André DHOTEL (France)

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André DHOTEL (France)

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:22

De : gallomaniac (Message d'origine) Envoyé : 2006-12-05 11:45

André DHOTEL, "Le Roman de Jean-Jacques"
Série "vies et visages", Editions du Sud 1962, 256 pg. Ma note après relecture: 4,5/5

Une biographie de Jean-Jacques Rousseau, que je ne résume pas, je me contente de commenter le livre et l'auteur Dhôtel.
Cette biographie, bien que scientifiquement correct, n'a pas la prétention d'être un oeuvre scientifique. C'est plutôt un livre de classe de littérature: 12 chapitres qui décrivent 12 périodes bien délimités de la vie de Jean-Jacques, chaque chapitre suivi de quelques extraits de textes de Rousseau et des photo's. Souvent, les livres de classe sont ennuyeux. Mais le livre d'André Dhôtel se dit "roman" et se lit "comme un roman". J'aurai aimé avoir un tel professeur de littérature, je crois. La lecture est tout à fait un plaisir. Puis on apprend à connaître la vie et à un peu comprendre Jean-Jacques et ses contemporains. Et enfin, le livre donne envie de lire Rousseau. Et... de lire Dhôtel dans ses romans: il en a écrit une quarantaine. Ses romans ont pour thème principal les turbulences de la jeunesse et le passage à l'âge adulte. Dhotel décrit avec finesse cet âge ingrat de paradoxes et de revoltes, de l'éclosion des sentiments, de soif de merveilleux, d'idéalisme et de déceptions; sans juger, avec une grande compréhension; et cela dans un style serein, apaisant. Oui, apaisant pourrait être le mot qui convient. D'autres diront poétique: on a comparé ses livres avec "Le Grand Meaulnes" d'Alain-Fournier. Il ne faut pas chercher de la suspense chez Dhôtel, pour bien goûter ses livres il faut tout de même s'ouvrir à cet apaisement, cette poésie.
La nature et les sites sont aussi importants dans l'oeuvre de cet écrivain Ardennais, grand promeneur dans la nature comme dans l'imaginaire.

Emile André DHOTEL né le 1° septembre 1900 à Attigny, décédé le 22 juillet 1991 à Paris. Ecrivain, obtient le prix Femina ( Pour "Le Pays où l'on n'arrive jamais", son livre le plus connu, mais il ne faut pas s'en arrêter là), le Grand Prix de Littérature de l'Académie Française, le Prix National des Lettres, est le Président des Ecrivains Ardennais de 1964 à 1989.
Dhotel a aussi reçu l'honneur d'une asteroïde Dhotel au ciel.
Quelques titres : La route inconnue, Le ciel du faubourg, L'homme de la scierie, Lumineux rentre chez soi, Le mystère de Charlieu-sur-Bar, La maison du bout du monde, Le mont Damion, Les voyages fantastiques de Julien Grainebis, L'île aux oiseaux de fer.




De : gallomaniac Envoyé : 2007-01-05 14:28

Idylles, de André Dhotel. Receuil de 10 nouvelles. Ma note 5/5
Gallimard 1961, Folio 2005, 322 pg.

Idylle au Chesnes-Populeux: À la fin d'un été passé ensemble, deux enfants de 12 ans se donnent rendez-vous dans huit ans. Huit ans plus tard, il y a un surprenant aide pour mémoire.
Idylle à Samos: Un jeune professeur parisien amoureux d'une étudiante, devient bateleur en Grèce; plus tard, la fille en vacances engage le bateleur et son coeur la fait deviner qui est ce personnage.
Jean-René sur les toits: Jean-René, vivant les premières angoisses de l'amour pour Marie-Jeanne, est endetté. Après un tentative de vol il vit en exclusion. Un jour, il apprend qu'on essaye de marier Marie-Jeanne.
La maîtrise des va-nu-pieds: Une bande de garnements qui siège sur un îlot, fonde une "maîtrise" pour inviter une fille qui chante bien. La bande sera remuée par la musique, par les sentiments amoureux et par les forces de la nature.
La nuit d'été: Un vieux père avec un amour tyrannique pour femme et fille se trouve coincé tout une nuit dans un cerisier, planté en souvenir d'un premier sentiment amoureux; sa fille prend l'occasion de fuir avec sa mère et l'homme de son coeur.
La fille du Général: Surnom d'une vieille fille riche, qui aide, mais de façon haineuse, un homme pauvre. Elle l'aide même à s'installer en mariage, mais l'attitude haineuse reste, jusqu'au jour qu'un simple geste apporte l'apaisement.
La sorcière: Un jeune homme travailleur quitte son village pour couper court à la rumeur que lui et sa soeur s'aimeraient trop. Mais il y a une doute sur la parenté. Son chef va chercher la reponse chez une sorcière.
La Haute Rivière: Une jeune fille, deux garçons vaguement amoureux. Un vol de portefeuille a des suites qui vont influencer les relations, les sentiments et les destinations.
La longue journée: Arthur et Julien, musiciens ambulants, admirent une jeune fille belle; le fiancé les menace et un accident arrive qui met les deux hommes en fuite. Il jouent longtemps au cartes à qui prendra la culpabilité sur soi. Quant à la fille?
Cieux éclatants du soir: Un gars est à cause d'une fille par farce inculpé pour vol. Il se met en service d'un homme mis au ban pour un meurtre non prouvé. Quand la fille fait un vol à son tour, l'homme essaye de sauver les amoureux.

Les résumés ne reflètent pas la poésie dans les récits, les tournures imprévus, les fines déscriptions et les profondeurs subtiles. L'histoire ne tourne jamais à la tendresse facile. Les villages et la nature y sont très présentes et aussi variées que les sujets. La seule répétition évidente est que souvent les personnages espéront "un événement imperceptible qui donnerait une joie immense sans rien changer". Dhotel fait ressortir le merveilleux de l'ordinaire. Presque chaque récit se termine sur un départ vers l'inconnu ou sur une phrase poétique pleinement humaine. Jugé comme receuil, je le note 5/5.

Quelques citations :

* "L'amour les avait frappés comme un malheur. Quoique cela soit aussi un bonheur."
* "En vérité, personne n'est capable de mésurer le bonheur. On peut en être comblé presque au-delà des forces humaines. Evidemment, cela n'arrive pas tous les jours."
* " "- Il n'y a rien de plus beau que le coeur d'un enfant criminel. Mais il faut te repentir Jean-Marie." "
* "...et ils éprouvaient réellement cette sorte d'ennui de l'adolescence, qui est l'incompréhension du monde organisé par les adultes."
* "Il était de ceux dont on aime suivre l'activité parce que le rythme heureux de leur gestes voile tout effort."
* "À vingt-cinq ans il est agréable de vivre sans réfléchir des semaines et des mois".
* "Les merveilles de la lumière dans les yeux d'une bête proclamaient peut-être que la nature n'était pas encore contre eux tout entière."




De : gallomaniac Envoyé : 2007-01-07 15:59

Des trottoirs et des fleurs, André DHÔTEL. Ma note 4,5/5
Gallimard 1981, 270 pg.

Résumé.
Léopold a du talent comme dessinateur et du travail comme photographe. Il dessine sur les murs et les trottoirs des fleurs et des cactus "juste pour voir", sans ambition. Il court un peu les filles, dont une est la soeur de Cyrille, oisif talent littéraire, rédacteur d'un petit journal. Cyrille demande Léopold comme photographe pour partir à deux sur les chemins des reportages et de la campagne Ardennaise. Une fois, ils étaient à ne rien faire sous un arbre et rêvaient d'aller visiter des oeuvres d'art dans les musées. "Soudain, l'amitié était là".
Léopold a maintenant une certaine renommé et plusieurs filles commencent à tourner autour des garçons. Ils sont présentés à deux soeurs, Clarisse et Pulchérie. "Que se passait-il donc? Léopold et Cyrille ne le comprirent vraiment que plus tard."
Plus tard, après un temps de lente approche et qu'il n'était plus question de faire un brin de cour, Léopold se marie avec Pulchérie et Cyrille est presque fiancé avec Clarisse. Très vite, Pulchérie veut que son mari se met à "barbouiller" de la toile. Mais Léopold ne fait que dessiner des fleurs sur le trottoir et des palmiers pour sa femme. Alors Pulchérie veut qu'il parte jusqu'à ce qu'il apporte un vrai tableau qui a du sens, non: dix tableaux. Il s'installe chez Cyrille. Il y a des attempts de médiation, les deux hommes continuent de vivre pour la contemplation de la beauté dans l'art, les filles et la nature, avec une oisivité rélative - car ils ont leur travail.
Plus tard, et après quelques péripéties (ils font quelques reportages et des séries de photographies; rencontrent un cactéophile maniaque qui s'étonne de la précision des dessins de cactus de Léopold), les deux soeurs changent d'attitude et commencent un difficile nouveau jeu d'approche.
Plus tard encore, juste au moment que la séparation semble definitive, toute résistance craque sous l'effet d'un jeu de lumière insolite du soleil qui attire l'attention des quatre simultanément: "...on n'aurait pu dire si c'était de la simple beauté ou de l'épouvante. Pareille chose n'arrive pour ainsi dire jamais dans une vie. Seigneur, était-ce là ce qu'on attendait depuis toujours?"

Aucun de ses livres n'est un chef-d'oeuvre, et pourtant, presque tous ses livres portent ce sens du merveilleux dans l'ordinaire, qui font que - après quelques-uns de ses livres lus - en prenant un autre livre, déjà ce sentiment de merveilleux et d'apaisement me remplit avant même de lire, puisque le merveilleux est déjà là. Aucun autre auteur me donne de telles sensations. Pour donner une image du jour, le merveilleux chez DHÔTEL est comme la sève trouvée dans le gâteau des Rois: c'est gratuit, ça ne change pas la vie, mais c'est quand même merveilleux quand pareille chose vous arrive. Les livres ne connaissent pas de "happy end" dans le sens traditionnnel du mot, mais le lecteur se sent "happy" tout de même.
On a l'impression, qu'André DHÔTEL, professeur de lycée, a suivi tous ses élèves avec amour et tendresse dans leurs vies, (jusqu'à ce qu'ils partent ailleurs, alors il faut les laisser partir) et qu'il réussit à transposer sur le lecteur les mêmes sentiments pour ces personnages de roman. C'est la vie ordinaire qui, illuminé par le coeur attentif et discret du romancier, prend allure de merveilleux et illumine le coeur du lecteur. C'est cela, la force de DHÔTEL.




De : gallomaniac Envoyé : 2007-01-12 15:54

Le ciel du faubourg, André DHÔTEL. Ma note 4/5
Grasset 1956, Les cahiers rouges 1984, 255 pg.

A Nogent, Rue des Freux, dans une banlieu de HLM's et de maisonnettes, peu de temps après la guerre, les jeunes gens Marc Fortan, Paul Dassigne, Solange et Emilie, se trouvent embrouillés dans des mystères du passé de leurs parents: des questions financières, des relations de parenté, des personnes portées disparus. Les jeunes hommes sont amoureux des deux filles, qui les évitent. Un ami de Marc est collectionneur d'insectes; trois garnements écoutent en secret et donnent à haute voix leurs commentaires sur les choses les plus secrètes; le vosinage bavarde sur tout et rien.
Un jour Dassigne tombe à mort de sa terrasse sous les yeux des garnements, qui ont la frousse et "d'un coup sont assagies comme jamais avant"; ils ont vu un homme aux gants verts et avancent que cet homme est l'assassin. Autour de ces événements il naît un air de mystère et les langues du voisinage vont bon train. Tout semble être lié: la mort de Dassigne; l'absence du père et du frère de Marc; l'existence d'un domaine inconnu; la trouvaille d'un insecte rare; les passages de l'homme aux gants verts Harset; le départ d'Émilie, puis de Solange. Après quelques vaines recherches Paul et Marc se remettent à se laissent vivre. Des saisons passent, les mystères restent, et un jour les garnements exités viennent montrer un insecte: qui ne peut venir que du domaine inconnu, ce qui prouverait que Harset serait venu là: meurtrier ou non, les enfants veulent savoir. Fortan a une idée: il va écrire la Société d'histoire naturelle de Clamécy. Ainsi Paul et Marc retrouvent au Morvan la trace du domaine, des deux filles et de Harset, mysanthrope et grand amateur de bêtes, d'arbres et d'insectes. Des secrets sur le frère de Marc sont dévoilés, ainsi que d'autres mystères. Harset et les filles s'eloignent encore. Entre-temps, les jeunes hommes vont travailler en usine, et retombent là sur les deux filles. Après quelques rendez-vous gâtés et encore un temps, on va chercher le père de Marc et suivre la trace de Harset en Normandie, ce qui rapproche une fois de plus les deux jeunes hommes et les deux filles. Le voisinage s'excite sur cette réunion tendre, même si personne ne connait encore la suite.

