Pascale QUIVIGER (Canada/Québec)

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Pascale QUIVIGER (Canada/Québec)

Message  Lacazavent le Mar 18 Nov 2008 - 17:36

De :Mousseliine Envoyé : 14/02/2005 02:22

Critique de Polo

Je t'envoie cette critique que je viens de terminer à l'instant même parce que l'auteure a reçu le prix du Gouverrneur général du Canada en 2004. Personne n'en a parlé, sauf une critique rapide dans Le Devoir de la semaine passée. Je t'en donne l'exclusiveté parce que tu as un beau site. (Polo)


Quiviger, Pascale. Le Cercle parfait.
Éd. L’Instant même, 2003, 173 p.

Que devons-nous faire sur terre ?

On a décerné le prix du Gouverneur général 2004 à Pascale Quiviger pour Le Cercle parfait. La jeune romancière de 35 ans, native de Montréal, vit en Italie. Elle en est à son premier roman, mais elle a déjà fait publier en 2001 Ni sols ni ciels, un recueil de nouvelles. Sa nouvelle œuvre s’inscrit dans le créneau très occupé des ruptures amoureuses. À l’instar de Nelly Arcan dans Folle, elle procède à l’autopsie de l’échec d’une Québécoise qui aurait voulu se revitaliser en se donnant corps et âme à un Italien résidant dans un village de pêcheurs.

Muette sur les prémisses qui ont emmené Marianne en Italie, l’auteure se consacre à rapporter une relation qui s’est terminée en queue de poisson. Ce n’est pas tellement un coup de foudre qui a frappé l’héroïne qu’un désir de se sortir d’une vie sans horizons. Laissant famille et emploi, Marianne va retrouver Marco, un Italien qu’elle avait connu lors d’un voyage précédent. Avec lui, elle veut se construire une vie remplie de projets. Ce n’est pas la femme du piétinement, mais celle du pas qui conduit vers la quête de soi-même et des autres. L’univers de Marianne ne correspond malheureusement pas à celui des villageois et de son amoureux en particulier, un homme qui aime vivre dans le cercle parfait de son cocon. Il n’est pas homme à faire surgir un devenir meilleur, mais à se complaire dans une routine, qui, en répétant inlassablement le geste, assassine la parole.

Malgré ce contexte, l’héroïne s’évertue à attendre que Marco s’investisse davantage pour enrichir leur relation. Mais au fil des jours, elle réalise qu’elle devient l’ombre de cet homme intégré au gris des pierres de son village. Sa patience la conduit à la déprime. Pour lutter contre sa perte, elle passe de l’attente d’un amour vivifiant au geste qui va donner un sens à son échec, un geste qui la ressuscitera dans toute sa nudité, comme un Christ mort pour manifester davantage la gloire de son Père. Le tombeau n’est pas sa demeure. Elle provoquera le séisme qui détruira sa prison pour surgir à nouveau. À l’exemple du peintre Giotto, Marianne, une artiste aussi, possède une vision ample de son existence qui doit transcender l’espace pour se loger dans une foi dépourvue de dogmatisme et capable de transporter les montagnes.

Pascale Quiviger tient un discours rare de nos jours. Un discours tout à fait crédible parce que son héroïne se penche avec lucidité sur les obstacles qui l’empêchent de croître ou de matérialiser l’indéterminé en elle, comme dirait Maître Eckhart. C’est avec une plume fascinante que l’auteure décrit la tourmente d’une femme qui veut accéder à la liberté. Cependant la forme peut en décevoir plusieurs. L’auteure choisit une narration qui alterne du vous au il et du il au je, imbriquant aussi des événements apparemment sans liens mais qui se justifient après coup. C’est un peu échevelé. L’écriture, sans être lyrique, se transforme parfois en incantations comme un écho redondant à la narration. Mais il reste que c’est une solide démonstration de ce que doit être l’existence humaine.
4/5

Polo
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Re: Pascale QUIVIGER (Canada/Québec)

Message  aBeiLLe le Ven 7 Aoû 2009 - 4:01

You will lose only what you can’t let go of

4e couverture:

Ma maison est aussi proche de la mer qu’une maison peut l’être avant de devenir un bateau.

Par un lumineux jour de printemps, une jeune femme trouve la maison de ses rêves, entourée d’un jardin luxuriant, d’une effarante beauté, et qui regarde la mer de son unique fenêtre, semblable à un œil écarquillé.

Elle décide d’y emménager. Mais comment se fait-il que le paysage se transforme et que ses proches n’arrivent pas à trouver le sentier qui mène à sa maison?

Dans sa solitude, la jeune femme se remémore l’amitié intense unissant deux êtres aux noms de lumière : Lucie et Claire. Entremêlant la vie quotidienne à l’imaginaire, elle dessine toute une galerie de visages de femmes : mère, fille, sœur, aide, confidente. Chacune est reliée aux autres par des liens complexes. Chacune est une incarnation singulière des raisons que nous avons d’espérer et de combattre, d’aimer et de rêver, d’accueillir et de porter secours.


On ne sort jamais indemne d’une telle lecture… La force des mots, des images, de l’imaginaire de l’auteur font de la lecture de ce roman un moment de grâce. Je n’en dis pas plus, de peur de vous gâcher la découverte de cette histoire. Pascale Quiviger a écrit deux autres romans, Le cercle parfait et Ni sols ni ciels que je vais m’empressée de lire aussi. J’aime la littérature québécoise quand elle met sur mon chemin des petits livres comme celui-ci, ça me réconcilie avec la lecture de mon pays qui m’a trop souvent déçue… À lire, à lire, à lire!

Pour les lecteurs européens, ne vous fiez surtout pas à la couverture de l’édition Panama publié chez vous, elle est d’une laideur atroce! Ce qui compte, c’est la beauté du texte…

4.5/5

Extraits :

" À l’est le ciel vibrait d’une vague phosphorescence. Dans le jardin, chaque brin d’herbe, chaque branche, chaque toile d’araignée était minutieusement souligné de rosée, comme si les fées étaient passées avec un crayon mouillé pour pointiller les choses vivantes. Ce calme bonheur du jardin ensommeillé tranchait sur mon anxiété, comme pour la contredire ou pour m’insuffler un peu de courage. " p. 35

" Je voulais une maison pour qu’elle m’avale. Je me souviens avoir pensé : j’aimerais tant être nulle part. « En vente, bord de mer » est la maison des temps rompus. C’est le lieu concocté par ce qui, en moi, demeure capable de vision, de guérison et d’espoir. Je n’ai pas d’autres mots pour le dire. " p. 52



La maison des temps rompus, Pascale Quiviger, Boréal, 2008, 237p.


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