Jean-Paul KAUFFMANN (France)
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Jean-Paul KAUFFMANN (France)
De : 13_calimero (Message d'origine) Envoyé : 24/01/2008 17:31
Jean-Paul KAUFFMANN - L'arche des Kerguelen.
Parti aux îles Kerguelen pour réaliser un rêve d'enfant, Jean-Paul Kauffmann y a également recherché une soltitude nécessaire à sa reconstruction (ce voyage a lieu après ses 3 années de détention au Liban).
Il l'avoue d'ailleurs en écrivant : "Je suis venu ici pour me désoler. Faire solitude, repeupler ce qui a été détruit".
Nous l'accompagnons donc sur ces îles, vastes étendues de pierres, de roches et d'eau, battues par un vent omniprésent.
Nous découvrons avec lui ce paysage âpre, qui, à plusieurs reprises au cours de l'Histoire, fut envisagé comme bagne.
Nous apprenons également au fil des pages, l'histoire de la découverte de ces lieux, que l'on nomma jusqu'au 19ème siècle, îles de la Désolation.
Cet ouvrage est un beau voyage au bout du monde.
L'écriture fluide et poétique, mêle histoire et témoignage.
Extrait
"Le vent proclame aux Kerguelen, l'absolue fluidité des choses. L'instant n'a pas d'épaisseur, le futur n'a pas d'avenir. Ce caractère changeant, cette absence de viscosité du temps n'ont pas échappé à mes compagnons. Sachant que plus rien ne subsistera après notre passage, ils sont enclins à vivre au présent et à négliger ce qui vient d'arriver. Ils ignorent le doute ou le regret. C'est peut être le fait de leur jeunesse. Ils me plaisent bien mes trois nouveaux amis. D'une inaltérable bonne humeur, insouciants mais avisés au moindre obstacle, ils montrent une sorte de déférence à l'égard de ce "troisième monde"."
Ma note : 4/5
De : Terra-Antiterra (Message d'origine) Envoyé : 28/10/2008 01:25
KAUFFMANN Jean-Paul : « La maison du retour »Nil éditions, 2007 (Gallimard Folio, 2008), 289 p
récit
note 4 sur 5
« Un grand plaisir de lecture. Un livre d’une sensibilité discrète et réconfortante »
RESUME : Les Tilleuls, maison perdue au cœur de la forêt landaise est le personnage central de ce récit ; personnage muet mais éloquent, car il est le témoin du retour progressif –au fil des saisons- du narrateur à l’attentive jouissance des choses de la vie.
COMMENTAIRES : Un grand plaisir de lecture. Une prose qui sait vous faire ressentir avec une précision toute aussi élégante que discrète toutes les petites choses qui font la charme et l’agrément de la vie et avec une ironie bienveillante les relations avec les autres. Un livre d’une sensibilité discrète et réconfortante.
BIO : Journaliste épicurien (L’amateur de bordeaux, L’amateur de cigare) Jean-Paul Kauffmann au retour de trois années de captivité au Liban s’est sans doute mis à écrire pour tenter de revivre. Cela lui a réussi et nous a révélé un talent rare mais encore trop méconnu. Il faut lire « La chambre noire de Longwwod » (prix Femina Essai) et « L’Arche des Kerguelen » (un livre qui vous restitue avec une poésie “gracquienne” les paysages extraordinaires de cet archipel du bout du monde et du bout du rêve). Récemment paru : « Raymond Guérin. 31, allées Damour ».
Jean-Paul KAUFFMANN - L'arche des Kerguelen.
Parti aux îles Kerguelen pour réaliser un rêve d'enfant, Jean-Paul Kauffmann y a également recherché une soltitude nécessaire à sa reconstruction (ce voyage a lieu après ses 3 années de détention au Liban).
Il l'avoue d'ailleurs en écrivant : "Je suis venu ici pour me désoler. Faire solitude, repeupler ce qui a été détruit".
Nous l'accompagnons donc sur ces îles, vastes étendues de pierres, de roches et d'eau, battues par un vent omniprésent.
Nous découvrons avec lui ce paysage âpre, qui, à plusieurs reprises au cours de l'Histoire, fut envisagé comme bagne.
