Marcel PROUST (France)

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Marcel PROUST (France)

Message  Louvaluna le Dim 23 Nov 2008 - 15:45

De : Le-réaliste-romantique (Message d'origine) Envoyé : 10/01/2006 19:05

Marcel PROUST

(Auteuil, 10 juillet 1871 - Paris, 18 novembre 1922)

Cette notice biographie de V. Greene provient du site suivant

Marcel Proust naquit à Paris dans une famille de bonne bourgeoisie. Son père était médecin, sa mère était issue d'une famille juive, riche et cultivée. Dès l'enfance, Proust souffrit de crises d'asthme chronique.

Ses talents littéraires se manifestèrent dès le lycée. Il commença tôt à fréquenter des salons comme celui de Mme Arman, amie d'Anatole France. Sous le patronage de ce dernier, Proust fit paraître en 1896 son premier livre Les Plaisirs et les Jours , un recueil de nouvelles, d'essais et de poèmes. Il eut peu de succès.

Proust avait commencé en automne 1895 un roman qu'il n'acheva pas et abandonna vers novembre 1899. Ce roman ne fut publié qu'en 1952 sous le titre Jean Santeuil.

En même temps il se mit à travailler à un roman, tout en projetant d'écrire plusieurs essais de critique littéraire, artistique et sociologique. L'un de ces essais devait être consacré à Sainte-Beuve. Peu à peu tous ces projets se fondirent en un seul. Durant l'été 1909, l'essai "Contre Sainte-Beuve" est devenu un roman, que Proust ne cessa d'écrire qu'à sa mort. En mai 1913, il adopta pour titre général: À la recherche du temps perdu.

La première partie du roman, Du côté de chez Swann, fut publiée en novembre 1913. La guerre reporta à juin 1919 la parution d'À l'ombre des jeunes filles en fleurs, qui obtint le prix Goncourt en décembre suivant. Durant les trois dernières années de sa vie, Proust ne cessa pas de travailler à son roman. Il vit encore paraître trois volumes: Le côté de Guermantes I (octobre 1920), Le côté de Guermantes II - Sodome et Gomorrhe I (mai 1921), Sodome et Gomorrhe II (avril 1922).

Le 18 novembre 1922, Proust mourut d'une pneumonie. La suite de son oeuvre, que Proust avait achevée mais qu'il n'avait pu complètement réviser, fut publiée par son frère, Robert Proust, aidé par Jacques Rivière puis Jean Paulhan, directeurs de la Nouvelle Revue Française. En 1923 parut La Prisonnière ; en 1925, Albertine disparue ; en 1927, Le Temps retrouvé.

L'oeuvre de Proust fut de son vivant l'objet de vives controverses entre ceux qui la devinaient géniale et ceux qui la proclamaient illisible. Aujourd'hui elle est reconnue comme une oeuvre majeure de la littérature de langue française.

***

Vous pouvez admirer une reproduction de sa dernière chambre au Musée Carnavalet à Paris. Jusqu'à récemment, il était aussi possible de visiter l'actuel chambre au 102 boulevard Hausman, mais la banque, propriétaire de l'immeuble, ne le permet plus, pas rentable du tout.



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 15/01/2006 02:27

Du côté de chez Swann

Marcel Proust

1913

"Longtemps, je me suis couché de bonne heure."

Trop souvent, malheureusement, cette phrase inaugure un texte, monument de la littérature française, lu par obligation plutôt que par plaisir. Pourtant, du côté de chez Swann peut se révéler un délice à qui prend le temps de l'apprécier. Selon l'édition originale, ce premier des sept tomes d'À la recherche du temps perdu se divise en trois partie. Combray relate des souvenirs de jeunesse du narrateur (qui est, tout porte à croire, Marcel Proust avec un peu de déguisements) à Combray où sa famille passait certains moments de l'année. Le souvenir est la pierre angulaire de toute l'oeuvre. Les sens servent souvent, parfois sans être sollicités, de déclencheurs à des voyages mentaux dans le passé. Le plus célèbre de ces épisodes est la dégustation d'une madeleine trempée dans le thé par le narrateur : après de nombreuses années d'oubli, il retrouve ce goût qui lui rappelle sa grand'mère. De fil en aiguille, il revit la "pire journée" de son enfance : le jour où sa mère ne pouvait pas venir l'embrasser, le soir, à cause de la présence d'un visiteur, Swann. Le pauvre narrateur ne peut envisager de s'endormir sans avoir revu sa mère. Il ose même commettre un geste qui pourra lui attirer les foudres familliales, mais il est prêt à tout subir pour embrasser sa mère. Combray raconte aussi sa première rencontre avec Gilberte et la naissance de sa vocation littéraire.

Seul un mince fil semble relier un amour de Swann, la deuxième partie, à la première. On revient environ dix années en arrière pour suivre l'histoire amoureuse tragique de Swann et d'Odette. Il semble que Proust ait inséré cette partie pour illustrer qu'il était un romancier digne de ce nom, capable d'histoires autres qu'autobiographiques. Cette histoire d'amour débute sous de beaux cieux, mais se termine en catastrophe, alors que les amoureux s'éloignent. Swann s'acharne auprès d'Odette, tandis que cette dernière comprends que plus elle néglige Swann, plus il lui sera attaché. De plus, l'auteur en profite pour jeter un premier regard critique sur les milieux bourgeois du début du XXe siècle, dépeignant ironiquement les membres du cercle des Verdurin.

