Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  veilleur le Mer 16 Déc 2009 - 21:06

La route >>> Le plomb et l'or

La toile de fond est simple : il n'y a rien. Disons plutôt qu'il n'y a plus rien. Rien, cela veut dire plus de civilisation, plus de rapports sociaux, plus de technologie, plus de culture, plus d'arbres, plus de nature, plus d'oiseaux, plus de soleil, plus de chaleur. Plus rien. Ou plutôt si : des ruines à n'en plus finir, des déchets, des épaves qui apparaissent comme lors des marées basses, des squelettes, résidus humains, résidus de ruines, un hiver permanent dans un univers de cendres.

Et sur cette toile de fond, une ligne, droite ou sinueuse, dont on ne connaît ni le point de départ, ni le point d'arrivée. Une seule direction : du nord au sud. Une route, en somme.

Et sur cette ligne, deux personnes : un homme et un petit, le petit étant le fils de l'homme. Et ils marchent vers le sud.

Voilà le cadre du roman de Cormac McCarthy. Un cadre épuré, réduit à l'essentiel, mettant en scène deux personnes dans un no man's land, pour lesquelles le passé n'existe plus ou s'estompe rapidement, et qui n'ont pas de futur autre que celui du lendemain et de leur survie immédiate. On ne peut faire plus lugubre comme situation. Partout la barbarie qui monte, qui s'installe, qui bat la campagne, et deux petites lucioles qui tentent de déterminer par leurs actes réduits au minimum ce qui fait la dignité humaine.

La question est bien là. Le cadre du roman pourrait apparaître comme de l'anticipation ou de la science-fiction mais ce serait minimiser le thème qu'il est sensé mettre en valeur, celui de la transmission de valeurs d'un monde qui n'existe plus vers un monde qui n'existe pas. L'homme du roman s'interroge : "Il se disait que s'il vivait assez longtemps le monde aurait à la fin totalement disparu. Comme le monde mourant qu'habite l'aveugle quand il vient de perdre la vue, quand toute chose de ce monde s'efface lentement de la mémoire". Qu'est-ce qui sépare l'Homme de la bête dans un univers soumis à la sauvagerie ? Cormac McCarthy s'interroge sur l'essentiel : le dialogue entre générations, le savoir transmis, même avec une parole parcimonieuse, le soin de la jeune génération, le souffle ténu de l'espoir qu'il s'agit de ne pas rompre, l'amour.

En termes de cinéma, on parlerait d'un "road movie", de ce que les cinéphiles américains adorent en parlant d'une quête, ce qui fait l'âme de l'Amérique, l'esprit pionnier. "La route", littéralement parlant, entre dans cette catégorie. Bien entendu, il y a l'aspect millénariste, le catastrophisme démesuré qui laisse une poignée de survivants reconstruire la civilisation à partir d'un noyau dur. C'est ici réduit à l'essentiel, mais la trame est là.

L'auteur utilise un style dépouillé, des phrases courtes jonchées d'éléments répétitifs, comme si les lignes lues par le lecteur n'étaient que les traces d'un vague carnet de bord écrit dans l'urgence. Les voix de l'homme et du petit se mêlent et s'entremêlent jusqu'à à peine les distinguer. Les dialogues sont rares, réduits au minimum vital, au minimum social, car les gestes et l'amour entre les deux personnes valent toutes les grammaires de ce monde qui vient de disparaître. L'auteur ne va pas plus loin que cet amour ultime.

Un beau roman, fort et dense comme du plomb purifié que l'on aurait transformé en or.

