Yann MOIX (France)

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Yann MOIX (France)

Message  Mousseline le Dim 30 Nov 2008 - 4:10

De : Stephermanicus Envoyé : 2005-07-01 17:01

une petite bio tirée de evene.fr:

Journaliste de formation, Yann Moix se lance dans l'écriture dans les années 90. Son premier roman 'Jubilation vers le ciel' reçoit un joli accueil critique et le prix Goncourt du premier roman (1996). 'Les cimetières sont des champs de fleurs' et 'Anissa Corto' confirment son statut d'écrivain, mais il lui faut attendre 2002 et son livre 'Podium' sur un sosie de Claude François, suivi d'un film avec Benoît Poelvoorde, pour que le grand public retienne son nom.

De : Thomthom1293 Envoyé : 2005-07-01 18:32

Enfin bref...j'ai déjà parlé de lui sur ce forum dans d'autres discussions...
Pour compléter les commentaires de Steph, je présenterai ce type comme un écrivain de la folie pure et simple - et plus généralement de la folie amoureuse. Ses histoires montrent, dans un registre parfois très décalé, comment l'amour à sens unique peut devenir une sorte de psychose totale...c'est vraiment intéressant de voir que le thème revient systématiquement dans ses cinq romans, et je ne suis pas certain que ce soit intentionnel.
Le premier est pas mal ("Jubilations vers le ciel", 1996), l'histoire d'un gamin qui tombe amoureux d'une fille en maternelle et reste amoureux d'elle toute sa vie...un peu facile parfois, mais pas mal.
Par contre "Les cimetierres sont des champs de fleurs" est pour moi un véritable chef d'oeuvre, une merveille...un homme perd ses deux enfants dans un accident de voiture, et c'est sa femme qui conduit. Du coup, il rejette sur elle toute sa colère, toute son incompréhension, jusqu'à la pousser au suite. C'est le premier que j'ai lu et il m'a estomaqué. Il s'en dégage une violence, une fureur incroyable. J'ai été sidéré par l'écriture de Moix. Dommage que la seconde partie soit moins maitrisée.
"Anissa Corto" (2000) est un peu une synthèse des deux premiers : le type (à peu près le même que dans les deux autres romans) tombe amoureux d'une fille croisée dans un café...excellent aussi, avec quelques très belles pages que j'aurais aimé vous citer mais je viens de déménager et je ne sais pas où il est dans mes cartons. Commencez par celui-là, toutes les personnes à qui je l'ai prêté l'ont adoré.
"Podium" (2002)...bon, je vous épargne le descriptif, il faudrait avoir vraiment vécu dans un igloo pour ne pas savoir de quoi il s'agit. J'avoue que je l'ai lu relativement tardivement, et un peu à reculons, n'étant fan ni de Claude François ni du film...eh bien à mon grand étonnement, je l'ai dévoré. Les cinquantes premières pages sont géniales...mais il est un peu long.
"Partouz" (2004), j'ai vraiment eu beaucoup de mal à le finir ! L'idée de départ, c'est que Mohammed Atta est devenu terroriste à cause d'une déception amoureuse...alléchant non ? En fait, moi je la trouvais plutôt marrante et décalée cette idée, mais il faut admettre que Moix en a fait un peu n'importe quoi. Comme il écrit très bien ça passe...mais je pense que je l'aurais vite oublié celui là !

De : Thomthom1293 Envoyé : 2005-07-03 15:44

Amis ratons, je viens de déballer mes cartons et j'ai retrouvé "Anissa Corto". Je suis donc en mesure de vous offrir la citation promise un peu plus tot :

"Bientôt je ne vécus que dans la seule obsession de savoir si elle avait ce qu'on nomme trivialement un mec et qui fait beaucoup souffrir les névropathes comme moi. [...] La sonnorité même poussait au crime : mec. "Mon mec", "j'ai un mec", "je crois qu'elle a un mec", "c'est son mec", "je l'ai vue : elle était avec son mec". C'était bien lui, ce mot, qui avait le plus souvent gâché ma vie [...].
Toutes les filles de la terre avaient un mec. On ne savait jamais comment elles l'avait rencontré, si bien qu'on avait le sentiment qu'elles nées aux côtés de leur mec, qu'elles le connaissaient depuis toujours, qu'il avait toujours été là, comme la neige, l'autome, la pluie et le soleil. Je voulais savoir si Anissa Corto avait le sien - ce n'était qu'une curiosité théorique : il était évident qu'elle était nantie d'un représentant de cette caste sordide et mécanique qui fait les suicidés, les aigris et les criminels..."

Bon je m'arrête là car ça dure trois pages. Mais je trouve que ces quelques lignes résument à elles seules l'oeuvre entière de Moix.
Voilà voilou.




