Craig DAVIDSON (Canada)

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Craig DAVIDSON (Canada)

Message  Mousseline le Mar 18 Nov 2008 - 18:42

De : Eireann561 (Message d'origine) Envoyé : 2007-01-04 05:03

Un goût de rouille et d’os Craig DAVIDSON

Note 5

«Rust never sleep*»

Recueils de 8 nouvelles de ce jeune auteur canadien. Il semblerait que ce soit sa première œuvre traduite en français.

Dans une main, on compte exactement 27 os ; pour un boxeur, un os de la main brisé, ce n’est pas l’idéal.

Eddie Brown Junior a 37 ans ; un soir sur un ring minable pour un combat clandestin, il revoit sa déchéance.

Venant d’une ville misérable à la frontière entre le Texas et le Mexique, il a vu des Mexicains traverser le Rio-Grande à la nage, faire des combats non officiels, toucher leur argent et repartir de la même façon. Sélectionné dans l’équipe olympique américaine, il travaille dur, mais un accident sur une rivière gelée l’obligera à casser la glace à mains nues. Quarante-cinq os sur les cinquante-quatre de ses deux mains seront brisés, mais également sa vie et sa carrière. Que cherche t’il dans ces combats minables ?

Après la boxe, le basket, dans «Un bon tireur», un père, Hank projette ses frustrations sur son fils Jason. Il vit seul ; sa femme l’a quitté à cause de son penchant pour la bouteille. Jason et son avenir dans le basket sont ses seules raisons de ne pas sombrer définitivement. Jason, après une enfance d’entraînement, est une denrée devenue rare, un tireur, sa carrière semble pour son père toute tracée !

Vous imaginez-vous mettre au point une campagne publicitaire pour un suppositoire conçu pour arrêter de fumer ? En plus le laboratoire veut faire un tabac avec un produit pareil ! Au même moment vous devez subir un traitement pour avoir des enfants, plus soigner une morsure de rottweiller au mollet, qui vous a été faite pendant une soirée clandestine de combats de chien. Surtout que vous avez dû euthanasier votre chien, suite à un de ces combats, alors comprenez que Jay ne soit pas forcément de bon poil! Et qu’il tente d’assumer sa vengeance et sa paternité par chien interposé. C’est l’histoire de «Un usage Cruel»

Un homme et un orque, dans un bassin, entourés de spectateurs, ce n’est naturel, ni pour l’un, ni pour l’autre. Un jour le dresseur perdra sa jambe dans la gueule du cétacé, reste t’il une vie ensuite ?

Graham est un brave homme, malgré son métier d’agent de recouvrement qu’il exerce la nuit. Le jour, il s’occupe de sa femme atteinte de tremblements qui peuvent être très convulsifs par moments. Il en a vu, des choses, des pères offrant leurs filles pour garder leur camion, il a pris des coups de manches de pelles de bâton, un coup de fusil etc…. Mais un jour en saisissant un mobil-hom, il rencontre un vieillard qui tourne une suite à un feuilleton pour enfants avec des animaux. Le tournage fini, les animaux refusent la liberté, seul le canard s’envole. La souris, le hamster et la tortue regagnent leurs boites. Graham laisse la caravane au vieil homme, rentre chez lui et présente ses nouveaux pensionnaires à sa femme, mais où est passé le hamster ?

Le sexe dans «Friction» où un acteur de film X suit une thérapie avec les Obsédés Sexuels Anonymes, qui se termine dans un club itinérant où tout est permis.

La boxe encore avec un vieux boxeur exilé en Thaïlande, après avoir tué un adversaire sur le ring, entraîne un jeune boxeur, et lui fait administrer une correction pendant un combat par un spécialiste de la boxe Thaï.

La dernière et la plus longue nouvelle de ce livre traite de magie, la vraie et la fausse. De la magie du pardon à celle des retrouvailles, un frère et sa sœur retrouvent leur père qui avait disparu 25 ans plutôt, mais la magie de la vie ne dure pas.