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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  DM29 le Dim 27 Déc 2009 - 16:13

La Route - Cormac Mc Carthy

J'ai faillis arrêter au bout de 40 pages, parce que je n'accrochais pas , mais j'ai continué un peu forcée, parce que mine de rien ça se lit d'une traite.
Pas de chapitres, des strophes, des dialogues répétitifs, tout est gris et couvert de cendres, des cadavres partout. L'enfant est terrifié, le père n'est pas très rassuré non plus, mais il continue, pourquoi ? Des cannibales (les méchants) et des gentils.
Mais on est avec eux, on tremble avec eux, on a froid, on est surpris de voir des couleurs quand on sort le nez du livre.
Certains passages, (un en particulier) sont terrifiants.
Bizarrement la fin ne m'a pas touchée plus que ça (je suis un vrai monstre !), on s'attend à quelque chose de ce genre, mais j'ai été surprise, pas pour le sort du père, mais pour ce qui arrive à son fils, je ne pensais vraiment pas à ça !

Le problème quand on lit ce genre de livre qui sont encensés de tous les cotés c'est que l'on s'attend toujours à quelque chose d'extraordinaire, mais là il y avait une grosse attente, et je me suis retrouvée un peu frustrée pendant la lecture et c'est finalement en fermant le livre que l'on se rend compte de sa puissance.

note 4/5.

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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Nathalire le Ven 8 Jan 2010 - 15:48

Cormac McCarthy
La Route
Note : 4.75/5

Résumé :
Un homme et son jeune fils, affamés, seuls, sales et au bord du désespoir marchent interminablement en direction du Sud, vers la côte. Des humains ? Il n’en reste presque plus, le monde c’est arrêté, les animaux ont disparu. Pour survivre et éviter de se faire attraper par les « méchants », ils fuient, interminablement, vers le Sud. Mais jusqu’où pourront-ils aller ?

Avis :
C’est un roman extraordinaire. Rien de particulier au premier abord, un court roman, sans vrais dialogues, sans vraie structure. Des épisodes de la vie de ces deux hommes jetés en petits paragraphes sur les pages. Il ne paie pas de mine et pourtant… Tant d’émotions sont sous jacentes, tant de souffrances, c’est bouleversant. On vit avec eux ce supplice, on se pose les mêmes questions, on pourrait être là où ils sont, c’est très réaliste.
L’écriture est superbe et je comprends mieux l’attachement de certains rats à Cormac McCarthy, j’ai très envie de lire d’autres de ses romans.
Si je n’ai pas mis 5/5 c’est simplement car il y a une chose que je déteste dans les livres (et bien sûr dans les films aussi) c’est de ne pas savoir… de ne pas avoir la clé de l’énigme ! Et après ce livre j’ai beaucoup d’interrogations qui resteront sans réponse…
Mais je conviens qu’un tel roman ne peut pas donner de réponses, sinon il perdrait de son charme alors je vous le conseille très certainement.
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  belledenuit le Jeu 14 Jan 2010 - 11:49

Mon avis :
J'avais choisi ce titre parce qu'il faisait l'unanimité sur la blogosphère (mais également les forums) et que beaucoup d'entre vous l'ont trouvé excellent.
Je vais donc être le vilain petit canard car, honnêtement, je n'ai rien trouvé dans cet ouvrage qui soit fantastique au point d'en parler avec tant d'éloges.
L'histoire en elle-même est plate. Je me suis demandée à de nombreuses reprises où voulait m'emmener l'auteur.
Le but de ce père (qui demeure anonyme tout au long de l'ouvrage et ça m'a frustrée) est de partir vers le sud en espérant y trouver un peu de soleil, une mer bleue et peut-être aussi des humains sympathiques.
Je me suis dit : “Ok ! On va les suivre dans cette aventure parce qu'effectivement vivre dans une ambiance cataclysmique ce n'est pas génial !”
De page en page, j'ai commencé à tiquer : “non de non mais dans quoi je me suis engagée là ! Il va se passer quelque chose oui ou non ?”
Ben non il ne se passe pas grand'chose dans ce livre. Quelques scènes ont le mérite de faire monter un peu notre angoisse mais elles ne sont pas majoritaires.
Le père et le fils sont seuls sur cette route.
Le but était de nous faire monter l'adrénaline avec eux mais la sauce n'a pas pris avec moi.
Quant à l'écriture de l'auteur, je l'ai trouvée infecte : des phrases qui par moment ne voulaient rien dire (à moins que ce soit un problème de traduction), des “et” à répétition (et dire qu'on fait tout un bla-bla en cours de français pour nos jeunes pour que leurs phrases ne soient pas trop lourdes !!!), des “pardon” et des “excuse-moi” en veux-tu en voilà.
Je dis non ! Je m'offusque sur ce genre d'écriture.
Vous l'aurez compris j'ai eu du mal avec ce livre. D'ailleurs, passée la page 82 je ne voulais plus l'ouvrir et puis je me suis dit que peut-être l'histoire allait s'envoler et me faire passer un bon moment. J'ai continué et puis continué encore (jusqu'au bout !) mais arrivé 50 pages avant la fin, j'ai sauté des pages ! Oui, j'ose le dire !
Des passages trop longs, qui n'apportent rien parce qu'au final où tout cela nous mène ? ….
Je suis donc déçue, grandement, par La Route. Je ne sais pas si je tenterai un autre ouvrage de cet auteur mais si c'est le cas il va falloir attendre un bon moment pour que je franchisse le pas.
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Nathalire le Ven 15 Jan 2010 - 8:45

