Naïm KATTAN (Irak/Canada/Québec)

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Naïm KATTAN (Irak/Canada/Québec)

Message  gallo le Ven 14 Nov 2008 - 12:40

De: Polo
Naïm Kattan - L'anniversaire
(Québec Amérique, 2000, 163 pages)
"L'anniversaire" est le roman le plus réussi, selon moi, de Naïm Kattan. Il s'agit de l'histoire de René Shems, un historien de carrière, spécialisé dans l'histoire de la Nouvelle-France. Après qu'on eut souligné ses longues années de service, il écrit à certains invités venus participer à cette fête en son honneur. Cette oeuvre n'est essentiellement qu'une série d'onze lettres dans lesquelles il décrit ce qu'il est devenu et évoque l'oeuvre qu'il a accomplie en se fiant à ses souvenirs.

Dans sa première lettre, il rappelle son enfance passée entre des parents qui l'ont trimballé d'une ville à l'autre: Alep où il est né, Sao Paolo, New York où il a étudié et enfin Montréal. Il tente de dégager ce qui lui est resté de cette vie de touristes, qui éloigne souvent d'une existence pleine et entière. Comme chercheur, il a gardé une grande modestie en s'en tenant aux faits historiques pour ne pas les dénaturer avec des interprétations qui relèvent plus de la psychologie de l'homme que de la rigueur scientifique. Au niveau affectif, il a mené une vie en dents de scie. Il ne fut heureux qu'avec son amante; avec sa femme et sa fille, il a vécu à couteaux tirés. Ainsi il dévoile toute son intimité pour finalement se rendre compte qu'il a négligé le "gnôthi seauton" de Socrate. (Connais-toi toi-même.) Il en sait davantage sur les gens de son pays d'adoption, lesquels l'inspirent pour leur lutte à survivre dans une mer de 325 millions d'anglophones contre six pour les francophones.

Au fait, son travail de chercheur n'aura été qu'une manière de fuir sa réalité. Dans le temps qui lui reste à vivre, il réalise qu'il doit découvrir son vrai visage, celui que lui a destiné sa Syrie natale. Nul n'est une île, d'aucuns ne viennent de nulle part. Il ne peut choisir d'être son propre dieu sans risquer de "se réduire à une ombre" errante. Cette oeuvre montre fort bien la complexité de l'être humain. La fuite en avant ne peut échapper à ses arrières. Et il l'apprend à ses dépens. Ce roman est la méditation d'un auteur qui a l'âge vénérable de son héros pour ne pas dire qu'il en est son sosie.

Note : 4/5
Polo


De : Profgéo (Message d'origine) Envoyé : 11/04/2007 20:26

Naïm KATTAN (Bagdad, Irak, 1928 - ) Romancier, essayiste et critique, Naïm Kattan a étudié le droit à Bagdad (1945-1947) puis la littérature à la Sorbonne (1947-1951). En 1954, il immigre au Canada. En 1961, il devient chroniqueur au Nouveau journal dans la section politique internationale, puis il est chargé de cours à la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval. Il a aussi collaboré à un grand nombre de journaux et de revues du Proche Orient, de l'Europe et du Canada dont Le Devoir, Les Lettres nouvelles, Liberté et La Quinzaine littéraire (Paris), Tamarack Review (Toronto), et Canadian Literature (Vancouver). Très actif dans l'univers culturel québécois, il a été pendant plusieurs années secrétaire et rédacteur en chef pour le Cercle juif de langue française de Montréal. Enfin, il a été pendant deux ans rédacteur à la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme. Naïm Kattan est actuellement professeur associé au département d'études littéraires à l'Université du Québec à Montréal.
Naïm Kattan est membre de la Société Royale du Canada, de l'Académie Canadienne-française (1983) et de la Compagnie des Cent associés. Le prix Québec-Paris lui a été attribué en 1971 pour Le Réel et le Théâtral. En 1983, il a été élevé au rang d'Officier de l'Ordre du Canada, en 1989 à celui d'Officier de l'Ordre des Arts et Lettres de France et, en 1990, il a été fait Chevalier national du Québec. En 1993, il a été nommé membre du Conseil des Arts de la Communauté Urbaine de Montréal. En 2006, il a reçu, de l'Université Concordia, un doctorat honorifique qui souligne sa contribution exceptionnelle à la société québécoise depuis 50 ans à titre de romancier, essayiste et critique. Depuis 1994, il est président du Prix littéraire de la ville de Montréal. Il est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

Naïm Kattan est aussi l'auteur d'une trentaines d'ouvrages, romans, nouvelles, essais traduits en plusieurs langues. Il s'attache surtout à rendre compte des problèmes de la vie collective ou individuelle et de l'adaptation à des milieux nouveaux; il traite ainsi souvent de la rencontre de cultures très différentes. Dans un univers quelquefois dramatique et sombre, il s'interroge sur la destinée de ses personnages. (source: site de l'Union nationale des écrivains/écrivaines québécoises www.uneq.qc.ca)

La traversée, Naïm Kattan, éditions l'arbre hmh, 1976, 152 pages

Il s'agit d'un recueil d'une dizaine de nouvelles parlant toutes du même thème, soit la découverte de l'autre. Les situations sont diverses, mais habituellement, il y a toujours un des protagoniste qui est immigrant. Les histoires peuvent être celle de couples, de voisins, d'amants de passages, de vieux amis qui ne se sont pas vus depuis des années. L'auteur y parle de l'importance de connaître l'autre, de savoir ce qu'il pense, ce qu'il sait, ce qu'il croit et de ne pas se fier aux apparences.

Moi qui d'habitude n'est pas trop fan des nouvelles, j'ai bien aimé. En particulier la nouvelle Les Bagages m'est restée dans la tête un bout de temps. Il y a une grande pudeur dans le choix des mots, les situations sont à peine abordés, on se centre sur les sentiments des personnages bien plus que sur les décors qui sont à peine esquissés. Les émotions sont souvent à fleur de peau ou encore noyée dans l'indifférence la plus complète. L'auteur est immigrant et il laisse place à des situations de l'immigration, de découvertes dans ses pages. J'ai eu parfois un peu de difficultés à savoir où l'auteur voulait en venir, parce qu'il se concentre sur les émotions et non sur l'histoire en elle-même qui n'est qu'un prétexte pour mettre en place une situation porteuse de sens. La nouvelle Le voisin m'a paru en particulier porteuse de sens, de vivre juste à côté de quelqu'un que dans le fond on ne connaît pas ou encore Les Bagages qui parlent de l'importance de poser des questions et de ne pas s'aveugler sur les gens que l'on côtoit, même en croyant bien les connaître. J'ai aussi beaucoup aimé Le libraire de l'île car il montre la même chose, mais en prennant un autre point de vue, là ce n'est pas qu'une personne qui se fait avoir, mais bien tout une île. Les nouvelles sont de qualité assez égales, mais les histoires sont variées, ce qui fini par causer une certaine variance entre elles.

Ma note 3.5/5
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gallo

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