Des êtres pathétiques comme Eddie, ce boxeur aux mains brisées mais au cœur en mille morceaux, Hank, ce père ivrogne, collant, pénible et toujours fauché, ils ont rêvé de gloire, mais ne la connaîtront jamais, une histoire de sang et de chiens de combats, pour compenser les enfants absents. Le spectacle ou le sport, le paraître et la mort, la vie d’exil et la recherche permanente d’une paix intérieure.

Souvent tous ces gens semblent vivre par procuration, se projetant par êtres ou animaux interposés dans leurs rêves ou leurs faiblesses.

Encore un écrivain canadien de talent découvert cette année, avec David Bergen entre autres. Un livre relativement facile de lecture, une imagination débridée, et des fins de nouvelles pas trop énigmatiques. Un régal un peu inattendu, même si la boxe et les combats de chiens ne font pas partie de mes passe-temps favoris.

Extraits :

- Il a découvert que la température intérieure de mon scrotum était celle d’une cocotte-minute.

- Je suis étendu sur le lit avec un sac de petits pois surgelés qui décongèle dans mon caleçon.

- Un colibri avec le visage de Tippi Hedren me vole sous le nez et s’agite derrière mes yeux.

- J’ai pris l’habitude d’emmerder les gens en ligne sur les forums de soutien.

Je signe d’un faux nom pour préserver l’anonymat. En ligne, on n’est rien de plus qu’un pseudo, une maladie, une dépendance, une faiblesse répugnants, un ensemble de valeurs dérisoires.

- C’était une fille prédestinée à une existence faite d’expériences amères, dont le caractère inéluctable l’enveloppait comme une vague aura de mélancolie.

- Si l’on passe sur les jambes arquées et sur le goitre de dindon, il était assez éblouissant : Le James Steward du hard.

- C’était l’homme qui valait trois milliards, mais dans le porno.

- Un boxeur, c’est un monstre. Il passe peut-être dix ans à faire le métier le plus dur du monde. Il donne tout maintenant ou alors jamais !

Titre original : Rust and Bone

Editions :Albin Michel

On peut écouter cet excellent album de Neil Young en lisant ce livre !
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Re: Craig DAVIDSON (Canada)

Message  Mousseline le Mer 27 Avr 2011 - 23:43


(Albin Michel, 2006, 292 p.)

Un goût de rouille et d'os

Voici un recueil de huit nouvelles d'un jeune auteur canadien qui s'est fait remarquer partout avec "Un goût de rouille et d'os" - une première traduction en français. J'en avais lus plusieurs commentaires élogieux et cela ne m'en prenait pas davantage pour acheter le livre.

Ça parle d'un boxeur qui participe à des combats clandestins, d'un homme alcoolique qui pousse son fils dans le basket, d'un homme qui engage ses chiens dans des combats (à la limite du supportable), d'un accro au sexe, d'un gars qui se fait bouffer une jambe par un orque dans un spectacle aquatique...

Alors ce sont des vies pas ordinaires, en tout cas c'est bien loin de mon univers. Ce sont des hommes tourmentés et en colère. Ils vivent des situations extrêmes.

Une écriture coup de poing. Des mots qui percutent comme si on était tout au long dans un match de boxe. C'est si intense et si profond que je devais par moments faire une pause.

Les descriptions sont souvent insoutenables comme par exemple dans "Un usage cruel" où il est question de combats de chiens clandestins. J'avais envie de fermer les yeux comme quand je regarde un film et que je ne peux supporter certaines scènes.

Craig Davidson m'a fait voir le côté barbare de la boxe. J'ai regardé des films de boxe comme "Rocky" et dernièrement "The Fighter" et la boxe ne m'avait pas paru comme un sport si cruel mais après avoir lu certaines nouvelles dans "Un goût de rouille et d'os" la boxe a pris une toute autre dimension pour moi - j'en avais une vision pratiquement romantique, j'étais loin du compte.

Alors oui c'est très fort. Craig Davidson a énormément de talent mais c'est un peu trop brute pour moi. Peut-être plus une lecture pour les gars...