La troisième partie, intitulé Nom de pays : le nom, remet le jeune narrateur en scène. Il habite alors à Paris et fait enfin connaissance avec Gilberte, la fille de Swann, qu'il avait entrevue une seule fois à Combray, mais tellement idéalisée depuis.

Proust termine la rédaction de ce premier tome en 1913, après qu'il eut réalisé le gaspillage de sa vie à cause de mondanités et maladie. Il entreprend de consacrer le reste de sa vie à relater ce qui s'est passé dans la première. Nombreuses sont les personnes qui, par crainte, peur ou impatience, abandonnent la lecture de Proust. Il est vrai que les phrases sont, à cause des multiples tiroirs qu'elles renferment, ouvrant la porte sur des précisions supplémentaires ou des considérations liées au contenu, considérations qui peuvent prendrent la forme de références antiques ou artistiques, très intéressantes mais qui peuvent décontenancer le lecteur contemporain, longues et alambiquées. (Pas certain que je demeure clair avec des tentatives d'à la manière de... ). Néanmoins, la richesse de cette oeuvre mérite que l'on prenne le temps de se laisser porter par l'écriture de Proust, au rythme qui nous convient. Ce n'est pas un livre pour les transports en commun, c'est comme une pâtisserie très riche : il faut la déguster lentement. Personnellement, je n'avais pas apprécié ma première lecture de ce livre en 2000, je crois que j'avais été surpris et dérangé par le style. Aujourd'hui, c'est comme si j'avais lu un livre différent.

Je vous recommande fortement Proust, mais ne vous y forcez pas. Il faut en avoir envie, être réceptif.

Je trouve difficile de mettre une note sur cette oeuvre qu'on encense ou critique tant. Mais, pour noter mon expérience de cette lecture, je mettrai 4,75/5 (pas 5, car j'ai trouvé quelques passages longs, telles les digressions abstraites sur la signification de noms propres).

le réaliste-romantique



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 30/01/2006 01:14

Après réflexion, je réalise que j'ai été bien trop sévère avec ma note pour ce livre. J'ai consulté les notes de mes autres critiques, réfléchi au livre et continué à lire la suite de cette oeuvre, et je corrige donc ma note pour un 5. Les quelques longueurs ne suffisent pas vraiment à détrôner ce livre de ma liste des livres marquants.

Dommage que l'on ne puisse pas éditer les anciens messages. Néanmoins, voici le 5/5 qui lui est dû.



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 06/02/2006 02:25

À l'ombre des jeunes filles en fleurs

Marcel Proust

Ceci est le deuxième tome de l'édition originale d'À la recherche du temps perdu. Comme le précédant, celui-ci se divise en plus d'une partie: Autour de Mme Swann et Noms de pays : le pays.

Autour de Mme Swann

Le narrateur, dans le tome précédant, tombait amoureux de Gilberte Swann, et réussissait même à nouer relation avec elle, au point de se permettre une certaine "lutte-étreinte" émouvante dans le parc des Champs-Élysées. La relation évolue, et le narrateur fréquente régulièrement, presque quotidiennement, les Swann. Grand pasionné, le narrateur veut se donner corps et âme à sa flamme, toutefois Gilberte répond de moins en moins à ses attentions soutenues. Ceci ne décourage pas le narrateur, il continue à croire en une passion mutuelle et ne veut voir ce qui devient de plus en plus apparent. À l'image de sa mère, qui est l'Odette du premier tome, Gilberte réagit comme un aimant au même pôle : plus le narrateur tente de se rapprocher d'elle, plus elle cherche la distance; l'histoire se répète. (Ma douce m'a même confié que cette histoire se répète aussi entre le narrateur et Albertine. Ce serait une des raisons pourquoi, justement, le temps n'est pas vraiment perdu, car les actions humaines se répètent sans cesse...) Le narrateur, dans un geste extrême, choisit de rompre avec Gilberte, espérant exacerber son amour et la faire revenir à lui, repentante. Son plan fait long feu, Gilberte ne semble pas souffrir de son absence. Le narrateur, déçu, ne peut donc plus fréquenter la fille sans s'humilier, mais, jeune homme, il est assez vieux pour devenir un "régulier" des soirées de la mère. Il fréquente donc la chic madame Swann, n'obtenant des nouvelles de Gilberte qu'indirectement par les parents ou même par lettres. Par ces soirées, le narrateur apprend aussi à connaître "le monde".

"Et, comme la durée moyenne de la vie - la longévité relative - est beaucoup plus grande pour les souvenirs des sensations poétiques que pour ceux des souffrances du coeur, depuis si longtemps que ce sont évanouis les chagrins que j'avais alors à cause de Gilberte, il leur a survécu, le plaisir que j'éprouve, chaque fois que je veux lire, en une sorte de cadran solaire, les minutes qu'il y a entre midi et un quart et une heure, au mois de mai, à me revoir causant ainsi avec Mme Swann, sous son ombrelle, comme sous le reflet d'un berceau de glycine."

