Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

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Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Calepin le Mer 26 Nov 2008 - 21:06

De : Flo7717 (Message d'origine) Envoyé : 2005-03-13 10:24

Note biographique
Née dans une famille de neuf enfants, Nuala O'Faolain (1940-) suit des études de Lettres à Dublin et Oxford où elle obtient un diplôme de littérature médiévale. Elle fait ses débuts à la télévision, puis devient journaliste et chroniqueuse à l'Irish Times. C'est son roman, 'On s'est déjà vu quelque part' qui lance sa carrière en tant qu'écrivain. Cet écrit autobiographique, devait être à l'origine une simple préface à l'édition de ses chroniques dans le 'Irish Times'. Ce premier livre, par son succès et le phénomène d'identification qu'il a suscité auprès de toute une génération de femmes, a changé sa vie. Elle se consacre désormais à l'écriture et vit aux Etats-Unis. [EVENE]



Chimères
Sabine Wespieser Editions, 727 pages

C’est une critique qui m’aura fait suer et qui n’en demeurera pas moins très médiocre mais impossible de ne pas vous faire partager cette lecture qui m’a tant remuée. Pourquoi est-il difficile de parler de ce livre ? Parce qu’il m’a tellement plu que je n’arrive pas à mettre des mots sur mes émotions, mon ressenti, mes réflexions et parce que c’est un livre qui parle à l’âme. Essayons quand même …

Quand elle s'empare du destin de Kathleen de Burca, rentrée en Irlande pour enquêter sur une affaire d'adultère survenue au XIXe siècle, Nuala O’Faolain fait resurgir de sa conscience d'Irlandaise opprimée des tragédies intimes ou historiques, en même temps qu'elle évoque les questions lancinantes de l'exil, de la solitude, de la sexualité et des chimères de l'amour. Parce que la passion est la grande affaire de sa vie, Kathleen veut écrire sur le scandale que suscita, peu après la grande famine, la liaison entre une aristocrate anglaise et son palefrenier irlandais. Mais ses recherches la confrontent insidieusement à son propre passé : dans un va-et-vient entre l'Irlande de 1850 et celle de son enfance, elle met en lumière les fatalités de l'histoire, bien loin de découvrir les recettes de cet amour romantique.

Ce livre est une symphonie : mélodieux, avec des phrases musicales qui se croisent, se répondent, avec des mouvements complémentaires, du plus contemplatif au plus passionné. L’auteur, chef d’orchestre de talent, possède un sens de la mise en scène évident. Elle entraîne le lecteur dans la vie de Kathleen De Burca (son double ?), héroïne particulièrement réussie, pour laquelle il est difficile de ne pas ressentir d’empathie, notamment pour une lectrice (je pense que ce roman ne plaira pas autant à un homme qu’à une femme, de part les thèmes qu’il aborde et l’optique dans laquelle il les traite, bien que l’on ne puisse parler d’a priori féminin de l’auteur). L’auteur campe un personnage qui semble réel car pétri de contradictions, de défauts, de doutes : un miroir pour le lecteur, quel que soit son propre vécu. Ce roman a de multiples facettes, représentées notamment par les nombreux questionnements de Kathleen à un tournant de sa vie : d’où viens-je ? Où vais-je ? Ai-je eu raison d’agir ainsi ? etc. et l’on se sent solidaire de cette femme si épicurienne qui s’angoisse de n’être peut-être plus jamais aimée. De même, le retour sur son passé, sur l’histoire familiale est particulièrement émouvant. Nuala O’Faolain a une très belle plume, souvent discrète et simplement au service de l’histoire, mais aussi parfois plus en avant lors de passages par exemple descriptifs (ses peintures de paysages irlandais ou de petites scènes sans paroles m’ont ravie, ce qui en général m’ennuie). L’auteur fait preuve d’un talent remarquable ; elle aborde des thèmes variés, se fait succéder des scènes diverses passées, présentes, des actions et des réflexions, le tout de façon harmonieuse, alternant mélancolie, humour et dérision et sans jamais lasser (sur 700 pages, c’est une gageure !). On plonge littéralement au cœur de l’Irlande et de la vie de cette femme libre et sensible. Au détour de phrases, a priori banales, je restais songeuse et bouleversée par cette faculté de toucher à l’essentiel en un coup de plume. Une très belle rencontre littéraire et un livre qui me hante. Merci Madame O’Faolain pour tout ce que vous m’avez apporté ! A déguster sans modération … (désolée d'avoir fait aussi long mais je n'arrivais pas à résumer mon ressenti)

Note : 5/5



De : Chantal5500 Envoyé : 2005-03-22 13:33

CHIMERES
Editions France Loisirs, 600 p.

Suite au décès d'un ami très proche, Kathleen, femme d'environ cinquante ans, décide de faire un break dans sa vie professionnelle de journaliste-reporter de voyages, et de rentrer en Irlande, son pays natal qu'elle avait quitté à 19 ans pour fuir sa famille. Elle aimerait écrire un livre sur un drame passionnel survenu dans les années 1850 au moment de la grande famine et de l'émigration irlandaise....

Voilà un livre qui nous raconte à la fois l'Histoire de l'Irlande, et l'histoire d'une femme lucide et volontaire qui veut faire un bilan, et affronter ses démons pour pouvoir s'en débarrasser et vivre autrement et pleinement. Deux histoires de femmes se chevauchent, celle de Marianne et celle de Kathleen, et cette dernière cherche des réponses personnelles à sa vie, en cherchant à comprendre la première.
L'écriture est limpide, élégante, pleine d'humanité. Les descriptions des paysages sont tellement "naturelles" (on s'y croirait), la psychologie féminine est traitée avec vérité et profondeur. D'ailleurs, tous les personnages du livre (et ils sont assez nombreux) sont présentés avec profondeur, humanité.. C'est dense, on ne s'ennuie à aucun moment : on est triste, on est attendri, on rit, on pleure, on est inquiet, on vit avec les personnages, on est à côté d'eux à partager leurs moments de vie. Il n'y a pas de chronologie, mais cela ne fait que relancer l'intérêt, et permet de comprendre l'imbrication de tous les faits, tous les sentiments, toutes les réactions...
Un roman "plein", "rond" dans lequel j'ai plongé et je me suis immergée. Je me suis beaucoup identifiée à l'héroïne. Ce livre est génial Et Nuala O' Faolain a un sacré talent ! Et maintenant, qu'est ce que j'ai envie d'aller en Irlande !!!!

