Henri BARBUSSE (France)

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Henri BARBUSSE (France)

Message  Mousseline le Lun 27 Oct 2008 - 3:16

De : Arti77772 (Message d'origine) Envoyé : 2005-05-09 09:03


L'Enfer

En fouinant dans la bibliotheque de mes beaux-parents, je suis tombée sur un vieux livre de Poche, datant de 1970. Le titre m'interpelle. L'auteur me dit très vaguement quelque-chose, le souvenir d'un récit de guerre sanglant. (Le Feu, publié en 1916) On l'appelait le "Zola des Tranchées".

Ici, il n'est pas question de guerre, mais l'auteur garde un style à la fois litteraire et cru qui rappelle l'estampille de Zola.

Ce roman nous plonge dans un univers etrange dès la première page. Un homme désabusé, las, blasé, echoue dans un hôtel de province, se vautre dans sa chambre. On sent qu'il n'a gout à rien, qu'il est fatigué de la vie, de l'amour. On ne sait rien de lui, ni son nom, juste son âge, la trentaine.

Des bruits venant de la pièce d'à coté attirent son attention. Il se lève, intrigué, et remarque en hauteur, sous le plafond, un trou qui lui permet de voir dans la chambre voisine.

Et c'est là qu'il regardera, plusieurs jours durant, avec une fascination qui va le detruire, tous les episodes possibles de la vie humaine. Sexe, plaisir, adultère, décès, accouchement, homosexualité, creation artistique, mensonges : rien ne nous est epargné. On devient voyeur par le prisme du héros qui reprend gout à la vie petit à petit, mais qui perd pied en même temps.

Ce roman a dû faire scandale à sa sortie en 1908, par sa modernité et son audace. Depuis, il est tombé dans l'oubli. L'écriture cependant a un peu vieilli et certains passages sont trop lyriques.
Mais cela reste un très beau moment de lecture.
A decouvrir !

Ma note : 3.5/5
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Re: Henri BARBUSSE (France)

Message  Réaliste-romantique le Jeu 26 Jan 2012 - 20:51

J'ai laissé tomber Feu de Barbusse autour de la page 50. Écrit en 1916 et prix Goncourt, son récit de la guerre des tranchées est héroïque et épique et manque tout à fait de tripes éparpillées, de cadavres en décomposition et de blessés agonisants. De plus, comme il veut montrer que toutes les régions de la France se serrent les coudes pour affronter l'envahisseur, il cherche à rendre le parler de chacune des régions (et des classes sociales) dans ses dialogues: le chti, le provencal, le normand, le pargot... Je n'aime pas ça, il y a trop d'apostrophes et de mot d'argots. Je recommande plutôt les Croix de bois de Dorgelès ou encore les bédés de Tardi sur le sujet. Et je lis présentement le Chemin des âmes de Joseph Boyden
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Re: Henri BARBUSSE (France)

Message  cookie610 le Dim 20 Mar 2016 - 20:53

Le feu – journal d’une escouade
 
Note : 4/5
 
Résumé : le livre retrace la vie des poilus français dans les tranchées lors de la Première Guerre Mondiale.
 
Critique : C’est un livre particulièrement dur à lire et pas simplement à cause du sujet traité. Récit essentiellement tiré de la véritable vie de l’auteur qui s’est engagé volontairement dans l’armée, à 40 ans et malgré une idéologie profondément antimilitariste. Rien ne nous est épargné, ni les bombardements incessants, ni les cadavres des leurs compagnons d’infortune qui s’entassent, ni la faim, ni l’insalubrité. Je n’ose imaginer l’enfer que ça devait être. Mais le récit est aussi dur à lire car le style est « brut ». Barbusse nous raconte quasiment en direct son histoire, avec l’argot des tranchées, les expressions de chacun. Comme c’est abordé dans un chapitre, il ne coupe pas, ne censure pas les propos de ses camarades. Et malgré la présence d’un glossaire à la fin de mon édition qui me permettait d’éclaircir bon nombres d’incompréhensions, j’ai trouvé que le fait de devoir aller chercher la signification d’un mot toutes les pages coupait beaucoup trop le récit pour avoir une lecture fluide. C’est dommage parce que ça reste un récit-témoignage poignant, comme seuls ceux qui ont connu l’horreur de cette guerre arrivent à nous le retransmettre réellement.
 