Noms de pays : le pays

Le narrateur va passer l'été à la mer, au Grand Hôtel de Balbec (Cabourg) avec sa grand-mère. Ce voyage rend le narrateur très anxieux, tout d'abord parce qu'il doit abandonner sa chambre familière pour passer des nuits angoissantes à apprivoiser une nouvelle chambre, et aussi parce que sa mère ne peut les accompagner : elle doit demeurer à St-Cloud avec son père. La perspective de ces deux inconnus (aargh! tragédies insoutenables!) enlève tout le plaisir au voyage, et le narrateur passe à deux doigts de se faire porter pâle. Heureusement (pour lui mais aussi pour nous, lecteurs), il obéit à sa mère, prend tout son courage (en plus de quelques verres d'alcools) et va affronter la vaste mer de laquelle il rêve depuis si longtemps. Lui et sa grand-mère habiteront un hôtel chic fréquenté par la haute bourgeoisie et aussi une certaine noblesse. Le livre rend très bien l'ambiance de railleries envieuses et de l'importance du paraître qui pouvaient régner dans de tels lieux. Le narrateur noue quelques relations d'amitié, rencontre le peintre impressioniste Elstir, mais surtout, très important pour la suite de l'oeuvre, il fait la connaissance d'un groupe de jeune fille, dont la chère Albertine.

Proust étant Proust, cette lecture a été un délice comme Du côté de chez Swann. L'auteur sait rendre le détail des événements, analyser les comportements, décortiquer les situations, peindre les paysages... Bien que Proust menait une vie de grand bourgeois et vivait dans ce monde, ses livres comprennent une très forte critique sociale. Dans ce tome, elle apparaît particulièrement dans la vie de l'hôtel, comme lorsque le "peuple" se colle aux vitres de la riche salle à manger vivement éclairée : les bêtes curieuses de cet aquarium se trouvent de quelle côté de la paroi vitrée?

Cependant, j'ai eu plus de plaisir à lire Du côté de chez Swann, car À l'ombre... comprend un assez long commentaire sur l'art pictural, et les jeux avec le groupe des jeunes filles s'étirent un peu trop en longueur (c'est peut-être aussi que je préférais Gilberte ou encore l'intellectuelle Andrée à Albertine...). Néanmoins, je retiens un excellent souvenir de cette lecture et je vais continuer, après quelques livres de pause, avec les autres tomes de la série.

4,5/5

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Marcel PROUST

Message  Louvaluna le Dim 23 Nov 2008 - 15:52

De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 30/03/2006 18:43

Le Côté de Guermantes

Marcel Proust

Troisième tome de l'édition originale de À la recherche du temps perdu, il comprend le début de Sodome et Gomorrhe (même si c'est le titre du tôme suivant, ah la la pas simple cette série).

Le narrateur va visiter son ami Saint-Loup en garnison, visite qui lui avait promis lors du séjour à Balbec, mais non honorée pour cause d'attirance envers les jeunes filles en fleurs. Le narrateur craint un peu ce voyage (comme toujours), mais il est rapidement charmé par la vive camaraderie masculine qui règne parmi ce groupe de militaires d'élite de la cavalerie. Il passe quelque temps dans cette ville, prend goût à observer les manoeuvres et la vie militaire. Il revient à Paris, mais au cours d'une soirée avec Saint-Loup et la maîtresse de celui-ci, les amis se brouillent. Le narrateur interrompt ces fréquentations, mais il se découvre une nouvelle passion : la duchesse de Guermantes, sa nouvelle voisine (en fait, c'est lui qui a déménagé). Il faut rappeler qu'il s'agit des mêmes Guermantes de Combray, du côté de la promenade qui s'opposait à celui de Swann; l'aristocratie et la bourgeoisie dos à dos. Le narrateur fait ridiculement le guet dans sur le parcours matinal de la duchesse pour avoir la chance de l'appercevoir quotidiennement et peut-être même réussir à se faire saluer (rappelons que le narrateur a atteint la vingtaine). Après quelques tractations, malgré certaines gênes, il parvient à se faire inviter pour une soirée chez la duchesse. Il profite de cette première soirée dans le monde aristocratique pour bien étudier la faune qui y sévit. Par une combinaison de relations et de hasard, il réussira aussi à dîner chez la cousine de la duchesse, la princesse de Guermantes. Ceci l'amènera à faire plus ample connaissance avec l'étrange Palamède, le baron de Charlus, qu'il avait déjà rencontré lors d'une soirée qui l'avait laissé perplexe à Balbec. Un jour, le narrateur surprendra ce même baron avec le giletier Jupien en train de pratiquer des actes contre nature(!). Après son premier contact avec la perversion, alors que la fille de Vinteuil cracha sur le portrait de feu son père sous les encouragements de son amie, il est maintenant le témoin auriculaire d'ébats d'inverties; il découvre le monde des Sodomites...

J'abordais ce tôme avec anticipation, car la lecture des deux premiers m'avait passionné. Celui-ci a toutefois rafraîchi mes ardeurs. Je m'y suis ennuyé, j'ai trouvé les soirées dans les salons longues et peu intéressante : trop de dialogues de flèches contre les absents et les rivaux, de remontées de la généalogie, de discussions ineptes... La première soirée chez la duchesse fait forme elle seule une part importante du tôme. Proust profita de cette oeuvre pour critiquer ce milieu déclinant, mais le fond semble avoir atteint la forme. Les scènes avec la grand-mère, Swann ou le baron de Charlus ranimaient mon intérêt, mais elles étaient malheureusement rares. Toutefois, elles auguerent bien de la suite. Je vais prendre une pose de ces milieux, mais j'y reviendrai quand même. Une petite citation pour illustrer la puissance d'attrait des salons bien cotés :

"Mme de Cambremer ne quittait pas des yeux la duchesse et la princesse de Guermantes, ce qui lui était d'autant plus aisé que, n'étant pas en relations véritables avec elles, elle ne pouvait avoir l'air de quêter un salut. Être reçue chez ces deux grandes dames était pourtant le but qu'elle poursuivait depuis dix ans avec une inlassable patience. Elle avait calculé qu'elle y serait sans doute parvenue dans cinq ans. Mais atteinte d'une maladie qui ne pardonne pas et dont, se piquant de connaissances médicales, elle croyait connaître le caractère inexorable, elle craignait de ne pouvoir vivre jusque-là."