Le temps ne coule que lentement dans ce roman, fait de petits riens qui prennent un air d'importance pour les habitants du faubourg. Chaque personnage entre imperceptiblement dans le récit, et prend progressivement consistance. Ainsi, l'auteur-narrateur (qui est deux ou trois fois présent dans le récit par une remarque à coté) utilise de plusieurs points d'observation, toujours en troisième personne: Marc et Paul, les garnements, des voisins; mais pas les jeunes filles, qui restent en observées. Parfois on se sent dépaysé pendant la lecture, puisque on ne sait pas si l'histoire mène quelque part. Mais peut-être que Dhôtel ne nous veut mener nulle part, seulement nous mettre un peu sur le chemin de la nature, de l'amitié, et de la tendresse amoureuse.

Citations:
(le voisinage:) "On éprouva une vive satisfaction à connaître enfin son nom, comme si cela suffisait pour résoudre les énigmes qu'on avait imaginées."
(les garnements:) "Ils savaient que l'homme aux gants verts c'était la personnification de la peur, aussi bien que telle fille ou tel garçon personnifiait à leurs yeux la beauté et que leur mère représentait la tranquillité à perpétuité (malgré les bagarres)."
"Le faubourg est le lieu rêvé de départs."
"L'amour. Est-ce que l'amitié était aussi venu au même moment?"
(sur la plage:) "Ils rencontrèrent des jeunes filles. Leur fidélité n'était pas à toute épreuve. - Nous sommes des gens comme tout le monde, disait Paul, des insectes de Dieu, mais des insectes."
(les garnements, 4 ans après: ) "Angèle, devenue jeune fille, imposait aux garçons une gravité nouvelle. Ils se promenaient ensemble avec le plus grand sérieux."
(un rendez-vous apparament raté: ) "Mais il y avait eu un beau mouvement d'accueil, ils en étaient sûrs, et sans doute elles n'avaient pas osées."
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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:31

De : gallomaniac Envoyé : 2007-01-18 15:47

Le plateau de Mazagran, André DHÔTEL. Ma note 4/5
Ed. de Minuit, 1947, Le guilde du Livre, Lausanne 1960, 205 pg.

Maxime et Gabriel travaillent en librairie comme vendeur et relieur. Ils aiment rouler en moto, Maxime est un fana du sport et Gabriel élève des petits chats. Quand le père de Maxime achète un salon de coiffure à Rigny, Maxime reste à la librairie dans la banlieu Parisienne. Maxime et Gabriel, mi-amis, mi-rivaux jaloux, sont amoureux de Juliette, qui est mariée, mais qui vit dès la nuit de noces éloignée de son mari en compagnie de son frère Octave. Le mari revenu, Juliette s'enfuit. Quand les garçons perdent leurs emplois, ils partent quand-même pour Rigny où ils sont apprenti-coiffeur et relieur. Maxime flirte un peu avec sa voisine Jeanne: "Comment expliquer cela? Maxime n'aimait pas Jeanne; il espérait l'aimer simplement." Et Gabriel se lie avec la soeur de Maxime. Maxime aime se promener sur le plateau de Mazagran et passer le temps à écouter des histoires dans l'auberge là-haut. A travers le roman, des histoires survenues dans le passé sur le plateau de Mazagran se rentrent par bribes dans le récit. Les garçons apprennent que Juliette et son mari vivent en secret quelque part sur le plateau. Il y a une affaire louche là-dessous, relaté à un suicide. Maxime va à la recherche de Juliette et du mari; alors les cancans des villageois jugent mal de Maxime jusqu'à ce qu'il se fait apprenti-forgeron. Il bavarde de nouveau avec Jeanne, qui veut qu'il n'arrête pas de chercher Juliette. Gabriel non plus a oublié Juliette. Cette recherche passe par beaucoup de détours, les garçons parcourent tout le plateau de Mazagran avec sa nature, belle puisque la première pour eux. Une tierce personne cause un drame. Malgré le deuil, la vie continue, "belle vie quand même", surtout quand les filles prennent les choses en main.

Mazagran et son plateau se trouvent dans l'Aisne au sud d'Attigny, lieu de naissance de l'auteur. "Rigny" dans le livre serait donc Attigny et Bermont la sous-préfecture Vouziers. Pour Dhôtel, le mystère réside dans ce que le futur n'est pas connu d'avance. Il choisit encore des jeunes de formation simple, à qui arrivent des choses simples et qui cerchent leurs propres voies dans la vie. Et de ces choses simples peut naître un "vrai roman". Écoutons ce que Dhôtel dit dans un article, publié vers 1950, dont je copie des fragments:

<<PREFACE A MILLE ROMANS
Vous entendez mille personnes dire : « ma vie, c’est un vrai roman. » Pas un roman vrai, mais bien un vrai roman. Cela suppose que certaines vies égalent ou dépassent l’imagination des meilleurs romanciers, et en outre, que ce qu’elles ont de vrai ce n’est pas seulement la vie vécue, la réalité des événements, mais le fait que les événements étaient fabuleux et que l’impossible s’est trouvé réalisé.
Il n’y a pas la moindre ambition dans cette affaire. Tout le monde sait bien aussi qu’il ne faut pas se monter la tête et que le prétendu roman n’est rien d’autre qu’un amour inespéré ou désespéré, une suite de tentatives très variables, une maison peut-être, des enfants, un travail, en somme tout ce qui est précieux pour nous, et sans intérêt universel. Mais chacun veut affirmer que c’est autre chose qu’une passion ou une recherche banales sur quoi la personne qui les vit s’illusionne à plaisir. Chacun a l’impression d’avoir trouvé le secret même de toute vie, le vrai roman dont il est nécessaire d’affirmer la chance, le malheur et la beauté. L’amant promène en tous lieux celle qui est pour lui la plus belle femme et la plus belle aventure du monde, la mère célèbre ses enfants, le malheureux conte ses deuils, le voyageur ses découvertes.
........................
Quant au romancier, que vient-il faire dans cette vie-là ? Rappeler tant bien que mal qu’il y a ces mille histoires fraternelles, jusque dans les forteresses peut-être et chez les barricadeurs de bois, et que le plus humble amour pouvait signaler la venue d’une chance merveilleuse. Par surcroît, tout cela n’a pas d’importance, comme lorsqu’on bavarde, appuyé sur le parapet d’un pont en regardant l’eau, en écoutant des voix lointaines, en saluant la vie qui vous jette à l’eau assez souvent.>> (André Dhôtel)




De : gallomaniac Envoyé : 2007-02-02 16:01

Vaux étranges, André DHÔTEL 4,5/5
Gallimard 1986, 267 pg.

"La rivière de Cassis roule ignorée / En des vaux étranges" - C'est par hasard que je lisais ce poème d'Arthur Rimbaud. Dhôtel a écrit "La vie de Rimbaud", et je suppose qu'il ait emprunté à ce poème le titre "Vaux étranges".

Oui, ce sont des vaux étranges, au-dessus de la rivière (Semois? Meuse?) qui méandre à travers Chavières, village quelque part dans les Ardennes Françaises. Sur les hauteurs boisées se penchent de gros rochers 'ruïniformes', qui pourraient bien être de vrais ruïnes d'un château. Alors, la municipalité veut se forger une légende pour attirer les touristes.
Désiré est un garçon du village avec le don de l'orthographe. Il est friand de mots savants souvent hors de propos, "n'ayant d'autre idée que de rien devenir". Il aime rôder de nuit parmi les rochers, pareil qu'Estelle, qui aime jouer le fantôme, et pareil que Lydie, une orpheline un peu sauvage. De balayeur au journal de Charleville, Désiré est devenu correcteur. Cela lui vaut quelque considération et il est élu conseiller municipal.
Désiré raconte partout l'histoire du fantôme pour tenir les autres éloigné d'Estelle. Quand le maire, pour libérer des fonds pour "une route du château", propage qu'il y a un fantôme dans les rochers, Désiré le contredit: il n'y a pas de fantôme. Les villagois le rétirent la considération fraichement gagné; et on donne l'ordre à Désiré d'aller embrouiller l'opinion publique dans le café. Les travaux de route commencent, les journalistes écrivent d'une possible légende et les touristes viennent.
Fantôme ou pas fantôme, tout le village s'en occupe. Quelques adultes, quelques jeunes y vont la nuit pour savoir. "Est-ce qu'ils cherchaient un fantôme ou une fille? - Estelle? - Estelle ou une autre. - Lydie? - Pourquoi pas?". Entre-temps, à cause de sa négation, Désiré est au ban du village et même des touristes. Tout seul depuis, il s'adonne en forêt à des rêves d'insectes et de fleurs, puis de filles et enfin des rêves de Lydie, cette orpheline sauvage, qui parfois, invisible en forêt, avait appelé d'une voix chantante son nom: Désiré, Désiré. Cela résulte à des poétiques rencontres, pendant lesquelles les deux plantent des fleurs sur le replat fait pour la nouvelle route. "Ils étaient unis par une vérité inexprimable qui n'était pas au fond de leur coeur, mais les enveloppait comme l'air, la lumière ou les ténèbres et dont ils se laissaient pénétrer."
Leur union remet en question le fantômatique autour des rochers. Un journaliste enquête vainement sur le rôle de Désiré et Lydie, "soudain devenus mystérieux"; mais il ne comprend pas; les touristes se retirent. "Chavières ne s'est exalté que pour mieux se précipiter dans un merveilleux ennui" mais grâce à Désiré et Lydie, le village a changé profondément: dorénavant, "il se présente justement en une apparence exotique".

Encore un livre poétique à souhait sur le merveilleux de l'ordinaire. Par la tournure des phrases, Dhôtel sait évoquer une dimension invisible: l'au-dedans des personnes, un au-dedans lumineux ou obscure. Il crée un monde de sensations, pas de raisonnements. Et de nouveau, tout le village participe aux événements. Dans ce livre, écrit à 86 ans, le narrateur place plus souvent des reflexions et Dhôtel est plus explicite que d'habitude sur quelques-uns de ses opinions:

"Le vieil instituteur était revenu sur son opinion au sujet de certain cancre ou crétin qui désertait l'école. <<Certainement, disait-il, Désiré Belcant savait que son avenir était ailleurs que dans ce que l'on enseigne. S'il a appris orthographe jusqu'à se hausser à un métier de correcteur, ce n'est pas selon nos méthodes de travail, mais grâce à un jeu inexplicable. Au lieu de travailler et de penser, d'abord il ne cessait de jouer.>>"

(sur les enfants du village qui prennent Désiré et Lydie dorénavant comme modèles:) "Les jeunes écoliers ne se passionnent pas pour l'orthographe comme notre héros, mais ils se livrent à des curiosités, collections de mouches, de pierres, de graminées, fabrication de pétards ou de fusées miniatures, à la condition expresse que ces occupations passionnantes soient tout à fait étoffées dans la même sottise insigne que celle de Désiré. Mais le plus singulier modèle à suivre sans doute fut la jeune Lydie, dont chaque fille enviait l'intouchable pureté, bien étrangère aux dissertations sexuelles ou morales selon la mode actuelle et très loin de tout semblant de vertu primée."




De : gallomaniac Envoyé : 2007-02-12 15:24

Le village pathétique, d'André Dhôtel. 5/5.
Gallimard 1943, Folio 1974, 304 pg.

