Jacques-Pierre AMETTE (France)

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Jacques-Pierre AMETTE (France)

Message  gallo le Ven 21 Nov 2008 - 15:58

De : Claarabel (Message d'origine) Envoyé : 06/04/2004 14:12

Jacques-Pierre Amette : Ma vie, son oeuvre

Bon, ce n'est pas le livre qui a obtenu le goncourt (La maîtresse de Brecht) mais un roman paru en 2001...

Ou comment survivre à l'échec du Goncourt ...

Très beau roman, "Ma vie, son oeuvre" est assez intéressant à lire dans le contexte où l'auteur, Jacques-Pierre Amette, a obtenu le Goncourt 2003 pour un autre livre. Car dans ce roman, "Ma vie, son oeuvre", l'auteur raconte l'histoire d'un écrivain presque maudit, un écrivain en panne d'inspiration et en crise d'écriture depuis qu'il a râté le Goncourt.

L'histoire commence par un enterrement : l'écrivain Icare s'est effondré dans un salon de communication de la Fnac de Caen pour la présentation de son nouveau roman, Tout est grâce. Icare est mort. Et c'est son meilleur ami qui nous raconte son histoire, lui le chargé testamentaire, lui qui retourne dans la villa de Saint-Vigor d'Azide pour faire le tri dans ses papiers, ses brouillons et ainsi remonter vers un passé qui les avait réunis, Icare, le narrateur et sa femme Sarah. Sarah, jeune comédienne juive, que les parents du narrateur reprochent à leur fils d'épouser. Pas facile dans cette France d'après-guerre. D'ailleurs, Icare et le narrateur s'étaient mis d'accord: "Nous serions la génération qui allait chasser le mal, l'ignominie de la persécution nazie et l'ignominie de la défaite de 40. Nous sommes devenus des opposants professionnels." Icare se lance dans la littérature, le narrateur devient clown. Pour le jeune public des classes maternelles. Icare lui reproche, "J'avais profané son idée de la culture. J'avais craché sur le monument Littérature."
Icare publie un premier roman, Chasse, qui connaît un succès immédiat. Emporté par les louanges, il collectionne les articles de presse, jongle avec les interviews et devient L'écrivain de sa génération. Le succès lui tourne la tête; mais il loupe le Goncourt. Première catastrophe. Au moment d'écrire son deuxième livre, Icare doute et ne parvient pas à aligner deux mots à la suite. Sa production est stérile, plate, sans consistance. Le gouffre l'emporte quand il découvre un exemplaire de son livre sur un étalage de livres soldés et au milieu du roman une insulte écrite en marge du roman.. Profanation !.. Icare perd ses moyens. Son livre Donjon rejoint "le grand embouteillage de la Rentrée littéraire, un privilège réservé aux manuscrits forts". Mais le succès boude.
Carrément désespéré, Icare achève de se détruire. Il quitte tout, disparaît se réfugier loin, dans une Montagne bleue puis de ci, de là.. Il tentera d'écrire à nouveau, mais soit il brûle les quelques feuilles de son manuscrit, soit sa production est véritablement médiocre.
Au centre de ce roman, ou plutôt en marge d'Icare, demeure le narrateur, le plus fidèle et le plus dévoué. Il a partagé la maison de Saint-Vigor avec sa femme pendant des années, il a partagé aussi Sarah.. Très complice avec Icare, Sarah s'est éloignée de lui.. Devenu jaloux, sinon suspect, il les observe mais rien ne transparaîtra de cette relation faussement ou véritablement chaste. Sûr, lui aussi va tout perdre: son boulot, sa femme, la maison de Saint-Vigor... Eternellement prisonnier de ses spectres, le narrateur sera le seul à traduire le véritable dilemne d'Icare et de ses proches.

"Ma vie, son oeuvre" est finalement un roman assez grave, court en apparence mais dense en émotions. Classique et élégant, il traduit les déboires d'un homme en proie avec ses démons. Ce roman s'ouvre de façon assez confuse et n'est pas servi d'un titre valorisant et qui ne rend pas sa juste valeur à l'histoire.
Une très belle histoire à la beauté froide et sinistre. Presque dépressive mais bougrement élégante.

Seuil, 140 pages, 12 euro.

Ma note : 3.5 / 5

Clarabel, (qui lira le fameux goncourt très bientôt)


De : Claarabel Envoyé : 27/11/2004 14:53
Et donc, le Goncourt 2003 :

Jacques-Pierre AMETTE - La maîtresse de Brecht

Il se dégage de "La maîtresse de Brecht" beaucoup de froideur, de tristesse et de mélancolie. Quelque chose d'irréversible, de fatal. Au coeur de ce roman de Jacques-Pierre, figure la jeune comédienne Maria Eich, au "coeur pur et ardent", qui rejoint l'étroite troupe de Brecht, le dramaturge qui rentre au pays après des années d'exil. Et Maria doit donc l'espionner, connaître le fond de ses pensées, cerner le personnage... Mais à quel prix ? Car dans le climat de l'après-guerre, dans un Berlin déchiré et scindé en deux partis politiques mondiaux, l'ambiance est grise, suspicieuse et implacable. On doit décrypter et trouver des indices, analyser des documents, décortiquer des photos, espionner, ordonner et trancher. C'est sec, direct et sans compromis. Maria joue donc un jeu dangereux, embarquée dans un engrenage dans lequel elle se sentira très vite dépassée. Pourtant elle n'a pas le choix : sa fille est soignée à l'ouest, son père et son mari sont des nazis fichés dans les dossiers. Et puis Maria veut la gloire, son nom en haut de l'affiche et Brecht est un homme admiré, respecté, courtisé. Autour de l'homme, il y a aussi son épouse, Hélène Weigel - pire qu'un glaçon ou une douche froide, elle n'a aucune pitié pour la jeune comédienne, la nouvelle égérie de Brecht, sa maîtresse. Dans l'ombre de Maria, il y a aussi cet homme qui lui donne ses ordres de missions, Hans Trow. Bienveillant et secrètement amoureux. Mais quel avenir pour tous ces pions d'un enjeu politique mondial ? Où la dignité humaine est balayée, où le monde des arts et des spectacles est scruté au peigne fin, où les amours ont si peu de valeur. Et ce Brecht que l'auteur nous présente de son écriture dépouillée : un rien nabab, loué, choyé et flatté. Tantôt méprisant, colérique et boudeur. Tantôt blessé, amer, vieillissant et affligé. C'est un roman bien songeur que voilà : "La maîtresse de Brecht" est bien écrit mais son contenu, terriblement glacial, exige une bouffée d'oxygène en fin de lecture ! (3/5)
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Re: Jacques-Pierre AMETTE (France)

Message  catherine le Lun 22 Aoû 2011 - 23:34

La maîtresse de Brecht
Éditions le livre de poche
251 pages


Résumé (tiré d'internet, site evene.fr)

Bertolt Brecht rentre à Berlin en octobre 1948, après un exil de quinze ans aux Etats-Unis. Les autorités, qui doutent de sa fidélité au Parti, placent auprès de lui une actrice autrichienne, Maria Eich, pour l'espionner. Contrainte d'accepter ce rôle peu reluisant, elle devient la maîtresse occasionnelle de l'écrivain et intègre sa troupe de théâtre.

Critique
Je n'ai absolument rien ressenti en lisant ce livre, que j'ai lu en quatrième vitesse pour me débarrasser... je déteste abandonner des livres et celui-ci est assez court. Je n'ai pas cru dans la relation entre Brecht et Maria Eich, pas cru non plus en la tension émotive qui se tissait entre la même Maria et un des agents de la police politique... j'ai trouvé le livre plutôt ennuyeux, un peu compliqué à suivre au début (puis à la fin car je commençais à penser à autre chose...)
Le sujet est pourtant intéressant - l'Allemagne de l'Ouest, tout de suite après la seconde guerre mondiale... complètement déchirée, en pleine recherche de sorcières face aux anciens nazis... j'ai apprécié un peu l'ambiance régnante, la description du peuple, des villes. Je suis par ailleurs d'accord que le roman est bien écrit, mais le tout m'a laissé de glace.

2/5

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