Jamaica KINCAID (Antigua-et-Barbuda/Etats-Unis)

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Jamaica KINCAID (Antigua-et-Barbuda/Etats-Unis)

Message  gallo le Sam 15 Nov 2008 - 20:00

De : Mousseliine (Message d'origine) Envoyé : 16/09/2003 02:26
Jamaica Kincaid - Mon frère
(Seuil - Points, 2001, 188 p.)

Jamaica Kincaid raconte la mort de son frère, le frère qui est mort du sida là-bas à Antigua.

Ce n'est pas vraiment une histoire dans le sens où on l'entend. On a l'impression qu'écrire est une nécessité pour Jamaica Kincaid, une manière de se soulager, une façon de comprendre, de se comprendre. Jamaica Kindaid a quitté Antigua et sa famille, sa mère et ses trois frères, à la fin de l'adolescence. Pour être ce qu'elle est devenue elle a dû mettre une distance entre elle sur les siens, elle a passé vingt ans sans les voir. Elle ne sait pas si elle les aime, en fait elle croit qu'elle ne les aime pas, mais elle sait qu'il y a quelque chose...

L'écriture est superbe. Une écriture stylisée, intimiste, intense, violente, à la fois simple et complexe. Un vocabulaire sans prétention et riche de sens, de signification. J'ai craqué pour les mots de Jamaica Kincaid. (Quoique c'est une traduction mais enfin...)

C'est un très très bon roman. Un roman qui n'est pas seulement de la fiction. L'auteur se dévoile sans pudeur un peu comme si elle écrivait dans un journal.

En voici un court extrait:

Ils s'étaient éparpillés avec détermination et gratitude, car l'île sur laquelle ils étaient nés ne pouvait assurer leur subsistance, elle pouvait assurer la subsistance d'autre gens, des gens natifs d'Europe en particulier, mais elle ne pouvait assurer leur subsistance à eux...

J'ai beaucoup, beaucoup aimé!

Note : 4.5/5
(Mousseline)
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Jamaica Kincaid est née en 1949 à Antigua (Caraïbes), sous le nom d'Elaine Potter Richardson. Elle vit avec son beau-père et sa mère jusqu'à l'âge de seize ans, âge auquel ses parents l'envoient à New York pour travailler en tant que jeune fille au pair. Elle étudie ensuite la photographie à la New York School for Social Research. Elle commence à écrire pour la revue Ingenue.

En 1973 elle change de nom, sa famille désapprouvant son activité d'écrivain. L'écrivain George W.S Trow commence à publier des articles sur elle dans le New Yorker dans la rubrique « Talk of the Town », et juste après Jamaica Kincaid attire l'attention du rédacteur légendaire de la revue, William Shawn, qui l'embauche et l'aide à s’affirmer en tant qu'écrivain. Elle commence à écrire les histoires d'Au fond de la rivière, son premier roman.

Devenue romancière (Annie John, Lucy, Autobiographie de ma mère...), elle s'installe à Bennington (Vermont), où elle enseigne.


De : Lhisbei Envoyé : 22/06/2004 23:02
Mon frère - Jamaïca Kincaid
Editions L'Olivier 192 pages

L'histoire : Jamaïca Kincaid se raconte un peu, raconte son frère mort du sida à Antigua, raconte sa famille, sa mère détestée, son beau père mais vrai père, ses frères et sa vie de maintenant, sa vie d'avant quand elle était à Antigua avec le reste de sa famille.

C'est un roman que j'ai trouvé difficile à lire. J'ai eu l'impression qu'elle écrivait aussi vite qu'elle pensait : il faut donc suivre les pensées de l'auteur ce qui provoque une sensation de vertige puisqu'elles se perdent, font des détours et finissent parfois par se répéter. L'auteur écrit pour survivre et ça se sent. Par contre c'est très fatiguant au bout d'un moment. J'ai failli lacher à la 80eme pages mais je me suis accroché. J'aurai su mal à dire si j'ai aimé ou pas ce livre : je n'ai jamais rien lu de tel auparavant. Il y a une telle souffrance une telle mise à nu que l'on ne peut pas rester indifférent à ce livre. Je lui mettrai donc une note de 3,5/4 parce que j'ai plus souvent eu envie de refermer le livre que de le garder ouvert.


