Flann O'BRIEN (Irlande)

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Flann O'BRIEN (Irlande)

Message  Calepin le Mar 25 Nov 2008 - 23:51

De : Sahkti1 (Message d'origine) Envoyé : 2006-01-17 01:57

L'Archiviste de Dublin
(Editions Phébus, ISBN 2859409912)

Je m'étais régalée avec "Swim-two-birds" du même auteur, mon plaisir fut aussi fort avec cet "Archiviste de Dublin" qui n'est autre que James Joyce. Difficile de résumer l'histoire tant elle regorge de personnages et de situations abracadabrantes. Hackett et Mick sont de vieux potes, piliers de comptoir, passant leur temps à disserter sur le monde et surtout sur leur bonne vieille terre d'Irlande. Un jour, ils croisent la route de De Selby, physicien théologien, qui leur garantit qu'il possède les secrets de l'Univers et peut détruire le monde. Pour leur prouver qu'il n'est pas un charlatan, il emmène les deux hommes en balade sous-marine et leur faire rencontrer Saint Augustin en personne dans une grotte. La conversation qui a lieu entre les gaillards est phénoménale ! Un brin secoués (ça se comprend), nos deux poivrots méditent, l'un à coup de whisky bien tassé, l'autre ayant décidé de passer à l'eau de Vichy.
A
u fil des pages apparaissent divers protagonistes, comme l'incroyable sergent Fottrell, chef de la police du coin, fervent adepte de la théorie des mollycules qui veut que tout être finit par ne plus former qu'un avec l'objet qu'il utilise quotidiennement. Cible de prédilection: les bicyclettes, que le sergent passe son temps à voler pour empêcher ses honnêtes compatriotes de se transformer en être à l'apparence humaine mais à l'âme d'un vélo. Folklorique ! Cette dissertation sur la théorie mollyculaire s'étale sur plusieurs pages, un véritable moment d'anthologie dans lequel Flann O'Brien déploie avec brio sa verve humoristique! Une autre part du récit, tout aussi rocambolesque que la théorie de De Selby ou celle de Fottrell, est la non-mort de James Joyce et sa reconversion en barman dans une petite station balnéaire proche de Dublin. Mick le rencontre, quelques conversations ont lieu entre les deux hommes, au cours desquelles on découvre que Joyce est devenu complètement cinglé, qu'il jure n'avoir jamais écrit "Ulysse" qu'il considère comme pornographie de bas étage et qu'il a simplement servi de prête-nom, qu'il fait barman en attendant de devenir jésuite, bref...de la folie à l'état pur et beaucoup d'hilarité au rendez-vous, notamment grâce à l'ironie et la causticité de O'Brien pour dépeindre Joyce et le mythe qu'il est devenu.

Cet ouvrage est délicieux et plein d'humour ravageur. Flann O'Brien décrit comme toujours dans son oeuvre une Irlande pittoresque peuplée de paysages bons mais un peu particuliers. Les légendes irlandaises en prennent un coup au fil des pages, que ce soit la beauté du pays, l'intelligence de ses hommes de lettres ou la puissance de son église. Une lecture tonique et loufoque à ne pas manquer ! Un extrait:

"Dieu aide la nation qui faiblit en ces matières. Les vélos demanderaient le droit de vote et guigneraient des sièges au Conseil général pour rendre les routes bien pires qu'elles ne le sont pour leurs motivations ultérieures." (p.110)

Ma note: 5/5



De : Sahkti1 Envoyé : 2006-01-17 02:00

Swim-two-birds
(Editions Les Belles Lettres, ISBN 2251442197)

Quel récit décalé et déjanté que celui-ci ! Une succession de tromperies, de trompe-l'oeil, de jeux de miroirs et de mystifications en tous genres. Le lecteur en prend plein la vue et il s'agit de s'accrocher pour ne pas perdre le fil. O'Brien s'amuse et joue avec le lecteur, c'est un plaisir quelque peu démoniaque dont nous sommes les victimes consentantes.