Note : 5/5



De : Flo7717 Envoyé : 2005-04-15 08:39

On s’est déjà vu quelque part ?
Sous-titre : Les mémoires accidentels d’une femme de Dublin
10-18 / 314 pages

Pour qui s’intéresse à l’Irlande, à l’évolution de la société au XXème, ce récit est intéressant. Cela d’autant plus que l’auteur fréquenta le milieu littéraire très tôt. Toutefois, après la lecture de son roman Chimères, j’ai eu l’impression d’une redite, tant il semble qu’elle ait mis beaucoup d’elle dans le roman. Aussi me suis-je souvent ennuyée. Il m’a semblé que l’auteur n’avait pas toujours su éviter un des travers de l’autobiographie : le règlement de compte et les remarques un peu perverses. Enfin, j’aurais apprécié que l’auteur s’expose un peu plus.

En revanche, la dernière partie qui traite de l’après-publication m’a beaucoup touchée. O’Faolain revient sur ses sentiments envers ses parents de façon plus émotionnelle. Le manque d’amour parental dont elle et ses frères et sœurs ont souffert l’a rend plus accessible, moins sûre d’elle. La carapace qu’elle s’est construite commence à se fissurer pour nous laisser apercevoir ses sentiments.

Note : 3.5/5



De : Flo7717 Envoyé : 2005-07-18 06:04

J’y suis presque
Sabine Wespieser / 296 pages

Dans ce second volume de Mémoires, l’auteur évoque les retombées du premier volet (On s’est déjà vu quelquepart - voir critique ci-dessus), poursuit la réflexion sur sa vie et raconte l’histoire de son roman Chimères.

On retrouve dans cette suite, un écrivain apaisé. La publication du premier tome s’était faite sans arrière-pensées. Son succès étonna O’Faolain et lui fit prendre du recul. La promotion du livre la conduisit aux Etats-Unis où elle décida de s’installer. C’est là-bas qu’elle travailla à son nouveau roman, pressée par des relations ; en effet, en tant que journaliste, elle n’était pas habituée à écrire de la fiction et ne s’en croyait pas capable. Le chapitre " Réponses ", qui évoque plus particulièrement Chimères, m’a beaucoup plu, de même que le dernier tiers du livre, fluide et profond.

Ce livre m’a démontré que le style d’O’Faolain me séduit définitivement et que je pourrais tout lire d’elle les yeux fermés. Sa plume est un mélange de banalité et d’élégance, de froideur et de sensibilité qui nécessite d’être apprivoisé. Ce récit est très touchant et il a une portée universelle. A lire ! (mais, surtout, après les deux autres titres cités précédemment).

Note : 4.75/5



De : Papiillon_vole Envoyé : 2006-01-08 11:11

On s’est déjà vu quelque part ? de Nuala O’Faolain
10/18 – 2002 – 313 pages.

Autobiographie.
Nuala O’Faolain vit à Dublin, elle est productrice de télévision, journaliste et écrivain. Elle a longtemps écrit des chroniques pour l’Irish Times. C’est à l’occasion de la publication de ces chroniques sous formes de livre, que son éditeur lui a demandé d’écrire une introduction. C’est ainsi que sont nées ces mémoires.

Nuala O’Faolain est née à Dublin pendant la seconde guerre mondiale. Elle a grandi dans une Irlande où la vie était strictement cadrée par l’église catholique. Sa famille était vaguement bohême : un père journaliste, séducteur, volage, toujours absent, peu préoccupé de sa famille ; une mère très amoureuse, toujours enceinte, incapable d’assumer tous ses enfants (quatorze grossesses, neuf enfants), ne tardant pas à sombrer dans l’alcoolisme pour surmonter l’absence de son mari.

De ses parents, Nuala O’Faolain dit qu’elle n’a rien eu, faisant référence à la tendresse, à l’amour et à un certain sentiment de sécurité. Pourtant de sa mère, elle tient l’amour des livres et la littérature a toujours eu rôle important dans sa vie ; et de son père elle a hérité un certain talent pour écrire. Mais son enfance a été marquée de façon obsédante par le manque d’argent et les disputes de ses parents. A l’adolescence, c’est l’obsession du sexe qui la ronge, ce qui lui vaut d’être envoyée en pension chez les sœurs pour lui éviter « de faire des bêtises ». Avec du recul, elle raconte que ce fut la première chance de sa vie, même si ce furent des années difficiles.

La chance qu’elle a eu finalement, c’est d’échapper au destin qui était prévu pour elle : le mariage, un tas d’enfants, une vie domestique sans ouverture sur le monde autre que la messe du dimanche. Au lieu de quoi, elle a fait des études universitaires et fréquenté les milieux littéraires et artistiques des années 70 et 80. Elle a eu des tas d’amis, d’amants et un métier passionnant qui lui a permis de rencontrer des centaines de gens différents et de voyager partout dans le monde.

J’ai trouvé ce livre assez mal écrit, brouillon et fouillis. On dirait qu’il a été écrit d’une traite, sans relecture. Les différentes époques se mélangent souvent. Nuala O’Faolain a fréquenté les milieux littéraires de Dublin et de Londres et cite un tas de noms d’écrivains et d’artistes qui me sont totalement inconnus, ce qui rend la lecture parfois fastidieuse. Elle a eu beaucoup d’amis et raconte beaucoup d’anecdotes, dans lesquelles je me suis souvent perdue. Mais toutes ces réserves étant faites, ce livre reste un témoignage passionnant, et souvent poignant, sur la vie dans l’Irlande de la seconde moitié du vingtième siècle.