3/5

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De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 22/07/2006 04:39

Sodome et Gomorrhe

Marcel Proust

1921-1922

Ce volet d' À la recherche du temps perdu s'imbrique parfaitement dans le précédant (en fait, la début de Sodome et Gomorrhe est habituellement publié dans la fin du volume Le Côté des Guermantes). Dans Le Côté des Guermantes, le narrateur effectuait son entrée dans le grand monde par la fréquentation des Guermantes, mais il prenait aussi pleinement conscience de l'existence des "invertis", lorsqu'il espionne auditivement Charlus et Jupien qui "s'ébattent" alors qu'ils se croient seuls. Le volet Sodome et Gomorrhe de l'oeuvre poursuit dans ces deux voies, soit l'homosexualités et les mondanités, mais il raconte aussi l'évolution de la relation entre le narrateur et Albertine. Malgré leur apparente éloignement, de nombreux fils lient ces trois thèmes. Le récit débute à Paris, mais se déplace ensuite vers Balbec, pour un nouvel été. Le narrateur y fréquentera alors le salon des Verdurin, celui que Swann fréquentait avec Odette avant d'en être chassé.

Le début de ce volet est principalement consacré à l'étude de la personnalités et des comportements des différents types "d'hommes-femmes", les invertis. Les homosexuels pullulent dans cette oeuvre : le baron de Charlus, le giletier Jupien, l'artiste Morel, des garçons d'hôtel ou de course... De plus, les femmes aussi font preuve d'une telle "perversité" : les cousines de Bloch, mademoiselle de Vinteuil, des jeunes femmes au casino, au bal ou à la plage, nombreuses s'adonnent au saphisme. Même si l'auteur est obligé de critiquer l'homosexualité (pour pouvoir être publié), il est étonnant de la voir si clairement décrite dans un livre de cette époque. Les faits ne sont pas trop déguisés ou enterrés sous quelques sous-entendus clichés, les comportements et les personnages sont racontés en détails et crûment (pour l'époque s'entend). On sent que ce n'est pas le rejet habituel, pas une caricature grossière : le "sujet" est bien étudié. Pas étonnant que cette oeuvre ait goûté ensuite de la censure...

À Balbec, de retour au Grand Hôtel, le narrateur retrouvent plusieurs personnes qu'il y a déjà fréquentées. Chez Proust, la vie se répète et le présent rappelle toujours le passé, le temps est relatif. Le narrateur débute une fréquentation du salon des Verdurin, un autre monde que celui aristocratique des Guermantes. L'auteur est très critique des ces salons "intellectuels" :

"Presque aucun des fidèles ne se retenaient de s'esclaffer et ils avaient l'air d'une bande d'anthropophages chez qui une blessure faite à un blanc a réveillé le goût du sang. Car l'instinct d'imitation et l'absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules. Et tout le monde rit de quelqu'un dont on voit se moquer, quitte à le vénérer dix ans plus tard dans un cercle où il est admiré".

Nous découvrons aussi dans ce volet une facette beaucoup plus sombre du narrateur. Alors que depuis le début il se présente sous un jour innocent, faible et rêveur, on le découvre maintenant jouisseur, manipulateur et machiavélique, voir méchant. Le narrateur ne fréquente plus Albertine et ses amis que pour leur odeur de fleurs :

"Albertine m'avait fait prendre en note les dates où elle devait s'absenter et aller chez des amies pour quelques jours et m'avait fait inscrire aussi leur adresse, pour si j'avais besoin d'elle un de ces soirs-là, car aucune n'habitait bien loin. Cela fit que pour la trouver, de jeune fille en jeune fille, se nouèrent tout naturellement autour d'elles des liens de fleurs. J'ose avouer que beaucoup de ses amies - je ne l'aimais pas encore - me donnèrent sur une plage ou une autre des instants de plaisir. (...) Je comptai que dans cette seule saison, douze me donnèrent leur frêle faveurs. Un nom me revient ensuite, ce qui fait treize. (...) Hélas, je songeais que j'avais oublié la première, Albertine qui n'étais plus et qui fit la quatorzième."

"Je fis semblant d'être contraint d'écrire. (...) Je renonçai à poser à Albertine des questions sur sa soirée, je sentais que je lui ferais des reproches et que nous n'aurions plus le temps, vue l'heure qu'il était, de nous réconcilier suffisamment pour passer aux baisers et aux caresses. Aussi ce fut par eux que je voulais dès la première minute commencer."