Note : 4/5


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Re: Craig DAVIDSON (Canada)

Message  Aurore le Mer 27 Aoû 2014 - 15:20

Cataract City - Craig Davidson ; trad. de Jean-Luc Piningre
(Albin Michel, 2014, 483 p., coll. Terres d'Amérique)
Parution du 20 août 2014 [Rentrée littéraire ]
Le Canadien Craig Davidson peut être connu parmi nous car il a écrit la nouvelle Un goût de rouille et d'os, adapté par Jacques Audiard au cinéma. 
Dans ce nouveau roman, il évoque une amitié de deux jeunes, du même âge, ayant vécu au même endroit (dans la ville frontière du Canada et des États-Unis, nommée Niagara Falls) et ayant pourtant évolué bien différemment. Le premier c'est Owen Stuckey, un solide gaillard très sportif mais dont le destin ne sera pas celui espéré. Quant au second, il s'agit de Duncan Diggs qui est sans doute le plus écorché des deux.
Pourquoi ces deux personnages sont-ils pourtant liés par une amitié si vive ? 
Il se trouve que le roman se forge autour d'un drame qui prend en otage les deux enfants. Ils ont douze ans lorsqu'ils sont enlevés, au cours d'une dispute entre parents (les leurs, mais pas seulement), par un vieil alcoolique de catcheur, Bruiser Mahoney, un modèle pour les deux gamins. Mais le chemin est long (il les conduit dans une forêt dense et insondable) et le temps se ralentit pour les garçonnets qui n'ont jamais (sur)vécu livrés à eux-mêmes.
La narration prend un tour angoissant là où l'homme qui fait rêver (le catcheur idolâtré) tombe le masque pour ne laisser place qu'au prédateur, au vieux déséquilibré complètement esseulé. Nul doute que cet épisode traumatisant de l'enfance a toute son importance dans les petites carences identitaires des deux hommes en devenir. Leur but est le même : quitter Cataract City mais leurs moyens ne sont pas les mêmes.
Owen veut se faire vengeance en devenant policier. Quant à Duncan, il enchaîne les mauvaises fréquentations, s'accroche aux combats de chiens et d'hommes, se passionne pour les courses de lévriers (et de voitures, mais ça remonte à plus loin). Pour résumer, l'un serait plus le justicier tandis que l'autre tournerait malfrat mais le récit n'est pas aussi manichéen.
Ce que j'en retiens davantage c'est que c'est une histoire d'hommes où les bagarres vont bon train, où il est difficile (voire impossible) de se dépêtrer de son propre passé. Au moment où s'ouvre le roman, Duncan sort de prison et Owen l'attend à la sortie. Mais qu'ont-ils à se dire ? Y a-t-il de la rancune derrière les trajectoires opposées de ces deux vieux copains ?
Ma vie restait ancrée à Cataract City. Une petite existence resserrée - de celles que je préfère, finalement. Edwina, Dolly et moi - un cercle fermé dans lequel j’étais pleinement satisfait. Mais la ville étant ce qu'elle est, et moi ce que je suis, les choses allaient forcement mal tourner. (p. 231)
Il est des romans noirs qui marquent et vous donnent envie d'aller au plus profond des ténèbres pour justement remonter les victimes, consoler la veuve et l'orphelin. Ici, ce roman d'une amitié indestructible est profondément marquée par un lieu et par un événement (l’enlèvement). Vous retiendrez votre souffle dans la première partie du roman, à la suite des enfants, puis vous respirerez à demi lorsque vous constaterez leurs efforts immodérés de lutte pour s'en sortir. Dans le lot il y a Edwina la femme (la seule du roman, c'est simple !) qui laisse échapper la lumière, qui semble une échappatoire à la gangrène misérabiliste dans laquelle sont voués la plupart des jeunes hommes confrontés à la crise. C'est très poignant et c'est, pour le moment, le premier roman que je sors du lot de la rentrée littéraire ! Une pépite de dureté mais qui se laisse polir sous les doigts !
4,75


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Re: Craig DAVIDSON (Canada)

Message  Lacazavent le Mer 27 Aoû 2014 - 16:00

Oh, je le retiens pour une prochaine lecture. Merci Aurore Very Happy

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Re: Craig DAVIDSON (Canada)

Message  dodie le Mer 27 Aoû 2014 - 16:20

Moi aussi Very Happy
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Re: Craig DAVIDSON (Canada)

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