Et bien, Belledenuit, avec ta critique on peut vraiment dire que les gôuts et les couleurs varient...
Je te comprends un peu, même si je fais partie de ceux ayant aimé La Route, je lui ai trouvé une certaine lenteur et un style très simpliste. Mais pour moi ces éléments contribuent à faire de ce roman une histoire possible, où les deux hommes partagent, avec leurs mots, leur simple réalité. En fait je me suis sentie plus proche d'eux grâce à cette écriture "un peu parlé" et ce manque d'action, car finalement quelle action peut-il y avoir dans un monde vide et éteint? Parfois, dans ce genre de roman, on se retrouve entouré de zombis ou d'extra-terrestres qui veulent tuer les survivants . ici rien de tout ça, mais juste le rien. Et c'est effrayant ce rien, cette impression de détresse a suffit à me tenir en haleine jusqu'au bout.
Je te souhaite une bonne prochaine lecture
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Fifietseslectures le Sam 23 Jan 2010 - 8:58

La route
Cormac McCarthy
Points, 252 pages


Moi aussi je fais partie de ceux qui n'ont pas adhéré à LA ROUTE. Pourtant, j'avais envie de lire ce livre aux vues des nombreuses critiques positives que j'avais lues ici ou là.
Mais ce roman, ne pas pas plu du tout! Le style d'écriture est simpliste les dialogues quasi inexistants, à la fin, je n'en pouvais plus des "d'accord"!
Mais le pire c'est l'ambiance, OK je savais que l'histoire parlait d'un père et d'un fils luttant pour leur survie dans un monde post apocalyptique, mais je ne m'attendait pas à tant de descriptions macabres tout le long du roman .
Au début, optimisme dans l'âme, je me suis dit "allez continue, çà va se finir bien à la fin du roman!", mais arrivée à la page 200, j'avais lu plus d'horreurs que je puisse en supporter..quelque que soit la fin (que je ne veux pas dévoiler dans ma critique)!
De plus, j'ai trouvé dommage qu'il n'y ait pas d'explications de pourquoi et comment est arrivée la catastrophe. Il y a quelques allusions au début mais plus de précisions ensuite.

Mon avis concernant ce roman: AMES SENSIBLES, S'ABSTENIR!!!

Ma note: 2/5
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Bernard le Sam 23 Jan 2010 - 17:04

Je viens de lire les commentaires de Fifi et globalement il y a du pour mais il y a du contre, d'où mon hésitation à lire ce livre. Je dois dire que chaque fois que je vais à la biblio - c'est souvent - je le trouve sagement rangé, à sa place. Donc il n'y a pas foule pour le lire, alors que pour certains bouquins les listes d'attente sont aussi longues que pour chez l'ophtalmo...
Pour un prix Pulitzer, c'est rare. Comme j'ai, largement, de quoi lire, on verra plus tard.

