Eoin McNAMEE (Irlande)

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Eoin McNAMEE (Irlande)

Message  Mousseline le Ven 28 Nov 2008 - 6:25

De : Eireann561 (Message d'origine) Envoyé : 2006-01-19 05:26

Le trépasseur
de Eoin McNamee
La note: 5

L'horreur absolue
Belfast dans les années 1970. Des petites frappes des bas fonds protestants de Belfast passent du statut de voyous à celui d’icônes pour une partie de la population. Devenus membres de groupes para- militaires, ils dérapent et deviennent incontrôlables.
Victor Kelly, beau gosse charmeur, est le chef incontesté d’une bande de tueurs sadiques, leurs cibles sont des catholiques se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment. Manipulé par Mc Clure, politicien nazillon, soutenu en sous-main par certains militaires et bénéficiant d’une certaine mansuétude policière, ils terrorisent les populations catholiques. Trop de choses politiques et d’argent sont en jeu et tous les coups sont permis, même les pires. Mais leur cruauté gratuite finit par devenir trop voyante. L’image de Belfast, ville en état de guerre civile, avec ses castes dominantes dont le seul souci est le pouvoir, est terrifiante. La violence règne, les lois sont ignorées. La drogue commence ses ravages, la haine intercommunautaire est palpable. Victor possède en lui son aversion de l’autre : «Portant le nom de Kelly, il savait qu’on le soupçonnerait toujours d’être catholique ». Entre une mère qui remue ciel et terre pour lui, et un père silencieux mais qui semble comprendre qu’il est un assassin, il est lui aussi victime d’évènements qui le dépassent. Mais les Mc Clure et compagnie sont encore là aujourd’hui et trouvent toujours des sympathisants.
Ce roman noir, très noir est basé (et c’est en cela qu’il est édifiant) sur une histoire vraie. En 1972 sévissaient (quel autre terme employer ?) «Les Bouchers de Shankill», qui enlevaient des passants catholiques et les torturaient toute la nuit, même leur communauté les désavoua. Très dur dans le fond et la forme, loin de l’image irlandaise.

Extraits
-« Je te connais, dit Smiley, pour le fils bâtard d’un bâtard de catholique du nom de Kelly »
Victor leva le Browning et lui tira une balle dans l’estomac. Toute la nuit durant, il resta silencieux, assis à son côté tandis que l’homme agonisait à mort.

Editions Gallimard




De : Eireann561 Envoyé : 2006-04-26 13:13

Le tango bleu
Note 4,5

Police recherche bouc émissaire.

Second roman d’Eoin McNamee, autant dans «Le trépasseur» la violence était aveugle et sanglante, autant ici elle est dirigée et feutrée.

Belfast, le 13 novembre 1952, dans un quartier protestant et huppé, la fille d’un juge est retrouvée assassinée.
Patricia Curran avait dix neuf ans, et pas une vie digne d’une fille d’un juge, Lancelot Curran, membre des Unionistes et Orangistes, un personnage dont la carrière politique commence. Sa mère Doris est une femme aux nerfs malades, sa seule joie, brimer sa fille. Desmond, son frère, avocat comme papa, est un des ces bigots protestants prônant la lecture de «Le réarmement moral». Cette société qui interdit aux femmes d’assister aux obsèques, sauf les mortes bien entendu !
Quand ce livre est écrit, le ou les meurtriers sont toujours inconnus, de la famille, seul Desmond vit encore en Afrique où il est parti prêcher la bonne parole.
L’enquête révèle la situation familiale, le père joueur a dilapidé le patrimoine, la mère détestait Patricia, son frère également, ses libertés sexuelles et morales scandalisaient cette bourgeoisie hypocrite. Comment pour gagner de l’argent peut-elle être chauffeur de poids lourds pendant ses vacances ? Les premières constatations sont rocambolesques, les membres de la famille ayant amené le cadavre à l’hôpital, le médecin déclarant la mort par balle, alors qu’il s’agit de trente-sept coups de couteaux ?
Reste à trouver un coupable, les journaux se basant sur la mort par balles, parle de l’I.R.A, puis un meurtre à coup de couteaux ne peut être que l’œuvre d’un étranger ? Quelques soldats polonais, démobilisés mais refusant de retourner en Pologne vivent à Belfast, en plus polonais et catholiques, la belle aubaine!
Hélas cela ne donne rien, la presse s’en mêle : «Son meurtre fit la une de quarante-six éditions successives du Belfast Telegraph», heureux temps d’avant «Les Troubles».
Après les étrangers, passons à la communauté gay, et enfin miracle, un jeune Ecossais homosexuel Ian Gordon, connaissant un peu la famille, est le coupable idéal. La police locale ne croit pas vraiment à cette culpabilité, alors les autorités font venir un inspecteur de Londres pour les aveux.
Terrible constat sur l’art et la manière de fabriquer un coupable (en 2000 la Haute Cour déclarera invalide le verdict du jury) qui passera sept ans en hôpital psychiatrique. Gordon lui aussi était encore vivant pendant l’écriture de ce livre.
Un livre quasi intimiste, qui touche après touche, nous montre que l’accession au pouvoir ne s’embarrasse pas de morale, ni de remords.
La corruption et le chantage feront taire les derniers inspecteurs pour qui dans leur intime conviction Gordon n’est pas coupable.
Extraits.
-Parmi les aveux signés par Ian Gordon, il y en avait bien peu qu’il eut réellement prononcé. Le vrai scandale, c’est qu’une bonne partie des gens qui participèrent à son procès en était consciente.
-L’endroit marinait dans sa mélancolie d’estuaire.
-Il n’aurait pas pu tuer Patricia, ils étaient comme deux copines.
-Ce jour là Doris portait sa folle tristesse comme un diadème.
-La règle des cinq C : confiance, conviction, confession, conversion et continuation.
-Il y a autre chose, Harry, dit l’inspecteur. Si notre ami Gordon est homosexuel, comme le prétend Capstick, je le vois fichtrement mal s’attaquer à la vertu d’une jeune dame.

Gallimard La noire
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