Nous apprenons également au fil des pages, l'histoire de la découverte de ces lieux, que l'on nomma jusqu'au 19ème siècle, îles de la Désolation.
Cet ouvrage est un beau voyage au bout du monde.
L'écriture fluide et poétique, mêle histoire et témoignage.
Extrait
"Le vent proclame aux Kerguelen, l'absolue fluidité des choses. L'instant n'a pas d'épaisseur, le futur n'a pas d'avenir. Ce caractère changeant, cette absence de viscosité du temps n'ont pas échappé à mes compagnons. Sachant que plus rien ne subsistera après notre passage, ils sont enclins à vivre au présent et à négliger ce qui vient d'arriver. Ils ignorent le doute ou le regret. C'est peut être le fait de leur jeunesse. Ils me plaisent bien mes trois nouveaux amis. D'une inaltérable bonne humeur, insouciants mais avisés au moindre obstacle, ils montrent une sorte de déférence à l'égard de ce "troisième monde"."
Ma note : 4/5
De : Terra-Antiterra (Message d'origine) Envoyé : 28/10/2008 01:25
KAUFFMANN Jean-Paul : « La maison du retour »Nil éditions, 2007 (Gallimard Folio, 2008), 289 p
récit
note 4 sur 5
« Un grand plaisir de lecture. Un livre d’une sensibilité discrète et réconfortante »
RESUME : Les Tilleuls, maison perdue au cœur de la forêt landaise est le personnage central de ce récit ; personnage muet mais éloquent, car il est le témoin du retour progressif –au fil des saisons- du narrateur à l’attentive jouissance des choses de la vie.
COMMENTAIRES : Un grand plaisir de lecture. Une prose qui sait vous faire ressentir avec une précision toute aussi élégante que discrète toutes les petites choses qui font la charme et l’agrément de la vie et avec une ironie bienveillante les relations avec les autres. Un livre d’une sensibilité discrète et réconfortante.
BIO : Journaliste épicurien (L’amateur de bordeaux, L’amateur de cigare) Jean-Paul Kauffmann au retour de trois années de captivité au Liban s’est sans doute mis à écrire pour tenter de revivre. Cela lui a réussi et nous a révélé un talent rare mais encore trop méconnu. Il faut lire « La chambre noire de Longwwod » (prix Femina Essai) et « L’Arche des Kerguelen » (un livre qui vous restitue avec une poésie “gracquienne” les paysages extraordinaires de cet archipel du bout du monde et du bout du rêve). Récemment paru : « Raymond Guérin. 31, allées Damour ».
Dernière édition par gallo le Ven 17 Juil 2009 - 21:29, édité 1 fois

gallo- Nombre de messages: 2548
Location: Pays-Bas
Date d'inscription: 29/10/2008
Re: Jean-Paul KAUFFMANN (France)
L'arche des Kerguelen est un très beau récit.J'ai aussi beaucoup aimé La chambre noire de Longwood ou Kaufmann,qui sait ce qu'est l'isolement,brode une variation sur Napoléon à Sainte Hélène.C'est un livre profond que peuvent lire aussi bien ceux qui ne sont pas branchés Histoire ainsi que ceux qui croient ne pas s'intéresser à Napoléon.
Re: Jean-Paul KAUFFMANN (France)
l'ai lu il y a fort longtemps,
l'arche des Kerguelen, très beau livre
aujourd'hui, évoquer ce titre suffit:
ai les oreilles endolories par un vent incessant...et envie de m'y rendre sur le champ.
aimé aussi La chambre noire de Longwood...
itou pour la maison du retour
des agents immobiliers aussi disposés à satisfaire un client très exigeant, cela existe-t-il vraiment?
suis restée rêveuse et vaguement envieuse....
Kauffmann, une valeur sûre vraiment!
l'arche des Kerguelen, très beau livre
aujourd'hui, évoquer ce titre suffit:
ai les oreilles endolories par un vent incessant...et envie de m'y rendre sur le champ.
aimé aussi La chambre noire de Longwood...
itou pour la maison du retour
des agents immobiliers aussi disposés à satisfaire un client très exigeant, cela existe-t-il vraiment?
suis restée rêveuse et vaguement envieuse....
Kauffmann, une valeur sûre vraiment!