La relation avec Albertine évolue, le narrateur la fréquente régulièrement et l'amène aussi chez les Verdurin. Toutefois, comble du désespoir, il en vient à soupçonner Albertine de se prêter à des commerces charnelles avec d'autres femmes. Ce fort soupçon causera une résolution qui fera irréversiblement basculer leurs vies. Puisque le souvenir des relations amoureuses difficiles de Swann et d'Odette, ainsi que de Saint-Loup et Rachel, encore le motif de la répétition, assaillent le narrateur, il aborde les relations amoureuses avec un esprit de conquête : toujours se faire désirer et ne jamais se donner, pour que l'autre nous cherche sans se détourner. Cette mentalité est tordue à un point tel que dans les dernières pages de ce volet, le narrateur prend un décision suprenante, et même choquante, qui va faire basculer sa vie et celle d'Albertine. Cette décision est tellement bouleversante que j'irais jusqu'à dire que la dernière page crée un suspens (oui, oui, il s'agit bien de Proust) qui pousse à se lancer dans le volet suivant, pour connaître la suite.

Ainsi, ce volet m'a permis de renouer avec le plaisir que j'avais éprouvé lors de la lecture des premières livres. Je vous recommande donc encore une fois cette merveilleuse oeuvre.

4,5/5

le réaliste-romantique



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 26/09/2006 02:24

La prisonnière

Marcel Proust

1923

Ce tome, comme les deux suivants, sont posthumes. Proust est décédé alors qu'il corrigeait les épreuves finales de La prisonnière...et le lecteur s'en ressent! Heureusement, Proust avait une conception d'ensemble de son oeuvre : les derniers tomes étaient déjà écrits au brouillon. Proust rédigeait souvent des scènes séparées qu'il agençait ensuite pour créer l'oeuvre finale. Ici, il n'a pu réviser qu'environ le tier de ce tome. Ainsi, pour le reste, les éditeurs doivent composer avec plusieurs versions dactylographiées et le manuscrit parfois indéchiffrable. La section non revue est plus ardue à lire, car les phrases ne sont pas toujours complètes et il y a des contradictions dérangeantes : des personnages réapparaissent après leur mort. À cause de tout ceci, j'ai trouvé moins intéressante et plus difficile la lecture de ce tome. Les phrases ne me berçaient plus, et l'impression de difficulté me ramenait des années en arrière, lors de ma première tentative de lire Proust (l'effet madeleine mis en abyme?).

Et le fond n'a pas ajouté à mon appréciation du livre. L'histoire se déroule sur seulement quelques journées, principalement en lieu clos, et il ne se passe pas grand chose, le lecteur en vient à éprouver un sentiment d'étouffement. Le narrateur révèle son côté dominateur, tyrannique et méchant : il a invité Albertine a habiter avec lui à Paris lorsqu'il la soupçonne de s'adonner au saphisme, car, chez lui, il peut plus facilement contrôler ses sorties, la manipuler et la faire suivre. Du moins, c'est ce qu'il croit...

Proust traite à nouveau de l'homosexualité, pour vider son sujet, mais il m'a semblé se répéter plutôt qu'ajouter. On voit se dessiner les motifs de la répétition dans l'existence : la relation du narrateur avec Albertine présente des parallèles avec celle entre lui et Gilberte, mais surtout avec celle entre Swann et Odette. Ce thème est surtout développé dans le dernier, ce qui me laisse espérer un regain d'intérêt, surtout qu'il est plus travaillé que La prisonnière et La fugitive (mais je crains pour le prochain).

2/5

le réaliste-romantique



De : Zorbilinus Envoyé : 19/11/2006 21:56

Merci pour cette narration de ta lecture qui me replonge dans mes souvenirs de lecteur de Proust. Le prochain livre risque de te surprendre encore, surtout si les revenants t'indisposent ! Mais je n'en dis pas plus sur ce point, afin de ne rien dévoiler...

A propos, est-ce pour éviter un 'spoiler' que la critique de « Guermantes » ne contient aucune allusion au final ? Trois pages dramatiques et terribles préparées par une bonne centaine de pages durant lesquelles tout semble futile et anodin: il fallait oser! Mais Proust n'a-t-il pas tout osé?

De la même façon, la critique de « Swann » émet des doutes sur la place de ce livre dans la Recherche: « Il semble que Proust ait inséré cette partie pour illustrer qu'il était un romancier digne de ce nom, capable d'histoires autres qu'autobiographiques ». Certes, cette partie de la Recherche se distingue des autres, notamment par le contrat de narration. Pour une unique fois, le narrateur va être un narrateur « tout-puissant » qui parle à la troisième personne. La distinction cependant, s'arrête là. Proust avait l'intention de construire son oeuvre comme une cathédrale et « Un amour de Swann » en est une des arches principales, faisant boutant face à « La Prisonnière » notamment, mais surtout à toute la partie décrivant les amours malheureuses du narrateur, non avec Gilberte, mais avec Albertine. C'est pourquoi il a bien toute sa place dans la Recherche, et même une place déterminante, la vie de Swann agissant comme une prophétie de celle du narrateur.

Un dernier détail enfin: Combray était en réalité le village de Illiers, dans l'Eure-et-Loire, aujourd'hui « Illiers-Combray ».
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Marcel PROUST

Message  Louvaluna le Dim 23 Nov 2008 - 15:58

De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 06/12/2006 01:37

Albertine disparue (La fugitive)

Marcel Proust

1925

"Mademoiselle Albertine est partie!"