La vie dans cette Irlande est un prison dont seule l’Eglise catholique détient la clé. Le mariage est l’unique destin, pour les hommes comme pour les femmes, il n’existe aucune contraception, et tout ce qui touche à la sexualité représente un tabou énorme. Une grande partie de la population irlandaise est confinée dans une ignorance du monde, soigneusement entretenue par les autorités politiques et religieuses. Les femmes sont convaincues que l’amour est leur avenir, que leur bonheur personnel ne peut venir que d’un homme, et se précipitent donc tête baissée dans le piège du mariage, qui fait justement leur perte. La seule fuite possible, elles la trouvent dans les pubs et l’alcool. On comprend, dès lors, quelle libération ont apporté les années 70 dans une telle société.

Extraits :
« La seule chose que je ne lis pas beaucoup, maintenant que le temps est si précieux, ce sont les auteurs moyens – comme Kundera ou Paul Auster. Des auteurs qui placent la barre au milieu. »

« Nous lisions les mêmes livres de poche en même temps, moi en me dépêchant pour arracher les pages une à une après les avoir finies afin de les lui donner. »

Ma note : 3,5 / 5
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Calepin le Mer 26 Nov 2008 - 21:11

De : Sahkti1 Envoyé : 2006-01-19 08:47

J'y suis presque, le parcours inachevé d'une femme de Dublin

J'y suis presque... Oui, mais presque où? Presque nulle part, pratiquement partout, constamment en quête de soi-même, de l'amour, des autres et puis, surtout, en quête d'une compréhension de la vie et du temps qu'on ne cherche plus vraiment à attraper. Nuala O'Faolain se raconte avec beaucoup d'intimité et une certaine impudeur dans ce récit autobiographique. Est-ce que cela lui a demandé du courage ? Peut-être, sans doute... toujours est-il qu'elle fait cela avec un naturel séduisant, qu'elle ne se regarde pas le nombril mais reconnaît volontiers que certains jours elle s'aime bien, au point de s'éloigner des autres.

C'est un récit assez dense dans lequel elle narre son parcours d'écrivain flirtant peu à peu avec le succès, mais aussi avec les hommes et avec la vie, le désespoir, les chagrins, l'alcool, un chien, l'Irlande des grands espaces et de l'enfermement, le Manhattan des découvertes et de la liberté. Beaucoup de dynamisme dans toutes ces lignes, pas mal de plaies ouvertes également. Comme les liens familiaux qui se tissent avec fragilité et peuvent faire souffrir, comme ce travail d'écrire sur soi en y impliquant forcément les autres tout en tentant de les blesser le moins possible (utopique !). Oui, il y a de l'impudeur, du courage, du don de soi, une certaine forme de vanité mêlée à de l'abnégation (pas facile de présenter ses plus mauvais jours et ses travers).

Nuala O'Faolain parle également de son écriture, de la genèse de ses romans, du processus d'accouchement de ses textes, pas spécialement douloureux mais à chaque fois, c'est un morceau de soi qu'on détache. Il y a ainsi une très jolie phrase au sujet de "Chimères": "Il y a des êtres aimés que nous ne faisons que rêver. Ils ne sont pas de vraies personnes pour nous; ils sont l'incarnation d'un rêve. Nous déployons nos manques et nos besoins au-dessus d'eux, et pendant que nous rêvons, nous croyons qu'ils peuvent remplir le puits sans fond où le manque et le besoin sont infiniment renouvelés." (p.105) Une lecture qui, assurément, permet de (re)lire différemment l'oeuvre de l'auteur irlandaise, transpirant un certain mal-être mais aussi une immense joie de vivre. Paradoxal ? Comme elle. Aucun doute !

Ma note: 3,5/5



De : Sahkti1 Envoyé : 2006-10-11 15:01

L'histoire de Chicago May
Editions Sabine Wespieser

Chicago May... Une jeune femme irlandaise fauchée et paumée, qui quitte son île natale. Destination New York. C'est la démesure totale. Déjà rien qu'à bord du bateau l'emportant vers ce qu'elle espère être un Eldorado. Chicago May, c'est May Duignan, personnage réel fuyant Edenmore en 1890 à cause d'un vol et de la misère pour se réfugier dans Big Apple. Arrivée sur place, elle se transforme en criminelle professionnelle, mais aussi en fille de joie et en danseuse. Chicago May, c'est un personnage aux mille facettes, assez attachante, capable de se faire aimer et détester à la fois. Elle a rédigé ses mémoires en 1928, un an avant sa mort, sous le pseudo de Mary Churchill Sharpe, un de ses noms d'emprunt. Des mémoires qui ont bien inspiré Nuala O'Faolain, une autre irlandaise exilée en terre américaine. La biographie est soignée, détaillée, emplie d'affection et de respect. L'auteur s'est documentée sur son sujet et petit à petit, l'empathie a gagné du terrain, ça se lit, ça se sent.

Chicago May a parcouru une partie de l'Europe et des Etats-Unis, Nuala O'Faolain nous invite sur ses traces. On refait le voyage, on tente de timides incursions dans la tête de la fougueuse mercenaire, on côtoie la prison, les maisons closes, les ruelles sordides, les bras aimants et les soirées de fête. A l'aide de nombreuses recherches (un formidable travail!), l'auteur rend vie à May Duignan. Avec beaucoup de sensibilité et sans jamais porter de jugement sur sa personne ou ses actes. Ajoutons à cela le plaisir de lire quelques témoignages personnels de Nuala O'Faolain sur le travail fourni, sur ses impressions, sur la prison ou les maisons de plaisir et tout y est (même si je déplore un peu que ces appartés de l'auteur brisent le rythme des aventures de son héroïne). Pour faire de cet ouvrage une biographie ouverte et humaine, des lignes vivantes, non figées. Ce qui est toujours bienvenu dans un tel domaine.



De : zeta-b Envoyé : 2006-11-15 06:53

Chimères

J'ai beaucoup aimé ce livre, sa construction avec l'alternance entre l'histoire de Kathleen, au passé et au présent, et celle du couple TALBOT. J'ai aimé le style de l'auteur qui approfondit si bien les sentiments féminins, qui nous transporte littéralement en Irlande avec des descriptions vivantes et colorées de ce pays. Cette héroïne qui a un âge certain nous émeut et nous amuse avec ses liaisons sentimentales ratées et son besoin d'amour et de reconnaissance. Elle est si typiquement de son époque(d'une époque qui est aussi la mienne et dont le peux comprendre le poids), à cheval entre l'ancienne dépendance féminine et la libération féministe, tiraillée entre ses désirs et ses raisons. Elle se rémémore son histoire et on découvre ce qu'elle a vécu, ce qui la faite telle qu'elle est, et l'on devine qu'elle ne s'est pas assez aimée pour construire son bonheur. Malgré tous ses déboires, malgré qu'elle ait ratée une grande partie de son existence, elle sait aussi, et c'est prodigieux, vouloir tout recommencer avec foi et ardeur. Donc un livre que je recommande.