Un jeune couple Parisien fraîchement marié, Julien, 25 ans, licencié en lettres, homme sérieux qui préfère être mécanicien de vélos, et Odile, 19 ans, dessinatrice chez un architecte, intelligente et entreprenante, vif et têtue, sentent une harmonie corporelle profonde, mais aperçoivent une faille dans leur rélation: dès que Julien prend un objet, Odile saisit dans un reflexe aussi l'objet, lequel alors tombe, casse ou se déchire: ça va pas, non! Ils sont déjà d'accord sur une séparation, quand ils échouent en vacances dans un village des Ardennes, Vaucelles, où ils louent temporairement une maison. Pendant un différend Julien dit "tais-toi, et va-t-en"; Odile le prend à la lettre, et s'en va; elle prend du travail dans une ferme des environs; Julien, soucieux pour Odile, s'installe comme réparateur de vélo.
À partir de ce tournant dans le récit, le village "pathétique", qui va être mis sensdesus dessous par ces deux jeunes gens, prend vie pour le lecteur. Odile apprend vite, elle devient la meneuse d'un collectif de jeunes fermiers pour leurs travaux et pour des sorties. Julien, rayé obstinément de l'esprit d'Odile, reste pour un temps hors du récit; seulement une roue sur un poteau refère à sa présence. Les gars rèvent d'Odile et se jalousent. Pour couper court à leurs avances, Odile lance l'idée d'un adduction d'eau et d'un étang, initiative à executer en parti par les jeunes eux-mêmes. Le village entre en ébullition, les petits garnements en excitation, les jeunes hommes en longues palabres et les vieilles femmes en médisances. Le conseil municipal veut voter contre. Les jeunes, par une farce, causent l'abdication du conseil et le village se prépare aux votes. C'est ici que Julien réapparaît. Pour défendre Odile et les jeunes, il se met candidat: il ne parlera qu'une seule fois au conseil, mais cela suffit pour gagner la cause et les travaux commencent. Tandis que le village vit plusieurs périples amoureuses et dramatiques, Odile continue de se montrer fermée à Julien, qui traverse une solitude avant de rencontrer une autre femme. A son tour Odile entre dans une solitude, précurseur du dénouement pour le couple et pour le village.

Un des premiers romans publiés de Dhôtel. Mon résumé montre une récit tout en largeur et d'apparence simple. Mais c'est à cause de mon impuissance d'y inclure le dynamisme des rélations, autant entre personnes qu'entre des groupes de villageois; les tourmentes de la jeunesse; les rapports avec la nature, le temps et le paysage; l'arbitraire et l'inévitable dans les événements. Dhôtel utilise des phrases étranges, inimitables, pour évoquer une multiformité de sentiments et de sensations. Dhôtel montre en passant que la vie au village n'a rien a envier à la vie en ville. Pendant la lecture, on se plonge souvent dans des rêveries des plus diverses: Il faut bien du temps pour digérer les textes qui sont loin d'être simples. Chef d'oeuvre peut-être, coup de coeur pour moi sûrement.

"Maxime Redon songeait à la distance inouïe qui séparait un viellard comme lui de cet être jeune, (...)."
"Pendant le retour, il commenta un paysage imaginaire."
"Odile sentit que la tristesse venait, la vraie."
"C'est lorsqu'on croit qu'un jeu d'événéments sera bientôt épuisé, que tout se trouve soudain remis en question, (...)."
"La pluie elle-même, apparue soudain avec toute l'ampleur de sa monotonie, fit encore mieux ressembler le village à ce qu'il avait toujours été et voulait être toujours. Les fenêtres se fermaient sur les cuisines emplie de la buée des marmites."
"Seul le clapotis de l'averse sur son imperméable lui révélait sa propre présence."
"Quelque chose qu'il regardât, il rencontrait mèlée à toute réalité, l'angoissante existence d'Odile."
"... les chardons et les génévriers étaient séparés par de tels intervalles que chacun réalisait en lui une solitude".
"Un peu de ce maudit et utile bon sens leur revint, (...)."
"- Qu'importe ce qui arrivera. Je hais nos damnées espérances."


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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:35

De : gallomaniac Envoyé : 2007-02-24 08:36

Mémoires de Sébastien, roman d'André Dhôtel. Ma note 4/5
Bernard Grasset, 1955, 268 pg.

Dhôtel a écrit la plupart de ces romans dans la troisième personne; "Mémoires ..." est dans la première personne. Les personnages entrent successivement dans le roman comme par hasard; il y a beaucoup de blanc autour d'eux: mais graduellement, ils se dessinent: de fille ou d'homme d'un certain âge, ils deviennent des personnes avec un nom, ensuite avec un caractère, des activités, des relations, des sentiments. Alors, le lecteur a des moments d'étonnement: d'où vient ce personnage, qu'est-ce-qu'il vient faire ici? pour plus loin découvrir son petit rôle dans le roman, ensuite un rôle plus grand. Dhôtel utilise souvent ce proçédé narratif qui, avec des figures de style bien à lui, résulte à dessiner un monde romanesque étrange. Fréquemment, il faut goûter une phrase, et son alinea, et la scène entière, revenir en arrière pour mieux saisir les sentiments entremèlés au hasard. Oui, c'est un roman haut en couleurs de sentiments, dont l'amour n'est qu'une couleur. Et cela n'a rien à faire avec la sentimentalité.
Les blancs ici se remplissent à partir d'une seule personne: Sébastien, qui entre dans le livre comme soldat à la guerre, démobilisant vers le sud avec Raoul, ami avec l'art de compliquer la vie. En route il entrevoit dans une éclair une jeune fille; arrivé au sud, il rencontre brièvement cette fille et elle l'invite de se faire photographier ensemble, puis la fille disparaît. Blessé de guerre, il part sur sa trace, qu'il retrouve grâce à la photo; mais il n'est pas le seul à chercher Jenny: il y a aussi Jean-Louis, un garçon abandonné, qui ressemble beaucoup à Jenny. Entre-temps, Sébastien, dont les parents sont émigrés au Canada, est devenu photographe et s'est installé en Normandie dans une ruine de guerre près de la mer; et il aide un baron de refaire le jardin en état d'abandon. Le baron, qui a une parenté avec Jenny, tient Sébastien éloigné d'elle. Sébastien découvre que Jenny est fiancée et qu'elle a deux soeurs plus âgée: Lydia, vieille fille aigre, et Marie-Jeanne, disparue morte ou vivante et peut-être la mère de Jean-Louis. Les rencontres se font quand même; et drôlement: un soir qu'il croit apercevoir Jenny, cette femme l'embrasse et l'embrase, juste au moment qu'il découvre que ce n'est pas Jenny, mais la soeur ainée Lydia. Quel embrouille, puisque c'est Julie qu'il aime et qu'il cherche depuis six ans déjà! Jenny alors cherche à aider Sébastien pour trouver la mère de Jean-Louis, ce que sa fiancé et le baron veulent contrecarrer. Par la force de la ruine qui tombe sur les têtes, l'histoire des trois soeurs prend des tournures surprenantes, qui passent par Amsterdam et la Belgique. Et Sébastien rejoint avec une d'elles sa famille au Canada: "Je ne vous dis pas le lieu. Vous nous rencontrerez peut-être un jour sur cette petite route entre le bois et le petit lac."

"Il suffit d'avoir eu un frisson de bonheur ou une épouvante causés par une simple apparence. On s'en souvient toute une vie. Pourquoi?"
Une citation choisie pour les rats: "(...) j'allai m'étendre sur mon lit et je lus un livre que j'avais acheté. J'achetais rarement des livres. Je les choisissais avec soin et ils m'étaient précieux."
Une citation choisie pour les rats canadiens: "Ils devaient avoir une belle neige là-bas. Je songeais à leur neige en contemplant celle d'ici qui, le long des rues écartées, demeurait encore dans toute sa blancheur."




De : gallomaniac Envoyé : 2007-02-24 15:58

L'Île aux oiseaux de fer. Une anti-utopie pour jeunes d'André DHÔTEL.

Ed. Fasquelle, collection libelles. 1956. 140 pg. Ma note après relecture 4/5

Julien Grainebis, jeune garde-fôrestière des Ardennes, est entrainé par un ami à voyager, et il aboutit par inadvertance à une île. Cet île est parfaitement organisé par des robots: administration, nourriture, santé, hébergement, travail, tranquillité, détente. Julien remplit des formulaires, subit des questions, un examen médical et psychologique, et est donné un travail d'horlogerie. Chacun est libre dans sa parcelle de vie, mais dès que quelqu'un trépasse l'ordre parfait, des oiseaux de fer attaquent, corrigent ou tuent. Julien ne s'adapte pas bien, il entre une nature vierge defendu et il raconte des récits. Les oiseaux n'acceptent qu'incomplètement cette déviance et on le soumet à une surveillance plus sévère. On lui donne un traitement psychologique chez la jeune Irène, mais il l'ébranle. Un jour, qu'il ne finit pas un de ses récits, l'île commence à gazouiller: il a introduit une incertitude: une chose irrésolue; il faut que la fin soit résolu. Malgré plusieurs demandes et de la pression, Julien refuse de raconter la fin. Sur cette irrésolution, les machines dirigeantes de cette societé parfaite se détraquent et Julien et Irène s'échappent de l'Île pour retourner à leur vie simple chez eux.




De : gallomaniac Envoyé : 2007-02-25 09:41

Les voyages fantastiques de Julien Grainebis. Récit pour jeunes d'André DHÔTEL, avec illustrations.
Ed. Pierre Horay, 1958. 192 pg. Ma note 3,5/5, pour les jeunes peut-être plus.

Julien a perdu le contact avec sa famille après un bombardement. Il a 15 ans, il vit dans une ferme. Dans ces 4 voyages fantastiques, il retrouve les membres de sa famille.
"Comment on traverse un arbre". Julien change en arbre et il communique avec les plantes grâce aux gènes messagères, qui sont comme des télégrammes, venu de loin. Cela parle entre autre de sa soeur Léonie, et il l'appelle. Quand il se libère de l'arbre, un mois est passé et Léonie, qui a entendu son appel, vient d'arriver au village.
"Le trésor de madame Sobert", caché pendant la guerre. La tante Sobert visite Julien, maintenanant renommé, pour chercher avec lui une lettre indiquant ce trésor. Plusieurs personnes sont en route vers un trésor "là-bas", alors ils suivent ce "là-bas" jusqu'en Amérique chez des buveurs de whisky chasseurs d'ours, pour y trouver la lettre cachée dans le chapeau!
"Germalan mon frère". Le nom, adopté par son frère Thomas, disparu aussi pendant la guerre. Ici, c'est l'ombre de Julien, qui voyage vers son frère et le garde contre de mauvaises actions, jusqu'à ce que les deux frères et la soeur sont réunis.
"Le village invisible". Entre-temps, le père de Julien est déjà revenu. Mais que la mère puisse revenir, personne n'y croit, sauf Julien. Julien visite un village fantôme, où tout est devenu invisible, sauf ce qui est ancré dans les sol: maisons, arbres. C'est arrivée quand une mendiante y est passée. Cette mendiante est Madame Grainebis qui après un accident de guerre avait perdu sa mémoire. Quand la mémoire revient, les villageois réapparaissent. C'est la joie de se retrouver. Le mot de la fin: "tout cela n'est encore que le début des aventures de Julien Grainebis".

Julien Grainebis figure aussi dans "L'Île aux oiseaux de fer", où il est plus agée, mais qui a été écrit deux ans plus tôt que ce livre-ci.




De : gallomaniac Envoyé : 2008-01-13 11:06

L'homme de la scierie, roman d'André DHÔTEL. Ma note 5/5
Gallimard 1950, 406 pg.

