Aimée BENDER (Etats-Unis)

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Aimée BENDER (Etats-Unis)

Message  Aurore le Lun 29 Juil 2013 - 14:35

Aimée Bender est une auteur américaine de romans et de nouvelles née en 1969.

© Festival of books

Elle est titulaire d'un MA de l'University of California at Irvine. Elle enseigne le creative writing à l'University of Southern California. Elle s'occupe d'un atelier de théâtre pour malades mentaux.

Source : Babelio

Bibliographie :

- La fille en jupe inflammable (2000)
- L'ombre de moi-même (2001)
- Des créatures obstinées (2007)
- La singulière tristesse du gâteau au citron (2013)

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La singulière tristesse du gâteau au citron - Aimée Bender

Message  Aurore le Lun 29 Juil 2013 - 15:17


La singulière tristesse du gâteau au citron - Aimée Bender ;
traduction de Céline Leroy

(Éd. de l'Olivier, 2013, 343 p.)





D'entrée de jeu je dois avouer que je me suis précipitée sur ce livre pour son titre éloquent et, ô combien, intrigant. Quel qu'ait été le contenu, je m'y serais mise car ce titre était un appel du pied à la gourmandise et je ne peux que remercier la traductrice d'avoir conservé l'idée originelle (The particular sadness of lemon cake).

Rose Edelstein a 9 ans lorsqu'elle croque une part du fameux gâteau confectionné par sa mère. L'envahit alors un sentiment confus qui reflète la prédisposition d'esprit de sa mère. C'est le vide et un manque qui s'inscrivent dans chaque bouchée jusqu'à l’écœurement. De ce jour où la cuisinière s'est livrée dans son plat comme à livre ouvert, Rose devine les émois, la colère, l'agacement de ces gens qui la nourrissent.

L'idée de départ m'a beaucoup plue et me laissait penser que la fillette jouerait de son don pour tourner les situations à son avantage. Mais cette espèce de voyeurisme gustatif la maltraite, elle qui devient cobaye de tous les maux du monde à travers les aliments courants. La solitude s'insinue et Rose ruse pour échapper aux repas de la cantine, aux plats de sa mère criant un vide existentiel.

Si c'est la mère qui a déclenché le phénomène avec ce gâteau au citron, c'est aussi elle qui semble la plus désarmée dans la famille. Mariée à un homme peu démonstratif, elle s'exprime aux fourneaux, tâche qu'elle adore. Le père de famille est atypique puisqu'il se fait discret dès le départ (l'anecdote de sa non-venue à la maternité pour les accouchements en est troublante). Comme si l'envie qui sous-tendait était de s'effacer.
Il y a aussi le frère aîné, Joseph, le préféré de la famille car surdoué et précoce en tout. Lui qui n'a jamais bien tenu son rôle de conseiller et d'allié a pourtant désinvesti jusqu'à la dernière portion de ce qui semble être la famille. Et s'ensuit incompréhension, silence et tourments intérieurs...

Joseph ressemble à une géode - ordinaire à l'extérieur, extraordinaire à l'intérieur.
Je l'ai observée qui s'essuyait les mains. Les doigts agiles et habiles de ma mère. Même à l'époque, j'éprouvais un vrai choc chaque fois qu'elle faisait l'éloge de Joseph. J'étais jalouse qu'il puisse être une géode - une géode ! - mais aussi soulagée qu'il absorbe une grande partie du trop-plein d'attention de ma mère qui, parfois, me donnait l'impression de me noyer dans sa lumière. Cette même lumière que Joseph emportait et pliait dans des parois rocheuses pour y cacher des angles biseautés et acérés de cristal, de topaze et de tourmaline noire.
Il est tout en facettes et en prismes, a-t-elle ajouté. Une surprise géologique compliquée.

Je suis restée devant le plan de travail. J'avais toujours mon train en Lego à la main.

Et papa, il est quoi ?

Ton père... a-t-elle dit en appuyant la hanche contre la table. Ton père est un gros rocher gris, inamovible et résistant. Elle a ri.

Et moi ? ai-je demandé pour la dernière fois, le souffle court.

Toi ? Toi, mon bébé, tu es...

Je n'ai pas bougé d'un millimètre. J'attendais.

Tu es...

Elle m'a souri, a plié le torchon à carreaux bleus et blancs. Tu es un éclat de verre trouvé sur une plage. Tu sais, les verts, les plus jolis. Tout le monde t'adore et veut te garder avec soi.

Il m'a fallu un moment pour ramasser les segments de mon train et des rails avant d'aller les ranger dans ma chambre. C'était un compliment, n'arrêtais-je pas de me répéter tandis que j'entassais les morceaux ; c'était censé te faire plaisir.
(pp. 78-79)

J'aime vraiment beaucoup la plume de l'auteur qui fait passer mélancolie, douleur ou simplement douceur de vie. De la tendre enfance de Rose à l'âge adulte de l'envol du cocon, on suit ce carré familial hanté par des non-dits, des soubresauts d'instinct de liberté à la volonté farouche de se retrouver.
C'est tout à la fois beau et simple, exagéré et fort juste ! Cela interroge sur sa madeleine de Proust personnelle et sur ce qui fait la richesse de ceux qui nous entourent.



4,5/5

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Re: Aimée BENDER (Etats-Unis)

Message  Awara le Lun 29 Juil 2013 - 19:23

Il est vrai que le titre fait envie...gateau

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Re: Aimée BENDER (Etats-Unis)

Message  Elfe le Sam 2 Aoû 2014 - 9:22

La singulière tristesse du gâteau au citron
Editions de l'Olivier


Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Rose. Elle a 9 ans. Sa maman lui prépare un gâteau au citron recouvert d'un glaçage au chocolat. Quand Rose en mange un morceau elle est bouleversée. Elle ressent les émotions de sa mère qu'elle même ressentait en préparant le gâteau. Mais voilà, ressentir les émotions des autres quand on mange c'est très vite déstabilisant, et Rose ne le vit pas forcément très bien. Et puis à qui peut-elle se confier? Son père se réfugie dans son travail, sa mère instable saute de passion en passion sans vouloir se fixer réellement, et son frère, sorte de génie, préfère s'enfermer avec ses livres plutôt que d'écouter les questions existentielles de sa sœur. Seul l'ami de son frère, Georges, semble prêt à l'écouter et à la prendre au sérieux. Mais assez vite Rose va comprendre que son frère cache lui aussi quelque chose...



Voilà un roman très étrange, à l'ambiance plutôt intrigante. Il faut dire que c'est surtout le titre et la couverture qui m'ont attirés. Mais je ne m'y suis pas toujours sentie très à l'aise. Malgré tout, le sujet est intéressant. Comment apprendre à vivre quand on est différent des autres? Comment faire pour continuer à vivre comme tout le monde? Le personnage de Rose est assez complexe. On sent vraiment sa fragilité et en même temps son refus de vivre avec cette particularité. En même temps, elle est bien jeune pour ressentir des émotions d'adulte. Comment faire pour gérer la tristesse de sa mère, ou la colère et la lassitude du boulanger du coin? Les liens qu'elle tisse avec son frère et Georges sont très forts et très touchants. Somme toute, c'est un très beau roman sur les liens familiaux et l'acceptation de la différence, et surtout sur le passage de l'enfance à l'âge adulte.

Ma note: 4/5
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Re: Aimée BENDER (Etats-Unis)

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