De : Cafrine Envoyé : 13/03/2008 16:21
Annie John de Jamaica Kincaid
Editions de l'Olivier/Le Seuil 1996 (155p.)

Annie John vit avec son père et sa mère à Antigua, une île des Petites Antilles. Si la relation maternelle est fusionnelle jusqu'à ses 10 ans, tout change pour Annie par la suite. Haine et peur vont désormais gouverner les rapports entre ses deux femmes. Annie découvre désormais la vie à travers la mort et ses rituels, le rapport sexuel des adultes, l'amitié passionnée, ... Les 7 années de la vie de Annie John qui nous sont contées nous permettent de découvrir un personnage "rebelle, rusée, naïve" et "d'une justesse bouleversante".

Annie John fait partie de ces livres riches car mêlant plusieurs thématiques, offrant plusieurs indices à travers l'écriture... bref des choses dont je raffole et qui paraissent si fluides, spontanées sous la plume de l'auteur. Je m'explique. On y retrouve un thème simple : le passage de l'enfance à la fin de l'adolescence d'une fille. A celà s'ajoute une approche psy l'amour de la mère puis le fameux Oedipe (tuer la mère, l'amour du père) ; puis un contexte historico social en filigrane (la mère comme une institution ; le père irresponsable ayant eu plusieurs histoires d'amour ; le rapport colonie/colonisés) ; ... et tout ça passe comme une lettre à la poste grâce à une plume subtile.

Vous l'aurez compris j'ai beaucoup aimé cette histoire aux allures de nouvelles puisque chaque chapitre est une petite histoire dans l'histoire. J'ai beaucoup aimé ce personnage aussi d'Annie John qui est à la fois brillante en classe et indsiciplinée en dehors des cours. Le fait qu'elle ne soit pas le personnage "lisse", sans faille la rend plus crédible et d'autant plus attachante.

Ma note : 4/5


De : Cafrine Envoyé : 08/04/2008 09:03
Lucy de Jamaica KINCAID
Ed. Albin Michel 1999 (154p.)

Lucy a 19 ans lorsqu'elle arrive à New York en tant que jeune fille au pair. Pour cette fille de l'île d'Antigua tout est nouveau : les saisons différentes du climat tropical, le frigo, les ascenseurs, ... Sa famille d'acceuil composée de Lewis, Mariah et leurs 4 filles ont tout du modèle américain. Et pourtant, avec une lucidité à la mlimite de la froideur, Lucy en démontre les failles, y compris celle de Mariah à qui pourtant elle est très attachée. A travers les confidences de ces 2 femmes, Lucy dévoile son passé, ses blessures : son enfance à Antigua, les nombreuses liaisons de son père, et sa haine inconditionnelle pour sa mère. A l'image des lettres reçues d'Antigua qu'elle empile sans jamais les ouvrir, Lucy entend couper tout lien avec ce passé qui pourtant même aussi loin la rattrape, la hante... Les jours passent et le tableau de la famille modèle "craquelle". Lewis quitte sa femme en prenant soin de lui faire porter le chapeau. Lucy change et finit par quitter cette famille sans vraiment avoir fait la paix avec son passé, sans avoir réellement trouvé ses marques... Elle commence une nouvelle étape de sa vie toujours en quête de ...