Une histoire et mille histoires dans ce livre. La visite d'un appartement pourrait-on dire, l'esprit de Flann O'Brien qui colle un mythe irlandais sur chacun de ses personnages. Et il y en a ! Fantasques, folkloriques, populaires... des êtres qui se rebellent et s'agitent, transformant l'ouvrage en un joyeux chaos et dénonçant les turpitudes des pères des personnages de romans, à savoir les auteurs eux-mêmes. Beaucoup d'ironie et d'acidité sous la plume de Flann O'Brien qui revisite le mythe de l'auteur libre et dominateur avec une verve étonnante.
Ce roman, c'est une supercherie littéraire au sens noble du terme, un récit qui renverse tout sur son passage et brise les repères de la création. Un écrivain pense écrire ce qu'il veut. est-ce bien exact ? En lisant ce récit irlandais, on est en droit de se poser la question sans y trouver la réponse. Ou plutôt si, mais une réponse un peu effrayante pour tout auteur respectable. Gare à vos personnages, Mesdames Messieurs, ils prendront vie tôt ou tard de manière déconcertante !

A noter que ce roman a été publié il y a une quarantaine d'années par Gallimard sous le titre "La kermesse irlandaise".
Si la traduction française de cet ouvrage n'est pas à proprement parler à remettre en cause, il semblerait cependant une fois de plus (tout comme c'est le cas avec Joyce) que certains termes irlandais se prêtent maladroitement à une version française.

Un extrait:
"Un roman satisfaisant doit être une supercherie latente, si bien que le lecteur peut régler à sa convenance le degré de sa crédulité. Il n'est pas démocratique de contraindre les personnages à être bons ou mauvais, pauvres ou riches. Chacun doit pouvoir prétendre à une vie privée, à la liberté, à un mode de vie décent : ainsi pourvus, les personnages pourront manifester leur dignité et leur contentement, et fournir un meilleur service."

Ma note: 4,5/5



De : Sahkti1 Envoyé : 2006-01-17 02:03

Le troisième policier
(Editions Phébus, ISBN 2859408843)

Un résumé:
Tous les récits de Flann O'Brien se croisent et s'entrecroisent. On retrouve dans "Le troisième policier" quelques-uns des personnages de "L'archiviste de Dublin" et vice-versa. Toujours dans des situations loufoques, rocambolesques, complètement surréalistes. Ce livre ne fait pas exception à la règle, on pourrait le résumer un en seul mot : déjanté ! L'histoire débute avec le meurtre d'un vieil homme réputé très riche par le narrateur et un complice. Un meurtre violent à coups de pelle pour s'emparer d'une cassette noire remplie d'or. De péripétie en péripétie, notre meurtrier commence par oublier son nom, avant de pénétrer dans un étrange commissariat où le sergent Pluck passe son temps à traquer les bicyclettes à cause de la théorie atomique. Cette fameuse théorie atomique que l'on retrouve également dans "L'archiviste de Dublin" et qui énonce qu'à force de rester sur sa bicyclette, celle-ci prend possession de nous et usurpe notre identité. Théorie scientifique balançant entre l'absurdité total et le non-sens complet, très amusante et plutôt pertinente quand on se prend au jeu. Le narrateur, qui n'a plus de nom, se voit condamné à l'échafaud pour son crime mais avant de connaître la sanction finale, il découvrira l'ascenseur vers l'éternité, la poussière d'omnium qui permet de concrétiser toutes les pensées en objets et actes, les boîtes invisibles et les maisons factices.

Un personnage hante tout le texte, De Selby, savant fou et fantasque, initiateur de théories controversées sur la matière et sur le temps. Dans ce livre, il est l'idole du narrateur, alors que dans "L'archiviste de Dublin", on le retrouvait en chair et en os, initiant les protagonistes aux joies des dialogues avec les morts.

Un avis:
C'est complètement dingue, ça part dans tous les sens, le lecteur est pris pour un joyeux fou et Flann O'Brien a dû bien s'amuser en composant ce texte. Un récit dans lequel il dépeint un peu moins que dans le reste de son oeuvre les travers et coutumes de la société rurale irlandaise pour se concentrer sur le pouvoir de l'imagination, qui arrive même à nous faire croire vivant alors qu'on est mort depuis longtemps.
J'avoue tout de même une petite préférence pour "L'archiviste de Dublin" et "Swim-to-birds", regorgeant davantage d'humour caustique et d'ironie sur les petites manies de nos contemporains.