"Il y avait eu ces courses folles le long des quais de Nogent. On se baignait dans les roseaux. Garçons et filles étaient nus. Qui le savait? ".
C'etaient les premiers souvenirs qui revenaient à Henri Chalfour, 42 ans, ouvrier à la scierie, après la perte de mémoire survenu le 14 juin 1918. Quinze jours à peu près inconscient. À la scierie, on le croyait mort. Il lui faut retrouver la mémoire et les souvenirs de ses bêtises de jeunesse, son travail dans l'hotel et la commerce des chevaux de Normandie avec son frère Rémi, puis le travail à la scierie, les quatres filles ou femmes dont il retrouvait les noms incrustés dans le bois de la fenêtre: deux femmes, avec chaqu'une une fille, cela faisait les quatre noms. Quelles ont été leurs relations avec Henri? Une des femmes avait été fiancée au contremaître de la scierie, celui qui avait blessé Henri jusqu'à perdre la mémoire. Il avait agi par ressentiment contre Henri: Henri avait été amoureux de sa fiancée, mais aussi de la fille du maître de la scierie; et le frère d'Henri avait poussé un commerçant fourbe du pont et celui-là avait disparu dans la Seine.

Autour d'Henri et des quatres femmes, Àndré Dhôtel compose ce roman de toute beauté sur des villageois des années 1900-1920, beauté de l'écriture, plus que de l'histoire. Le récit suit les différentes personnes, tantôt de près, tantôt de distance à travers d'autres personnes. Il n'y a ni unité du temps, ni unité d'espace: le passé et le présent et les deux sites principales: Nogent-sur-Seine et la Normandie (Cherbourg et les villages de la Hague) s'enchevêtrent souvent, sans qu'on perde pourtant le fil, puisque Dhôtel insert suffisamment de références.
Ainsi, les mêmes événements sont décrits plusieurs fois, centré sur differentes personnes dans des temps différents. Ce ne sont pas des simples répétitions, puisqu'ils apportent à chaque fois un enrichissement. Dhôtel utilise ces répétitions pour sensibiliser le lecteur à certains détails, aussi bien dans le relationel que dans l'expérience de la nature et des saisons. Cela fait penser à une kaléidoscope que l'on tourne: les mêmes détails reviennent "comme des refrains dans les chansons".
Il n'y pas seulement les refrains, il y a, pour réaliser cette sensibilisation, aussi le ritme: mouvement et immobilité et échange entre les personnes et la nature (la nature est très présente comme espace de vie). Et puis, il y a les petits détails fins, qui sont comme les notes de cette composition. Par exemple la déscription du coup de foudre, qui se revèle plus tard scène-clé du récit:

"Comme sa pêche était abondante, il songea qu'il pourrait aller vendre son poisson à l'aubergiste de Nogent. Il jeta donc son sac sur l'épaule et il gagna la route nationale au croisement du chemin de Montagut. Une brume légère flottait au niveau de la route et montait légèrement sur les troncs des frênes, puis se perdait dans les champs immenses qui restaient invisibles. Personne sur la route à perte de vue. Ainsi déjà une vie paisible reprenait! Mais Henri fut soudain très étonné d'apercevoir, après le croisement de la Mothe, une jeune fille qui marchait dans l'herbe entre les arbres et le fossé, comme si elle voulait se dissimuler. Elle ne pouvait éviter pourtant de rencontrer Henri, qui se dirigea droit vers elle. C'était une fille de la campagne. Malgré la fraîcheur matinale, elle portait un peignoir léger. Pas de corset, bien sûr. Henri s'arrêta devant elle sans pouvoir dire un mot. Elle aussi s'arrêta. Henri la regardait, et il la trouva tout d'un coup si attrayante que les larmes lui en vinrent aux yeux. Il finit par dire: "Mademoiselle...". La jeune fille le regardait aussi, et elle le pria de la laisser passer son chemin, mais elle ne bougea pas. Elle s'était adossé à un tronc d'arbre. Peu à peu la brume se dissipait sous le soleil. La route demeurait déserte. Henri avait laissé tomber son sac. Il dit: "Personne ne peut nous voir. Si vous vouliez...". "Que voulez-vous?" dit-elle. "Il faut que je rentre très vite à la maison". "Personne ne peut nous voir", s'entêtait Henri. Comment avait-il osé dire et redire ces mots à une jeune fille, après l'avoir seulement regardé cinq secondes? Mais elle ne semblait pas entendre les paroles. Elle avait paru, elle aussi, s'intéresser tout de suite à l'inconnu qu'elle rencontrait. Enfin, il y eut un échange rapide de questions et de reponses insignificantes: "Òu allez-vous comme ça?" etc... Henri restai immobile tout près d'elle. Leurs mains se touchèrent. "C'est une folie", dit la jeune fille. Peut-être que ce fut elle qui s'approcha de lui. Ni l'un ni l'autre ne le sut jamais."

Un autre exemple de cette sensibilisation, par une déscription "interactive" entre personnes et nature sans nommer la chose: l'arrivée du printemps.
"Qu'est-ce qu'il regardait tout de même? Ils mirent bien cinq minutes pour découvrir la chose. C'était d'abord une petite plante, et en haut de cette plante, au milieu des feuilles, une infime boule rose qui était un bourgeon de fleur. Une fleur de lamier. Il y avait déjà pas mal de temps que les fleurs se montraient ici et là, mais on ne les avait pas encore remarqués. Et il restèrent tous à contempler ce phénomène imperceptible, jusqu'à Thénard vint les sécouer. Les autres ouvriers avaient déjà embrayé.

Ce livre est à ne pas lire vite; chaque lecture partielle laisse un bon après-goût, on veut que cela dure et on n'a pas hâte d'arriver à la fin; même qu'on est d'accord que la fin a un caractère indéfini, puisqu'on préfère cet après-goût de la lecture à une fin trop forte. Malgré les quelques longueurs, je donne la note 5/5.
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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:51

De : gallomaniac Envoyé : 2008-01-16 15:58

Un soir... , nouvelles d'André DHÔTEL. Ma note après relecture 4/5
Gallimard 1977, 236 pg.

1. Un soir.... Quand un regard les yeux dans les yeux devient unique et le plus précieux qu'on n'ait jamais éprouvé.
2. La débâcle du printemps. Pour un héritage, deux neveux viennent à se disputer sur la glace craquante du fleuve; le danger partagé les rapproche.
3. La maison de campagne. Après rupture, deux ex-fiancés sont attirés simultanément vers une maison de campagne, lieu de souvenirs partagés.
4. Conte d'hiver. Féérique rencontre de deux jeunes gens qui se termine au milieu de fleurs dans la glace du fleuve gelé.
5. Qui était Monsieur Janvier? Une journaliste se sent attiré par un inconnu, vue en homme-sandwich et en Père Noël. À leur première conversation,"ils furent longuement baignés dans l'enchantement de leurs yeux" et ils découvraient "l'impossibilité de se quitter".
6. Trois jours de colère. À Athènes, Antoine commence une rélation platonique avec une touriste, sa femme Maria le quitte; au dernier moment, des petits détails trahissent leur coeur et ils retrouvent l'entente maritale.
7. La route de Montréal. Ainsi nommé puisque la route de départ pour les émigrants vers l'Amérique. Thierry est presque fiancé, quand une émigrée pauvre revient après 25 ans de Montréal, Thierry se souvient d'elle et de ses yeux, "comme s'il n'avait jamais cessé d'en rêver". Elle l'évite, part, mais il va à sa recherche.
8. Les nuits de Malmont. La fille courtisée est dure pendant la journée, mais "les nuits de Malmont demeuraient merveilleusement incomparables et qui pourrait jamais s'en détacher?"
9. Auberges. Chassé-croisé d'amour de deux amis et deux soeurs. Ayant eu la vision d'une lumière, Yves, ne se sentant pas digne, se noie dans l'alcool. C'est Albert qui marie cette Jeanne - à peine une trahison, puisque Yves est parti. Trois ans plus tard on découvre que la vision de lumière était la petite soeur de Jeanne qui n'a pas cessé d'attendre Yves.
10. Fernand qui est mort au bord de la rivière. Trois repris de justice caché par un fermier abusent de sa femme, le fermier les enferme dans une grotte-carrière.
11. L'Horizon. Une jeune fille rencontre deux garçons; le plus sage devient son fiancé, mais elle le quitte pour aller vers l'autre garçon, porteur de rêves d'horizons.

Dhôtel a une façon envoûtante d'écrire; plus je le lis, plus j'aime le lire et même le relire. Comme ses romans, la plupart des nouvelles d'Un soir... tourne autour d'un attrait amoureux plus ou moins conscient. À sa suite, des liaisons, mariages ou fiançailles se font, se défont ou se refont, parfois dans un chassé-croisé imprévu. Malgré que quelques'unes des nouvelles sont un peu artificielles, Un soir... vaut bien 4/5.


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-01-24 06:24

André Dhôtel, un "classsique" pour moi.

Dans son causerie du lundi 21 octobre 1850, Sainte-Beuve traite de la question "Qu'est-ce un classique?" et il termine ainsi:
"...quel que soit l'auteur qu'on préfère et qui nous rende nos propres pensées en toute richesse et maturité, on va demander alors à quelqu'un de ces bons et antiques esprits un entretien de tous les instants, une amitié qui ne trompe pas, qui ne saurait nous manquer, et cette impression habituelle de sérénité et d'aménité qui nous reconcilie, nous en avons souvent besoin, avec les hommes et avec nous-même."

C'est exactement ce que j'éprouve en lisant Dhôtel: cette impression de sérénité et d'aménité qui nous reconcilie avec les hommes et avec nous-même.
André Dhôtel est un auteur peu lu, et pourtant, ses adeptes prédisent que c'est un auteur qui survivra, qui sera un classique. Il en est un d'ores et déjà pour moi.


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-01-24 12:21

La Tribu Bécaille - roman d'André DHÔTEL. Ma note 4,5/5
Gallimard 1963, 327 pg.

Dans la forme, c'est le journal de Victor Bécaille. Dans le fond, c'est le récit de la vie dans une petite ville, Aigly, (symbolisant Attigny, ville natale de Dhôtel). Victor et son cousin Louis sont revenus au pays natal et ils découvrent que leur famille a un mauvais renom, surtout leur oncle Roger, bête noire qui s'est trouvé trop souvent là où le malheur frappait. Et cela, parce que dans sa jeunesse il a fait des racontars sur un trésor (peut-être mérovingien), qui, presque 50 ans plus tard, tracasse encore les villageois et occupe les cancans. À cause de ce renom, les amours des deux garçons pour deux jeunes filles ne peuvent pas aboutir au mariage. Ils vont à la recherche de l'oncle Roger, qui, de rencontres en rencontres (qui se situent souvent dans un cadre bien précis: tel chemin, telle colline, au bord du canal, "le parapet du pont", le café du plateau), leur raconte l'histoire de la famille (le "tribu"), des grands-parents, oncles et neveux et de la jeune demi-soeur de Victor. Dans le trésor serait un email d'un bleu imperceptible, bleu symbolique pour Roger, les deux garçons et le village, bleu que l'on retrouve dans l'eau du canal, des fragments de vitrails et de la faience, des fleurs divers et surtout, dans les yeux de certaines filles. Petit à petit des explications sont donnés, entremêlé des événements qui se passent ou se sont passés au village; et légendes et malentendus se dissipent, les garçons regagnent une certaine considération, les filles réapparaissent et les mariages deviennent possibles.

Ainsi le livre décrit "des détails de la vie, des petits détails qui n'ont de sens que pour les gens du lieu et pour personne d'autre." Des détails que Dhôtel, mine de rien, insert à chaque moment:
"Louis dans un fauteuil de sa chambre lisait Dostoïevski, les pieds posés sur la cheminée. Est-ce une attitude pour lire Dostoïevski? Voilà ce que je lui ai dit en entrant en coup de vent dans sa chambre."
"Il pétait de vanité. (...) J'ai regardé ses souliers. Il avait des souliers à bouts vernis qui eux aussi craquaient de vanité."
Un tel foisonnement de détails aurait pu être ennuyeux, (et cela frôle parfois les longueurs) mais Dhôtel sait les donner des accents impromptus, renforçes par des répétitions, par des déscriptions indirectes basé sur l'interaction entre les personnes et les choses, par des inversions subtiles qui changent le sens et la sensation du décrit.