B
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  revolte le Mer 17 Fév 2010 - 22:59

doriane99 a écrit:3,75/5

L'apocalypse a eu lieu. Un homme et son fils déambulent sur La Route en direction du Sud. Dans un monde calciné, à l'atmosphère saturée de cendre, d'où le soleil a disparu, ils survivent malgré les dangers : le froid, les hordes cannibales, le manque de nourriture.
Que ce livre m'a posé problème ! Désireuse de le lire depuis très longtemps, je m'y suis plongée avec enthousiasme, McCarthy est comparé à Faulkner (excusez du peu), ce roman est encensé partout, il a obtenu le Pulitzer !!!
Eh bien, j'ai failli l'abandonner plusieurs fois ! Déroutée tout d'abord par le style, les dialogues minimalistes et répétitifs entre le père et l'enfant :
Je peux te demander quelque chose ? dit-il.
Oui. Evidemment.
Est-ce qu'on va mourir ?
Un jour. Pas maintenant.
Et on va toujours vers le sud.
Oui.
Pour avoir chaud.
Oui.
D'accord.
D'accord pour quoi ?
Pour rien. Juste d'accord.
Dors maintenant.
D'accord.

D'aucuns me répondront que c'est justement pour ajouter à l'intensité dramatique de l'histoire. Ces dialogues plats sont le reflet des efforts des deux protagonistes pour se rassurer l'un l'autre et servent à mieux révéler au lecteur leurs pensées profondes... Peut-être, mais à la longue ils sont lassants !!!
Mais ce qui m'a le plus gênée dans ce livre, c'est l'absence totale d'espoir qui en ressort ! J'ai eu parfois la nausée en lisant certains passages. Dans ce monde stérile, ce père qui se bat pour la survie de son enfant, qui continue à lui transmettre les valeurs humanistes qui sont les siennes, mais pourquoi ? Dans quel but ? Puisque de toute façon, l'avenir de l'Homme est ici condamné. A quoi bon survivre dans la souffrance puisqu'au bout du chemin l'espèce humaine s'éteindra ?
J'ai déjà lu d'autres romans post-apocalyptiques (Malevil, Le dernier homme, Le fléau...) mais dans ceux-ci, l'ancienne société est rasée et les survivants reconstruisent un autre monde basé sur de nouvelles bases. Ici, rien de tel puisque faune et flore ont disparu et qu'à terme l'espèce humaine devra s'éteindre elle aussi.
Autre frein à mon enthousiasme, McCarthy n'y est pour rien mais j'ai lu l'édition "Points" et je n'ai pas trouvé moins de 31 coquilles d'impression !!!!!! Inadmissible ! Si vous désirez le lire, mettez quelques euros de plus et offrez-vous l'édition brochée ! Rien de plus désagréable...
Malgré ces réserves, je pense que ce roman est un livre "à lire". Chacun y trouvera ses pistes de réflexion personnelles. Mais il me laisse un arrière-goût de cendres (c'était peut-être aussi le but de l'auteur).

"Rappelle-toi que les choses que tu te mets dans la tête y sont pour toujours, dit-il. Il faudra peut-être que t'y penses."
"Quand tu n'as rien d'autre construis des cérémonies à partir de rien et anime-les de ton souffle."

Une adaptation cinéma est programmée pour la fin de l'année.