Note : 4,5 /5



De : Sahkti1 Envoyé : 2007-08-29 09:01

Chimères

"Chimères" est un passage incessant entre passé et présent. Kathleen de Burca pensait sans doute qu'elle pouvait facilement changer de vie, oublier (ou faire semblant) le passé et trouver le bonheur, d'une manière ou d'une autre. C'était sans compter sur le décès de son meilleur ami. Elle qui pensait avoir quitté l'Irlande pour toujours la retrouve après trente années d'absence. Jusqu'à présent, elle avait toujours enfoui au plus profond tout besoin de rentrer au bercail. Or celui-ci se fait sentir, ce qui a le don de profondément agacer Kathleen. Elle s'énerve contre l'Irlande et ce qui la compose, mais en réalité, c'est contre elle que la colère se dirige. "On finit par être un peu écoeuré par ces Irlandais qui ressassent leurs propres malheurs." Elle qui ne se reconnaît plus vraiment, qui se sent en Irlande comme chez elle. Son travail n'avance pas vraiment, elle se heurte à pas mal de difficultés, mais elle retrouve son identité, c'est sans doute ça le plus important. Cependant, Kathleen n'a pas dit son dernier mot. Pas question pour elle d'abandonner Marianne Talbot, elle poursuit ses recherches, ce qui lui vaut pas mal de surprises.

Le passé et le présent se mélangent admirablement sous la plume de Nuala O'Faolain, elle déploie humour et ironie, sans parler de l'attachement qu'elle ressent pour ce pays qui est le sien, avec des facettes multiples et ses contradictions qu'elle tente de restituer avec de beaux mots. Un langage qui n'empêche cependant par, par moments, de ressentir certaines longueurs, certaines lenteurs, à l'image du parcours de Kathleen qu'on suit à la trace, qu'on regarde évoluer, glissant nos pas dans son sillage. Ces longueurs qui peuvent encombrer le récit ne le dénaturent pas pour autant, l'ironie et la tendresse effaçant rapidement ces légers désagréments.

Note : 4,5/5



De : odilette84 Envoyé : 2008-03-26 11:02

L’histoire de Chicago May

Ce livre est avant tout une biographie, celle d’une femme qui vécut au début du siècle dernier … Chicago May quitte son Irlande natale pour échapper à la fatalité de la triste vie des Irlandais dans les années 1890. Elle émigre aux Etats Unis où souffle un vent de liberté pour tous ceux qui veulent se construire une nouvelle vie. Malheureusement quand on est une femme sans argent, la vie n’est pas simple à cette époque et notre héroïne tombe bien vite dans la prostitution et le vol. Connue dans tous les Etats Unis pour ses méfaits, Chicago May sillonne le monde et finira seule et malade. C’est un destin à la fois banal et atypique que celui de cette femme sans foi ni loi. On découvre dans le livre la terrible condition des femmes à cette époque là en Amérique. Condamnées à se vendre pour survivre, ou à subir grossesse sur grossesse... L’auteur émaille son récit de nombreux documents, lettres et photos qui authentifient l’histoire. Cette biographie est particulière car l’auteur est partie pour l’écrire des mémoires de Chicago May, elle cite donc de nombreux extraits.

Toutefois, elle ne se contente pas de raconter son personnage. Elle y mèle des réflexions sur sa propre vie, (Irlandaise émigrée elle aussi) et sur la manière de conduite une biographie. Quelle sont les relations de l’auteur à son personnage ? Pourquoi écrit-on ses souvenirs ?
On s’aperçoit bien vite qu’à travers son ouvrage Nuala O’Faolain est à la recherche d’elle-même et de sa propre histoire. Intéressant.

Note : 3,5/5



De : s-lewerentz Envoyé : 2008-10-14 03:05

J’y suis presque

Une chronique autobiographique dans laquelle l’auteur parle de son travail d’écrivain, de ses relations amoureuses, amicales et familiales et de l’influence de celles-ci dans ses livres, de son passé, mais aussi de son rapport très fort à l’Irlande avec coupures par des séjours aux Etats-Unis (notamment pour enseigner à l’université de NY). Elle évoque le succès de ses mémoires (On s’est déjà vu quelque part ?) et du flot de courrier de lecteurs admiratifs et touchés que ce livre lui a valu.

Parfois drôle, parfois jalouse, parfois modeste, le ton oscille entre le féroce et l’humour. J’ai aimé mais au final, je ne sais pas trop ce que tout ceci m’a apporté. C’est court et pourtant, dans les cinquante dernières pages, je n’ai pu m’empêcher de trouver un peu le temps long. Je recommanderais plutôt "Chimères".

Note : 3/5
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Best Love Rosie

Message  zeta le Ven 2 Jan 2009 - 10:48

Best Rove Rosie– 5/5 - éditeur : Sabine Wespieser.

Rosie Barry, de Dublin a été élevée par la sœur de sa mère, celle-ci étant morte à sa naissance. Entre la petite fille et sa tante pas de gestes exubérants de tendresse, mais une présence constante. Min après tout n’avait que 15 ans quand elle est venue prendre en charge sa nièce et s’occuper du ménage de son beau-frère, renonçant à ses rêves, veillant avec courage sur le veuf quand il est à son tour tombé malade, l’accompagnant jusque dans ses derniers instants, restant avec Rosie adolescente, la sauvegardant du statut d’orpheline. Rosie a grandi, elle a quitté l’Irlande, partageant son temps dans les différents pays du monde, s’enrichissant de ses multiples découvertes, nomade par choix et inconstante dans ses amours par fatalité, revenant rarement dans son pays natal.

