Jeanne-Marie SAUVAGE-AVIT

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Jeanne-Marie SAUVAGE-AVIT

Message  Awara le Dim 16 Sep 2018 - 20:29




CUEILLEUSE DE THE
Jeanne-Marie SAUVAGE-AVIT
Pocket  -  2018  - 375 pages

Jeanne-Marie Sauvage-Avit, au cours d’un voyage touristique au Sri-Lanka, anciennement Ceylan, a visité une plantation de thé et a été émue par la vie de souffrance des cueilleuses de thé. Elle s’est intéressée à leur quotidien, s’est informée et a ainsi décidé d’écrire un roman sur elles.

Elle raconte le sort de ces femmes à travers la vie de son héroïne, Shemlaheila, une jeune indienne venue avec sa mère, dix ans plus tôt, du Tamil Nadu, pour travailler dans les plantations de thé. C’est la misère qui pousse ces femmes à l’exil. Les patrons des théiers les ramènent par bateaux entiers. Elles parlent difficilement le sri-lankais et, loin de leurs familles, souffrent de la solitude. Leurs conditions de vie et leur travail sont extrêmement pénibles; elles travaillent tout le jour et leurs sacs doivent rapidement s’alourdir, preuve de leurs qualités de cueilleuses. Elles vivent sous la férule d’un contremaître, le kangani, qui utilise la violence comme bon lui semble et n’hésite pas à forcer ces malheureuses à des actes sexuels sadiques et à les violer, même les très jeunes filles, les mutilant pour la vie.

Shemla rêve d’un ailleurs, apprendre l’anglais et devenir vendeuse dans une de ces boutiques pour touristes, ce qui lui semble le maximum de l’émancipation.. Sa mère lui a donné la possibilité d’apprendre à lire et écrire; le décès de cette dernière qui avait accepté de devenir la maîtresse du patron de l’exploitation, le lova, afin de protéger sa fille, lui donnera le courage et l’opportunité de s’affranchir de la prison que représente la plantation où elle travaille et de partir en Angleterre pour apprendre un métier. Elle sait saisir les opportunités qui s’offrent à elle et ne se laisse pas décourager par le travail, les rebuffades de ceux qui ont l’argent et le pouvoir. Elle découvre une culture différente, mais repère aussi les codes sociaux qui rappellent parfois les castes; elle découvre que l’Angleterre sait elle aussi, même si les si les situations ne sont pas comparables, utiliser pour profiter les plus pauvres et les travailleurs immigrés… Mais ceci doit être vrai pour bien d’autres pays occidentaux.
Shemla choisira de retourner en Inde pour réaliser d’une certaine façon son rêve en devenant guide touristique et participer à l’évolution des conditions de vie de son pays.

Nous croisons d’autres figures de femmes asservies: Mohanty, un double de Shemla enfant, jeune cueilleuse de thé, victime aussi des obsessions sexuelles du contremaître. Mais n’est pas la seule: la propre femme de ce dernier subit sa violence et ses outrages. Malgré leurs épreuves, grâce à leur force de caractère, elles trouveront une voie pour sortir de leur situation pour aller vers un avenir meilleur.

Ce roman a le mérite d’attirer le regard des lecteurs et des touristes potentiels de ces plantations sur l’envers du décor. Il y a la beauté des lieux qui masque beaucoup de souffrances. Sur l’affiche de l’agence de tourisme, pour attirer les voyageurs, se trouve une photographie de Shemla prise pour sa beauté par un photographe, et personne ne voit toute la souffrance qui se cache derrière son regard.
C’est un roman plein d’espérance, alors que le contexte est démoralisant, d’une écriture fluide et agréable à lire;
Cependant l’histoire offre des hasards de rencontres presque trop beaux pour être vrais… mais qui offrent à l’héroïne les opportunités nécessaires à son émancipation et à son changement de vie.

Note: 4/5

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