Exemple: Les pluies que décrit Dhôtel sont plus "vraies" que dans aucun "Maigret" de Simenon (où il pleut souvent aussi).
L'entrée en la matière: "Je n'aurais aucune raison de tarder à exposer les faits, si je ne devais rappeler une réalité qui m'a semblé sur le moment plus importante que tout le reste. Cette réalité: la pluie." Ensuite les répétitions:
"Le soir, quand nous sommes sortis de l'usine, c'etait un torrent. On fuyait à la débandade."
"Là-haut entre les pommiers de Champagne c'était la vraie tempête. On recevait des sceaux d'eau en pleine face et on zigzaguait sur la route."
"J'ai oublié de dire que cette pluie était douce, presque tiède".
"La pluie qui giclait sur les marches nous balayait les jambes."
"Le soir on voyait à peine les petits lampadaires placés de loin en loin sur la place et le long des rues. Les magasins semblaient éclairer des fonds sous-marins. Les toits chantaient."
"Cette fois il tombait un crachin si serré que la nuit était venu bien avant l'heure."

Les mots de la fin: Il parait qu'on cherche toujours le fameux trésor mérovingien, et "à Aigly, le premier venu vous dira que le canal est comme de l'émail bleu".


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De : Chantal5500 Envoyé : 2008-01-31 15:47

L'HOMME DE LA SCIERIE - André Dhotel
Gallimard - 406 pages

Henri Chalfour est un robuste ouvrier de scierie qui vit dans une vieille masure. Il passe ses longues journées de travail à transporter des planches de bois et à les empiler pour le séchage, ou à véhiculer de la sciure. Il ne fréquente guère ses collègues de travail qui le tiennent à l'écart. Ses rares moments de liberté, il les passe à cultiver son jardin et surtout à arpenter les marais ou les nombreux sentiers de sa région, en forêt ou le long du fleuve (la Seine) pour pratiquer ses activités favorites qui sont la pêche et la chasse. Mais Henri revient de loin : il vient tout juste de reprendre conscience après un trou, un blanc, une absence de quinze jours. Tout le monde le croyait mort et lui-même ne sait pas et ne se souvient de quasiment rien. Il est blessé, amaigri, a une apparence de mort-vivant. A la recherche de sa mémoire, il va entraîner le lecteur dans ses souvenirs, ses réminiscences de son enfance, son adolescence avec son frère Rémi et sa mère Albertine, ses rapports si distants et en même temps si proches avec la famille Joras, propriétaire de la scierie. Pourquoi Thénard le contremaître lui en veut-il tant, qui sont Damont et Dufard? et ces quatre prénoms tracés sur un carreau poussiéreux, Eléonore, Rosine, Yvette, Virginie sont ceux de femmes qui ont compté dans sa vie, et qui vont lui donner la clé du mystère... mais il faut du temps....

J'ai énormément aimé ce livre. Je l'ai lu lentement, en en appréciant chaque mot, chaque phrase. L'histoire est très riche, pleine de personnages, il y a de nombreux allers-retours entre le passé et le présent, entre les bords de la Seine et la Normandie. Mais tout reste clair et limpide et le lecteur progresse pas à pas dans l'histoire grâce à la merveilleuse écriture d'André Dhotel à la fois simple et très recherchée, à la fois riche et fluide. Quel talent d'écriture !
Et cette osmose entre le héros et la nature, les descriptions de ses promenades, ses déambulations sur les sentiers ou au bord de l'eau, de ses parties de pêche, les descriptions des bords du fleuve, de la forêt, ou de la mer et de la côte normande, sont plein de vérité. Grâce à Gallomaniac, j'ai rencontré un très grand écrivain français que je ne connaissais que de nom. Mais quel auteur ! Comment se fait-il qu'on en parle si peu ?

Un de mes objectifs maintenant, c'est de connaître une grande partie de son oeuvre. Merci Gallo.

5/5


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De : lalyre7032 Envoyé : 2008-02-04 12:58

Un jour viendra- André Dhôtel Galimard 294 P.

Flagny,un petit bourg, pas très loin de Reims,un jeune garçon,Antoine Mervaux est à l'âge des fantaisies,adore faire des bêtises,a un faible pour les bricoles exposées au petit bazar du bourg,telles que cartes postales,porte-clefs etc....Au fil du temps il devient kleptomane,prenant un certain plaisir face au mépris des gens du coin.Au moindre incident se passant dans le bourg,il est désigné comme suspect,ce qui l'oblige à aller vivre dans un hameau voisin ou il se met à fréquenter des personnages douteux.Enfin il parvient à se faire une belle situation,décide de mener une vie plus vertueuse malgré le désenchantement d'un amour repoussé.Mais le destin en a décidé autrement,un crime a été commis,bien évidemment il est soupçonné mais une jeune gamine par son témoignage le sauvera de ce mauvais pas car personne ne croyait à son innocence et peut-être qu'un nouvel amour pourra l'aider à mener une vie raisonnable....

Un très beau roman,facile à lire,Antoine,malgré sa manie à toujours se trouver en défaut,en y trouvant même un certain plaisir est un personnage très attachant.Des femmes infréquentables mais sympathiques,j'ai aimé la petite fille sauvage et secrète qui ne se laissait approcher par personne,qui très observatrice a sauvé Antoine des soupçons qui pesaient sur lui.Les personnages douteux qui sont des hommes au grand coeur,Tous ces gens m'ont fait aimer ce livre qui me donne envie d'en lire d'autres...

Merci Gallomaniac

5/5 Lalyre


Dernière édition par Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 17:26, édité 1 fois
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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:53

De : gallomaniac Envoyé : 2008-02-22 16:05

André DHÔTEL, Un adieu, mille adieux et autres nouvelles inédites . Ma note 4/5.

Lecture accompagnée par Jean BARDET, profeseur aiu lycée de Coulommiers (là où Dhôtel a été professeur).
Gallimard, série "texte et dossier" 2003, 210 pg.

J'avais commandé le recueil ne sachant pas que c'était un livre scolaire. Recueil posthume (texte intégral) de six nouvelles publiées autrefois dans des périodiques. La moitié du livre consiste d'un dossier de lecture par Jean Bardet.

Les thèmes sont divers, mais chaque nouvelle touche à la relation homme-femme, relation qui pourrait donner dans la sentimentalité et la fausse romantique; mais c'est justement cela que Dhôtel essaie d'éviter. A chaque nouvelle il y a une sorte de coup de foudre non tonnante, juste un petit lien qui se tisse par hasard entre un garçon et une fille, lien dont la plupart du temps ils se méfient, qui leur fait se tenir à distance. Mais dure le temps, et ils s'approchent quand même jusqu'à se trouver liés, pas forcément par le mariage et pas forcément par l'amour (le mot n'y est pas ou peut-être une fois), mais tout de même par un certain bonheur commun simple et durable, un bonheur qui tient du mystère.

La nature est toujours très présente. Je m'etonne aussi de la multiciplicité des métiers et professions qu'introduit Dhôtel dans ses nouvelles, comme dans ses romans. Facteur des postes; employeur chez le notaire; ouvrier d'usine, peintre en bâtiments; "Châvaud? C'est un simple bûcheron","troisième clerc". Dhôtel n'a pas besoin d'héros ni d'antihéros pour les personnages principaux de ses romans: il sait accentuer l'extraordinaire dans le plus ordinaire des vies et des circonstances. Un vieux peut être fier d'avoir été facteur. Cela aussi appartient à "la magie du quotidien", thème d'excellence chez Dhôtel, comme le remarque Bardet.

Ce qui dit Jean Bardet sur Dhôtel:
"Même s'il n'a pas connu jusqu'ici de succès public, Dhôtel a environ cinq mille lecteurs fidèles qui connaissent tout de son oeuvre."
"On peut demander à quelques auteurs ce qu'ils aiment chez Dhôtel. (..) Un trait commun semble se dégager de ce qu'ils écrivent: c'est une oeuvre qui rend heureux."

Le vrai plaisir était la lecture des nouvelles, mais le dossier était donc intéressant aussi. Pour l'ensemble, texte et dossier, je donne la note 4/5.


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-02-24 09:03

Pays natal, roman d'André DHÔTEL. Ma note 5/5.
Gallimard 1966, Phébus Libretto 2003, 258 pg.

À Namur (B), Félix, 25 ans, garçon sans racines, puisque enfant abandonné, découvre à la veille de riches fiançailles, qu'il est en train de construire sa vie sur des mensonges: il a évité Tiburce, un ami d'enfance d'une basse classe sociale. Félix réfléchit alors sur les périples de sa jeunesse, notamment la guerre écolière à 14 ans avec une bande guidée par une fille masquée, que Félix et Tiburce ont démasqué un jour: souvenir inoubliable de cette fille blonde aux yeux perçants.
Félix restaure le contact avec Tiburce et ce soir-même Tiburce est attaqué dans la rue, Félix prend sa défense et ils finissent la nuit en prison. C'est la dégradation: plus de fiançailles, plus de boulot. Félix part pour Charleville (Fr) où habite l'oncle de Tiburce, et Tiburce et lui essaient de se refaire leurs vies.
"Oui, j'ai voulu rêver, mon vieux Tiburce, aussi bêtement qu'on peut le faire, quand j'ai songé à épouser Juliette, quand je me suis battu avec ton zèbre à Dinant, lorsque j'ai refusé un emploi à Liège, lorsque nous sommes venus à Charleville, lorsque ton oncle nous a conté des histoires à vous envoyer au bout du monde. Maintenant, comprends-moi bien, il ne s'agit plus à s'amuser à des rêves, il faut rêver sérieusement. Nous n'avons plus d'autre ressource."
Suit alors une période que l'existence de Félix flotte, petits boulots, famine, un peu d'étude. Et la vue répétée d'une fille, qui, une fois établi le contact, prend Félix pour un autre Félix, jeune homme bien établi. "C'était passionnant, dit-il, d'être aimé par erreur, mais cela ne pouvait durer. Excusez-moi."
Pourtant, l'une et l'autre continuent à se chercher et ils découvrent qu'elle est la fille masquée d'antan. Angelique, fille d'un ambassadeur mort, est né quelque part au monde et à elle aussi manque un Pays natal. Les familles tantôt poussent au mariage, tantôt freinent. On les donnent l'usage d'un domaine en ruines à remettre en état. Mais il y a l'autre Félix et il y a Juliette qui ont encore leur rôle: "un poison dans l'histoire".

C'est un sujet on ne peut pas plus banal et pourtant, Dhôtel réussit de le donner une tension romantique extrème. Dhôtel est vraiment un "réaliste-romantique" qui fait de ce couple pour le temps d'un livre le centre de mire de tout l'entourage, y compris nous les lecteurs. Ma note n'est peut-être pas objective, mais j'ai envie de donner 5/5.


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-03-05 11:47

Dans la vallée du chemin de fer, roman d' André DHÔTEL. Ma note 4,5/5.
Editions Horay, 1958, 2003, 246 pg.

L'amour entre par les yeux, selon le proverbe. Ici, c'est la vue du beau pied de Georgette, qu'a versé l'amour dans le coeur de Jérôme Baltat, dit "Baltazar". Ce pied est leidmotiv de ce roman en plus des bonbons au miel et du chemin de fer et sa vallée.
Jêrôme et Georgette sont mariés depuis deux ans, quand le roman commence:
"Six heures. Au fond de la vallée emplie de clématites s'éleva soudain une voix d'enfant : <>
Balthazar entendit. Lui seul et les oiseaux avaient pu entendre."
Jérôme Baltat est un ingénieur de ponts et chaussées, qui a le sens de la beauté, ce qui se voit dans ses dessins. Fait cocu par son chef, quitté par sa femme, Jerôme porte la tristesse dans son coeur et, dans le village cancanant, sa carrière souffre des suites de cette trahison. Il aime son travail (un beau projet de pont suspendu, le dessin d'un parc), veut rendre visible la beauté de l'espace par l'architecture paysagiste, mais il est devenu indécis dans sa carrière. Une ancienne maîtresse, puis une jeune fille entrent dans sa vie: il ne repousse pas leur amour, il les refuse doucement, tendrement. Il repousse aussi le souvenir de sa femme. Il cherche tout de même à faire un peu le bonheur des autres. Et pour lui-même: "Il vit encore, loin dans sa mémoire, l'image du pied nu de Georgette. Cette jeunesse magnifique ne reviendrait donc jamais?"