Rosie a maintenant 55 ans, est engluée dans une liaison finissante, parfois elle songe à sa ville natale. Min ne va pas bien, elle passe ses journées au pub quand elle parvient à sortir de son lit, et tombe dans la dépression. C’est l’occasion pour Rosie de rentrer en Irlande de renouer avec celle qui lui a servi de mère, de retrouver ses amis de jeunesse, de se sédentariser puisque la vieillesse la rattrape, entraînant à sa suite un cortège de renoncements, de déchirements.

Mais Min parvient à surprendre sa nièce, à bouleverser ses espoirs de retrouvailles "mère-fille".

Je n’en dirai pas plus de l’histoire (c’est moins que ce que révèle la quatrième de couverture).

Même si le suspens n’est absolument pas le ressort principal de ce roman, un peu de surprise ne nuit pas.

J’ai adoré ce livre. Il me semble qu’il a été écrit par une âme-sœur, une vielle amie à qui l’on peut tout dire, qui nous connaît par cœur, qui ne s’effraie pas de nos éventuelles mauvaises pensées, de nos errements parce qu’elle a connu les mêmes et qu'elle sait nous envelopper de son indulgence.

Si je devais retranscrire tous les passages qui m’ont émue, amusée, fait tressaillir par leur justesse, leur acuité de réflexion, je n’en finirais pas.

Le thème principal c’est la vieillesse bien sûr et la solitude qui souvent l’accompagne, mais ce n’est pas désespérant, c’est juste nostalgique, attendrissant, attachant. Quand Rosie a l’idée quelque peu saugrenue de rédiger un manuel de conseils pour les plus de cinquante ans, alors qu’elle-même ne renonce pas sans batailler aux agréments de la conquérante jeunesse, c’est l’occasion de phrases magnifiques et drôles sur ce qu’est la deuxième partie de la vie.

Oui, vieillir c’est difficile, n’en déplaise à ses jeunes actrices qui proclament dès la moitié de leur trentaine, qu’elles adorent avancer en âge, qu’elles se sentent plus belles et intéressantes qu’à vingt ans ; je leur conseille d’attendre quelques années, une petite vingtaine, sans avoir recours à la chirurgie esthétique, et on en reparlera.

Nuala O’Faolain le dit si bien avec ses mots : cette invisibilité de la femme vieillissante, cette perception dévastatrice qu’il faut abandonner ce sur quoi notre vie était fondée, féminité, maternité.

Et malgré tout, ces renoncements, ces déchirements génèrent à leur tour une certaine sérénité, et dans les conseils du manuel de Rosie on peut trouver matière à la reconstruction d’un autre bonheur.

Et surtout il y a Min, la tante de Rosie, qui, par ce qu’elle vit, est un désaveu éclatant que la vieillesse est la fin de tout.

Il y a dans ce livre enfin, pour me plaire encore plus, la présence discrète mais rayonnante des animaux de compagnie et voilà ce qu’en dit Rosie :

« Peut-être n’y a-t-il personne pour rendre son amour à votre cœur aimant. Ou peut être votre cœur lui-même est-il devenu, au fil du temps, moins confiant et expansif qu’autrefois.

Mais on oublie combien aimer est difficile en admirant les animaux, en leur souriant, en louant l’inventivité de la nature pour des couleurs si riches, des robes si soyeuses, des fourrures si douces, des yeux si luisants, des mouvements si gracieux, des élans si spontanés, un instinct si sûr, une telle richesse de personnalité. D’emblée on aime les animaux tels qu’ils sont, sans songer à vouloir les changer.

Sentez votre cœur s’ouvrir lorsqu’un être sans défense remet son sort entre vos mains – qu’il soit chat, chien, perroquet, tortue ou vieux cheval. Un amour nait alors, si désintéressé, si attentif à l’altérité de l’autre, que celui des hommes peut nous sembler grossier en comparaison.

Les animaux sont un don de la création à l’être humain. »

Les quelques heures passées en compagnie de Rosie et de sa tribu d’amis et parents ne sont pas du temps perdu, quelque soit son âge on peut en tirer partie pour sourire à la merveilleuse et éphémère beauté de l’existence.

Et j’aurais presque envie de faire et dire comme Bernard Pivot : «"si ce roman ne vous plait pas, je vous le rembourse". (j'ai dit presque....)


Dernière édition par zeta le Lun 19 Avr 2010 - 10:06, édité 1 fois
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lyreek le Ven 2 Jan 2009 - 12:18

Quelle magnifique critique, zeta!
Tu m'as convaincue, je le rajoute illico à ma LAL Smile
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Ven 2 Jan 2009 - 13:19

Merci bien Lyreek, cela me fait plaisir. Il y a des livres que l'on aime tant que l'on a pas envie de louper leurs critiques.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Clochette le Dim 4 Jan 2009 - 13:59

C'est une vraie catastrophe avec moi tes critiques Zeta ! Heureusement que la médiathèque est là, sinon ma carte bleue crierait au secours. J'adore tes critiques Zeta !
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Dim 4 Jan 2009 - 14:46

Pardon Clochette de te tenter ainsi, mais tu dois pouvoir le trouver à ta bibliothèque, il est trop chouette ce livre study . Et comme ça on pourra en parler.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  mieldorado le Jeu 15 Jan 2009 - 19:26

Très belle critique, qui donne forcément envie de se procurer le livre au plus vite. C'est le genre d'histoire que j'adore lire. Merci de nous l'avoir fait si bien partager le temps d'une critique !
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Ven 16 Jan 2009 - 10:01

Lyreek, Clochette, Mieldorado : j'espère que, si vous lisez ce livre, vous ne serez pas déçues. Vous êtes toutes trois très jeunes et peut-être serez vous moins concernées par ce que ressent l'héroïne, assez proche de mes propres préoccupations wink. Mais je vous souhaite quand même beaucoup de plaisir grâce à cette histoire. Merci pour vos gentillesses.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Clochette le Ven 16 Jan 2009 - 16:18

Zeta, j'en termine avec mon polar moyennageux et c'est ma prochaine lecture ! J'aime beaucoup l'éditeur mais j'appréhende un peu l'histoire affraid. Tu as mis la pression trop élevée !!!!
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Ven 16 Jan 2009 - 16:35

