quoi ?
Incompréhensible!
L'écriture est grammaticalement parfaite, mais d'une complexité inutilement excessive.
Très déçu!

Note: 1 / 5



De : 5859Chouette Envoyé : 07/10/2003 19:23

Voici un éclairage (récupéré chez José Corti) sur la raison du refus du Goncourt par Julien Gracq :

Julien Gracq, La Littérature à l'estomac
José Corti


Texte célèbre datant de 1949, publié d’abord dans la revue Empédocle, La littérature à l’estomac demeure plus que jamais, cinquante ans après sa sortie, d’actualité.
Ce qui énervait Julien Gracq dans le milieu littéraire, tant celui des critiques que de certains écrivains, n’a fait que prendre, depuis, une plus grande ampleur car ce qui fait aujourd’hui d’abord un livre, c’est le bruit : pas celui d’une rumeur essentielle qui sourdrait de l’œuvre elle-même mais celui des messages accompagnant sa sortie. L’inextinguible besoin de "nouveau" et la vitesse se sont ligués contre lui.
Ce texte figure en édition séparée et dans le recueil Préférences.


La première chose dont la critique s’informe à propos d’un écrivain, ce sont ses sources. Hélas ! (mais cette vérité navrante, il ne faut la glisser qu’à l’oreille), voici qui lui complique la vie: l’écrivain n’est pas sérieux.
Le coq-à-l’âne, en matière d’inspiration, est la moindre de ses incartades. J’en donnerai un exemple personnel. Quand je fis jouer une pièce, il y a une quinzaine d’années, la suffisance des aristarques de service dans l’éreintement (je ne me pique pas d’impartialité) me donna quelque peu sur les nerfs, mais, comme il eût été ridicule de m’en prendre à mes juges, une envie de volée de bois vert me resta dans les poignets.
Quelques semaines après, je me saisis un beau jour de ma plume, et il en coula tout d’un trait La Littérature à l’estomac. MM. Jean-Jacques Gautier et Robert Kemp, — faisant de moi très involontairement leur obligé — m’avaient fourni le punch qui me manquait pour tomber à bras raccourcis sur les prix littéraires et la foire de Saint-Germain, qui n’en pouvaient mais – cas classique du passant ahuri, longeant une bagarre, qui se retrouve à la pharmacie pour crime de proximité.

Julien Gracq, Lettrines, p. 33 et suivante.

Extrait :

[...] le Français, lui, se classe au contraire par la manière qu’il a de parler littérature, et c’est un sujet sur lequel il ne supporte pas d’être pris de court : certains noms jetés dans la conversation sont censés appeler automatiquement une réaction de sa part, comme si on l’entreprenait sur sa santé ou ses affaires personnelles – il le sent vivement – ils sont de ces sujets sur lesquels il ne peut se faire qu’il n’ait pas son mot à dire. Ainsi se trouve-t-il que la littérature en France s’écrit et se critique sur un fond sonore qui n’est qu’à elle, et qui n’en est sans doute pas entièrement séparable : une rumeur de foule survoltée et instable, et quelque chose comme le murmure enfiévré d’une perpétuelle Bourse aux valeurs. Et en effet – peu importe son volume exact et son nombre — ce public en continuel frottement (il y a toujours eu à Paris des " salons " ou des " quartiers littéraires ") comme un public de Bourse a la particularité bizarre d’être à peu près constamment en " état de foule "): même happement avide des nouvelles fraîches, aussitôt bues partout à la fois comme l’eau par le sable, aussitôt amplifiées en bruits, monnayées en échos, en rumeurs de coulisses[…].




De : 5859Chouette Envoyé : 07/10/2003 22:55

Chose promise chose due, voici un extrait donc :


...Nous y avions transporté des coussins; couché de tout mon long au côté de Vanessa, mes bras s'attardaient à la saignée de son bras où battait une pulsation douce, et je suivais de l'oeil les grandes croisières de nuages oscillant au-dessus de ma tête au rythme égal d'un roulis silencieux...