Ma note: 4,5/5



De : Sahkti1 Envoyé : 2006-01-17 02:04

The best of Myles Na Gopaleen
(Editions Grafton, ISBN 0586089500)

Pendant des années, Flann O'Brien, fleuron de la littérature irlandaise, a rédigé des chroniques dans "The Irish Times", sous le pseudo de Myles Na Gopaleen et sous le titre générique de Cruiskeen Lawn. Voici l'essentiel de ces chroniques, dont une partie a été éditée en français en 1983 sous le titre "Dublinoiseries", recueil aujourd'hui épuisé. Il faut donc vous diriger vers ce volume anglophone pour savourer toute la verve de Flann O'Brien qui excelle autant dans les tranches courtes d'humour que dans les récits plus longs. Ou alors chercher chez les bons bouquinistes.

Il s'agit de plusieurs chroniques dont certaines sont les suites les unes des autres. Certaines valent largement le détour comme cette histoire complètement démente de trains irlandais qui doivent être nourris à la tourbe, tourbe qui sera déterrée au fur et à mesure du voyage. Vous imaginez le boulot et les délires que ça engendre, notamment si, par le plus grand des hasards, le cheminot venait à déterrer un baril clandestin de whiskey et le lançait dans la chaudière. Boum !... et voilà tous les voyageurs descendus à terre creuser avec leurs mains nues dans le but de trouver d'autres barils pour se désaltérer. Ou encore cette invention d'une encre qui boit, à savoir une encre composée de volutes d'alcool et qui servirait à imprimer les journaux. Le meilleur moyen pour relancer l'imprimerie !

Bref, c'est une fois de plus très drôle, absolument déjanté et à travers cet humour féroce, il y a un beau portrait de la société irlandaise. Toutes ces chroniques ressemblent à des propos de pubs en fin de soirée, on y trouve de tout et surtout du très fou. Un régal !

Ma note: 4,5/5



De : Papiillon_vole Envoyé : 2006-02-06 14:43

L’archiviste de Dublin
Edtions Granit – 1995 – 237 pages.

Dublin, dans les années soixante. Deux vieux copains, Mick et Hackett , font un matin la connaissance de l’étrange De Selby. Celui-ci, qui se dit physicien et théologien, prétend avoir découvert un moyen infaillible de détruire l’humanité ainsi qu’être capable de suspendre le cours du temps. Pour preuve, il emmène les deux compères dans une grotte sous-marine où il leur permet d’assister à une rencontre avec Saint Augustin et à une conversation complètement surréaliste. Choqué par cette vision, et perplexe quant à la découverte de De Selby, Mick décide de trouver un moyen de l’empêcher de mener son projet à terme.

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour qualifier ce livre est : loufoque. Il est évident que l’imagination de O’Brien est complètement débridée, tant sur le plan de la langue que sur le plan de l’histoire, et j’ai beaucoup pensé à Georges Pérec en le lisant. Ce roman est très drôle et on y rencontre pas mal de personnages absurdes, dont James Joyce lui-même, revenu d’outre-tombe et vivant incognito dans une station balnéaire de a côte irlandaise, un James Joyce qui renie complètement Ulysse et veut devenir jésuite. On y rencontre également le sergent Fottrell qui professe une théorie intéressante sur le danger de trop pratiquer la bicyclette et on assiste aussi à des révélations surprenantes sur les caleçons des jésuites… Bref, un roman sans queue ni tête, d’un auteur qui ne se prend pas au sérieux et qui gagne à être découvert, même si j’ai eu du mal à entrer dans son univers.

Ma note : 3,5 / 5



De : liza_lou55 Envoyé : 2006-09-15 12:58

Le troisième policier
(Le livre de poche, 251 pages)

Un jeune homme affublé d’une jambe de bois assassine un vieil homme à coup de pelles pour lui voler ses économies. Peu après, le narrateur, qui entre temps a oublié son nom, retrouve sa victime en pleine forme et discute avec lui de la portée philosophique du « non » comme principe de vie. Comme si cela ne suffisait pas, il rencontre ensuite des policiers complètement tordus, fermement convaincus qu’à force de rester trop longtemps à vélo, les gens se transforment en bicyclettes et vive versa…

Ne vous fiez pas aux apparences : ce roman est tout bonnement génial. Tout au long de la lecture, on se dit que Flann O’Brien est fou et nous encore plus de lire un truc pareil. Tout le génie de l’auteur est de créer un véritable univers à part, fantasque et fantastique ; en bref, complètement dingue et insensé. Les rares fois où le lecteur a l’impression de pouvoir, comme le héros, se raccrocher à quelque chose de réel, Flann O’Brien en rajoute une couche et la réalité disparaît, comme si cela n’avait été qu’une hallucination passagère.