Je n'ai pas lu ce livre, comme aucun McCarthy d'ailleurs. Par contre, j'ai vu le film "La route" et c'est sidérant comme ma critique du film ressemble à ta critique du livre. A l'exception près, que j'ai vraiment aimé le film. Ceci dit, une chose m'a profondément dérangé tout au long du film, et cette chose est précisément le manque d'espoir.
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Docguillaume le Mar 6 Avr 2010 - 21:36

The Road


Mccarthy réussit avec succès à peindre un monde de cendre, sous un ciel gris sans soleil, dévasté. L'atmosphère du livre est pesante et enveloppe le lecteur qui est tendu, inquiet. On a le sentiment que tout peut arriver à n'importe quel moment.
Le caractère post-apocalyptique de ce roman est excellent. Au même niveau que Earth Abides de Stewart que j'ai lu voilà quelques temps.
La lecture en anglais m'a été difficile, je regrette de ne pas avoir le niveau pour ne pas comprendre tout les mots, les descriptions et le vocabulaire de Mccarthy étant riche pour dépeindre ce monde gris.

Le roman est assez monotone, comme un long voyage sur une route. Il ne se passe pas grand chose, et on aurait aimé en apprendre plus sur le cataclysme... j'étais persuadé qu'il s'agissait d'une explosion nucléaire mais en voyant les images du film et d'autres critiques ce n'est apparemment pas le cas.
L'auteur aurait du aller au bout et ne pas mettre de dialogues, ils sont assez pauvres et répétitifs, si bien qu'on a tout le temps l'impression des mêmes paroles.

Je ne dirais pas que The Road est un chef d'oeuvre. Le Prix Pulitzer a récompensé le grand auteur américain, non le livre à mon avis. Aurait-il eu le même succès, la même reconnaissance s'il avait été écrit par un anonyme ? Sans doute que non.
Je ne dis pas que c'est un mauvais roman, c'est un très bon roman, mais certainement que de savoir qui a tenu la plume (où plutôt la machine à écrire... récemment vendue pour quelques dizaines de milliers de dollars) est pour beaucoup autour de son succès. J'aurai eu plus de plaisir à le découvrir s'il n'y avait eu une certaine attente envers le best-seller, d'où une légère déception.

Note : 4.75/5

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La Route

Message  lejeez le Ven 21 Mai 2010 - 14:06

J’avais découvert Cormac McCathy, il y a plusieurs années en lisant, De si jolis chevaux que j’avais beaucoup aimé, et Un enfant de Dieu, qui était à la fois dérangeant et assez marrant.

La Route est l’exemple parfait de l’œuvre qui réunit le succès public et critique et, l’exemple que littérature de genre (voire sous-genre car c’est un « survival ») et grande littérature ne sont pas antinomiques.

McCarthy arrive admirablement à créer l’ambiance : on s’imagine cette route, ces fossés, cette grisaille, ces cendres, ces arbres calcinés etc…De même, l’état psychologique, physique de ce couple est palpable. La lecture est très pesante.

Concernant les dialogues, c’est typique de McCarthy. C’est court, direct, et généralement, les protagonistes se reprennent mutuellement sur le sens des mots. Pour moi, c’est un des éléments les plus caractéristiques de son style. Par ailleurs, le fait que les dialogues soient « simplistes » (même si je ne suis pas d’accord sur le mot) crée un réel effet. Comme on l’a dit, cette économie de mots s’explique par l’état psychologique, par le fait qu’ils ne doivent pas se faire repérer, par un souci justement d’économie. Donc, c’est justifié. Et surtout, ça rend leur relation très universelle. « L’homme », « l’enfant », ils pourraient être n’importe qui. C’est, je pense, ce qui donne de la force au roman : cet anonymat, cette absence d’explication, cette quasi-absence de retour dans le passé, font qu’on est sur la route. Physiquement. On ne fait pas appelle à la rationalité, sur le comment du pourquoi, ils sont là. Ils sont là. Et nous aussi.

Après la lecture de la Route, j’ai eu un peu le sentiment d’avoir manqué quelque chose. J’ai l’impression, qu’il y avait une lecture parallèle. Je remarque que le narrateur qui semble être l’homme, bien que ce soit raconté à la troisième personne, parle souvent, du rapport entre les mots, la langue, et la réalité. Ou du rapport entre ce qui a existé et ce qui n’existe plus. Entre le souvenir et entre la réalité. J’ai l’impression que l’homme, outre sa survie et celle de son fils, veux sauver quelque part, la mémoire de l’humanité, ce serait peut être ça « le feu ». Quoiqu’il semblerait aussi que le feu soit « la bonté humaine », celle que l’enfant exprime souvent, au grand dam de son père.