noemiejardine- Nombre de messages: 282
Date d'inscription: 05/08/2009
Re: Jean-Paul KAUFFMANN (France)
La lutte avec l'ange >> L'inaccompli et l'engloutissement
Le livre de Jean-Paul Kauffmann a la saveur de l'inaccompli et de l'engloutissement.
Saveur de l'inaccompli car l'enquête menée par l'auteur a pour point central la la fresque peinte par Eugène Delacroix dans la chapelle des Saints-Anges en l'église Saint-Sulpice de Paris, la " lutte de Jacob avec l'ange ". Cette oeuvre, de grande taille, fait référence au passage du livre de la Genèse (Gen 32,23-33) dans lequel Jacob revient au pays de son père afin de se réconcilier avec son frère Esaü. Sur le gué du torrent Yabboq, Jacob est arrêté par un inconnu avec lequel il va se battre toute la nuit. L'aurore naissante, l'inconnu le blesse définitivement à la hanche avant de transformer son nom en
Israël.
La Tradition a fait de cet inconnu un ange, plus facilement représentable que Dieu (l'inconnu et l'innommé par excellence). Ce thème fut pris par de nombreux artistes qui en firent plus des apologies de la danse ou de la lutte romaine que de la réflexion théologique ! Jean-Paul Kauffmann semble porter cette scène biblique en lui depuis de nombreuses années. On se serait donc attendu à ce qu'il commente cet attachement particulier à ce combat nocturne, solitaire, acharné dans l'humidité d'un torrent. Du sens de ce corps à corps tenace que Delacroix traduit avec une tension violente des corps et une sensualité manifestée par le regard de l'ange et l'entrelacement des doigts, l'auteur reste en retrait. Il laisse parler quelques figures originales dont la plus attachante est celle de ce funambule franchissant l'espace entre les deux tours de l'église, et qui voit dans la peinture la marque même de l'équilibre.
L'auteur de " la chambre noire de Longwood " ne s'arrête pas non plus sur cette transformation radicale de Jacob, marqué en sa chair, renouvelé dans les eaux du torrent, préfiguration du Jourdain et des fonds baptismaux, préfiguration du Vendredi Saint, de cet engloutissement dans une lutte contre la nuit, la mort, la régression avant la Résurrection et l'aurore des grands matins. Cette lutte entre un homme allant se réconcilier avec son frère, affrontant les épreuves du doute alors qu'il est au seuil de la Miséricorde manifeste aussi de la volonté humaine de s'attacher aux pas de Dieu, contre vents et marées. Pour cela, Jacob a prévalu dans son combat et en a eu la vie sauve après avoir contemplé Dieu face à face.
Saveur de l'engloutissement car Jean-Paul Kauffmann, qui reconnaît lui-même avoir eu ce sentiment face à l'oeuvre, part de l'idée selon laquelle le secret de la peinture recèle un mystère lié tout à la fois à la personnalité du peintre et l'église Saint-Sulpice. L'auteur nous entraîne donc, avec une étonnante aisance, quelques touches d'humour et une érudition sans verbiage dans un vertige d'anecdotes, de dialogues impromptus, de méditations autour de l'oeuvre. On y découvre une église aux multiples recoins, aux habitants surprenants, voyageant de la crypte au sommet des tours pour y découvrir la capitale, " vision désolée de la belle Sodome que l'ange exterminateur a épargné mais vidée de ses habitants ".
L'auteur de " l'arche des Kerguelen " n'est jamais aussi à l'aise que dans les descriptions des déserts et des lieux où l'esprit peut se détacher de cette " masse gluante qui se proclame Monde ", selon la formule de Julio Cortázar. Sans doute restera-t-on réservé sur les dernières pages du livre dans lesquelles on semble considérer que le peintre, attiré par les mauvais anges chers à Baudelaire, aurait voulu peindre un ange de ténèbres pour le " combat " sous prétexte que l'on trouve des esquisses d'ailes crochues dans ses carnets de croquis.
Le livre de Jean-Paul KAUFFMANN est un agréable voyage dans l'univers de la peinture et de l'architecture. C'est une " enquête " légère et agréable à lire même s'il reste préférable de simplement regarder l'oeuvre d'Eugène Delacroix en méditant l'inscription figurant à l'entrée de la chapelle des Saints-Anges : " Retire-moi de la boue, que je n'y reste pas enfoncé ".