« Apparemment, il n’y a pas de limite, fit remarquer Joe. C’est un endroit où l’on peut dire n’importe quoi et où il faut croire que c’est vrai. » Cette citation pourrait s’appliquer à tout le roman : O’Brien a une imagination sans borne que ce soit à travers les situations, les personnages ou les multiples inventions qui jonchent l’histoire. On croise ainsi le sergent Pluck et l’agent MacCruiskeen, défenseurs de la théorie atomique selon laquelle les atomes de la bicyclette se mélangent au cours du temps avec le cycliste, ou un savant fou, De Selby, dont les réflexions scientifiques absurdes inscrites en notes de bas de pages embrouillent encore plus l’intrigue… Les dialogues entre le narrateur et les deux policiers sont irrésistibles de drôlerie et celui où Pluck expose la théorie atomique est un pur moment d’anthologie. Flann O’Brien jalonne également le roman d’inventions plus illogiques les unes que les autres comme une maison plane ou une boîte invisible. Et je ne parle pas de la route menant à l’éternité dont l’itinéraire est inscrit sur le plafond du commissariat, des caractéristiques extraordinaires de l’omnium ou de la couleur qui rend les hommes fous…

Le troisième policier n’est pas un roman, c’est un chef d’œuvre. L’humour et la dérision y font ainsi foi à toutes les lignes. Les esprits cartésiens devront s’attendre comme moi à être déboussolés au départ par l’univers loufoque du récit qui s’avère cependant fascinant au fur et à mesure que l’on avance dans ce « véli vélo » insoluble. Roman à part, inclassable et délirant, Le troisième policier restera pour moi une lecture inoubliable, et Flann O'Brien un auteur désormais incontournable.

Ma note : 5/5
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Calepin

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Re: Flann O'BRIEN (Irlande)

Message  Calepin le Mar 25 Nov 2008 - 23:53

De : 2550Chimère Envoyé : 2006-09-21 15:20

LE TROISIEME POLICIER de Flann O'BRIEN
Ed Phébus Libretto/251p
Trad : Patrick Reumaux

Résumé : Irracontable. Voyons, c'est l'histoire d'un type qui avec un complice assassine un homme réputé riche et qui à la recherche du magot finit par se retrouver dans un commissariat bizarre avec de drôles de policiers obsédés de bicyclettes et en plus il a oublié son nom. Irracontable je vous dis...

Mon avis : J'aime quand les histoires partent en vrille, qu'on ne sait pas où on va et qu'on soupçonne l'auteur de ne pas le savoir non plus. Là j'ai été servie et bien servie. Et donc vous apprendez que l'abus de l'usage de la bicyclette peut entraîner des conséquences facheuses. Les cyclistes ont tendance à devenir des vélos tandis que ceux ci s'humanisent petit à petit. Que les unijambistes peuvent bénéficier de l'aide d'une confrérie bien organisée et que le troisième policier a son propre commissariat entre les murs de la maison de l'homme que vous avez assassiné. Je ne vous raconte pas non plus l'obsession du narrateur pour les élucubrations délirantes d'un philosophe nommé De Selby. Du non sens totalement assumé et j'en veux encore un peu s'il vous plait.

Ma note : 4,5/5



De : gallomaniac Envoyé : 2006-10-14 14:30

The hard live Flann O'BRIEN
1961 (?); Penguin books 1977, 157 pg.(en anglais)

Dans le Dublin bien catholique des années 1900 on voit grandir le jeune orphelin Finbarr et son frère ainé Manus, confiés à Mr. Collopy, ami de longue date du Père Kurt Fahrt S.J. avec lequel il a de longues discussions chauffées au "Uegse Beatha", Irlandais pour "whisky", sur la nécessité de trams réservés aux femmes et autres thèmes théologico-éthyliques. Manus, débutant par la vente par correspondence d'un cours de danseur de corde, va fondre une "London Academie" douteuse. Une médication, venant de cet Académie cause une maladie étrange chez Mr. Collopy et Manus l'amène en pèlerinage à Rome pour recontrer le Pape.

C'est le seul livre de Flann O'Brien que j'ai pu trouver à Nimègue (et en plus c'est en anglais - je ne connais pas le titre français); le livre, imbibé de whisky et d'eau lourde, est assez amusant et humoristique, mais très daté aussi. C'est peut-être pas le meilleur livre de cet auteur.

Ma note 3/5
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