De : Stephermanicus Envoyé : 2005-08-09 20:10

Les cimetières sont des champs de fleurs

Histoire :

Torturé par la mort de ses deux enfants dont sa femme est responsable, Gilbert Dandieu décide de mener la vie impossible à Elise. Mais il se rendra compte trop tard que l’amour qu’elle lui portait était au-dessus de tout

Mon avis :

J’ai failli arrêter la lecture après 10 pages. Le style me rebutait profondément : phrases courtes, vocabulaire dépressif, etc. Je me suis entêté en me disant que ça passerait… Et ho miracle, le vocabulaire change (mais pas le style) : il passe du dépressif au sexe vulgaire… enfin bref j’ai à nouveau failli arrêter de lire. Qu’à cela ne tienne me suis-je dit, le style me rebute ? pas grave : il reste l’histoire… Oui parlons de l’histoire… Elle est très triste évidemment : plusieurs morts, amours perdus, etc. Et il y a des rebondissements : enfin je ne vais pas les raconter, ce livre peut plaire à certains et je ne vais pas raconter l’histoire… Sachez juste qu’arrivé à la moitié du roman, le style change enfin et l’histoire évolue plus vite… Mais franchement j’ai été encore plus déçu de la fin que du début. J’ai trouvé le scénario assez absurde et le style vulgaire…

Bref pas un auteur pour moi…

0/5 je n’ai rien trouvé de positif désolé Yann… mais ca n'aurait jamais pu marcher entre nous

Steph




De : Thomthom1293 Envoyé : 2005-08-10 05:41

Je suis assez d'accord avec toi en ce qui concerne le retournement à la moitié du bouquin (d'ailleurs je me souviens avoir écrit plus haut que cela m'avait déçu également). En revanche cette histoire n'a rien d'absurde pour quiconque a lu Bukowski et ses "Tales Of A Ordinary Madness" puisque c'est de cela qu'il s'agit, de folie ordinaire.
Quant à l'accusation de vulgarité, c'est un procès d'intention assez incroyable à notre époque. Comme si on avait pas le droit de dire des gros mots dans un roman ! Et voilà d'un coup que notre ami Steph balaie d'un revers de livre poche les Bukowski, Djian, Burroughs et autres Bruckner!

Je sais je sais, je vais me faire taper sur les doigts, "les goûts et les couleurs" blablabla...mais bon quand même ! Un de mes anciens profs était un philosophe relativement réputé, et il me disait toujours "Thomas, dans un débat, si vous respectez trop les avis des autres, il vous reste quoi ? Le silence"...

Au fait, Steph, on ne t'a jamais dit qu'on ne parlait pas de "scénario" pour un roman ?




De : Stephermanicus Envoyé : 2005-08-10 07:17

une citation : page tirée purement au hasard p. 55 :

"Parfois, maman donne naissance à un joli petit pédéraste : alors, Kevin-pédé se caresse la tige en pensant à des monsieurs blonds qui lui cassent le trou des fesses. Des claques et des claques et des claques. Des claques aux gosses et des claques aux mamans qui les font. Connasses à poussettes, amourachées de leur petite viande qui pisse. Trouons le ventre des femmes qui attendent un connard. Je préfère de très loin les cimetières aux maternités."

Moi ca m'a très vite lassé... on distingue plusieurs styles différents en fait : quand il s'en prend aux enfants (car les siens sont morts), quand il s'en prend à sa femme et quand il s'envoie en l'air avec les prostituées (ce qui arrive assez régumièrement dans la première partie). C'est un discours de dépressif, on sent que cet homme est au bout, que ses nerfs ont craqués etc... Ca pourrait être très émouvant mais le style m'a completement bloqué et je n'ais pas éprouvé de la compassion (ni pour lui ni pour Elise)




De : Thomthom1293 Envoyé : 2005-08-10 15:13

Ceci me fait penser que je n'ai pas publié la critique du dernier en date, "Partouz" pourtant écrite depuis longtemps. Dont acte.

Partouz (2004)

Le genre : névrosé
La note : 2/5

Ecrivant moi-même, je prendrai comme la pire des insultes le fait qu'on se force à terminer un de mes textes. Pourtant, je me suis bel et bien contraint à arriver au bout du dernier Moix, "PARTOUZ", non pas désir de lui manquer de respect, donc, mais parce que, pour avoir lu tous ses romans, je sais combien il peut parfois peiner à l'allumage (cf "JUBILATIONS VERS LE CIEL")...
"PARTOUZ", donc, ou comment Mohammed Atta est devenu le terroriste qu'on connait suite à une deception amoureuse...Moix, on le sait, est un genre littéraire à lui tout seul ; il écrit de la littérature psychotique comme d'autres font du polar ou de la SF. Sa plume est alerte, son sens comique certain...sa mégalomanie avérée.
Or, pour la première fois depuis ses débuts en 1996, il se montre plus fou et mégalo que ses personnages, ce qui ne lui réussi guère : Momo va dans les clubs échangistes, Momo monte au ciel, Momo devient pote avec Mitterand...etc.
Incapable de choisir entre premier, second et cent cinquantième degré, Moix laisse sa prose stagner durant une bonne centaine de pages, se contentant de nous resservir ses renvois en bas de pages et autres notes pseudos historiques...bref, tout ce qui fait sa marque de fabrique depuis le succès colossal du précédent livre, "PODIUM". Mais là où celui-ci allait chercher la subversion nichée au coeur de la folie, "PARTOUZ" se contente d'effleurer la subversion - comme si l'à propos de ce bouquin pouvait choquer qui que ce soit ! En empile une impressionnante masse de clichés en tout genre, tant sur l'islam que sur les illustres personnages qu'il fait intervenir (seuls moments vraiment agréables du roman d'ailleurs, car comme tout etre obsessionnel qui se respecte l'auteur est parvenu à ce que les dialogues de Mitterand, par exemple, sonne vraiment comme du Mitterand)...du coup, on se sent floué. Un peu comme si Yann Moix se cachait derrière ses indices biographiques et ses citations incessantes...car c'est bien de manque d'inspiration dont il s'agit, dans la mesure où ce roman est totalement statique. Et ne ressemble plus qu'à un assemblage de pensées griffonnées à la va vite - très bien griffonnées certes.