Il y a quelque chose que je ne comprends pas, à la page 81 (Ed. Points, en livre de poche), la narration passe pour ce seul paragraphe, à la première personne (à propos du chien). « J’essayais de l’attirer vers nous, mais il n’y avait pas moyen » etc…

Au final, c’est un bon roman pour les raisons que j’ai donnée, mais j’avoue avoir été un peu frustré, car, comme j’avais entendu parler, avec le film notamment, de cannibales, et je pensais du coup qu’il y en aurait un peu plus…mais ce n’est pas ce genre de roman. Donc, ce n’est pas tant une critique du roman que les effets néfastes du bouche à oreilles.

Cela dit, je pense avoir préféré De si jolis chevaux (dans un style, certes, différent)

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La Route

Message  Chiwi le Ven 7 Oct 2011 - 16:28

La Route, Cormac McCarthy
Points, 2009, 251 pages

Un homme et son fils sillonnent les routes d'un pays après une catastrophe apocalyptique pour rejoindre un climat plus favorable au sud.

Peu importe ce qui se passe au-delà du binôme. Celui-ci avance tant bien que mal dans un monde où il n'y a plus de vie, où subsistent quelques humains ou cannibales ou fous.

Un monde gris avec la cendre qui recouvre tout, un monde silencieux, angoissant où il faut avancer essayer de survivre dans ce monde réduit au néant.

Le dénuement est total, redécouvrir un lit avec une couverture est un plaisir immense.

La relation père-fils est difficile, le père essaie de le protéger de la violence, de l'indifférence du monde extérieur. Mais ce qui rentre reste pour toujours.

C'est un roman qui fait peur par sa sécheresse et son atmosphère de fin du monde saisissante de vérité, on croirait presque que ça a pu exister.

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Re:Cormac McCarthy

Message  kalainka le Lun 16 Jan 2012 - 21:28



"NO COUNTRY FOR OLD MEN" / "NON,CE PAYS N'EST PAS POUR LE VIEIL HOMME"

Sur la quatriéme de couverture de la collection "POINTS" on peur lire:"Cormac McCarthy...est l'un des écrivains américains les plus talentueux de sa génération."Aussi est-il étonnant de la part d'un auteur aussi brillant,et certains d'entre vous dans vos commentaires l'ont relevé,d'assaisonner ses phrases de "et" intempestifs.Exemple:"Bell roule lentement sur la grille à bestiaux et descend et referme la barrière et remonte dans le véhicule et traverse la prairie et se range devant le puits et descend et marche jusqu'à la citerne."J'ignore s'il s'agit d'un tic ou d'une manière de style mais par moment cela frise le ridicule.

Ceci dit,Cormac McCarthy excelle dans les dialogues qui sont de véritables échanges où chacun essaie de prendre à contre pied son interlocuteur.Le texte est imbriqué dans les dialogues à moins que ce ne soit l'inverse.Par moment,c'est vrai, on s'y perd un peu.

Dans ce roman McCarthy porte un regard terrible sur ce monde qui se désintégre,en tout cas sur celui qui se situe à la frontière du Texas et du Mexique ( régions où se déroulent bon nombre des romans de l'auteur ),où les repères n'existent plus sinon ceux de la drogue,de l'argent et de la mort.