...Sais-tu pourquoi les arbres ne peuvent grandir dans nos Syrtes ? Le printemps s'y déchaine comme une bourrasque dès mars, et le dégel est d'une brutalité sans exemple. La verdure se déploie comme les drapeaux sur une émeute, et tire la sève comme un nourrisson qui prend le sein - mais le dégel n'a pas touché la terre dans ses profondeurs, la racine dort encore dans la glace, les fibres du coeur se rompent et l'arbre meurt au milieu de la prairie qui fleurit. Je n'aime pas cette vieillesse trop verte d'Orsenna, qui lui vient quand il est prudent de ne pas trop vivre, et tour ce qui conspire en elle à l'empêcher d'assez sommeiller....

C'est beau non ?


De : margote Envoyé : 09/10/2003 13:52

Waou ! Calou ! Tout le livre est écrit comme cela ? Ce n'est pas une lecture à prendre avant de se coucher, c'est sur, cela suppose un minimum d'attention... Mais c'est superbe. Charque mot à l'air d'avoir été soupeser minutieusement avant d'être écrit.Combien as-tu consommé de tubes d'aspirine pour en venir à bout ?



De : 5859Chouette Envoyé : 09/10/2003 17:08

Oui Margote, tout le livre est comme ça et je n'ai rien avalé, quelques cafés tout au plus. L'écriture est certes difficile, et demande de l'attention si on veut vraiment en comprendre tous les sens. Mais si on est décidé et suffisament réceptif, l'écriture devient magique et fabuleuse !

Allez, un dernier extrait pour la route !

Il y a dans notre vie des matins privilégiés où l'avertissement nous parvient, où dès l'éveil résonne pour nous, à travers une flânerie désoeuvrée qui se prolonge, une note plus grave, comme on s'attarde, le coeur brouillé, à manier un à un les objets familiers de sa chambre à l'instant d'un grand départ.
Quelque chose comme une alerte lointaine se glisse jusqu'à nous dans ce vide clair du matin plus rempli de présages que les songes ; c'est peut-être le pas isolé sur le pavé des rues, ou le premier cri d'un oiseau parvenu faiblement à travers le dernier sommeil ; mais ce bruit de pas éveille dans l'âme une résonnance de cathédrale vide, ce cri passe comme sur les espaces du large, et l'oreille se tend dans le silence sur un vide en nous qui soudain n'a pas plus d'écho que la mer. Notre âme s'est purgée de ses rumeurs et du brouhaha de foule qui l'habite; une note fondamentale se réjouit en elle qui en éveille l'exacte capacité.
Dans la mesure intime de la vie qui nous est rendue, nous renaissons à notre force et à notre joie, mais parfois cette note est grave et nous surprend comme le pas d'un promeneur qui fait résonner une caverne : c'est qu'une brêche s'est ouverte pendant notre sommeil, qu'une paroi nouvelle s'est effondrée sous la poussée de nos songes, et qu'il nous faudra vivre maintenant pour de longs jours comme une chambre familière dont la porte battrait inopinément sur une grotte.



De : Flo7717 Envoyé : 28/05/2005 16:59
Le rivage des Syrtes


À la suite d'un chagrin d'amour, Aldo se fait affecter par le gouvernement de la principauté d'Orsenna dans une forteresse sur le front des Syrtes. Il est là pour observer l'ennemi de toujours, replié sur le rivage d'en face, le Farghestan.

Difficile de parler de ce livre dont la musique m’a conquise dès les premières pages. L’univers dans lequel nous convie Gracq attire comme un aimant ; les phrases à rallonge et chargées d’adjectifs dépeignent un monde dont la décrépitude fascine irrésistiblement. Je serais restée plongée des heures à découvrir les Syrtes au côté d’Aldo, à errer dans les villes figées dans le temps. Cette ambiance surannée s’insinue dans le lecteur au point de devenir par moment plus vivante que le monde réel. D’ordinaire je n’aime pas du tout les styles tels que celui de Gracq ; l’écrivain a réussi à me convertir immédiatement ! De même, les romans " contemplatifs " qui accordent plus de place à l’immobilité qu’à l’action ne me plaisent guère. Encore une fois, Gracq m’a fait mentir… Son talent pour dépeindre une atmosphère, une lumière, toutes choses imperceptibles est immense. On roule sur du velours : un confort de lecture inestimable !

