Dominique MARNY (France)

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Dominique MARNY (France)

Message  Mousseline le Mar 25 Nov 2008 - 3:00

De : Claarabel (Message d'origine) Envoyé : 2004-05-24 11:52

Le roman de Jeanne (3 /5)


Fleur bleue

Ce roman de Dominique Marny est véritablement "le roman de Jeanne". Sous prétexte d'un héritage, Sophie (l'héritière et la petite-fille) fait le tour de la magnifique demeure de Jeanne et découvre les carnets de son arrière-grand-mère. Ces carnets renferment la vie de Jeanne rédigée sous forme de roman, toute la vie de cette scandaleuse aïeule décriée et mise au ban de la famille. Pourquoi ? Sophie va le découvrir au fil des pages d'un journal qui retrace une vie follement romanesque et dessine le portrait d'une femme très avant-gardiste pour son époque. Indépendante dans l'âme, fantasque et passionnée, Jeanne va décider et rejouer sa vie au nom de l'amour. Le roman de Jeanne redore le blason de cette ancêtre incomprise et mal jugée.
En parrallèle de sa lecture, Sophie, la narratrice et petite-fille héritière, commente ses découvertes, ses émotions et ses rencontres. On apprend progressivement sur elle autant que sur son arrière-grand-mère.

"Le roman de Jeanne", roman de Dominique Marny, est très court et se résume simplement. Quelques déceptions pointent au tournant de quelques pages pour une histoire qui se révèle, finalement, très fleur bleue. Le petit plus de ce livre est son édition raffinée : le texte est élégant, agrémenté des photographies illustrant paysages et protagonistes de cette histoire. Un petit livre sans prétention.

Disponible chez Pré aux Clercs, 15 euro. 128 pages.
Ou chez France Loisirs, 11.50 euro.

(L'édition Pré aux Clercs).

Extrait

Je rentrais de Londres, où je venais d'interviewer une célèbre comédienne, lorsque je trouvai une lettre de l'étude Drouin m'informant que Jeanne Vallière m'avait désignée par testament comme légataire. Cette nouvelle me prit au dépourvu. Personne n'avait jugé bon de m'apprendre le décès de mon arrière-grand-mère, qui s'était éteinte à un âge avancé.
- Quatre-vingt-douze ans, précisa maître Drouin, lorsque je lui posai la question.
Cette aïeule, que je n'avais pas connue, m'avait laissé la majeure partie de son portefeuille boursier, la maison dans laquelle elle avait vécu la seconde partie de sa vie, ainsi que ses meubles et objets.
- Vous pourriez vendre la villa pour payer vos droits de succession, me conseilla le notaire.
- Je vais d'abord la visiter.
Je découvris la baie de Somme début mai. La marée était basse quand j'entrai dans la petite ville du Crotoy où je m'installai pour trois jours, au deuxième étage d'un hôtel coiffé de tourelles. Du balcon de ma chambre, je dominais un paysage de sable et de vase que l'eau recouvrirait bientôt. Après avoir rangé mes affaires, je téléphonai à Renée, la gardienne, pour l'avertir de ma venue.
Elle entrebâilla un portail derrière lequel je découvris un jardin où fleurissaient du lilas et des camélias blancs. La demeure formait un angle droit et je fus étonnée par ses vastes proportions.
- Chaque jour, je fais un tour pour vérifier si tout va bien, déclara Renée tandis que nous pénétrions dans le vestibule dont le parquet grinça sous nos pas.
Dans le salon, elle repoussa les rideaux de cretonne fleurie, puis ouvrit les fenêtres sur l'embouchure de la Somme.
- En face, c'est Saint-Valéry. Madame aimait bien s'y promener.
- Elle en avait encore la force ?
- Pensez ! Elle s'est portée comme un charme jusqu'à l'hiver dernier. Et avec ça, toute sa tête. Toujours en train de lire ou bien de suivre des émissions à la télévision.
- Vous la connaissiez depuis longtemps ?
- Depuis 1972. Trente ans à son service, ça compte !
Pendant que nous parlions, je me laissais imprégner par le charme suranné de la pièce. Des canapés Louis XV, des fauteuils cabriolets recouverts d'indiennes faisaient face à une cheminée de marbre. Je levai les yeux vers un lustre de cristal orné de bougies. Un portrait en pied m'attira. Il ne pouvait s'agir que de Jeanne. Elle avait posé en longue robe de satin vert d'eau. Mes yeux s'attardèrent sur le visage plein, le regard à la fois rêveur et volontaire, le nez un peu fort. Elle souriait.
Après avoir traversé un fumoir où trônait un billard, j'entrai dans la salle à manger. De nombreux convives avaient dû se réunir autour de la longue table en acajou que présidait leur hôtesse, et je n'avais aucune difficulté à imaginer des dîners animés où fusaient des rires et des mots d'esprit.
À l'étage, la chambre ne ressemblait pas à celle d'une vieille dame. D'inspiration exotique, elle contenait quantité de souvenirs rapportés de périples lointains. Par bribes, j'avais appris de sa fille, ma grand-mère, que Jeanne avait été une grande voyageuse.
- Est-ce la raison pour laquelle la famille l'a rejetée ? lui avais-je demandé.
Pour réponse, je n'avais obtenu qu'un silence lourd de sous-entendus qui ne fit qu'aiguiser ma curiosité.
Néanmoins, le temps passa et je finis par me lasser du mystère planant autour de cette femme dont on évitait de prononcer le prénom. De plus, je n'avais aucun repère physique, toute représentation de sa personne ayant été brûlée ou déchirée.
En ce moment même, je rattrapais des années de cachotteries. Jeanne était omniprésente dans sa demeure. Des clichés ou des croquis la représentaient à diverses périodes de son existence. Jeanne dans le désert, Jeanne en Italie, en Sicile. En revanche, il n'y avait aucun témoignage d'une vie familiale.
- Est-ce qu'elle avait encore des amis ? demandai-je à la gardienne.
- Beaucoup de gens étaient morts autour d'elle. Mais elle avait su se refaire un petit cercle. Elle avait tellement à raconter ! Une femme comme elle, c'était un trésor d'histoires !

Clarabel
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