Raphaël CONFIANT (France)

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Raphaël CONFIANT (France)

Message  Mousseline le Mer 12 Nov 2008 - 4:50

De : Laïze (Message d'origine) Envoyé : 2006-04-11 17:11

Nuée ardente de Raphaël Confiant

Dans ce livre, Raphaël Confiant nous dévoile les derniers instants de la ville de Saint-Pierre avant l’éruption volcanique de la montagne Pelée le 8 mai 1902. Tous les habitants de la ville ont péri dans cette catastrophe, à la seule exception de Syparis, condamné à mort emprisonné dans un cul-de-basse-fosse.

J’ai beaucoup aimé ce livre. Bon, déjà, c’est un auteur que j’aime bien. Je suis toujours baba devant la manière dont il arrive à métisser le créole et le français. C’est un peu magique.

Confiant nous propose une brochette de personnages incroyablement attachants avec, entre autres, Marie-Egyptienne la lessivière, Syparis le voyou bien sûr, le prof de philo Danglemont, les filles de joie de l’Escale du Septentrion et de La Belle Dormeuse. Il nous dépeint la société antillaise dans toute sa complexité : à cette époque, l’esclavage a été aboli, mais ce n’est pas encore accepté par tous (surtout par les blancs bien sûr) : on se demande encore si les « nègres » ont réellement les mêmes capacités que les blancs. Les mentalités sont tellement lentes à évoluer ! On découvre également toutes les subtilités des couleurs de peau : on n’est pas noir ou blanc, on est blanc-créole, blanc-france, quarteron, mulâtre… C’est une autre vision des choses. Et évidemment, ce que l’on constate, c’est que personne ne croit à l’éruption volcanique ! Les Pierrotins sont tellement habitués à la voir endormie, cette Montagne Pelée, qu’ils n’envisagent pas une seconde qu’elle puisse leur faire du mal. Un matin où la ville est recouverte de cendres on s’exclame « La Pelée nous fait un poisson d’avril !». En outre, des élections doivent bientôt avoir lieu en ville : il est donc hors de question d’évacuer la ville. Bref, Raphaël Confiant dépeint dans ce livre le quotidien insouciant de la ville de Saint-Pierre à cette époque. Bien sûr, pas de suspense, l’inéluctable éruption arrive et on voit comment les gens réagissent : certains ont des sortes d’illuminations ou croient à un châtiment divin, sans compter les voyous qui en profitent pour dévaliser les maisons des riches qui ont déjà fuit la ville.

Ce livre c’est un peu comme du miel à lire, ça chante, la langue est toujours réinventée. Pendant que je lisais ce livre, je me sentais aussi un peu Pierrotine, à ma façon.

Ma note : 4,5/5
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Re: Raphaël CONFIANT (France)

Message  Awara le Lun 1 Jan 2018 - 16:08





MADAME SAINT-CLAIR, REINE DE HARLEM
Raphaël Confiant
Mercure de France - 2015 - 323 pages

Entre biographie et roman, Raphaël Confiant nous trace dans une langue savoureuse, truffée d’expressions créoles, la vie de Stéphanie Saint-Clair, martiniquaise débarquée à New-York en 1912, à 26 ans, qui devint une femme-gangster redoutée jusque vers les années 40. 

Née à la Martinique en 1886, dans une case d’un quartier pauvre de Fort-de-France, Elle eut la chance d’apprendre à lire et fut ensuite placée comme bonne dans une famille blanche, les Verneuil, dont le fils la violait régulièrement. Mais elle ne pouvait rien dire… c’était la norme à cette époque. 
De cette période humiliante elle retint deux choses: la richesse de la bibliothèque des Verneuil qui lui offrit une ouverture sur le monde et une maitrise de la langue française supérieure à celle de ses congénères ainsi que la conviction intime qu’elle ne serait plus jamais être humiliée.

Elle émigre aux Etats-Unis par Marseille et elle arrive à New-York au moment où Harlem se vide des irlandais, italiens pour devenir une sorte de ghetto noir. Elle a un triple handicap: elle est noire, c’est une femme et elle est française. De cela elle fera une force.
Ses débuts en Amérique sont durs; elle doit affronter la défiance des noirs américains, les violences raciales, le viol par les membres du Ku-Klux-Klan.  Après avoir intégré le gang irlandais des 40 voleurs, elle monte rapidement son propre business qui lui permet de ne pas avoir à se confronter aux mafias juives et italiennes. Elle se concentre sur une loterie clandestine réservée aux noirs et met en place un système très structuré avec banquiers et preneurs de paris à ses ordres. Elle devient « Queenie »,la petite reine de Manhattan, et Madame Saint-Clair, une figure respectée de l’émancipation noire, d’autant plus que maintenant elle fréquente Marcus Garvey qui prêche pour que les noirs américains retournent en Afrique, W.E.B. Du Bois, un intellectuel qui milite pour les droits civiques des noirs et le poète Countee Cullen, gendre de ce dernier.
Après qu’une accusation montée de toute pièce l’ait envoyée 8 mois en prison, elle tiendra une tribune hebdomadaire dans un journal d’où elle dénoncera la corruption de la police.  Elle sera de nouveau incarcérée, cette fois pour quatre années et demi, après la tentative de meurtre sur l’homme qu’elle a épousé, le leader noir musulman Sufi Abdul Hamid, antisémite notoire.  Cette passion la mènera en prison lorsqu’elle tirerera sur lui après l’avoir surpris en flagrant délit d’adultère.
Elle devra cependant plier devant Lucky Luciano et partager son royaume clandestin avec lui.

Impressionné par la personnalité de cette femme, Raphaël Confiant - a compulsé les archives la concernant. « Son visage m’intriguait beaucoup. Ni belle, ni laide. Ferme, mais sans férocité. Avec même un brin de mélancolie au fond des yeux… ». Elle n’avait qu’un projet personnel, mais elle est devenue une icône de la lutte afro-américaine. L’auteur lui fait raconter sa vie à son neveu venu à la rencontre de cette tante dont il a lu le nom ainsi que les faits et gestes dans la presse, désireux de faire écrire un livre sur elle. La mémoire de Stéphanie Saint-clair  n’est pas vraiment linéaire, mais ses sauts dans le temps donnent un ton très vivant à son récit. Elle avait constitué son seul bagage intellectuel en lisant les livres de la bibliothèque des Verneuil et tout en régnant sur les jeux clandestin de Harlem, elle a fréquenté l’intelligentsia noire de la  « Black Renaissance ». Cette femme de tête, féministe dans l’univers noir américain, figure importante du milieu de la pègre, est morte dans son lit…à 85 ans, à peu près oubliée de tous. 


NOTE: 5/5

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