Il m'est très difficile de vous parler juste de cette oeuvre, juste de ce personnage. Ayant lu Annie John qui a été publié juste avant Lucy il y a des recoupements entre les 2 romans qui se font automatiquement, mais je ne les évoquerai pas, ce serait trop long (j'ai raccourci mon post de moitié !). Je dirai juste que la froideur du personnage est très bien retranscrite à travers les mots de Kincaid. Le style est le même mais les tournures plus "cassantes", plus "dures" que dans Annie John. Si au début du livre, la froideur de Lucy m'a repoussée c'était pour mieux m'en rapprocher au fil des chapitres. Au fur et à mesure qu'elle dévoile ses blessures, ses fantômes du passé, Lucy devient attachante. J'ai fini donc par comprendre cette jeune femme qui prend son destin en main, qui ne s'apesantit pas, qui avance envers et contre tout.

Ce livre m'a également interrogé sur l'auteure. Une telle écriture, un tel regard, une telle récurrence de l'image de la mère ne peuvent pas être uniquement mis sur la capacité de création de l'écrivain. Résolument, pour moi, Kincaid use de l'écriture comme un moyen de dire sa rage, de "régler ses comptes" avec son passé.

Bon, je pourrais vous en parler des heures et j'avoue qu'en d'autre temps, Kincaid aurait été sans doute un de mes sujets d'étude.

Ma note : 4/5.
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Re: Jamaica KINCAID (Antigua-et-Barbuda/Etats-Unis)

Message  Cafrine le Jeu 13 Jan 2011 - 16:32

Mon fère de Jamaïca KINCAID
Edition de l'Olivier - 177 pages

La narratrice témoigne des derniers jours de son frère, mort des suites du SIDA. Cet événement est également prétexte à un éclairage des rapports qu'entretiennent les membres de la famille, notamment avec la mère.

Ayant déjà lu 2 livres de Jamaïca Kincaid (JK), "Mon frère" fait écho à "Annie John" et "Lucy". En effet, dans ces romans, JK met au coeur de l'histoire la relation familiale. On retrouve avec plaisir ce style si particulier de cet écrivain que je ne parviens pas à décrire. Un des traducteurs de l'ouvrage le caractérise ainsi : "Pour définir ce style qui semble un refus de ce style [...], l'un des premiers mots qui vient à l'esprit est la littéralité.[...] L'extrême violence, l'intensité de ce texte calciné naissent curieusement d'un refus systématique des "grands mots", de la répétition lancinante des expressions les plus simples, voire banales, de la langue anglaise". Ce "je t'aime moi non plus" se retrouvent aussi bien dans le style que dans les propos des personnages.
Cependant, "Mon frère" se démarque des 2 autres romans par l'apparition d'un sentiment positif. JK qui était pleine de rancoeur envers cette mère "destructrice" vacille ici avec la perte de son frère ("Ce genre de comportement, ce genre de sentiment, si hystériques, si tristes, quand quelqu'un est mort, ne sont pas du tout à mon goût et je voudrais l'éviter" (p.130)) et sa plume finit par la "trahir" :"J'aime les gens dont je suis issue et je n'aime pas les gens dont je suis issue et je ne sais pas vraiment ce que cela signifie de le dire, sinon qu'une telle chose, pas d'amour maintenant et beaucoup d'amour maintenant (...)(p.140)).
D'où sans doute l'aspect brouillon de ce récit où l'auteur reparle plusieurs fois des même événements (la découverte du frère atteint du sida ; sa déchéance ; sa mort). J'avoue que je me suis demandée parfois si mon marque-page n'était pas tombé d'où le fait que je relisais la même chose ! Certes il y a les détails qui changent (on parle du frère et de sa vie sexuelle, du rapport mère-fille, des enfans de l'auteur,...) mais le sentiment de brouillard brouillon pèse...
JK semble ici boucler la boucle avec ses souffrances passées, la disparition d'un être cher, le fait d'être à sont tour semblent jouer un rôle salvateur dans le rapport de l'auteur à ses proches et à sa mère. Est-ce le dernier roman consacrés aux siens à présent si (trop) proches ?
Ma note : 3/5
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