Le livre nous laisse un peu sur notre faim mais sûrement parceque nous avons bon appétit et qu'aprés le dessert nous voudrions encore du dessert.
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  géromino le Mar 13 Mar 2012 - 9:38

"No country for old men" Points 2008 300 pages

Résumé sommaire: Lors d'une chasse dans le désert du Texas, Moss tombe sur un carnage. Des trafiquants de drogue se sont entretués. Il découvre dans une sacoche, deux millions de dollars en billets usagés: l'aubaine, de quoi changer de vie. Mais bien vite, il est pris en chasse: évidemment, "les autres" veulent récupérer l'argent. La police du comté prend part à la poursuite, suivant la trace sanglante et meurtrière que laissent derrière eux les malfaiteurs.

Cette poursuite implacable baignant dans le sang et la violence donne une fois encore à Mac Carthy l'occasion de se pencher sur la nature de l'Homme. Se remémorant ses souvenirs, le Shérif s'interroge. Ou plutôt, dresse un constat: les valeurs qu'on lui a inculquées dès son jeune âge, par la religion, l'éducation (les images de son père lui reviennent en mémoire) n'ont plus cours à l'heure actuelle.

"Elle m'a dit: Shérif comment se fait-il que vous laissiez comme ça le champ libre à la criminalité dans votre comté? ça semblait être une bonne question, ça l'était peut-être. En tout cas voilà ce que je lui ai répondu. J'ai dit: ça commence à partir du moment où on commence à oublier la politesse : Chaque fois qu'on oublie de dire monsieur ou madame, la fin n'est pas loin."

Il parle d'éthique et de valeurs morales qui se disloquent et font place à d'autres critères de vie qui ne sont pas les siens: le fric, la violence, le pouvoir, tout ceci lié à la drogue.

En se remémorant ses souvenirs, le Shérif constate qu'il n'est pas de taille à affronter ce nouveau genre de criminalité. Sans doute a-t-il vielli... Mais les gens ont changé. La violence est montée de plusieurs crans. Il sait de quoi il parle, il a fait la guerre, il a traqué la délinquance, il connait les bandits. Les malfaiteurs ne sont plus ceux "d'avant" ; ils ont atteint un trop fort degré dans l'échelle de la violence. Les temps ont changé. Il est dépassé.

"On me demande de payer de ma personne pour quelque chose à quoi je ne crois plus comme j'y croyais dans le temps. On me demande d'avoir foi en quelque chose à quoi je n'adhère plusavec la même force qu'autrefois."

J'aime toujours autant cet écrivain: son style particulier, dépouillé, tranchant, lapidaire, qui autorise une lecture rapide et haletante; et ce thème qui revient à chaque fois, sur la nature de l'Homme, sa violence et la dérive de son comportement.

Note: 4.5/5

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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  géromino le Dim 10 Fév 2013 - 11:53

"Suttree" éd Points 2012 620 pages (éd orig. 1979)

Knoxville (Tennessee) années 50. Après quelques mois passés en prison, Suttree regagne son abri: une baraque branlante flottant sur des bidons au bord du fleuve. Les poissons qu'il tire de l'eau lui assurent quelques dollars vite dépensés en sombres beuveries dans les bouges des bas-fonds de la ville. Ses potes vivent là: désoeuvrés, mendiants, ivrognes, prostituées, travestis, indiens, noirs, voleurs sortant de prison ou malfrats sur le point d'y entrer. Une cour des miracles, façon milieu XXe siècle; l'univers de la débrouille et de la survie; de la solidarité aussi, entre gens de peu. Suttree parvient à vivre chichement, avec honnêteté, aidant tant qu'il le peut ses compagnons. Son emprisonnement n'était dû qu'à la malchance: il était au mauvais moment au mauvais endroit, fin soûl de surcroit. Ce n'est pas un mauvais bougre. On ne peut pas en dire autant de son jeune et pervers camarade Harrogate, qui échafaude plans foireux et combines abjectes afin de récolter des dollars.