De : Thomthom1293 Envoyé : 2006-01-03 07:42

"Jubilations vers le ciel" (Le Livre de Poche / 1996)

C'est le premier roman de Yann Moix (l'ami de Steph ), que je viens de relire...et c'est vraiment une très mauvaise idée de lire le premier roman d'un auteur après avoir lu les suivants, du coup on ne voit plus que les défauts ! En l'occurrence, ça saute particulièrement aux yeux : "Jubilations..." apparaît dès lors comme un genre de brouillon des "Cimetières..." et, surtout d' "Anissa Corto". Mais je brûle les étapes...

Nestor est encore un enfant lorsqu'il rencontre Hélène. Onze, douze ans...l'âge des premiers émois...Mais Nestor est un personnage particulièrement névrosé et Hélène une fille particulièrement belle...
De fait, Nestor va continuer à aimer Hélène. Inlassablement. Eternellement.
Et passera sa vie à parasiter la sienne, réapparaissant à l'improviste, surgissant de nulle part avec ses souvenirs d'enfant qu'elle, de son côté, a totalement occulté (enfin pas totalement mais disons : comme tout être humain normal).

Petit détail amusant : quand j'ai ouvert cette discussion, j'ai décrit Moix comme l'écrivain de la folie ordinaire...et il y a quelques semaines, j'ai écrit pareil de Mauriac, en me disant qu'il y avait une réelle filiation entre ces deux auteurs...or là, sur le quatrième de couverture de "Jubilations vers le ciel" je vois marqué quoi ? "Prix Goncourt des lycéens 1996" et "Prix François Mauriac 1996" ! Ca ne s'invente pas une coincidence pareille !!!
Je ne vais pas en remettre une couche sur le style de Moix, remarquable et puissant (quoique nettement plus maladroit dans ce premier roman)...enfin voilà, ensuite on aime ce genre d'écriture ou on ne l'aime pas ! Il est indéniable qu'il s'en dégage un souffle particulier (Moix est sans doute plus "styliste" que Mauriac, mais je suis d'accord ça ne fait pas tout) mais surtout ce style colle parfaitement à l'histoire, une histoire assez dingue mais, je trouve, terriblement touchante...le fait est que cet auteur a développé un univers tout à fait particulier, ne ressemblant à aucun autre à ma connaissance, et si cet univers est encore un peu bancal dans ce livre-ci on y devine en filligrane tout ce qui va exploser dans "les cimetieres" puis "AC" (plus je vieilli plus c'est celui ci que je préfère).
D'autant que l'auteur ne se limite pas à cette histoire d'amour névrotique (et névrosée) : il y a une réelle charge "sociale" (pff...gros mot que celui-ci : disons plutôt "sociétale"), une authentique réflexion sur la société française actuelle. En lisant les divagations de Nestor, on pense à cette mode de la nostalgie, ces émission télés sur les grands classements des chanteurs de variétés morts depuis trente ans, ces énormes soirées gloubi boulga avec toujours un crétin déguisé en casimir...bref, tous ces épiphénomènes qui placés bout à bout nous infantilisent (moi le premier d'ailleurs ). De même que cette histoire d'amour fou (au sens pathologique du terme bien sur), il développera cette vision dans les livres suivants et la vision tournera à la radioscopie dans "Podium" (qu'on lit très différemment je pense, lorsqu'on connait les autres livres de l'auteur).

Finalement j'ai achevé ma relecture sur cette question : est-ce que j'aime "Jubilation vers le ciel" parce qu'il annonce les livres suivants, pour ce qu'il représente, donc, ou bien est-ce que je l'aime pour lui-même ?
Je ne répondrai jamais à cette interrogation puisque déjà, la première fois que je l'avais lu c'était suite aux "Cimetières..." ! du coup je ne sais pas trop comment le noter, alors je dirais 3/5
avatar
Mousseline
Admin

Nombre de messages : 4359
Date d'inscription : 24/10/2008

https://sites.google.com/site/lauteursamericains/home

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum