John Maxwell COETZEE: Bilan

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John Maxwell COETZEE: Bilan

Message  Prospéryne le Sam 22 Nov 2008 - 14:29

De : cuné Envoyé : 2005-05-12 07:11
Pour ma part, j'ai lu une centaine de pages de
En attendant les barbares
mais ne suis pas parvenue à entrer dedans. L'écriture est fluide, ça se lit très facilement, mais mon esprit ne cessait de digresser, sans jamais se fixer dans l'histoire. J'abandonne donc pour la 2° fois ce livre, et passe à
Mickaël K, sa vie, son temps
Et là, pareil. ça me faisait pourtant penser à Steinbeck quelque part, avec Des souris et des hommes, mais sans jamais capter ,mon attention.

J'ose avancer l'explication suivante : Il faut une certaine maturité pour appréhender Coetzee, qui n'a rien à voir avec l'âge ou la culture, juste un état d'esprit, prêt à s'ouvrir à une action lente, à chercher le sens derrière les mots simples.
Je n'en suis pas là, pour l'instant.
A retenter dans quelques temps...
(Je ne note pas mes tentatives avortées)


De : Mousseliine Envoyé : 2005-05-13 06:33
Que de critiques!

Il ressort que Coetzee on l'adore ou on ne l'aime pas, difficile d'être entre les
deux.

Pour ceux et celles qui ont lu Disgrâce, ça vous dit quoi la page couverture?

Après toutes ces critiques, vous allez relire quoi de cet auteur?

Pour ma part, c'est certain que je vais le relire.... mais je ne sais pas quoi, les critiques sont tellement partagées, que finalement j'ai l'impression que si on aime on aime pratiquement tout sinon ben là vaut mieux éviter. Alors pour le suivant je me laisserai guider par le hasard, sur ce que je vais tomber.

Pour le style, effectivement j'ai trouvé aussi comme la plupart d'entre vous que c'est très froid mais ça ne m'a pas déplu, au contraire. On dit que Ellroy est noir mais Coetzee ne donne pas sa place.

Venusia j'ai beaucoup aimé ta critique de Disgrâce! j'aurais aimé faire pareil!


De : MarieProze Envoyé : 2005-05-13 08:33
Dans Disgrâce, le ton froid semble être propice à ce que le lecteur ne demeure pas dans l'indifférence, la simple compassion ou les bons sentiments. Elle fait réagir ! Si l'auteur ne semble pas prendre parti, c'est peut-être parce qu'il respecte toute liberté trop souvent sujette à la manipulation.

Pour ce qui est du personnage de David Lurie, certes il ne s'agit pas d'un ange, mais je veux bien me porter à sa défense. Lurie, c'est l'intellectuel qu'on tente de démunir, le personnage qui incarne la crise du savoir. Spécialiste de poésie, il enseigne les communications dans cette université réformée (ça sent pas la réforme scolaire, non?). Il maîtrise le langage poétique - c'est son régistre - qui n'intéresse plus personne. Devant lui, quand il parle de Byron, il ne trouve que des loques... La société isole ses intellectuels, les place dans un ghetto. Pas étonnant qu'il ne réussisse pas à communiquer avec sa fille dont la marginalité "disgracieuse" - à elle - se joue au niveau du corps et de la sexualité (grosse, lesbienne, victime de viol).

Qui veut défendre la grosse Lucy ? Qui veut défendre la belle Mélanie ?


De : Venusia Envoyé : 2005-05-13 10:45
Merci du compliment Mousseline, mais si tu savais combien de temps ça me prend! C'est pour ça que j'en fais pas beaucoup, mais j'aime réfléchir au message d'un roman après l'avoir terminé.

MarieProze, je trouve ton observation au sujet du même crime en deux échos très juste. C'est quelque chose que j'avais vaguement remarqué aussi, mais sans l'avoir articulé pleinement dans mes pensées.

Honnêtement, je ne sais pas si ça me tente de relire Coetzee. Lui, Ian McEwan, Tim Parks, Colm Toibin, etc., tous ces écrivains mâles prisés des comités de prix littéraires, ont un thème vaguement similaire qui m'a déjà charmé mais qui commence à me lasser. Celui de l'homme dans la force de l'âge, à l'appétit sexuel débordant, qui remet sa vie, ses principes, ses actions en question, où la réaction de cet homme face aux événements est plus importante que les événements-même, je commence à trouver ça répétitif.

Pour moi le roman idéal, c'est celui où l'histoire de surface est rebondissante d'action, mais où le fond est également profond, riche, dense et complexe. Un roman d'évasion qui est aussi littéraire! On dirait que les auteurs choisissent souvent l'un ou l'autre. Soit ils nous divertissent, ou soit ils veulent nous faire réfléchir. Ma quête éternelle, c'est de trouver l'heureux mélange des deux.


De : lassy Envoyé : 2005-05-13 11:18
Pour moi, David Lurie incarne l'homme supérieur qui déchoit, et ce sur plusieurs plans :
- L'intellectuel, mis au rencart (tu as raison de le souligner, Marie-Prose)
mais aussi :
- le don juan, qui jusque là avait des conquêtes faciles
- l'artiste, aussi, dont la création littéraire se tarit.
- le père, incapable d'aider sa fille
- Et bien sûr, l'homme blanc que la société sud africaine ne protège plus, de façon privilégiée, et qui, à travers sa fille, vit la fin de l'apartheid comme le début du chaos, contre lequel il est impuissant.

Personnellement, je n'ai pas envie de défendre ni Lucy, ni Mélanie, mais David non plus, et je pense que c'était voulu par l'auteur, on ne peut pas complètement les plaindre... on peut seulement espérer que l'entente viendra pour tous, que ce pays finira par trouver ses marques, et qu'elles soient justes pour tous.


De : Mousseliine Envoyé : 2005-05-13 11:53
En effet, aucun des personnages n'est sympathique, et encore moins David Lurie, en fait il me faisait plutôt pitié. Et ce genre d'individu (intelligent, intellectuel) tellement bouché est pratiquement nuisible dans la société. Pour la visite chez les parents... peut-être pour montrer que décidemment Lurie ne regrette rien et ce malgré ce qui s'est passé à la ferme, trop centré sur lui-même. Brrrrrr...

Ah mais pour ça Venusia faut aller du côté de la littérature américaine et canadienne, je te l'ai toujours dis d'ailleurs! On se lasse de la littérature anglaise, il y a de bons auteurs et c'est très agréable d'en lire mais pas trop souvent, car souvent le style est pareil d'un auteur à l'autre comme l'humour d'ailleurs. La littérature américaine est tellement plus vaste, tellement plus riche, diversifiée. Bon en tout cas, il y a roman anglais que j'ai adooooré: La maison du sommeil de Jonathan Coe, grand coup de coeur! Tu connais?


`De : Alexis_le_Yo_786 Envoyé : 2005-05-13 17:23
À mon tour, maintenant, de faire mon bilan de Coetzee.

Je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé cet auteur. Au contraire, je l’ai trouvé très juste dans ses interprétations personnelles de ce qui l‘entoure, de ce qu‘il voit. Il m’a fait découvrir de nouveaux sentiers que je n’avais pas encore explorés, il m’a permis de prendre conscience de certaines réalités, et c’est justement cela que j’ai tant apprécié.


Mais malheureusement, et vos critiques me l’ont confirmé, j’ai trouvé cet auteur beaucoup trop froid, beaucoup trop distant, face aux phénomènes qu’il décrits avec tant de véracité. En fait, c’est sûrement l’effet qu’il cherche à créer. Il m’a également paru doué pour le malheur, pour voir le côté sombre des choses, sans qu‘il n‘y ait jamais une lueur d‘espoir. C’est bien dommage!! Ce n’est pas nécessairement le genre d’auteur que je recherche le plus, mais j’ai tout de même apprécié Coetzee que je vais sûrement relire, d’ici plusieurs années. En particulier Scènes de la vie d‘un jeune garçon et Vers l’âge d‘homme, qui m‘intriguent beaucoup.


En passant, merci pour ta critique, Akasha, que j’attendais avec impatience. Et merci également à tous les autres, ç’a été très agréable de vous lire.


De : SisterCici Envoyé : 2005-05-14 04:32

Bien sûr, pour comprendre la couverture de "Disgrâce", il faut avoir lu le livre et là, je peux dire qu'en voyant celle-ci, j'ai vu la ferme de la fille de David Lurie.

Une fermette dans les champs.Entre parenthèses, je peux dire que je trouve cette couverture jolie.

Je ne sais pas si je lirais d'autres livres de Coetzee car, malgrés que celui-ci, m'a plu quand je vois les critiques.Ca me fait reculé.Mais bon, j'en lirais peut-être encore...

Je verrais par la suite si je tombe sur un de ses livres, je me lasserais peut-être tenter.


De : -Iliade- Envoyé : 2005-05-14 07:53
Alors mon bilan Coetzee.

Et bien, comme vous, j'ai trouvé le style très froid (encore plus peut-être dans En attendant les barbares que dans Disgrâce). Il m'a parfois fait penser à certains auteurs américains comme Steinbeck (c'est Cuné d'ailleurs, qui a dit s'etre crue dans des souris et des hommes) qui ont aussi ce détachement face à ce qu'ils écrivent. Mais Coetzee, je trouve, va encore plus loin dans cette froideur, il est encore plus impersonnel.
Cela dit, c'est ce que j'ai apprécié chez lui. Il nous projette la vérité en face sans l'édulcorer, même la plus dure, et c'est à nous de ressentir les choses, pas à lui de nous dire ce qu'il faut ressentir. Il laisse au lecteur sa propre interprétation et, ça c'est précieux ! Il y a tellement d'auteurs qui, par la façon dont ils tournent leur récit, vous dictent ce que vous devez penser ; là, Coetzee essaye de se débarrasser des idées reçues que ce soient les siennes ou non.
Il m'a bouleversée, dérangée même, mais ça a du bon d'être dérangée.

Est-ce que je relirai du Coetzee ? Je ne sais pas. J'avoue que j'aime bien les belles phrases et je ne trouve pas l'écriture de Coetzee très belle. De plus, il est vraiment très dur, et même si j'ai dit plus haut les avantages que son style avait pour moi, il est tout de même trop glaçant et pessimiste pour que je l'apprécie énormement, je ne peux pas adérer à sa façon de penser.

Je sais, mon avis est un peu controversé.
Pour résumer, ce fut une rencontre extrèmement intéressante et enrichissante que je ne regrette pas du tout ; après je ne lirai pas du Coetzee tous les jours, trop noir, j'aime les visions plus positives, mais, comme j'aime aussi la variété, Coetzee m'a plu. Je suis assez tentée par Vers l'age d'Homme, peut être que dans quelques temps je le lirai.

Quoiqu'il en soit c'est une excellente idée de faire un auteur par mois, c'etait ma premiere participation et j'ai adoré ! Confronter ainsi tous les points de vues est très très intéressant.


De : Friisette Envoyé : 2005-05-22 10:03
Pour répondre à Mousseline concernant la page couverture...

Personnellement je l'adore!!! Surtout à cause du message que porte l'illustration. Le masque, pour moi représente les masques qui tombent, tout ce que chacun cache volontairement ou pas et dont le roman est rempli.

En en même temps, la forme du masque, c'est l'Afrique du Sud stylisée. Où l'espèce de chevelure est en fait la frontière nord du pays.

En elle-même l'illustration porte un message qui explique une bonne partie du roman. On sent tout le travail de réflexion qu'il y a derrière.
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