Point positif pour toi Clochette cela se passe en Irlande et il y a de belles, mais pas trop longues, descriptions des paysages irlandais, l'auteur parle beaucoup aussi de la vie "à l'irlandaise" : des pubs, des relations de voisinage. Pour le reste, je trouve qu'on ne s'ennuit pas, c'est vivant, coloré, mais si cela ne te plait pas tu le mets de côté une bonne longue vingtaine d'année et tu le reprends à un âge qui te permettra de pouvoir t'identifier à l'héroïne Wink .
Et s'il te plait moyen ou pas du tout, nous aurons de quoi comparer nos points de vue.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Clochette le Mer 28 Jan 2009 - 18:32

"Best Love Rosie" Nuala O'Faolain
Editions Sabine Wespieser

L'histoire :
Rosaleen Barry, la cinquantaine bien entamée, a toujours fui son pays natal l'Irlande et a voyagé à travers le monde grâce aux divers métiers qu'elle a exercés. Elle profite d'une relation amoureuse qui arrive à sa fin pour retourner au pays s'occuper de sa tante alcoolique, et qui "perd un peu les pédales".
Rosie a en effet perdu sa mère à sa naissance et sa tante Min a laissé sa vie de côté pour s'occuper de sa nièce, et lui tenir lieu de mère.
Revenue donc au bercail, près de ses amies d'enfance, Rosie doit affronter la solitude, les souvenirs qui remontent...Alors qu'elle sohaite s'échapper de ces journées moroses, elle décide d'écrire un livre sur le développement personnel pour les plus de 50 ans, et ce, par le biais de petites pensées positives.
Pour faire éditer "ses pensées" elle part à New-York retrouver un ami d'enfance (et dont elle a été eperduément amoureuse!) et va donc ainsi se frottera aux dures lois du marketing. (entre autres)
Quelle ne sera pas sa surprise quand Min, qui se sent délaissée en Irlande, la rejoint et décide de "vivre enfin sa vie".
Rosie retourne de nouveau seule en Irlande. Pour mieux accepter cette "abandon", Rosie choisit de se cacher dans la maison familiale, délaissée depuis la seconde guerre mondiale, et tenter d'y retrouver ses racines, et tenter de trouver des réponses en elle-même.

Mon avis :
Je ne pense pas pouvoir faire mieux que Zeta qui en vraiment fait une critique superbe ; j'ai donc également beaucoup aimé ce roman.
C'est vrai que le thème principal en est la vieillesse mais ce que j'en ai retenu, c'est également l'acceptation de soi. C'est peut-être encore plus d'actualité quand on vieillit mais je trouve que c'est un sujet qui touche tous les âges (en tout cas moi il me concerne !). Et Rosie a du mal à s'accepter, son corps qui vieillit, ses bouffées de chaleur, les hommes qui ne la remarquent plus tout de suite, mais qu'elle est touchante avec ses doutes, ses joies et ses peines, et que l'on suit avec beaucoup de plaisir.
J'ai également beaucoup aimé les personnages "secondaires", la tante "Min" qui décide de s'offrir une seconde jeunesse à travers les Etats-Unis, le toujours serviable Andy, la copine Peg lâchement abandonnée par son mari pour une jeunette, Markey, l'amour d'enfance, qui finalement aime les hommes...
Bref, un vrai bonheur que ce livre que j'ai assimilé à un bonbon sucré et que j'ai adoré lire sous la couette...
Ma note : 5/5
Clochette.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Ven 30 Jan 2009 - 12:38

Clochette bravo
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l'histoire de Chicago May - 10/18 domaine étranger - 3,8/5

Message  zeta le Mar 10 Fév 2009 - 15:52

Un jour, en Irlande, Nuala O'Faolain entend parler d'une femme qui a fuit son pays et est devenue une criminelle célèbre aux Etats Unis. Un historien de la région natale de la jeune femme a écrit son histoire, et May, elle-même, a publié son autobiographie dans les années 1920. L'auteur veut en savoir plus, elle va visiter la maison où May a grandit, lit le récit de l'historien et part en Amérique pour découvrir ce que May a écrit sur sa vie, dans une bibliothèque où un exemplaire de ce livre est conservé
Avec toutes ces données Nuala O'Faolain reprend l'histoire complète de la vie de May, son récit est entrecoupé de considérations sociologique sur l'émigration irlandaise, sur la condition féminine à la fin du 19e siècle, sur la précarité de l'existence des prostituées, et quelquefois aussi sur ce qui l'a poussé, dans sa propre expérience, à entreprendre cette histoire.
A bien y réfléchir, je ne sais pas si Chicago May méritait un tel intérêt, cette femme qui a fuit l'Irlande en emportant avec elle les économies de sa famille, somme substantielle qui aurait pu lui permettre de s'installer honorablement où elle le voulait, qui, par insouciance, par défi ou peut-être simplement par bêtise, a accumulé les fiascos, les expériences suicidaires, les coups du sort et les actions répréhensibles, n'est pas, à priori, très sympathique. Mais malgré tout, Nuala O'Faolain rend cette histoire passionnante par toutes les dimensions supplémentaires qu'elle lui apporte.
Tentant avec constance de rester au plus près de la vérité, limitant au maximum les interprétations, au besoin en édulquorant ce que May par bravache a rajouté de romanesque dans sa propre histoire, l'auteur fait un récit fortement bridé par cette contrainte. On a parfois envie qu'elle se lâche et qu'elle écrive plutôt un roman flamboyant dont elle a le secret, qui nous permettrait de mieux apprécier ce que cette tête brûlée de May faisait de sa vie. On a envie que ses histoires d'amour lamentables soient transfigurées, et l'on peut regretter que Nuala O'Faolain n'y ajoute pas une touche de romantisme.
Mais cela n'est qu'une petite réserve. Nuala O'Faolain a sans doute besoin de coller au plus près de la réalité pour démontrer que l'existence de Chicago May n'avait rien d'une partie de plaisir, comme celle de toute femme qui rejetait les conventions, le style de vie traditionnel, la morale populaire. Chicago May paiera très cher ses choix et ses erreurs. Nuala O'Faolain cerne parfaitement le personnage quand elle dit : "elle n'a jamais eu aucun projet. Elle a embrassé le hasard, la contingence, le chaos". Une vie tumultueuse, une vacuité absolue, mais un courage, une obstination digne de respect, telle est l'histoire de chicago May
Merci Doriane de m'avoir permis de découvrir ce récit.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  zeta le Mar 10 Fév 2009 - 17:32