L’histoire, quant à elle, est toute en subtilité et dévoile ses plans très lentement. Les recoins de l’âme sont si différents d’un être à l’autre. Pour certains ne rien faire est l’idéal, pour d’autres l’ennui finit par donner des fantasmes d’actions. C’est toute la différence entre Marino et Aldo. Et la présentation que fait Gracq du rôle d’Aldo, de sa fonction de " moteur du destin " est très bien pensée. Mais la fin nous réserve de nouveaux aspects qui donne un éclairage supplémentaire sur les ressorts secrets de chacun. Un grand livre !

José Corti / 321 pages

Prix Goncourt (refusé)

5/5
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Re: Julien GRACQ (France)

Message  Lacazavent le Ven 12 Déc 2008 - 8:34

De :boudchoue Envoyé : 15/03/2006 13:54
LE RIVAGE DES SYRTES


Attention chef d'oeuvre !! J'ai eu l'occasion de l'étudier dans le cadre d'un mémoire que j'ai fait sur l'horizon dans le paysage, je vous donne quelques extraits de mon analyse, elle est peut être plus intéressante à lire après avoir lu le livre... :

l'histoire :
Aldo, un jeune aristocrate de la principauté d’Orsenna souhaite quitter cette ville moribonde. Il demande et obtient un poste d’observateur dans une garnison lointaine. Il se retrouve dans la province éloignée et côtière des Syrtes. La mission, à laquelle le destinent son origine aristocratique et son éducation, consiste en la surveillance du rivage des Syrtes. De l’autre côté de la mer se trouve le Farghestan, un pays dont la principauté d’Orsenna est en guerre depuis trois siècles.
Depuis longtemps, les hostilités se sont enlisées dans une sorte de trêve tacite. Aldo personnifie cette attente. Il passe ses journées à rêver ou à monter à cheval. Mais rien n’arrive jamais. Son regard reste braqué sur le rivage adverse. Tout distille l’ennui et la solitude. Pour tenter d’échapper à cet ennui, Aldo consulte les cartes, ce qui semble effrayer les autres officiers. Ils craignent que toute initiative puisse rompre cette trêve incertaine.
Au cours d'une sortie en mer, Aldo s'approche trop près des côtes du Farghestan. Il va franchir la ligne fatidique et provoquer ainsi la rupture du cessez-le-feu tacite et la reprise des hostilités. En cédant à ce désir, Aldo choisit inconsciemment le cataclysme plutôt que la lente asphyxie. Il perce ainsi l'abcès qui immobilise la principauté.


L’HORIZON FASCINANT

Pour les habitants de la province d’Orsenna, l’horizon de la mer des Syrtes représente le lieu derrière lequel se trouve l’ennemi (le Farghestan). Cet ennemi, que l’on n’a pas vu depuis des siècles, est à la fois proche et lointain. L’horizon est dans ce roman plus que jamais le lieu de l’inconnu et de l’invisible. Il est fascinant, présent dans tous les esprits des habitants d’Orsenna, et pourtant jamais on ne nomme ce qui se trouve caché derrière, l’ennemi. Il y a à la fois une angoisse de ce que l’horizon dissimule et une profonde fascination, plus forte que tout, plus forte que la peur, qui va mener jusqu’à son franchissement.

La fascination dont tous les personnages font l’objet se cristallise sur un homme, Aldo, qui sera tout au long du roman le porteur et le révélateur de la destinée d’Orsenna. Il concrétise le désir de tout un peuple. Il porte en lui, plus que les autres, le désir de connaître l’inconnu, de franchir l’horizon.


L’IMMOBILISME ET LA MORT

Orsenna est en guerre depuis trois siècles et pourtant rien ne perturbe ses frontières, la guerre s’y est enlisée. L’immobilisme et l’ennui règne dans la capitale, les jours s’écoulent sans surprise, semblables les uns aux autres.

Le capitaine Marino, supérieur hiérarchique d’Aldo, commande l’amirauté des Syrtes. Il veille à conserver l’équilibre des frontières, il est plus âgé qu’Aldo et représente la sagesse, le conservatisme, la modération. Aldo, dans la fougue de la jeunesse, est impulsif, il a soif d’aventure, il espère de grandes choses de l’avenir. Entre les deux personnages, il y a à la fois une très grande admiration réciproque, une fascination, et une crainte de l’autre. Aldo vient remettre en cause la tranquillité des Syrtes. Pour que le destin d’Orsenna s’accomplisse, il faut que l’un des deux cède la place à l’autre. Au cours d’un duel, c’est la jeunesse d’Aldo qui l’emporte, Marino meurt et laisse le champ libre à l’affranchissement des limites.