Ce roman débute exactement où le précédant volume se terminait, sans transition. Le narrateur réalise que, cette fois, il ne s'agit pas que d'une crainte, Albertine l'a effectivement abandonné. Il ne réalise qu'alors comment il tenait à cette jeune femme, au-delà du simple désir de la sauver de la perversion. Il tente de la ramener, mais, fidèle à sa personnalité, sans lui faire sentir qu'il l'aime, plutôt par la jalousie et la manipulation. Alors qu'il croit toujours à ses chances de réussite, le jeu de séduction est brutalement interrompu : Albertine décède d'une chute de cheval. La tristesse empreint le narrateur, et il songe aux différentes pertes de sa vie : Gilberte, sa grand'mère, Albertine. Pour se changer les idées, il entreprend finalement ce voyage à Venise avec sa mère, voyage prévu depuis son enfance. Mais même dans cette merveilleuse ville étrangère, son passé le rattrape, dans un télégramme mal lu, ou encore dans le motif d'un costume du personnage d'une fresque vénitienne.

J'ai enfin retrouvé le grand plaisir de la lecture de cette oeuvre. L'auteur réduit ses digressions et commence à remballer le tout pour clore son grand cycle. Les souvenirs sont rappelés, ils sont comparés, classés et liés. La mort d'Albertine ne semble pas attrister autant le narrateur que la vision de toutes ses pertes et du passage du temps. Un excellent volume de cette série.

La publication de ce volume est posthume, l'auteur n'a pas eu le temps de lui apporter toutes les corrections qu'il désirait. Conséquemment, on retrouve certaine incohérence, des personnages décédés dans le volume précédant sont toujours vivants. Toutefois, ce ne sont surtout que des difficultés d'arrimage de ce volume dans l'ensemble de l'oeuvre, le volume en tant que tel est plutôt cohérent, il se lit très bien, beaucoup mieux que La Prisonnière. Dans ce dernier cas, l'auteur était au milieu du processus de correction lors de son décès, le volume était donc à moitié corrigé, ce qui se révèle pire que pas du tout. Le présent volume est une version préliminaire très satisfaisante. J'ai bien hâte au prochain volume (que je prévois lire pendant le congé des fêtes).

5/5

le réaliste-romantique



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 02/01/2007 19:34

Le Temps retrouvé

Marcel Proust

1927

Tome final d'À la recherche du temps perdu. Bien que posthume, celui-ci est plus "terminé" que les deux précédents (aussi posthumes), car Proust avait déjà complété Le Temps retrouvé un certain temps avant son décès. Il a écrit le début de son oeuvre, la fin, puis a rempli le tout par l'intérieur. Ce tome est l'excellente conclusion qui boucle magistralement l'oeuvre, tous les éléments des différents épisodes sont rassemblés et mis en perspectives. On voit finalement les liens entre des actions qui semblaient d'abord éparses.

La première partie de ce tome se déroule durant la Première guerre mondiale, un des événements, avec l'affaire Dreyfus, qui ancrent l'oeuvre dans son époque et permettent d'explorer sous microscope le milieu social du narrateur. Les opinions demeurent aussi tranchés et superficielles que lors de l'affaire Dreyfus, et les adversaires de hier sont maintenant alliés contre d'anciens alliés, faisant fi de toutes le calomnies passées. Après le Juif, c'est maintenant le Boche qu'il faut haïr sans réflexion. Le narrateur, malade chronique, évidemment réformé, observe la vie mondaine qui continue dans le Paris des planqués, telle Mme Verdurin qui, en temps de rationnement, se fait prescrire par un médecin un croissant quotidien au vrai beurre pour "combattre ses migraines".

L'oeuvre effectue ensuite un brusque saut dans le temps, saut d'une durée floue, pour se situer plusieurs années après la fin de la guerre, à une matinée de la nouvelle Mme de Guermantes. La plupart des protagonistes des tomes précédents sont présents, ou sinon évoqués. Ils ont, incluant le narrateur, considérablement vieilli. La plupart ne sont que des spectres des êtres flamboyants qu'ils ont été, alors que de jeunes nouveaux membres arrivent dans le monde et ignorent tout des références qui peuvent encore unir ces survivants. Le narrateur est fortement affecté par le passage du temps et son effet incoercible sur les êtres : alourdissant, empâtant et ployant.

Néanmoins, c'est aussi lors de cette matinée que le narrateur prend conscience de l’éventuelle forme de l’oeuvre qu'il a toujours sentie en lui. Un pavé surélevé, un bruit de cuillère et la texture d'une serviette le ramènent à Combray, ce qui rappelle une autre résurgence de souvenir involontaire, racontée dans le premier tome, le célèbre épisode de la madeleine et du thé. Le narrateur saisit l'occasion pour élaborer sa vision de l'écriture et de la lecture.

"Car peut-être j'aurais pu conclure [de ces pages] que la vie apprend à rabaisser le prix de la lecture et nous montre que ce que l'écrivain nous vante ne valait pas grand-chose ; mais je pouvais tout aussi bien en conclure que la lecture au contraire nous apprends à relever la valeur de la vie, valeur que nous n'avons pas su apprécier et dont nous nous rendons compte seulement par le livre combien elle est grande."

"En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même. L'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre il n'eût peut-être pas vu en soi-même."

Pour dissocier le narrateur de l'auteur, le Temps retrouvé ne précise pas si le narrateur réussi à mettre sur papier l'oeuvre qu'il porte, tel Proust, ou bien s'il demeure stérile, tel un Swann qui ne publiera jamais son ouvrage sur Vermeer. La similitude ambiguë entre le narrateur et l'auteur constitue une autre force de cette oeuvre.