D'habitude je fais comme si je ne les voyais pas mes fautes, mais là c'est trop gros "édulcorant", j'ai bien dû en faire d'autres d'ailleurs.....
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Ladybug le Ven 7 Aoû 2009 - 21:43

L'histoire de Chicago May
Editions Sabine Wespieser (443 pages)

Nuala O'Faolain redonne vie à une jeune criminelle irlandaise, émigrée aux Etats-Unis, qui a eu une vie très chaotique. Elle est "soutireuse" comme elle se définit, c'est à dire elle se prostitue et se sert de son métier pour voler les hommes, elle fréquente des braqueurs et participe à leurs méfaits. Elle utilisera de nombreux noms d'emprunts tout au long de sa vie, voyagera à travers les Etats-Unis, et à l'étranger, elle sera d'ailleurs emprisonnée dans les pays où elle a sévi, en France et en Angleterre. Elle sera également choriste dans une troupe et vivra bien d'autres choses... mais il faut les laisser découvrir aux futurs lecteurs...

L'auteure nous livre ses réflexions et ses suppositions sur la vie de cette femme tout en présentant le contexte social et moral de l'Irlande et des Etats-Unis de cette époque (ce sont des passages du livre que j'ai beaucoup aimés). Pour nous parler de sa vie, elle s'appuie de temps à autre sur un livre que Chicago May a écrit, tout en reconnaissant qu'il est difficile de savoir si ce qu'elle raconte est vrai, Nuala O'Faolain est assez lucide sur son héroïne.

L'auteure a un véritable talent pour nous révéler certains cotés de la personnalité de Chicago May, comme "son mélange d'arrogance et d'ignorance", sa "croyance dans l'abondance" qui fait qu'elle vit au jour le jour, dépense sans compter ou encore son inconscience pour certaines choses "elle ne mesurait probablement pas la tristesse de certains passages qu'elle raconte", son manque d'introspection ou son inconséquence "elle (Chicago May) ne doit ressentir aucun frein. Imaginez toute sa vitalité, non maîtrisée par la réflexion..."

Ce que j'ai retenu d'elle également c'est que même dans des circonstances difficiles de son existence, ses moments d'errance notamment, elle ne semble pas abattue, sans doute parce elle vit dans une misère morale dont elle n'a pas conscience. Elle rebondit toujours en tout cas. Et puis il y a ces moments où elle est touchante de naïveté (sur la fin).

C'est un beau portrait de femme , il reste cependant un mystère autour du personnage, certains cotés d'elle restent flous, c'est ce qui est intéressant également car après avoir refermé la dernière page, elle continue de nous intriguer.

Ce que j'ai moins aimé, ce sont les incessants rapprochements que fait l'auteure avec son histoire familiale, et puis il y a des passages un peu longs, et d'autres répétitifs comme le fait que Nuala O'Faolain pose des rafales de questions quand elle doute de ses connaissances sur un aspect de Chicago May, j'ai trouvé cela un peu agaçant.

Ma note : 3.5/5

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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lyreek le Mer 28 Oct 2009 - 17:59



L'histoire de Chicago May - Nuala O'Faolain
10/18 - 392 pages

J'ai lu toutes vos critiques déjà bien détaillées et très pertinentes. Du coup, je n'ai pas grand chose à ajouter si ce n'est que j'ai apprécié ce livre, plutôt biographie que roman malgré la vie romanesque de Chicago May.
Comme certaines d'entre vous, j'ai aimé aussi le fait que Nuala O'Faolain introduise des éléments de sa propre histoire. Ca m'a permis de me sentir plus proche de l'écrivain et j'ai pu ainsi partagé sa sympathie pour Chicago May malgré ses nombreux défauts.
Je salue également le travail colossal de Nuala O'Faolain pour reconstituer les étapes de la vie de May et pour faire revivre le monde de la prostitution et de la pègre. C'est incroyablement vivant et réaliste, et pour moi qui revient de New York, j'ai particulièrement aimé les moments où May y vit.

4/5

Merci à Lacazavent pour cette découverte! Je voulais lire Nuala O'Faolain depuis un bon moment, c'est maintenant chose faite grace à toi et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin. merci

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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lacazavent le Mer 28 Oct 2009 - 18:15

Je suis vraiment contente que tu ais apprécié Lyreek. Au moment du swap, j' étais en train de lire un de ses récits autobiographiques au final je l' ai presque plus apprécié que "L' histoire de Chicago May".

D'ailleurs, je m'aperçois que j'ai omis de poster mes critiques, mais avant de les mettre, il faudra que je retrouve le fichier sur lequel je les ai tapé.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lyreek le Mer 28 Oct 2009 - 18:21

Ah oui, ça m'intéresse si tu dis que tu as encore plus apprécié! J'espère que tu remettras vite la main sur le fichier, j'ai hâte de lire ça!

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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lacazavent le Mer 28 Oct 2009 - 18:24

ça devrait aller vite, j'avais simplement oublié ces deux critiques, je vais regarder ce soir après le repas.
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lacazavent le Mer 18 Nov 2009 - 13:59

L'histoire de Chicago May de Nuala O' Faolain
10:18 / 393 pages
Prix Femina 2006



Dérouté au début par la construction même du récit, je m'y suis au fur et à mesure de ma lecture habituée. Elle me paraissait de plus en plus justifiée, rendu naturelle par l'absence et l'approximation des données existante sur la vie de Chicago May. J'ai beaucoup apprécié également les photos qui parsème le texte (j'ai vu pour la première fois une photos de deux des fameux frères Dalton). Agréable à lire et surprenant, je regretterais simplement la distance qui s' instaure avec Chicago May, j'ai suivi en observateur extérieur ses aventures prenant une part modérée aux rebondissements qui pourtant foisonnent.