L’immobilisme dans lequel est enfermé Orsenna depuis des siècles prend peu à peu la forme de la mort. Un pays, lorsqu’il vit sur lui-même, autarciquement, sans espoir de renouveler ses horizons, sans découverte, sans progression, disparaît peu à peu, se décompose, s’émiette. Demeurer tel quel c’est renoncer à la vie, disparaître. C’est Aldo et sa jeunesse, poussé par son inconscience, sa liberté d’esprit, qui vient bouleverser l’ordre des choses, le monde des anciens.

REPOUSSER L’HORIZON POUR VIVRE

C’est le désir de vivre, l’espoir et la soif de liberté qui poussent Aldo à franchir l’horizon. Il ne sait pas où le mène sa quête ni pourquoi même il franchit l’horizon, ce n’est pas une action réfléchie, c’est un besoin, un désir profond, vital. Franchir l’horizon c’est repousser les limites non seulement de notre vision mais aussi de notre avenir. Il s’agit en quelque sorte de renouveler l’horizon, c’est presque une seconde vie qui s’offre alors à Orsenna, une seconde naissance.

Pourtant, le franchissement de l’horizon a des conséquences irréversibles : la reprise des hostilités avec le Farghestan, et peut-être, à terme, la disparition ou la remise en question de l’existence d’Orsenna. Pour autant, s’agit-il réellement d’une mort ? N’est-ce pas plutôt une résurrection, une autre vie. Ou plutôt, la vie elle-même ne nécessite t-elle pas en soit une prise de risque, n’est-elle pas mouvante par essence ? Sans évolution, sans risque de mort, la vie meurt peu à peu.

Le franchissement de l’horizon, la remise en question des limites ne se fait pas sans heurts. La guerre, dont le principe est entre autre de modifier les limites d’un pays, nous rappelle que repousser ces limites implique une certaine souffrance, un effort. Bachelard montre que « l’en dehors et l’en dedans sont tous deux intimes » , ils sont toujours prêts à se renverser, à s’échanger. S’il y a une surface limite entre un tel dedans et un tel dehors, cette surface est douloureuse des deux côtés. Le frottement entre les parties de part et d’autre de l’horizon est un véritable affrontement. Un pacte est rompu, l’équilibre est remis en cause, une révolution s’engage.

L’HOMME DOMINE PAR LE DESTIN

Même si Aldo provoque la guerre, remet en question l’équilibre d’Orsenna, il ne maîtrise pas les conséquences de ses actes. Il ne souhaite pas la guerre mais enclenche malgré lui un conflit. Il semble guidé par le destin, avant même qu’il franchisse l’horizon, Marino avait senti venir le danger. Le destin est écrit d’avance, Aldo n’est qu’un messager, il obéit à quelque chose qui le dépasse.

Les dirigeants d’Orsenna eux-même ne décident pas de la destinée du pays directement, c’est comme si la ville elle-même reprenait les rênes de son destin. Une force domine les hommes et les dépasse. Ils se rendent à l’évidence, acceptent.

CONCLUSION

Le roman de Julien Gracq pose beaucoup de questions autour de l’horizon, et surtout de ce qu’il cache. Il montre que la vie, par essence ne peut rester immobile à contempler l’horizon, elle doit le franchir pour continuer à être. Mais ce mouvement est risqué, il nous mène vers l’inconnu et peut être vers la mort, mais c’est à cette seule condition que la vie peut continuer.
Malgré tout, c’est le déterminisme qui guide les hommes, ils sont soumis à un destin qui les domine, qu’ils ne peuvent changer. Leur libre arbitre est remis en cause. Certes, ils gagnent leur liberté en franchissant l’horizon, mais ils restent prisonniers d’une force qui les domine.


Si vous avez aimé, vous aimerez peut être "le désert des Tartares" de Dino Buzzati.


De : Danslapoche14 Envoyé : 12/09/2007 11:02

Julien Gracq - Au château d'Argol - Ed. José Corti - 1938 - 182 pages.