Suttree, rejeté par sa propre famille, est hanté par son frère jumeau mort-né. L'alcool ne parvient pas à lui faire oublier ce que sa famile a toujours voulu lui cacher. Il trouvera l'amour dans les bras d'une jeune et belle prostituée, mais leur idylle prendra fin dans un accès de folie, renvoyant Suttree à sa condition précaire. Mais les bulldozers ont commencé la destruction des misérables bicoques, ses amis sont morts ou en prison. Plus rien ne le retient ici, alors pourquoi ne pas partir, loin, ailleurs...

Dans une somptueuse écriture aux envolées lyriques éblouissantes, qui s'opposent au laconisme des dialogues sobres et épurés à l'extrème, Mac Carthy dresse une fresque remarquable des faubourgs d'une grande ville américaine. Les exclus, les laissés pour compte de la société y sont mis en scène avec le talent et la verve incomparable et si particulière de l'auteur.

Note: 5/5

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Challenge "Book around the States":  17/50
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Mousseline le Dim 10 Fév 2013 - 16:45

Belle critique, Géronimo

Tiens, je vais choisir un de ses livres pour le challenge. Faut juste que je prenne un break de ce genre.

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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  Pistoufle le Dim 18 Oct 2015 - 9:29

Le Grand passage



Quatrième de couverture : Achever cette louve prisonnière du piège qu'il a posé est au-dessus des forces de Billy. Sa décision est prise : il quittera le ranch familial pour la ramener sur sa terre natale. De l'Arizona au Mexique, la route est longue et périlleuse. Il faut franchir la frontière, le grand passage, et pénétrer dans un monde de hors-la-loi, où la révolution gronde... Le moment est venu de faire face à la sauvagerie des hommes.

Mon avis : une lecture difficile pour moi, car très exigeante. Peu habituée à ce type de roman, j'ai mis du temps à m'immerger dans cette atmosphère (car pour moi McCarthy est un auteur d'"atmosphère") Mais une fois bien installée, je me suis laissée porter par l'écriture, par les descriptions, bref par l'ambiance de ce roman.  Je suis ravie d'avoir persévéré (merci Géromino pour tes encouragements Wink) car j'ai passé finalement un très bon moment. Et mine de rien, plusieurs mois après l'avoir lu, la sensation d'immensité, de solitude, de douleur, me reste encore. En ça, c'est plutôt bon signe. Au delà du roman, j'ai apprécié de sortir de ma "zone de confort" littéraire en m'essayant à autre chose. Je suis ravie de mon expérience.

Ma note : 3,75/5
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

Message  cookie610 le Lun 9 Mai 2016 - 19:48

La route
 
Note : 3.75/5
 
Le résumé a déjà été fait plusieurs fois ci-dessus.
 
Critique : Bilan mitigé pour cette lecture. Les romans d’anticipation, post-apocalyptiques en l’occurrence, à la base, ce n’est déjà pas spécialement ma tasse de thé.  Donc j’ai eu un peu de mal à rentrer dans l’histoire. Le livre donne d’ailleurs assez peu de précisions sur le pourquoi du comment on en est arrivé là où nous en sommes, ce que j’ai trouvé un peu frustrant. Le livre est une succession de courts paragraphes, qui ne font pas plus d’une page en général ce qui fait qu’on avance très rapidement dans la lecture. Les dialogues par contre ne sont pas mis en pages, ça, c’est assez gênant à la lecture. Par ailleurs, je les ai trouvé particulièrement plats et sans intérêt, mais ça doit être fait exprès, pour ajouter à l’ambiance. Sur ce point, l’auteur parvient parfaitement cependant à nous rendre une ambiance angoissante et oppressante. Les thèmes et réflexions qu’il aborde sont très intéressants, tant sur la force de l’instinct de survie, la violence de la nature humaine, les comportements face à des situations extrêmes.  On est forcément touché par l’histoire et par la relation qui unie ce père et ce fils. D’ailleurs, aucune touche d’espoir ne transparait à aucun moment. On referme le livre un peu déprimé, en espérant que ce livre restera de l’anticipation et pas une réalité.
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Re: Cormac MCCARTHY (Etats-Unis)

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