Ainsi, après une année de ce merveilleux voyage dans le monde du début du XXe siècle avec Proust, année qui a en plus inclus un voyage au vrai village d'Illiers-Combray, j’en ai terminé de ce périple. Tout bonheur a une fin, heureusement que l'on peut revenir encore et encore à nos livre chéris…

"Aussi, si elle m'était laissée assez longtemps pour accomplir mon oeuvre, ne manquerais-je pas d'abord d'y décrire les hommes, cela dût-il les faire ressembler à des êtres monstrueux, comme occupant une place si considérable, à côté de celle si restreinte qui leur est réservée dans l'espace, une place au contraire prolongée sans mesure puisqu'ils touchent simultanément, comme des géants plongés dans les années à des époques, vécues par eux si distantes, entre lesquelles tant de jours sont venus se placer - dans le Temps.

FIN"

5/5

le réaliste-romantique



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 07/02/2007 02:08

Les Plaisirs et les Jours suivi de L'indifférent

Marcel Proust

1896

Ce recueil de nouvelles, récits, vers et vignettes est le premier livre publié de Marcel Proust. Il demeurera toutefois très peu vendu, car il était offert uniquement dans une édition de luxe chère qui comprenait des aquarelles et de la musique de deux de ses amis. On a plutôt découvert le livre après le grand succès de La recherche du temps perdu.

Le contenu est inégal, certaines nouvelles sont intéressantes, mais la plupart des chapitres tombent à plat. Souvent, ce n'est qu'un extrait d'une pièce ou d'un texte imaginaire, donc on connait peu les personnages et il n'y a pas de dénouement, de développements ou encore pas d’action. Seule la nouvelle la fin de la jalousie a suscité mon intérêt. Plusieurs textes renvoient à des référents de l'époque, dont on ne peut saisir les allusions aujourd'hui. Ce livre s'adresse aux exégètes de Proust qui veulent tout connaître de leur auteur fétiche, mais on est surpris du style qui est généralement aux antipodes de celui qu'on lui connait dans le reste de son oeuvre. Les phrases sont courtes, souvent simplistes. Certains pourraient argumenter le contraire, mais je n’ai pas senti l’oeuvre à venir.

2,5/5

le réaliste-romantique



De : DKOIS Envoyé : 15/01/2008 19:15

UN AMOUR DE SWANN de Marcel PROUST
Livre de poche 252 pages

Charles Swann est follement amoureux de Odette de Crécy. Aussi, dans la mondanité bourgeoise de la fin du XIX siècle il s'efforce de conquérir un coeur qui ne lui est destiné.

J'avoue humblement que je suis incapable d'un résumé plus précis de ce roman. Je n'ai compris que ça !
Ce roman est typique d'une littérature classique qui préviligie le style à l'intrigue. J'ai eu l'impression de lire et relire continuellement les mêmes pages et ma concentration s'écartait régulièrement de ma lecture. Je suis toutefois rassuré à la lecture de la présentation de Proust rédigée par " réaliste-romantique ". Je cite : " l'oeuvre de Proust fut de son vivant l'objet de vives contreverses entre ceux qui la trouvaient géniale et ceux qui la proclamaient illisible ". Ouf ! je ne suis pas le seul.
Je ne déconseille pas ce livre, je laisse à chacun de juger par soi-même, mais qu'en même...bon courage !
Ma note : 2/5
Dkois



De : Le-réaliste-romantique Envoyé : 16/01/2008 01:46

Comme je l'avais indiqué dans ma critique, ce ne fut pas l'illumination soudaine à ma première lecture de cet oeuvre: j'ai trouvé ceci long, ennuyeux et complexe, avec quelques passages intéressants de sa prime jeunesse, ou de Swann qui silonne Paris pour retrouver Odette (les passages souvent évoqués ailleurs). Je n'y serais pas revenu si ce n'était de ma douce qui l'adorait et lisait toute la série.

Après plusieurs années, j'étais probablement plus "vieux", possédant plus de souvenirs, donc plus sympathique au narrateur et au style...

Peut-être un jour trouveras-tu du plaisir à relire ce livre...ou peut-être pas. Certains aiment, d'autres pas.
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Re: Marcel PROUST (France)

Message  cecile le Jeu 9 Juil 2009 - 17:19

J'ai lu tous les livres précités et j'adore coeur
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Re: Marcel PROUST (France)

Message  Aurore le Sam 16 Juil 2011 - 11:36

L'indifférent suivi de Souvenir et Avant la nuit - Marcel Proust ; textes lus par André Dussollier
(Audiolib, 2009, 45 min d'écoute)




Madeleine de Gouvres est une veuve belle et intelligente. Celle-ci s'éprend de Lepré, un homme "très gentil, mais très insignifiant". Elle s'évertue à tenter de le séduire mais le jeune homme semble insensible à ses charmes. Madeleine en est ébranlée, elle qui se sait désirable et courtisée de nombreuses hommes, pourquoi lui ne succombe pas?
Plus elle y pense, plus elle est agitée par le désir incompréhensible de le faire flancher. Les jours passent et même si leurs sentiments respectifs ne changent pas, Madeleine en est de plus en plus tourmentée.
Elle s'accroche aux entrevues, aux hypothétiques lettres qui pourraient arriver arriver, aux ragots des amis qui pourraient l'aiguiller sur la tactique à adopter avec lui pour ne serait-ce que le comprendre.

Souvenir c'est le récit de parfums qui subjugue le narrateur. Séjournant dans un hôtel, il est enivré par les effluves de parfum venu d'une chambre où logent deux personnes nommées Violet et Clarence. Lorsque les deux partent, des fioles sont à terre et répandent une forte odeur de parfum. Le narrateur garde un souvenir intact de ses parfums olfactifs qui ont marqué sa jeunesse.