Je suis tout à fait d’accord avec nimbus dans ses propos. (cf. son résumé).
L’intrigue dans ce récit est mince et qualifier le texte de « roman » au sens traditionnel du terme me paraît pour le moins abusif. Mais pour l’auteur, il me semble que les enjeux se situent ailleurs. Julien Gracq a, en effet, une conception esthétisante et totalement intellectuelle du roman. C’est la raison pour laquelle ses personnages sans vie, sans voix puisqu’il n’y a aucun dialogue sont totalement placés dans des situations sous la férule d’un narrateur-écrivain omnipotent. Ils ne sont, chacun, que le faire-valoir subjectif, immatériel d’une prosodie complexe et magnifique, magique et mystérieuse. Le signe au service du Signe dans cette nature étrange. Le livre est très beau parce-que très bien écrit peut-être trop, d’ailleurs. La perfection technique engendre, en effet, une certaine froideur doublée d’une grande austérité. A découvrir, cependant, pour les grands amoureux de la prosodie.

3/5. Bonne Lecture


De : gallomaniac Envoyé : 28/12/2007 14:11

L'auteur français Julien Gracq est décédé quelques jours avant Noël, le 22 décembre 2007. On pourrait le choisir une fois comme auteur du mois, sauf qu'il a toujours refusé d'être édité en livre de poche. J'ai beaucoup aimé son "Un balcon en forêt".
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Le Château d'Argol

Message  Invité le Jeu 4 Juin 2009 - 10:34

Julien Gracq - Le château d'Argol
Je suis d’accord avec "Nimbus". C’est mon (re)sentiment : après la lecture (éblouie) du Rivage et d’Un Balcon (confirmation), déception devant ce récit irréaliste et ampoulé dont la langue a terriblement vieilli. On n’y croit pas un instant. On y sent le "renfermé littéraire" malgré l’omniprésence de la nature.


Roman gothique ? D’accord : le titre bien sûr, la nature en furie, le château, Parsifal…

Roman surréaliste comme l’a affirmé Breton ? D’accord. L’imagination , le rêve et la déraison s’y déploient en maître du récit.

Et la langue ? Impossible, inacceptable. Bien sûr, elle recèle de très belles images comme un trésor caché et durement mérité par des relectures. Mais fallait-t-il entraîner systématiquement le lecteur dans des détours syntaxiques qui lui font perdre régulièrement le fil du sens ?

Si le réalisme est une fenêtre ouverte sur le monde quotidien, le surréalisme imposait que la fenêtre soit fermée et que son vitrail (gothique) déforme et décompose le réel pour ne renvoyer qu’à la liberté de l’esprit.

C’est peut-être le sens et le mérite de ce style. Mais ne cherche-t-on pas des justifications parce que l’auteur est un certain Gracq ? C’est comme un cru classé de Bordeaux auquel on trouvera toujours des merveilles. Et s’il n’y avait pas l’étiquette ? Ou la signature ? Et si Le Château n’était qu’un premier roman d’abord refusé par Gallimard ?

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Re: Julien GRACQ (France)

Message  Philcabzi le Jeu 4 Juin 2009 - 11:18

Bonne critique Bill Texte et qui amène la discussion (que je ne peux continuer, n'ayant jamais lu cet auteur!). Fais juste attention à la taille des caractères pour ne pas rendre ton texte trop petit pour être lu facilement. Tu as posté en Times New Roman taille 12, mais pour cette police de caractères c'est préférable d'utiliser une taille 14.

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Re: Julien GRACQ (France)

Message  Docguillaume le Mer 29 Sep 2010 - 16:37



La Presqu'île
Julien Gracq
José Corti
1970
250 pages

Sous un même titre sont réunis 3 textes. Moins connue que Le Rivage des Syrtes (j'en suis à la moitié de ce dernier), j'avais été attiré par cette oeuvre par l'éloge qu'en faisait le breton Xavier Grall dans Le Cheval couché.

La Route
Ce texte comprend 20 pages et correspond à la description d'une route dans une région, qu'on devine avoir été frappé par une guerre. Il s'agit du début d'un roman que n'achèvera jamais Gracq :

Entre 1953 et 1956, il entreprend la rédaction d'un autre grand roman a-temporel, dans la lignée du Rivage des Syrtes, et qui doit évoquer le siège d'une ville dans un pays déjà tombé aux mains de l'ennemi. Mais au bout de trois ans et de deux cent cinquante pages rédigées, Gracq se sent bloqué dans son processus de création (...)Le roman interrompu ne sera finalement jamais repris (seules vingt pages subsisteront, qui seront publiées en 1970 dans le recueil La Presqu'île, sous le titre de « La Route »
(Source : Wikipedia)

Difficile de résumer 20 pages sans tout dévoiler, mais j'ai trouvé majestueux ce texte, introduction laissant présager une très grande oeuvre, malheureusement jamais achevée. On croirait presque lire le début d'une excellente fantasy style Tolkien.