Un roman sur un mari trompé? Pas tellement, ou beaucoup plus que cela, puisqu'on suit parallèlement aux périples de sa vie émotionelle celle de sa vie professionnelle, et celle de la vie d'autres personnages, par travail et voyage, flânerie et rencontre, mille petits événements qui font une vie. Ou plutôt une petite part de vie, à peine plus grand que la vallée du chemin de fer; presque contenue dans la vision d'un pied de femme, dans un rideau qui bouge imperceptiblement ou dans une main donnée qui remettra tout en question.

On dit que Dhotel égale certains auteurs Japonais dans la maîtrise de l'art de faire parler les petits détails. Pour moi, Dhôtel réussit magiquement à communiquer d'un coup au lecteur par ces petits détails toute une gamme de sentiments de ses personnages, mettant en lumière les mouvements de leurs âmes. C'est envoûtant à un tel degrée, que Dhôtel philosophe trouve le besoin de désenchanter parfois le lecteur et de le distancier en changeant pour une alinéa ou deux le ton de la narration. Ces choses expliquent le commentaire souvent cité en quatrième de couverture de ses livres: "<>".

(on vient de suivre Blaise et Jérôme dans le recit. D'un coup, le ton du récit change:)
"Imaginez les routes désertes de l'automne où courent les feuilles jaunes ou rouges. Ces deux hommes vous les avez peut-être rencontrés si vous habitez Romieux ou les environs, et ils vous auront étonnés. Si vous voyez le maire de Romieux, un employé de la banque, le marchand de vins, en passant vous vous dites c'est untel, mais la plupart des gens, cette vieille dame impotente, cet ouvrier, Blaise et Jérôme sont dans le monde par surcroît, de la mème manière que les millions de brousailles sur les hauteurs de la vallée. Alors vous vous demandez: <>? Et vous-mêmes vous avez beau vous gonfler: il n'y a pas de raison non plus que vous soyez là." (Puis, le récit continue).

Je me suis laissé encore une fois envoûter par cet auteur et donne la note très subjective de 4,5/5.


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De : lalyre7032 Envoyé : 2008-03-10 14:09

Des trottoirs et des fleurs - André Dhôtel Folio 326 P.

La vie fantaisite de Léopold perturbe sa famille principalement son père qui aimerait qu'il aie une belle situation.Il a pour projet de le marier ,c'est alors qu'il quitte la maison pour vivre seul.Il rencontre Cyrille, joueur de poker qui pourrait devenir écrivain mais se contente de remplir quelques colonnes pour le journal local tandis que Léopold dessine des fleurs sur les trottoirs et les murs,Pourtant s'ils le voulaient,ils ont du talent ces deux-là puisque Léopold est aussi photographe,il " travaille " quand l'envie lui prend.Ils aiment se promener ,rêvant à une vie d'artiste,les voici amoureux de deux soeurs,Léopold de Pulchérie,se marie avec elle,Cyrille de Clarisse mais son amour reste sans espoir,Léopold divorce car Pulchérie avait cru au bruits qui couraient dans le bourg " qu'ils étaient des artistes renommés " mais nos deux héros prennent la chose du bon côté et pensent que la vie est belle ,que cela ne les empêchera nullement d'errer dans la nature,de vivre leur vie " d'artiste " mais voila qu'un jour Clarisse et Pulchérie viennent vers eux,larmoyantes et semble t-il prêtes à pardonner......

Ha !! Quelle fraîcheur dans ce roman rempli d'humour,un vrai bonheur pour moi.J'ai aimé et suivi avec joie l'histoire des deux héros,vivant paresseusement dans un univers riche en merveilles,une nature qui semble tellement paisible qu'on aimerait s'y trouver.Une amitié fraternelle qui unit ces deux jeunes gens ,en bref une délicieuse et paisible lecture qui pour moi est un gros coup de coeur

5/5 Merci Gallomaniac
Lalyre


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Dernière édition par Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 17:24, édité 1 fois
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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:54

De : gallomaniac Envoyé : 2008-03-23 16:13

Les chemins du long voyage, roman d'André DHÔTEL. Ma note 4/5
Gallimard 1949, folio 1984, 248 pg.

Après la guerre de '45 Jean Colligant, ingénieur agronome fraîchement diplomé, arrive dans une ferme Bourguignone. Il apprend à connaître les personnages : le chef de famille Réné Cervier, vieux célibataire amoureux qui veut marier Irène Morin; Daniël, son neveu, et leur rapports complexes, exprimés de manière voilée et ancrés dans un passé obscur qui tourne autour de Pierre Cervier, père de Daniel, et d'Irène Morin, qui a connu dans son enfance Daniel et George, le cousin au pied bot de Daniel. Après un temps, Jean Colligant veut aussi épouser Irène, elle est d'accord, mais se dérobe et part. Allant chercher Irène au Haut-Jura, Jean apprend qu'elle vient de se marier avec George. Cette nuit, Jean fait fatalistement un-deux pas au bord d'une falaise dans le noir, arrête avant le troisième, mais tombe quand même. Sauvé, il reçoit au lit la visite de Payardel, retraité, faiseur de mots-croisées.
Jusque-là il y a beaucoup d'obscurités dans le récit, et cela demande quelque tenacité au lecteur; mais tout s'éclaircit dès l'entrée en scène de M. Payardel et dès lors, le récit gagne rapidement en charme.
"M.Payardel s'etait installée à califourchon sur une chaise et jusqu'à la nuit il ne cessa de perorer et de fumer des cigarettes. Ce fut dans cette fumée que Collignant fit la connaissance de personnages dont il n'avait jamais soupçonné l'éxistence, et qui de près ou de loin furent mêlés à la vie d'Irène Morin. - Si vous voulez bien m'ecouter, répétait de temps à autre M. Payardel, vous verrez que cela ressembla à un problème de mots croisées."
Ainsi on va apprendre des choses sur le passée de Pierre Cervier, aviateur déserté entre deux guerres, grand voyageur un peu trimardeur, comment celui a connu à Paris la famille de sa femme, a connu et perdu sa femme, a connu Irène, a été séparé de Daniel qui vit chez son frère. Et c'est au Haut-Jura dans les montagnes du coté du Haut-Doubs que l'histoire trouve ses dénouments pour en arriver à une fin qui se situe - encore - en Normandie, autre pays de prédilection de l'auteur.

Un supplément de charme venait pour moi de la topographie du Haut-Jura, région où j'ai passé plusieurs séjours de ski de fond et de randonnée pédestre et qui évoquent tant de souvenirs pour moi.

Mais attention: même si on parle de défrichements, d'engrais, d'exploitation des forêts et comment on fabrique une boite de fromage, il ne s'agit pas d'un roman du terroir, ni d'un roman agricole, mais d'un roman complexe avec des scènes au premier abord peu liés qui sont tressés dans un tout original et complet comme un problème de mots croisées bien rempli.

Des débuts quelque peu obscures, ma note est monté vers la fin au moins à 4/5.


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De : Philcabzi5 Envoyé : 2008-03-26 08:34

Les chemins du long voyage

Edition Gallimard, 1984, c1949, 244 pages

Note: 3/5

Mon avis:

Je suis bien contente que tu ais fait ta critique en premier Gallomaniac, car je n'aurais pas su faire un résumé cohérent! Tout comme toi j'ai trouvé la première partie du récit très obscures et je ne voyais absolument pas où voulait bien en venir l'auteur. Mais je me suis dit que ce bouquin est petit alors pourquoi ne pas le terminer! Et bien ce fut un bon choix. Malgré une écriture que je trouve un peu trop sèche et saccadée à mon goût et surtout l'utilisation systématique du nom complet des personnages (surtout Ren et Pierre Cervier), j'ai tout de même apprécié ma lecture. Je ne pense pas relire un de ces bouqins mais si je devais obligatoirement en lire un ce ne serait pas une torture!


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-03-26 10:42

Philcabzi, on a eu pour la lecture de Les chemins du long voyage des sentiments parallèles, pour ainsi dire. Mais j'étais mieux préparé à cette lecture par les autres livres de Dhôtel. Tant qu'on est occupé a essayer de suivre le fil de l'histoire, on fait moins attention à la force évocative de son style "saccadée" qui met en valeur tel ou tel détail ou idée, mais en même temps évite de mettre tout accent sur le plus grand.
Ainsi, un mariage, une mort, sont décrits presque à l'insu du lecteur, mais fumer ne passe pas inaperçu et les dialogues sont toujours animés par quelque activités ou besogne: la chasse, la réparation d'une guitare, assembler des boites de fromage etc.). Cela cause un gamme d'émotions complexes et puis ce style vous retarde en route: ce n'est pas une lecture à consommation rapide, pendant et après lecture d'un livre de Dhôtel, j'ai toujours envie de le refeuilletter un peu... ce que j'apelle un bon après-goût.
Mais je ne suis plus un lecteur objective de Dhôtel, plutôt ce que Mousseline appelle un inconditionel.
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André DHOTEL

Message  Mousseline le Sam 22 Nov 2008 - 16:55

De : Chantal5500 Envoyé : 2008-04-02 15:58

PAYS NATAL : André Dhotel
Phébus Libretto - 258 pages.

Félix, 26 ans, naguère enfant abandonné, paraît maintenant avoir réussi sa vie. Son patron est fier de lui, et il est sur le point de faire un beau mariage avec une jolie héritière qui n'attend qu'un mot de lui. Mais un soir, il renoue avec Tiburce, son ami d'enfance, qui lui, ne s'est pas élevé dans l'échelle sociale. Pour aider son ami, Félix se mêle à une violente bagarre, et c'est ainsi, que son avenir tout tracé va s'évanouir en fumée, et son destin changer brutalement de cours....

J'ai retrouvé avec grand plaisir l'écriture si simple et en même temps si riche et poétique d'André Dhotel. L'histoire nous ramène en arrière pour nous conter l'enfance de Félix (Ah ces virées en bandes ! ) puis avance ensuite doucement et sûrement en nous révélant tous les sentiments et doutes du héros quant aux décisions à prendre concernant son avenir. Il règne toujours cette atmosphère qui me procure plaisir et paix. Un seul regret : la fin brutale, on passe d'une ligne à l'autre, à un épilogue se passant vingt ans après...et j'ai été un peu abasourdie par ce saut dans le temps.

4,25/5


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De : Chantal5500 Envoyé : 2008-04-14 09:47

LE PAYS OU L'ON N'ARRIVE JAMAIS : André Dhôtel
Folio Junior - 230 pages.
Prix Fémina 1955.

A Lominval, petit village des Ardennes, Gaspard, fils de forain, vit chez sa tante qui tient une auberge. Mais un jour, une rencontre va changer sa vie : celle d'un enfant fugitif qui sera rattrapé dans les rues de son village, enfermé à l'auberge en attendant l'arrivée de sa famille. Gaspard va devenir son ami, l'aider à s'enfuir, mais ils seront rattrapés, séparés, et Gaspard va être amené après bien des aventures, notamment avec un magnifique cheval pie, à le rechercher, pour l'aider à retrouver son "grand pays" et "maman Jenny"...

Un charmant conte, plein de merveilleux et d'aventure, destiné aux plus jeunes, mais que j'ai tout de même apprécié grâce au talent d'écriture et d'évocation de la nature et de cette belle région des Ardennes et de la vallée de la Meuse, de l'auteur.

3,8/5


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-07-02 14:55

David - André DHÔTEL. Ma note 4/5.
écrit dans les années 1930, 1ère publication 1949, ed. Marabout 1979, 157 pg.

Le narrateur trace l'histoire de David, un garçon de son village ardennais Bermont, tantôt par ses propres souvenirs, tantôt en enquêtant chez des personnes qui l'ont connu. Avec l'histoire de David se trace l'histoire du village de Bermont.