Avant la nuit c'est la confidence d'une vieille femme à son ami. Celle-ci veut, aux derniers instants de sa vie, lui révéler un ultime secret qu'elle a longtemps enfoui. Une balle lui a été tirée et, une fois extirpée, a provoqué sa maladie qui aura été sa perte. Qui a pu vouloir lui faire du mal? Dans ce tête à tête final, la malade va se dévoiler pour pouvoir partir l'esprit serein.

La voix d'André Dussollier est magique sur le texte de Marcel Proust. Ne l'ayant jamais lu, il fut un guide à la voix pleine de mystère et de charme, conduisant l'auditeur vers des personnages hauts en couleur. On boit ses paroles et ce qu'il nous raconte comme si une vérité en découlait. Le plaisir est incommensurable avec cet autre livre-audio que j'expérimente. Je suis charmée !

4/5

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Re: Marcel PROUST (France)

Message  Réaliste-romantique le Mar 21 Juil 2015 - 12:28

Du côté de chez Swann

Hé oui, encore une fois… C'est donc ma troisième lecture de ce livre (voir le premier texte au début de cette discussion) et une expérience différente à chaque fois. Aujourd'hui, je suis beaucoup plus connaissant de l'univers du narrateur, pour avoir lu tous les volumes il y a un peu moins de 10 ans, mais aussi parce que j'ai vu des adaptations en BD et en films. J'ai alors découvert qu'il y a énormément de ficelles qui rattachent ce volume avec les autres. Les allusions devaient être incompréhensibles en 1913, mais aujourd'hui, alors que l'on peut connaître toute l'oeuvre, on comprend que Proust avait d'abord construit un univers et qu'il le décrivait en partie.

Ce roman en est quand même un de contemplation. Pour l'apprécier, il faut être prêt à se laisser bercer et à passer beaucoup de temps sur les détails. Pour moi, j'ai profité, pour lire ce livre, des après-midi de congés juin-juillet trop humides pour faire autre choses. Ma vision de ce livre est encore la même, je conserve le 5/5. Je vais probablement relire un volume par année, c'est une bonne lecture de début d'été.

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Re: Marcel PROUST (France)

Message  Réaliste-romantique le Jeu 10 Nov 2016 - 14:19

À l'ombre des jeunes files en fleur

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé, une décennie plus tard, les aventures du narrateur d'abord avec Gilberte et sa famille, ensuite sur le bord de la mer. Je ne referai pas le résumé, celui de 2006 ci-haut est très bon. J'ai mieux apprécié ce tome lors de cette deuxième lecture. Il est très riche, on y retrouve de nombreux personnages colorés et intéressants : la famille de Gilberte, Bloch, St-Loup, Charlus et les jeunes filles. La période au bord de la mer est très picturale, le paysage maritime influence beaucoup le narrateur.

À l'image de la partie Nom de pays, j'ai débuté la lecture en juin, alors que l'on peut encore tout espérer de l'été, et je la termine en novembre, alors que la température chute, les jours sont courts et l'été n'est plus qu'un souvenir. Je vais me présenter au salon des Guermante en janvier.

J'augmente ma note par rapport à ma première lecture : 5/5

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Re: Marcel PROUST (France)

Message  kattylou le Ven 11 Nov 2016 - 8:15

A l'ombre des jeunes filles en fleurs
J'ai un peu moins apprécié ma lecture que celle faite il y a 20 ans c'était mon roman préféré de la Recherche. J'ai aimé retrouver les personnages de et en découvrir de nouveaux et je trouve que l'écriture est magnifique effectivement la partie se passant à Balbec est très visuelle Un de mes passage préféré est celui de la lumière qui décline avec la fin de l'été .On ne peut pas reprocher à Proust de ne pas fouiller le caractère de ces personnages mais je dois avouer avoir survolé quelques passages notamment celui de Monsieur de Norpois au début du roman qui peut rebuter le lecteur . 

 J'ai mis trop de temps à le lire commencé en Juin après RR et terminé fin Octobre cependant ce livre a été mon refuge après des romans un peu violent je retrouvais avec bonheur cette écriture .
RRRendez vous donc en Janvier du coté de Guermantes.
4.5/5

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Re: Marcel PROUST (France)

Message  Réaliste-romantique le Sam 29 Avr 2017 - 21:21

Le Côté de Guermantes

Vous pouvez lire mon résumé écrit au cours de la décennie précédente ci-dessus, l’histoire n’a pas changée (quoique là j’ai lu dans une édition folio Gallimard et elle ne comprenait pas le début de Sodome et Gomorrhe, je devrai la trouver ailleurs).

Ouf, j’ai trouvé ça encore plus long qu’à la première lecture. Les scènes dans les salons sont très longues. Il y a quelques épisodes très forts dans ce volume, mais ils sont entourés de tellement de blablas mondains. Le livre se clôt sur une pièce d’anthologie, la scène des souliers rouges : Swann vient d’annoncer aux Guermantes qu’il est mourant, mais ceux-ci le bousculent pour arriver à l’heure à une soirée, minimisant sa situation. Le duc réalise toutefois que sa femme a mis des souliers noirs avec une robe rouge : il la renvoie monter à l’appartement pour les changer, tant pis pour l’heure d’arriver, on nous attendra!

2,5/5

RR

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