Émile OLLIVIER (Haïti/Canada/Québec)

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Émile OLLIVIER (Haïti/Canada/Québec)

Message  Calepin le Mer 26 Nov 2008 - 22:29

De : Le-réaliste-romantique (Message d'origine) Envoyé : 2005-07-13 08:34


Note biographique
information extraite du site web L'île :

(Port-au-Prince, Haïti, 1940 - 11 novembre 2002 ) Romancier et essayiste, Émile Ollivier vit au Québec où il a émigré en 1965. Il est sociologue et professeur à la faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal. Il a également fait des études de philosophie à l'École Normale Supérieure de Haïti et des études de psychologie en France. Sociologue, il s'intéresse à la formation des adultes, aux phénomènes migratoires et à l'éducation interculturelle.

Le Prix Jacques-Roumain 1985, prix décerné par la revue Étincelle à un écrivain de la diaspora haïtienne, lui a été remis pour son premier roman Mère-Solitude. En 1987, il a reçu le Grand Prix de la prose du Journal de Montréal pour La Discorde au cent voix et, en 1991, le Grand Prix du livre de Montréal pour son roman Passages. En 1996, il a obtenu le Prix Carbet pour Les urnes scellées. En 2000, il a reçu le titre de chevalier de l'Ordre des arts et des lettres de la France, et a été élu membre de l'Académie des lettres du Québec. Il est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Une biographie plus détaillée (et intéressante) se trouve sur ce site
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Re: Émile OLLIVIER (Haïti/Canada/Québec)

Message  Calepin le Mer 26 Nov 2008 - 22:30

De: Polo

Emile Ollivier - Mille Eaux
(Flammarion, 1999, 172 pages)

Dans "Mille Eaux", Émile Ollivier raconte son enfance à l'abri des problèmes pécuniaires. Sa mère, ayant hérité de nombreux domaines, subvenait facilement aux besoins de Milo, son fils unique. D'ailleurs, cette aisance lui attira bien des ennuis. Ce fut "un beau cas de malentendu". Les gens modestes ne le considéraient pas comme l'un des leurs, et les bourgeois non plus, car le manque de talent de sa mère comme gestionnaire l'obligea à vendre ses propriétés l'une après l'autre. Il habita ainsi à plusieurs endroits, s'entraînant de ce fait à émigrer.

Les déménagements engendrent parfois la solitude chez les enfants. La marche suppléa à ce manque de relations comme il l'écrit lui-même: "C'est probablement de ma mère que je tiens cette propension à marcher [...], cet autre versant de la solitude qu'est la marche. Car, marcher, c´est s'entourer de vide, c'est laisser l'esprit en chute libre, c'est bouleverser le sens de l'orientation, changer d'angle, multiplier les points de vue." Grâce à ses randonnées, la flore et les oiseaux de son pays attirèrent son attention.

Cet attrait est une caractéristique des âmes sensibles, comme l'est aussi l'amour des mots qui l'habitait: "J'ai compris très tôt que les mots, gonflés de sève, marchent au-dessus de l'humanité. J'avais au fond découvert que les mots avaient une mission : ils devaient nous apprendre à vivre. Alors, je les pistai, je les traquai, et, sur ce chemin, j'entendis le bruissement des pas d'immenses tribus qui m'avaient précédé et je me réjouissais, en secret, d'avoir cette foule innombrable d'amis." Cette compensation le rendit heureux grâce à la sagesse de sa grand-mère qui l'avait incité à lire.

Il a aussi beaucoup appris en observant les personnages originaux qui vivaient autour de lui. "Sous les tropiques, il n'y a pas que la végétation qui soit exubérante; les êtres le sont aussi." Ainsi Lucette et les hommes qui la fréquentaient, son instituteur, un prêtre admirateur de Staline, tous ont contribué à sa formation. Il avait compris que "c'est une bibliothèque qui brûle" quand quelqu'un meurt. Autant en profiter.

Milo n'est pas non plus indifférent à la vie de son pays. Comme le roman prend fin avec ses treize ans, soit le jour de la mort de Staline, il est en mesure de saisir certaines vérités. Il a compris qu' "à l'Est comme à l'Ouest, la folie des hommes leur commande d'adapter les institutions à la guerre, aux besoins de la guerre, aux exigences de la guerre, aux rigueurs de la guerre." Mais ce qui le fait le plus souffrir, c'est de voir son pays s'enliser: "Le peuple haïtien est passé directement de l'esclavage à l'indépendance. Cet exploit lui a demandé une telle dépense d'énergie, une telle mobilisation de toutes ses ressources vives que, depuis deux siècles, il se repose, épuisé, exsangue." Et si les dirigeants haïtiens admiraient le maître du Kremlin, il faut comprendre qu'ils admiraient en lui l'homme d'action. Mais savaient-ils à l'époque que son succès reposait sur des purges sibériennes?

Ce récit polyphonique très poétique évoque un enfant, à qui les circonstances de la vie ont donné une maturité exceptionnelle. Émile Ollivier étale ses photos jaunies, mais il sait très bien que, "lorsqu'on croit évoquer le passé, il n'y a qu'un pour cent de véritable évocation: le reste n'étant que fantaisie." Peu importe si c'est plus ou moins autobiographique. Cette oeuvre suit le cheminement qui en fit un homme heureux.

Note : 4/5
(Polo)


De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 2005-07-13 08:37

La Brûlerie
Émile Ollivier
Boréal 2004

Roman posthume de cet auteur québécois qui a quitté Haïti en 1964. Le narrateur raconte principalement l'histoire d'un de ses amis, Virgile, un homme déraciné. Mais cette histoire est aussi un prétexte pour dépeindre le palpitant quartier Côte-des-Neige de Montréal.

Le livre jette un regard sur l'errance éternelle des émigrants déracinés, errance géographique ou encore mentale. Le vécu, très différent, de chacun des membres du "Ministère de la Parole" (un groupe qui se rencontre à la Brûlerie pour refaire le monde, principalement des immigrants haïtiens) est parfois raconté, parfois seulement esquissé. Chacun s'adapte (ou non) à sa manière à son milieu.

Le thème abordé est intéressant, il m'a rappelé certains livres de Dany Laferrière ou de Sergio Kokis. Toutefois, l'histoire de Virgile ne me passionnait pas toujours. Néanmois, je recommande ce livre pour l'ambiance dépeinte par la plume d'Émile Ollivier. C'est ce qui m'a touché lors de cette lecture; on sent très bien l'atmosphère de ce quartier, dont le haut avec ses librairies et ses étudiants, ainsi que le bas avec sa population cosmopolite mais aussi sa pauvreté. La description du ciel et des saisons nous transporte littéralement sur le versant nord du Mont-Royal, que ce soit par le vert tendre des bourgeons éclatés, une chaude pluie estivale ou la course des nuages de la fin de l'été.

À une certaine époque, j'ai vécu dans ce quartier et j'en garde de merveilleux souvenirs. J'y retourne encore souvent lors de mes visites à Montréal. Ce livre m'a toutefois permis d'y revivre quelques temps tout en demeurant dans mon salon.

Note : 4,25/5
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