Extrait : « Je leur dis que la fraternité est un rêve, un sentiment nuageux, inconsistant ; qu’il est contraire à l’homme de haïr un inconnu, mais qu’il lui est également contraire de l’aimer. On ne peut rien baser sur la fraternité. Sur la liberté non plus : elle est trop relative dans une société où toutes les présences se morcellent forcément l’une l’autre.
Mais l’égalité est toujours pareille. La liberté et la fraternité sont des mots, tandis que l’égalité est une chose. L’égalité (sociale, car les individus ont chacun plus ou moins de valeur, mais chacun doit participer à la société dans la même mesure, et c’est justice, parce que la vie d’un être humain est aussi grande que la vie d’un autre), l’égalité, c’est la grande formule des hommes. Son importance est prodigieuse. Le principe de l’égalité des droits de chaque créature et de la volonté sainte de la majorité est impeccable, et il doit être invincible — et il amènera tous les progrès, tous, avec une force vraiment divine. Il amènera d’abord la grande assise plane de tous les progrès : le règlement des conflits par la justice qui est la même chose, exactement, que l’intérêt général. »
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Re: Henri BARBUSSE (France)

Message  géromino le Ven 1 Déc 2017 - 9:42

"Le feu (suivi de 'Carnet de guerre')"  Le Livre de Poche 1994   477 pages


                  Henri Barbusse avait 41 ans lorsqu'il s'est engagé comme volontaire en 1914. Il a passé vingt-deux mois dans les tranchées. De cette expérience au front (qu'il a notée dans son Carnet de guerre), il s'en est servi pour rédiger le roman "Le feu". En fait, il faudrait presque lire en premier ce Carnet de guerre (qui apparaît en fin de volume), pour saisir toute l'importance de l'expérience de la Guerre de Barbusse. Le roman qui en résulte reprend le compte de ces heures atroces passées dans l'indescriptible et inhumaine vie des poilus. Les notes et réflexions succinctes se retrouvent alors développées, méditées, approfondies, mises en forme, pour en dégager un tableau prodigieux de la guerre de 14.
                  L'ouvrage est grave. C'est un témoignage de l'innommable que nous avons sous les yeux. Une bonne partie du livre relate le quotidien morne et effrayant des "premières lignes", souvent rempli de longs moments d'attente, entrecoupés d'alertes, de corvées, de bombardements. Les pauvres gars sont abrités derrière un parapet de terre, les pieds, les mains, gelés, baignant dans l'eau glacée ou pataugeant dans la boue, subissant les pilonnages qui les anéantissent peu à peu; des braves hommes qui se raccrochent à peu de choses pour tromper l'ennui et l'angoisse: la soupe, souvent infâme, froide, toujours en retard; le courrier, celui de la famille, tellement réconfortant; la relève, qui pour un temps permet de souffler; l'action -l'attaque- meurtrière, apocalyptique, inhumaine, mais parfois préférable à la neurasthénique et déprimante immobilité. La permission apporte un sursis; on va pouvoir se reposer quelques jours, retrouver la "civilisation", loin de la ligne du front, oublier un instant l'horreur. 
                   Les derniers chapitres sont en forme d'apothéose de fin du monde, principalement dans le chapitre XX "Le feu". On franchit un pas dans la dévastation et l'horreur: c'est l'attaque. Les balles pleuvent, des corps tombent, déchiquetés, pulvérisés, hachés par la mitraille; c'est épouvantable; Barbusse en fait un tableau dantesque, hallucinant. 
                    L'ultime chapitre, "L'aube" est consacré à une réflexion sur la guerre, son utilité (ou inutilité...), sur la déshumanisation du soldat; la guerre "qui (...) viole le bon sens, avilie les grandes idées, commande tous les crimes - mais ils se rappelaient combien elle avait développé en eux et autour d'eux tous les mauvais instincts sans en excepter un seul: la méchanceté jusqu'au sadisme, l'égoïsme jusqu'à la férocité, le besoin de jouir jusqu'à la folie".
                  C'est un livre terrifiant; et en même temps l'écriture de Barbusse a parfois de ces envolées lyriques dans la description des batailles, le déchaînement des bombardements, qu'on reste éberlué devant la peinture qu'il en fait: une beauté terrifiante, cauchemardesque, irréelle, inhumaine. 


Note:  4.5/5

_________________
                                                                                                                                                                              

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