David est arrivé au village par adoption informelle. Enfant, il vit un peu sa vie buissonnière maltraité parfois par le fils de sa première mère adoptive.Pourtant il se developpe sainement, avec un bon sens de jugement et une gentillesse naturelle. Après la mort de la mère adoptive, un riche entrepreneur veut adopter David mais une femme jalouse lui dévance. Plus tard, David vit un coup de foudre avec une fille, avant de partir étudier à Paris, où il déménage souvent de façon que ses traces sont perdus. Il prend des boulots divers, mais il laisse tout tomber quand l'intéret pour le boulot vient de lui manquer. Il n'y a que la vie quasi-immuable de son village adoptif qui l'intéresse vraiment; il y retourne, y retrouver la fille qui a donné naissance à un fils et il la marie.
Entre-temps, l'entrepreneur achète terre après terre et le village se vide de ses habitants. Mais il reste fidèle à ses sentiments pour David, qu'il instaure son héritier universel. Ainsi David devient proprietaire d'un village mort. Pour plusieurs raisons, David, dans la simplicité de sa vie, attire de nouveaux habitants, des étrangers de plusieurs pays qui le prennent en exemple et constituent une sorte de colonie qui tache de vivre en autonomie, d'abord individuellement, ensuite par les initiatives de David, aussi en collectivité.

Le choix des lieux fait penser à Rimbaud, sur lequel Dhôtel a écrit plusieurs livres: il y figurent Charleville, Paris, la gare de Voncq. Mais David n'est certainement pas un Rimbaud, plutôt un anti-Rimbaud. Les nouveaux villageois sont trop "bourgeois" pour être des hippies, mais ils les préfigurent déjà.
David semble être un des premiers livres écrits par Dhôtel, après "Campements" et avant "Les Rues dans l'aurore". Ce livre sympa de débutant se lit facilement. Ma note 4/5.


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De : gallomaniac Envoyé : 2008-07-20 14:27

Ce lieu déshérité - André DHÔTEL. Ma note 4/5
Gallimard 1949, Phébus libretto 2003, 133 pg.

Pré-ambule: "Je suis né à Patras, me dit Iannis, mais j'avais à peine quatre ans lorsque mon père s'établit à Nauplie." Après cette première phrase il faut attendre la fin du livre pour retrouver la présence de l'auteur comme auditeur, quand Iannis dit: "nous nous établissions à Nauplie, où nous sommes, comme vous pouvez le constater, marchands de faience. Vous voyez aussi nos deux enfants." À ce moment-là on decouvre que Iannis fait son récit plus ou moins vingt ans après les événements.

Le roman est donc le récit de Iannis, qui a 14 ans en 1924 à Nauplie, où il passe sa jeunesse insouciante, avec son frère Iorgos, son ami Marcos, une première amourette Hélène et un garçon plus vieux Sotiros qui a une certaine ascendance dans ce groupe. Plus tard, Iannis est étudiant à Athènes, quand intervient un événement grave: "La chose se passa aux environs d'Ergastiria" (la phrase reviendra comme un refrain): par une panne de freins, la voiture du père avec Iannis au volant tombe à la mer et c'est ainsi que Iannis tue involontairement son frère. Même pardonné, Iannis ne peut plus vivre sous les yeux de ses parents et, abandonnant ses études, il part chercher du travail. Malgré quelques soutiens, il descend vite jusqu'en marge de la societé. Il trouve enfin un emploi administratif dans une societé minière sur une petite île dessèchée, isolée et pauvre, où la mine a le monopole de tous emplois et de toute commerce. Les habitants se revoltent quand le directeur arrive. Ce directeur est... Sotiros, avec Hélène. Iannis découvre les superchéris de Sotiros, homme mauvais en affaires et homme jaloux qui a fait les pires choses pour avoir Hélène à lui seul. Iannis qui a pris après "la chose" ses défaites et la perte de ses ambitions avec resignation, s'enflamme au moment qu'il revoit Hélène et apprend les méfaits de Sotiros. Il décide de se battre - en même temps que les îliens - contre Sotiros, qui est tué. Ce qui ouvre - après un temps de flottement et de recherche policière - la voie vers des améliorations pour les îliens et un nouvel avenir pour Iannis et Hélène.

Des éléments de rêve, des sousentendus subtils et des analyses fines donnent ce récit initiatique une beauté pas tout de suite évidente:
"Ce qui m'engagea à partir pour ce pays perdu fut évidemment la simple obligation de subsister, mais j étais enchanté par la complication du voyage."
"J'eus un moment l'idée de me rendre à la maison, mais aussitôt que je fus sur le quai, cette démarche me parut prodigieusement inutile. Mes regrets remontaient plus loin que les temps ou j'étais en paix avec mon père et la vieille Alexandra, plus loin que la mort de Iorgos, au tems de Nauplie sans doute."
"N'en aurais-je donc jamais fini avec cette sempiternelle obligation de renoncer à un amour dont j'avais déjà fait mon deuil?"

Ce n'est pas un livre qu'il faut avoir lu; mais, pourvu que je ne lis pas seulement de façon superficielle, mon plaisir de lire Dhôtel persiste, et je donne encore la note 4/5.


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De : Chantal5500 Envoyé : 2008-10-27 10:41

L'AZUR : André Dhôtel
Folio - 331 pages.

Après ses études et son service militaire, Emilien Dombe retourne dans sa région de Reims et s'embauche comme chef de culture, dans le hameau de Rieux, à la ferme des Janret, ferme qui domine une vallée livrée aux ronces et aux épines. Au cours d'une sortie, il croit apercevoir une jeune fille inconnue portant un large chapeau de paille et une robe légère, mais qui disparaît aussitôt apparue. Il apprend ensuite que cette apparition est connue des habitants du coin, et dure depuis de nombreuses années.....Il est comme envoûté....

J'ai retrouvé avec plaisir le monde d'André Dhôtel, fait de déambulations dans une nature exhubérante, envahissante, de simplicité et de transparence dans l'écriture, de simplicité, de merveilleux et de mystére dans les histoires racontées. Les différents personnages sont entomologistes, botanistes, soignent par les plantes, se baignent dans les étangs, rattrapent des veaux et des taureaux égarés dans les broussailles, vont par monts et par vaux de nuit comme de jour sous un ciel immense où se déploie une poussière d'étoiles ou un bleu infini. Le héros est partagé entre une vie franche, réaliste, pleine de projets successifs, donc une vie réglée et paisible, et une autre, faite de mystères, de rapports conflictuels avec ses voisins, de travail rude dans une nature hostile et mystérieuse. Une écriture toute simple un rien philosophique, pour nous faire capter la beauté, dans le quotidien et la nature qui nous entoure. J'aime beaucoup.

4,25/5


De: gallomaniac Envoyé : 7-12-2008 18:26
André Dhôtel - Le mystère de Charlieu-sur-Bar. Ma note après relecture 4/5.
(1962) Romaldi Editeur Collection Les Provinces 1982, 247 pg. + dossier sur l'auteur et le site du roman.

Alors, le site: Charlieu-sur-Bar est inspiré de Le Chêne-Populeux, village en Argonne où je suis passé en randonnée il y a une vingtaine d'années; et c'est pendant ce séjour que je me suis procuré ce livre, qui m'a fait découvrir André Dhôtel.

Le livre m'avait fait une impression d'étrangeté et de beauté et je retrouve les mêmes impressions à la relecture. Mais en plus je y vois de nouvelles dimensions et notamment une dimension "sociologique": la sociologie d'une petite ville de province.

Les mystères: une statuette disparaît de la mairie; cette statuette avait toujours rappelé aux hommes mûrs du village une jeune fille Marthilde, disparue deux ans plus tôt pendant une nuit qu'elle rôdait dans le marais du côté du Bar.
Il faut dire que Mathilde avait toujours, contre sa volonté, attiré irrésistiblement les hommes du bourg, qui la suivaient à tour de rôle, aussi dans la nuit de la disparition.
Le coté sociologique: Le nouveau mystère rappelant l'ancien, le village tourne en ébullition secrète: on en parle, on écoute aux murs, on se tait. On n' a pas voulu d'investigation pour Mathilde, on ne veut pas d'investigation pour la statuette. Les hommes mûrs portent leur souvenirs génants. Et les adolescents se sentent soupçonnés par les adultes: "Ça fait mal d'être soupçonnés" et ils décident de réagir: ils occupent un ancien moulin et y mettent des banderoles: "On veut connaître la vérité".

La vérité, on va la connaître à travers les personnages de la soeur cadette de Mathilde, Yvonne, soupçonnée elle en premier, et le jeune Alain qui prend sa défense en s'accusant vaguement soi-même. Suite aux événements Alain est chassé de son travail de couvreur des toits et quitte le bourg pour aller travailler ailleurs. Des mois vont passer, ou rien ne semble arriver, sauf qu'il existe toujours le mystère non résolu de Mathilde; et pendant des pages et des pages on suit Alain, qui travaille comme ceuilleur de fruits, et qui, dès que libre, traîne dans fôrets et marais, cherchant à creuser le mystère; qui fait la connaissance d'un cousin d'Yvonne et qui rencontre par moments Yvonne, qui, elle, se dérobe à chaque fois. Jusqu'`a ce que la statuette réapparait à Charlieu. C'est le moment que le narrateur entre dans le livre, 3 ans après les événements, pour soulever un peu du mystère: il se pourrait que Mathilde se soit dérobé de la poursuite d'un homme et qu'elle vit à Reims, où Alain, Yvonne et le cousin l'ont rejoint.

Et zut, mon résumé n'est pas capable de réflèter les beautés dans le texte.
Ma note 4/5; un peu moins pour l'histoire, un peu plus pour le grand nombre de tournures pleines de beauté.
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Re: André DHOTEL (France)

Message  gallo le Sam 27 Déc 2008 - 21:47

André DHOTEL - L'honorable Monsieur Jacques.
Gallimard 1972, Folio 2003, 351 pag. Ma note 4/5.

Deux mondes: Jacques le scientifique, chercheur à Paris et Viviane, villageoise aux mains merveilleusement douces. Deux mondes qui se rencontrent dans un mariage mais qui ne s'unissent pas. L'honorable Monsieur Jacques se gêne pour sa belle-famille pauvre et de leur passé douteux et il loue pour lui et sa femme un appartement en ville. Un jour, il trouve l'appartement vide, Viviane l'a quitté. Jacques n'abandonne pas la recherche de sa femme, dont le domicile introuvable reste entouré de mystère. Il fait de longues errances autour du village, perd le goût du la recherche scientifique, se perd dans la boisson: "...la honte d'un distingué soûlard".
C'est la souffrance d'un homme déboussolé, et le lecteur sent, partage cette souffrance en lisant, puisque cela perdure, une année, une deuxième année, on ne passe que d'une situation flottante à une autre, il n'y a que des mouvements stagnants, des actions arrêtées abruptement sans arriver à terme. Et cela constitue le coeur du livre, près de trois cent des 350 pages, le tout dans un style de demi-mots.

Il faut persévérer pour percer la valeur de ce livre qui n'est simple en apparence. Au début, cela avait l'air ennuyeux, jusqu'à ce que je découvrais que le sujet de ce livre était justement cette souffrance d'homme déboussolé, et que je m'ouvrais à "sentir" cette souffrance. Une souffrance qui pourtant prépare la compréhension réciproque de façon que les deux mondes s'unissent.

Il n'y a que qelques petits passages qui sont plus explicites sur l'intention de l'auteur de décrire l'intersection de ces deux mondes:

<< Avez-vous jamais songé à notre vie, dans la Saumaie ou dans la vallée? Vous avez un but, monsieur Jacques. On dit que vous travaillez pour la science. Mais nous autres, pour quoi travaillons-nous? Vous pensez que c'est déjà très beau que nous réussissons à subsister. Mais qu'est-ce que cela signifie? Ça ne peut pas être autre chose qu'un conte. Alors nous ne sommes pas à un conte près. Elle se tut.>>

<<Ecoute-moi bien, Jacques Soudret. Tu peux faire tout ce que tu voudras, tu ne comprendras jamais rien à nous autres, ni aux gens de la Saumaie, ni à Viviane. On t'aime bien, mais retourne à ton université. -- Non, dit Jacques.>>

Le livre nous apprend où cet entêtement de Jacques va le mener.
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Re: André DHOTEL (France)

Message  gallo le Dim 5 Juil 2009 - 16:28

André Dhôtel - Le Mont Damion
Gallimard 1964, 265 pg. Ma note 3,75/5.