J'ai beaucoup apprécié ce premier contact avec cette auteur dont on parle tant et même si je n'ai pas été totalement convaincue par cette histoire; je compte bien lire l'intégralité de son œuvre...3,5/5
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Ladybug le Mer 18 Nov 2009 - 19:31

Excellente critique Lacazavent

[...]je regretterais simplement la distance qui s' instaure avec Chicago May, j'ai suivi en observateur extérieur ses aventures prenant une part modérée aux rebondissements qui pourtant foisonnent.[...]
C'est exactement ce que j'ai ressenti et c'est dommage, il y avait du potentiel !

mais malgré cela moi aussi l'auteure m'a convaincue et je lirai ses autres oeuvres.

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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  Lacazavent le Dim 29 Nov 2009 - 12:59

On s'est déjà vu quelque part ? de Nuala O'Faolain
10/18 / 313 pages





"Arrivée à la trentaine, j'étais dans une mauvaise passe et je vivais seule à Londres où je travaillais comme productrice de télévision à la BBC. L'homme qui avais été le centre de ma vie pendant dix ans, et que je m'étais apprêtée à épouser autrefois, avait fini par partir. Je suis rentrée un jour dans notre appartement d'Islington, et j'ai trouvé un mot sur la table qui disait :"De retour mardi." Je savais qu'il ne reviendrait pas et il n'est pas revenu. Je ne le désirais pas vraiment. Nous n'en pouvions plus. Malgré ça, je ne savais pas quoi faire. Je passais des soirées dans un fauteuil à lire et à boire des quantités de mauvais vin blanc. Je disais bonjour au frigo quand le moteur se mettait à ronronner."



Premier volume de l'autobiographie d'une femme irlandaise qui fut à la fois journaliste, productrice de télévision, chroniqueuse et écrivain. Elle va en utilisant un ton juste parler d'elle, de sa vie de ses drames. Sans faux semblant, elle aborde son enfance dans Irlande catholique des années 50, jamais elle ne se répand en lamentations, elle ne cherche pas la complaisance de ces lecteurs mais plutôt le sens qu'elle peut accorder à sa vie. J'admire cette écrivain, elle a une plume véritablement extraordinaire et moi qui ai toujours éprouvé quelques difficultés avec le genre de l'autobiographie en particulier lorsqu' elle déborde d'égocentrisme, je suis en passe grâce à elle de me réconcilier avec ce genre. Un vrai plaisir de lecture ...4/5
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Re: Nuala O'FAOLAIN (Irlande)

Message  dodie le Dim 29 Nov 2009 - 14:50

Une auteur à découvrir à coup sûr pour moi.
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On s'est déjà vu quelque part - 10/18 - 3,5/5

Message  zeta le Mer 27 Jan 2010 - 14:35

Nuala O'Faolain m'avait semblée très proche dans son roman "Chimères" et elle m'a complètement conquise dans "Best Love Rosie", j'avais donc très envie de lire son autobiographie qui lui a value, comme elle le dit dans sa postface la célébrité.
Si je la préfère de beaucoup dans ses romans, je dois dire que ce livre m'a intéressée. Nuala O' Faolain dans cette autobiographie m'a parfois fait penser aux mémoires de Simone de Beauvoir, elle y parle beaucoup de ses rencontres avec l'intelligentsia Irlandaise, mais contrairement à l'auteure française dont les références étaient connues de moi : Sartre, Camus, Malraux, Aragon, les relations de la première me sont pour la plupart complètement inconnues (et c'est là que je mesure mon ignorance !!!). Je ne suis donc pas impressionnée ou charmée par les anecdotes qu'elle raconte sur tous ces personnalités irlandaises.
Le récit de L'enfance de Nuala O'Faolain par conre nous chavire par ce qu'il contient de peines, de frustrations, de blessures indélébiles. Enfermée dans une prospérite de surface, Nuala en fait souffrait de la faim, du froid, d'un manque d'affectivité de la part de sa mère, qui noyait sa solitude dans l'alcool et de son père un être irresponsable et volage. Dès que Nuala O'Faolain parle de sa famille on sent affleurer une énorme sensibilité, toute en retenue. Ses phrases sont sèches et précises, elle énonce des faits sans s'apitoyer. D'une façon générale il n'y a aucune complaisance dans le récit de sa vie, elle n'occulte à aucun momment ce qu'elle a contenu de moins reluisant : sa propension à trop boire, ses liaisons ratées, son instabilité professionnelle. Mais peut-on reprocher à une femme, qui a tant subi dans son enfance, de n'avoir su concilier raison et passion. Car Nuala O'Faolain était une passionnée maladroite, une femme qui voulait tout pour compenser tout ce qu'elle n'avait pas eu, mais qui ne savait probablement pas comment faire pour garder ce qu'elle obtenait du fait des manques ressentis pendant ses années de formation.
Le dernier chapitre de cette autobiographie m'a surtout beaucoup touchée, elle y traite de sa vieillesse. Elle aborde cette période de maturité avec un désanchantement, une tristesse qui n'est pourtant jamais amère, elle sait retrouver dans les plaisirs simples, toute l'émotion qu'elle ne trouve plus dans sa vie amoureuse. Elle dit avec de très beaux mots à quel point il est cruel de perdre sa féminité, mais elle parle aussi avec une tendresse désarmante de la joie et la douceur qu'elle trouve auprès de ses animaux familiers. Ses lecteurs qui l'ont aimée et remerciée pour ce qu'elle dit dans cette autobiographie ont probablement été les dernières preuves et manifestations d'amour dans son existence. Nuala O'Faolain est décédée quelques courtes années après, avant même la parution en France de son dernier roman (Best Love Rosie). Ce magnifique roman qui glorifie la vie, l'amitié, la chaleur humaine, la présence fidèle des humbles créatures qui nous accompagnent. Et si vous ne devez lire qu'un livre de Nuala O'Faolain, c'est celui-ci que je vous recommande. Mais si comme moi, vous êtes gagnés par l'estime et le respect devant cette grande dame (et elle-même aurait-elle apprécié cette appellation ?) et que vous voulez tout connaître d'elle ce volume autobiographique vous renseignera sur son parcours.
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