Le livre de Jean-Paul Kauffmann a la saveur de l'inaccompli et de l'engloutissement.
Saveur de l'inaccompli car l'enquête menée par l'auteur a pour point central la la fresque peinte par Eugène Delacroix dans la chapelle des Saints-Anges en l'église Saint-Sulpice de Paris, la " lutte de Jacob avec l'ange ". Cette oeuvre, de grande taille, fait référence au passage du livre de la Genèse (Gen 32,23-33) dans lequel Jacob revient au pays de son père afin de se réconcilier avec son frère Esaü. Sur le gué du torrent Yabboq, Jacob est arrêté par un inconnu avec lequel il va se battre toute la nuit. L'aurore naissante, l'inconnu le blesse définitivement à la hanche avant de transformer son nom en
Israël.
La Tradition a fait de cet inconnu un ange, plus facilement représentable que Dieu (l'inconnu et l'innommé par excellence). Ce thème fut pris par de nombreux artistes qui en firent plus des apologies de la danse ou de la lutte romaine que de la réflexion théologique ! Jean-Paul Kauffmann semble porter cette scène biblique en lui depuis de nombreuses années. On se serait donc attendu à ce qu'il commente cet attachement particulier à ce combat nocturne, solitaire, acharné dans l'humidité d'un torrent. Du sens de ce corps à corps tenace que Delacroix traduit avec une tension violente des corps et une sensualité manifestée par le regard de l'ange et l'entrelacement des doigts, l'auteur reste en retrait. Il laisse parler quelques figures originales dont la plus attachante est celle de ce funambule franchissant l'espace entre les deux tours de l'église, et qui voit dans la peinture la marque même de l'équilibre.
L'auteur de " la chambre noire de Longwood " ne s'arrête pas non plus sur cette transformation radicale de Jacob, marqué en sa chair, renouvelé dans les eaux du torrent, préfiguration du Jourdain et des fonds baptismaux, préfiguration du Vendredi Saint, de cet engloutissement dans une lutte contre la nuit, la mort, la régression avant la Résurrection et l'aurore des grands matins. Cette lutte entre un homme allant se réconcilier avec son frère, affrontant les épreuves du doute alors qu'il est au seuil de la Miséricorde manifeste aussi de la volonté humaine de s'attacher aux pas de Dieu, contre vents et marées. Pour cela, Jacob a prévalu dans son combat et en a eu la vie sauve après avoir contemplé Dieu face à face.
Saveur de l'engloutissement car Jean-Paul Kauffmann, qui reconnaît lui-même avoir eu ce sentiment face à l'oeuvre, part de l'idée selon laquelle le secret de la peinture recèle un mystère lié tout à la fois à la personnalité du peintre et l'église Saint-Sulpice. L'auteur nous entraîne donc, avec une étonnante aisance, quelques touches d'humour et une érudition sans verbiage dans un vertige d'anecdotes, de dialogues impromptus, de méditations autour de l'oeuvre. On y découvre une église aux multiples recoins, aux habitants surprenants, voyageant de la crypte au sommet des tours pour y découvrir la capitale, " vision désolée de la belle Sodome que l'ange exterminateur a épargné mais vidée de ses habitants ".
L'auteur de " l'arche des Kerguelen " n'est jamais aussi à l'aise que dans les descriptions des déserts et des lieux où l'esprit peut se détacher de cette " masse gluante qui se proclame Monde ", selon la formule de Julio Cortázar. Sans doute restera-t-on réservé sur les dernières pages du livre dans lesquelles on semble considérer que le peintre, attiré par les mauvais anges chers à Baudelaire, aurait voulu peindre un ange de ténèbres pour le " combat " sous prétexte que l'on trouve des esquisses d'ailes crochues dans ses carnets de croquis.
Le livre de Jean-Paul KAUFFMANN est un agréable voyage dans l'univers de la peinture et de l'architecture. C'est une " enquête " légère et agréable à lire même s'il reste préférable de simplement regarder l'oeuvre d'Eugène Delacroix en méditant l'inscription figurant à l'entrée de la chapelle des Saints-Anges : " Retire-moi de la boue, que je n'y reste pas enfoncé ".
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