Fabien, un garçon Parisien distrait et faible élève, est envoyé dans l'Aisne/Ardennes pour entrer en apprentissage dans un village près du Mont Damion. Trop attiré par cette nature, mais de bonne volonté, il éprouve des sentiments contraires, et cela d'autant plus fort qu'il s'attache à un loup (ou chien-loup) blessé qu'il soigne et qui lui va suivre, mais qui attaque les poules des villageois. En plus, il s'attache aussi à un chat sauvage. Le garçon dans l'âge du "Sturm und Drang" ne tombe pas seulement sous le charme des bêtes, mais est parfois en colère contre eux, qui le mettent en problèmes et qui ajoutent à son sentiment de cupabilité envers les adultes;en même temps il reste fildèle aux bêtes qu'il protecte contre les chasseurs. Et il rêve de faire guérir une fille malade rencontrée là. On le renvoye, il commence un, deux autres apprentissages, et est encore renvoyé. Il vit vraiment trop avec loup et chat; pour résultat qu'un villageois enferme le loup et l'enfant. Grâce au chat qui leur rejoint, il retrouvent leur liberté et sont aidés par une jeune fille. Vient alors une période de vagabondage, en route pour Paris et ses parents, qui entre-temps sont partis en Angleterre. Le hasard donne au trio l'occasion d'aller à Londres où garçon loup et chat sont accueillis par une vieille dame qui découvre son intérêt pour le dessin. Une fois réuni avec ses parents, il apprend le dessin industriel et se forme professionellement. Entre-temps il a 18 ans, et il a perdu de vue les deux bêtes sauvages. Mais le souvenir du Mont Damion l'y fait retourner et il y rencontre contre son expectation le loup, le chat et ... la fille.


Ce récit d'une école buissonnière rend bien le flottement d'un garçon devant un avenir incertain, mais qui déjà affûte sa personnalité et à la fin du livre est prêt pour une vie d'adulte. Fabien, après son vagabondage, en est conscient:
"Lorsque Fabien songeait que son bonheur présent venait de tout ce qui s'était perdu, il éprouvait une extrême angoisse."

Les plus beaux passages sont les échanges entre le garçon et les bêtes. Voici un petit passage:
"Fabien se baissa pour entourer le loup de ses bras, puis il appela encore le chat. C'était ici une lande rase avec des rares rejets de plantes. Le chat maintenant tournait en rond et s'approchait avec prudence. Fabien se mit à parler au loup: "Tu es mon ami et il est mon ami". Il fallait parler, car cela n'allait pas sans la peur. Fabien frissonnait. Le loup regardait de ses yeux flamboyants la petite bête qui, délicatement, contournait les rejets des plantes. Puis, à un moment, les yeux du chat aussi flamboyèrent, comme il s'arrêtait pour considérer Fabien et le loup. Par instants, il tournait la tête avec légèreté du coté du bois, où il devait se ménager un refuge, mais tout son désir semblait l'entraîner vers Fabien et le loup. Le jeu dura une grande heure."

Ma note 3,75/5.


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Re: André DHOTEL (France)

Message  Suzanne-écrivain le Dim 5 Juil 2009 - 18:58

Je note ce titre, Gallo ! J'aime beaucoup les romans où il est question d'animaux !

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Re: André DHOTEL (France)

Message  cecile le Dim 5 Juil 2009 - 19:20

De cet auteur je n'ai lu que -"Le pays où l'on arrive jamais", celà m'avait beaucoup intéressé. Je prends note des autres que je ne connaissais pas du tout !
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Re: André DHOTEL (France)

Message  gallo le Dim 27 Sep 2009 - 19:23

André Dhôtel - Les Disparus (1978)
Gallimard 1978, Phébus Libretto 2003 304 pages.

Someperce est un village au bord d'une forêt mystérieuse où depuis des lustres des gens sont disparus. Cela a créée au village une ambiance de tabous, on parle sous couvert, on s'imagine des légendes, on fait des mystifications. On tient quelques personnes pour coupables ou responsables des disparitions. Le tout crée un mélange d'incompréhension, de peur et de merveilleux chez Maximin, qui se voit involvé dans les mystères de la forêt par la disparition de son ami Casimir, collectionneur de boussoles, qui a suivi un jour sa boussole. Maximin, jeune homme, doué pour l'administration, devient entre autres gérant du camping de Someperce. Deux campeurs disparaissent et réapparaissent plein de peur après quelques jours, et des choses gênantes frappent le camping: tuyaux cassés, couleuvres en quantité, des bouts de ver blessantes, un feu de broussailles. Entre-temps Maximin tombe amoureux de plusieurs filles au village; mais ses sentiments flottent incertains. Avec une d'elles il va à la recherche d'une clairière et découvre une ruïne. Pendant ses visites en forêt, il aperçoit parfois Véronique, une amie de jeunesse. Quant les villageois inculpent cette fille des choses arrivés autour du camping et l'attaquent, Maximin la défend et c'est alors qu'il découvre en soi un nouveau sentiment, qui le fait souhaiter de rester avec Véronique. Alors, elle aussi tire une boussole, elle part, et lui la suit. Ainsi, le couple sera les prochains disparus, dont on dit au village des années plus tard que du bien, d'ailleurs.

L'histoire est du genre initiatique comme Dhôtel en a écrit plusieurs: Maximin au départ est sans direction devant l'avenir, ses contacts avec les villageois sont tâtonnants, il ne comprend pas ce qui se dit au village, mais il travaille sérieusement et gagne une place honorable au village. Il se sent attrayé par plusieurs filles, rêve d'en marier une, mais il lui faut rencontrer son amie de jeunesse dans des circonstances exceptionelles pour qu'il découvre sa sureté de sentiment et sa vraie voie dans la vie.
Ce n'est pas le plus fameux des livres de Dhôtel, mais y a dans ses livres toujours quelque chose de plus, qui rend le moindre de ses livres intéressant quand même. Ma note 3,5/5.

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André DHOTEL (France)

Message  cecile le Ven 23 Oct 2009 - 11:07

PAYS NATAL
PHEBUS LIBRETTO
256 pages
2003

Quatrième de couverture :

A vingt-cinq ans Félix fait partie de ces jeunes gens sérieux qui sont l’honneur des familles (même si lui a oublié d’en avoir une) : son patron est fier de le voir si bien appliqué à son travail, ses voisins en viennent à oublier de le regarder de travers, et on annonce son prochain mariage avec une beauté locale qui se trouve être une estimable héritière… Bref, le meilleur des mondes semble s’offrir à lui au prochain carrefour. A ceci près que l’ironie qui tout gouverne a décidé que son chemin à lui ne passerait pas par le prochain carrefour. Il renoue avec un ami d’enfance qui n’a pas trop bien tourné, se trouve mêlé à une mauvaise bagarre – et voit ses rêves de bonne fortune s’évanouir en fumée. Il s’y résigne tant bien que mal : n’aurait-il pas lui-même cherché la catastrophe, dans le désir inavoué – inavouable ? – de vivre une autre histoire que celle qui semblait si bien écrite pour lui ? Mais quelle autre histoire ?

Après avoir lu "le pays où l'on arrive jamais", j'ai été un peu déçue par "Pays natal". Je n'ai pas retrouvé cette mystérieuse ambiance que j'avais aimé dans mon premier Dhôtel. La fin me semble un peu baclée, beaucoup de questions restent sans réponse... Celà dit on retrouve cette atmosphère un peu irréelle qui fait tout le charme de cet auteur, les amours contrariés, les descriptions de la nature. Quoiqu'il en soit, je ne vais pas m'arrêter là et continuer à lire d'autres oeuvres de cet auteur.

Note : 2,75/5
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Re: André DHOTEL (France)

Message  Franillon le Mer 19 Nov 2014 - 16:45

André DHÔTEL
La nouvelle chronique fabuleuse. Pierre Horay 1984 - 116 pages
Ces récits forment la suite de ceux qui ont été publiés dans un autre ouvrage simplement intitulé : Chronique fabuleuse.
Aussi bien que les premiers ils se présentent comme des contes où les légendes s'associent à une banale réalité. Le narrateur et les personnages se placent à côté du monde habituel, pour ainsi dire à la façon de hors-la-loi, tout en restant à peu près honnêtes. Ils ne savent que se livrer à maints hasards pour avoir quelque chance d'attraper, dans ce monde qui leur est inconnu, certaines lumières fameuses dont on peut croire qu'elles sont parfois surnaturelles. Au lecteur malicieux de se faire une opinion à ce sujet. André Dhôtel.

Comme le dit très justement l'éditeur, ce sont des textes dans les marges des grandes œuvres, des voies magistrales. Ils en sont les chemins buissonniers. Et par là, l'auteur nous entraîne dans la calme contemplation d'un arbuste agité par le vent, d'un rapide qui ralentit à l'amorce d'une boucle, dans des rencontres improbables, partout où le r^ve prend le pas sur la réalité. Une lecture détente.
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Re: André DHOTEL (France)

Message  Franillon le Ven 26 Déc 2014 - 10:57

Les mystères de Charlieu-sur-Bar. Gallimard 1962 - 233 pages.
Quatrième de couverture : Charlieu-sur-Bar est un petit village où passe un canal et qu'entourent des bois ainsi que des marais dangereux où un passant peut disparaître sans laisser de traces. Un beau matin un voleur dérobe une statuette en or qui orne la salle des mariages de la mairie et qui est l'orgueil du bourg. Tout le monde se souvient alors qu'une jeune fille, Mathilde Porin, qui s'est perdue il y a deux ans dans les marais, ressemblait à la statuette. L'affaire a été étouffée parce que Mathilde, une humble postière, attirait inexplicablement les hommages des notables, et qu'elle s'est enfuie dans les marais alors qu'elle était, dit-on, poursuivie par certains d'entre eux. On ne se demande plus : qui a volé l'objet précieux ? mais : qui a tué Mathilde ?
Le maire cherche à réduire le scandale, tandis qu'Yvonne, la jeune sœur de Mathilde, et les gamins du pays, avec à leur tête Alain, un apprenti couvreur, veulent découvrir la vérité. Il s'ensuit une série de mystère auxquels se mêlent des farces. Yvonne disparaît à son tour. Il arrive qu'on croit revoir le fantôme de Mathilde, et qu'on revoit régulièrement la statuette, qu'un  inconnu vient placer en des lieux inattendus pour la reprendre aussitôt.
Après maints débats entre les enfants et les hommes du bourg, le jeune Alain découvrira, avec le secret de la famille Porin, le secret de Mathilde et de la statuette, au-delà des bois et des marais, dans un village où parviennent des nouvelles lointaines. C'est une aventure où s'allient les sentiments criminels et naïfs, l'illusion et l'espérance.
Mon avis : Tout semble dit dans cette quatrième de couverture qui, pour une fois, n'est pas mal. Mais il n'en est rien. Chacun croit savoir quelque chose, mais tout le monde ment. Tout n'est qu'apparence. Il est tout aussi difficile de s'y retrouver dans cette histoire, pour ceux, non officiels, qui enquêtent, que de retrouver son chemin à travers les marais. Inutile de poser des questions à qui que ce soit, on répond toujours à côté en parlant d'autre chose, sans la moindre relation avec la question posée. Pourtant, progressivement, c'est au cours de rencontres et de conversations inattendues que le jeune Alain y verra plus clair et comprendra ce qui s'est passé et comment les deux affaires sont liées. On retrouve là cette Ardenne toujours bien décrite par André Dhôtel.  
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Re: André DHOTEL (France)

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