La Presqu'île


C'est l'attente d'un homme, Simon, de son aimée Irmgard qui doit arriver par le train. Dans l'attente du train du soir, il parcourt en voiture la presqu'île de Coatligen (en fait Guérande), ses marais, bras de mer, petits villages et ports... et imagine les retrouvailles avec Irmgard. Au cours de la lecture, la tension monte inexorablement si bien que j'ai eu l'impression de la même longue attente du train que Simon ! L'évocation de la presqu'île de Guérande est du plus haut intérêt, même si les lieux sont rebaptisés. Le style et les images sont excellents, mais peut-être que le lecteur peut être las de cette attente car le texte est de 140 pages...

Le Roi Cophetua

Du nom d'une pièce de Shakespeare. En 1917, le narrateur se rend dans une demeure non loin du front où l'attend Neil, un aviateur. Neil n'étant pas là, le narrateur attend son retour, tout comme la servante qui est aussi, comme il s'en rend compte, la maîtresse de Neil.
J'ai lu la fin de ce texte de 80 pages en diagonale car les personnages m'ont semblé sortir droit d'un ennuyeux roman de 1920 et je n'y ai guère trouvé d'intérêt.

Note : 4/5

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Re: Julien GRACQ (France)

Message  Réaliste-romantique le Mar 21 Aoû 2012 - 14:46

Manuscrits de guerre

Deux textes, souvenirs et récit, non publiés, et même jamais mentionnés, par l’auteur. Ils ont été écrits autour de 1941-1942, basés sur son expérience personnelle. Le premier texte est le récit factuel, ponctué de quelques réflexions, de l’expérience de l’auteur de mai à juin 1940. Il était lieutenant et a zigzagué à travers la Belgique et les Pays-Bas avec sa section. Il s’est retrouvé à l’occasion sous le feu de l’ennemi, mais n’a pas vraiment pris part à des combats avant d’être capturés. Le deuxième texte est la récupération de ces expériences pour en faire un texte plus littéraire, condensés sur deux journées.

J’ai toujours un malaise à lire ces textes que les auteurs ont plaqué au fond d’un tiroir et n’ont jamais eu l’intention de publier ni même de les montrer. Le premier est intéressant, car il illustre très bien la déroute des hommes pendant l’invasion nazie : les ordres flous et contradictoires, l’incompréhension du mouvement d’ensemble, les difficultés alimentaires plutôt que guerrières. Les récits de guerre racontent souvent des faits d’arme, mais, ici, le protagoniste n’aperçoit jamais ceux qui le mitraillent, rencontre un seul duo d’Allemands, et passe des semaines à simplement se déplacer. Il critique le haut commandement qui gère un « dispositif » seulement pour la forme, sans réellement chercher à le rendre utile. Le lieutenant a aussi de la difficulté avec ses hommes, avec qui il ne fait pas corps et qui contrôle difficilement. C’est intéressant, mais comme le texte ne devait pas être publié, les phrases sont parfois un peu étrange. Et l’édition présente de nombreuses coquilles, dont des espaces doubles superflus (qui m’énervent). C’est néanmoins une lecture très intéressante pour les amateurs de Gracq en outre parce que le style est aux antipodes de ce qu’il a fait par la suite : pas d’envolée lyrique, pas de phrase entourloupée, la narration est brute et directe.

Le deuxième texte est toutefois beaucoup moins intéressant : l’auteur raconte exactement les mêmes aventures que dans souvenirs, mais à la troisième personne. Il a introduit quelques métaphores épiques, mais d’autres pans du texte sont textuellement repris des souvenirs. Le style est ainsi brisé, passant brusquement d’un mode à l’autre. Et la lecture à la suite des deux textes apparaît simplement comme une répétition. C’est donc 4 pour le premier mais 2,5 pour le deuxième.

3/5

le réaliste-romantique
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Re: Julien GRACQ (France)

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