Tome 1 du Journal de Jules RENARD

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Tome 1 du Journal de Jules RENARD

Message  majeanne le Ven 22 Nov 2013 - 10:33

J'ai acheté le tome 1 du Journal de Jules RENARD dans une brocante et je ne l'ai pas regretté !

D'abord un peu surprise par ces anecdotes, ces réflexions parfois très brèves qui se succèdent sans aucun lien, j'ai fini par être prise au charme et à la profondeur de ces pensées, bien plus profondes qu'il n'y paraît parfois à la première lecture.

Jules RENARD évoque tour à tour sa vie de famille, sa femme et ses enfants dont il cite les bons mots, la vie littéraire, culturelle, politique et sociale de son époque, la nature qu'il décrit de façon précise et savoureuse et qu'il oppose à la superficialité du tout Paris de son temps qu'il fréquente assidument et brocarde sans retenue. Son oeil aigu, son observation rigoureuse, épingle sans complaisance les travers de ses contemporains, surtout le monde artistique, leur égoïsme, leur jalousie, leur arrivisme, sans omettre sa propre personne que les faiblesses d'autrui éclairent sur sa propre part d'ombre et dont l'exploration lui permet de déceler chez les autres les mêmes petitesses et les mêmes émotions.

Jules RENARD part du détail insignifiant pour arriver à ce qui fait l'essence même de nos vies. Son réalisme pointu tel une dissection des êtres et des comportements, est une quête d'absolu, une recherche avide de vérité.

Cet amoureux fou de la vérité sait être mordant sans être cruel.

Le Journal est le témoin de son introspection, de combats intérieurs et de son évolution "Quand les autres me fatiguent c'est que je me lasse de moi-même" ; "Vous êtes bien tombé... Moi qui m'imagine avoir créé mon bonheur moi-même par mon application, ma persévérance, mon sens de la vie, disons-le : par mon intelligence ! Si je n'étais que bien tombé !" ; "Pour vivre tous les jours avec les mêmes personnes il faut garder avec elles l'attitude qu'on aurait que si on ne les voyait que tous les trois mois".

Il pourrait aisément participer aux livres de développement personnel qui abondent de nos jours.

Il utilise la rosserie poétique "Dans son puits de science il n'avait pas d'eau fraîche", la poésie tout court "Mon pays c'est où passent les plus beaux nuages", "les feuilles toutes fleuries de pluie".

Et nombre de descriptions savoureuses et pittoresques " Temps maussade et pluvieux où l'on n'est bien qu'à la cuisine. Le bois qui brûle par le milieu et écume par les deux bouts. Les solives écailleuses, la porte dont un coin est rongé par les souris. La poêle pendue comme un balancier immobile, les torchons sales mais pas secs, la cocotte qui a une patte de trop, le réveille-matin qui bat comme un coeur suffoqué, la louche creuse et polie comme une calotte d'évêque. Des clous au mur qui sont tous commodes, une table aux jambes nues. La pincette toute en jambes, la pelle qui vit sur la tête. Le panier à salade enflé comme une crinoline, le balai comme une barbe rissolée d'homme roux. La terrine rose comme une tête de veau. Le savon en pierre de taille".

Il a un regard de poète et de peintre : "ce gros parapluie qui semble être un curé dans la campagne".

Il aspire à la justice, à plus d'égalité et déclare avec sagesse " Si au lieu de gagner beaucoup d'argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d'argent ?"

Sa recherche de l'essentiel " Je me moque de savoir beaucoup de choses : je veux savoir des choses que j'aime", s'exprime aussi dans son attachement à l'écriture, toujours teinté de ses doutes sur ses compétences d'écrivain " Ces notes que je prends chaque jour, c'est un avortement heureux des mauvaises choses que je ne pourrais écrire".

Cette gloire après laquelle il a couru toute sa vie pour gagner l'affection et la reconnaissance d'un père qui ne s'est jamais soucié de lui....Il règle ses comptes avec sa famille sans pouvoir renoncer à l'estime d'un père qui n'avait aucun respect pour les écrivains.

Il gardera toute sa vie l'amour de sa terre natale tout en ayant besoin d'une vie citadine et mondaine.

Et au coeur de ces textes, toujours, un humour, une ironie, tour à tour tendres, caustiques, incisifs, poétiques et remplis d'émotion.

Je finirai par cette citation (avec l'envie de tout citer) qui illustre merveilleusement son intelligence et sa connaissance des hommes : "un orage comme on n'en avait pas vu depuis plus de trente ans, comme tous les orages enfin". sunny
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